‹ La France et le Sacré CœurChapitre 77 sur 148 · DE PA RAY-LE- MONIAL · texte numérisé non relu

DE PA RAY-LE- MONIAL

rrêtons maintenant notre course dans ce diocèse d’Autun, en Bourgogne, théâtre favori, ce semble, des manifestations du'Christ, depuis l’origine du christianisme.

Dès le second siècle, une inscription grecque, retrouvée en 1839 par celui qui devait être un jour l’illustre cardinal Pitra, était placée à Autun sur la tombe d’un chrétien ; avec l’affirmation de la divinité du Christ et ses noms de Sauveur, de Jésus, de Rédempteur, elle porte, chose étonnante ! une mention spéciale de son Cœur adorable : « Salut, divine race du Céleste Poisson au Cœur Sacré1 ! »

1. Iyjl’jo; oupaviou 8eiov -yevo; 'Hropt trep-vo). ( Spicil . Solesm., t. Ier, p. 5 54. )

Tiré du De Musivis de J. -A. Furietti.

Rome, 1752.

On sait que, dans les antiques monuments du christianisme, le céleste Poisson n’est autre chose que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même.

A peu près un siècle plus tard, voici le Labarum de Constantin ; et, d’après un sentiment bien autorisé1, c’est aux environs d’Autun qu’eut lieu la vision à jamais mémorable qui détermina sa conversion. Un étendard brillait dans les airs, représentant la croix avec cette devise : In hoc signo pinces. Vainqueur par ce signe plus triomphant mille fois que les aigles romaines, Constantin précipite dans les (lots du Tibre son rival Maxcnce, et avec lui le paganisme expirant. Les chrétiens peuvent sortir des Catacombes: le Christ a commencé son règne visible sur la terre.

Près de quatorze cents ans s’écoulent sous le sceptre paternel du Pontife romain, dont l’autorité, toujours combattue, demeure pourtant en principe toujours souveraine. Mais le jour de la grande défection approchait. Nous sommes au milieu des splendeurs de notre dix-septième siècle, splendeurs qui marquent en même temps, hélas ! et l’apogée de nos gloires et le commencement de nos décadences. Celui qu’on appelle justement le grand roi dicte des lois à l’Europe dans ie fameux traité de Nimègue. Sous la protection de son sceptre, les lettres, les sciences et les arts jettent un éclat éblouissant. Mais la médaille offre un triste revers. La morale chrétienne a souffert jusque sur le trône les plus graves atteintes, et le monarque, par trente-quatre ans d’austère vertu, ne pourra plus empêcher le vice déchaîné d'envahir peu à peu toutes les classes de la société.

D’autre part, le jansénisme, « la plus subtile des hérésies tissucs par le diable », rétrécit les bras du Crucifix, restreint les miséricordieux effets de la Rédemption, et par sa froide sophistique éteint dans ies cœurs les flammes de la véritable piété. Le gallicanisme redouble d’audace et menace de rompre les liens qui, depuis Clovis, avaient si étroitement uni la nation très chrétienne à l’Église sa mère. Déjà, à la faveur de la décadence des mœurs publiques et des discordes religieuses, l’incrédulité se glisse dans l’ombre. La foi baisse,

i. Baronius, Ann. Eccles., ad arm. 3i2, n05 xi et xli. On y trouve le témoignage du païen Kazaire, contemporain de l'évenement. — Voir aussi l'Histoire de l’Eglise catholique en Fran e (édit. Jaser), livre Ier, p. i3e (noie).

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