Lettre cve
gloire du divin Cœur, qui vous fournira sujet de le bénir. J’avais donné à une personne de Lyon un des livres de Dijon. Elle le fit ire à un jeune Père (Jésuite), qui trouva bon de le montrer à ses écoliers. Ceux-ci y prirent tant de goût qu’ils en firent un grand nombre de copies tant des litanies que des prières, lesquelles ils récitaient avec beaucoup de dévotion. Et ces enfants les ayant communiquées à d’autres, le nombre des copies fut bientôt insuffisant, et l’on résolut de faire imprimer un de ces livres, plusieurs personnes s’offrant à l’envi pour en payer les frais. Et un jeune artisan s’y porta avec une si vive ardeur qu’il fallut céder à sa dévotion. S’étant adressé à un des plus fameux libraires de Lyon (Horace Molin), celui-ci se sentit tellement touché de l’amour de ce divin Cœur qu’il prit de suite le dessein d’en faire la dépense, et ce fut un pieux combat entre le jeune homme et lui...» Enfin le livre s’imprima, avec des additions du P. Croiset, et la Bienheureuse a la consolation de le voir se répandre partout, en Italie et jusqu’en Pologne.
Sa mort, arrivée en 1690, ne ralentit pas ce religieux mouvement. De tous côtés on érige des confréries et on dédie des chapelles en l’honneur du Cœur de Jésus. En 1700, il n’y avait pas une seule de nos Visitations françaises, si nombreuses alors, qui ne se fût rangée autour de la bannière arborée à Paray-le-Monial. Ce n’était pas trop pour les défendre contre les attaques et les pièges du jansénisme, qui frappait à la porte de plusieurs de ces saintes solitudes.
Les évêques secondaient le pieux élan. Nommons Charles de Brienne, évêque de Coutances, Antoine-Pierre de Grammont, archevêque de Besançon, François de Villeroy, archevêque de Lyon, qui, le premier dès 1688, le deuxième en 1G94, et le troisième en 1719, établirent la fête du Sacré Cœur dans toutes les églises de leurs diocèses respectifs. Mais la marche triomphante du culte de l’amour est encore timide, en dehors des communautés religieuses, jusqu’à ce que tout à coup, en 1720, trente ans après la mort de la Bienheureuse, un fait extraordinaire vint la précipiter1.
La peste, arrivée d’Orient, s’était abattue sur la ville de Marseille
1. Histoire de la bienheureuse Marguerite-Marie, par M'r Bougaud, ch. xvi.
LE CULTE DU S. CŒUR AU XVllD SIECLE
et y avait déjà moissonné quarante mille personnes. Un silence de mort planait dans les rues et sur les places publiques encombrées de