‹ La France et le Sacré CœurChapitre 92 sur 148 · Chez la veuve Baltasar. 2 vol. in · texte numérisé non relu

Chez la veuve Baltasar. 2 vol. in

mais souvent intellectuelles. Les paroles qu’on y entend sont intérieures et ne frappent pas l’oreille du corps. C’est une impression qui se fait dans l’àme. Le fond des choses que Dieu communique est de lui seul, la manière de les exprimer est de la créature, et cette manière est différente selon les caractères différents des personnes inspirées. De là la diversité de style, la différence des expressions et des tons que nous remarquons dans les auteurs sacrés. C’est ainsi qne les Prophètes nous ont transmis les paroles de Dieu, tantôt revêtues d’un style grand et magnifique, tantôt d’un style simple et populaire : Dieu suggérant aux Prophètes les vérités qu’il leur faisait annoncer, et les revêtant de la même façon qu’aurait fait tantôt un Isaïe élevé parmi les grands et tantôt un Amos nourri par les bergers. Qu’on applique cette remarque aux mémoires de Marguerite-Marie, et on verra disparaître les difficultés. Ce qui a paru petit et puéril dans l’expression, au jugement de quelques censeurs, ne sera pas attribué à Jésus-Christ, mais à la simplicité de l’humble fille qui fait parler Jésus-Christ h.. »

Cependant, malgré de pressantes sollicitations, l’autorité pontificale, tout en témoignant beaucoup de bienveillance aux dévots du Cœur de Jésus n’avait pas institué de fête en son honneur. Cette gloire était réservée au vaillant pape Clément XIII. Le G février 1765, parut, sous son approbation, un décret de la Congrégation des Rites, qui accordait aux évêques de Pologne et à l’Archiconfrérie romaine la permission de célébrer, avec messe et office propres, la fête du Sacré Cœur. La Congrégation déclarait qu’elle voulait par cette concession, « donner un nouveau lustre à un culte déjà établi, et renouveler symboliquement la mémoire de ce divin amour, par lequel le Fils unique de Dieu s’est revêtu de la nature humaine, et obéissant jusqu’à la mort, a déclaré qu’il nous donnait l’exemple d'être doux et humble de cœur ».

1. « D'Alembert croyait être fin en disant de Marguerite-Marie que « Jésus-Christ « poussait la galanterie jusqu’à faire des vers pour elle ». L’observation du P. de Galliffet réduit à sa juste valeur cette mauvaise plaisanterie. Non, Notre-Seigneur ne faisait pas de vers pour son humble épouse, mais il lui parlait au cœur, et elle traduisait ces paroles intérieures dans un langage qui lui était assez familier, bien qu’elle n’y mît aucune étude. » ( P. Ch. Daniel, l. cit., note. )

LE CULTE DU S. CŒUR AU XVIII» SIÈCLE

LE TOMBEAU DE CLÉMENT XIII Instituteur de la première fête canonique en l’honneur du Sacré Cœur.

C'est le 6 février 1765 que parut, avec l’approbation de ce grand pape, le décret de la Congrégation des Rites qui accordait aux évêques de Pologne et à l’Archiconfrérie romaine la permission de célébrer, avec messe et office propres, la fête du Cœur de Jésus. Les deux fameux lions de Canova, dont l’un a l’œil au guet et l’autre semble au repos, symbolisent l'intrépide défenseur de la foi et le sage gardien de l’ordre public.

Cette décision, si longtemps attendue, fut accueillie avec une joie universelle. De toutes les parties du monde catholique grand

nombre d’évêques s’empressèrent d’en demander l’extension à leurs diocèses, et parmi eux, au premier rang, saint Alphonse de Liguori, qui occupait alors le siège de Sainte-Agathe-des-Goths. La même année, se tenait à Paris l’assemblée générale du clergé de France. La reine Marie Leczinska 1 adressa aux évêques qui faisaient partie de cette réunion une lettre où elle les pressait d’établir dans leurs diocèses la fête du Sacré Cœur.

L’assemblée ne pouvait que faire droit à des vœux si légitimes, et voici le texte même de sa délibération : « Tous les évêques qui composent l’assemblée, également pénétrés du profond respect et de la vénération qui ne sont pas moins dus aux vertus éminentes de Sa Majesté qu’à son rang auguste, et voulant, autant qu’il est en eux, seconder un zèle aussi édifiant, ont unanimement délibéré d’établir dans leurs diocèses respectifs la dévotion et l’office du Sacré Cœur de Jésus, et d’inviter par une lettre-circulaire les autres évêques du royaume d’en faire autant dans les diocèses où cette dévotion et cet office ne sont pas encore établis. » La lettre-circulaire fut écrite, en effet, et rencontra partout l’adhésion la plus parfaite. Elle est signée de deux noms destinés à une certaine célébrité : l’abbé de la Luzerne et l’abbé de Ci cé, et porte la date du 14 août 1765.

Au reste, l’épiscopat français presque tout entier était déjà conquis à la dévotion du Sacré Cœur. Plusieurs de nos évêques avaient même vaillamment combattu pour son triomphe universel, entre autres celui qu’on a bien nommé l’Athanase de son siècle, l’illustre Christophe de Beaumont, archevêque de Paris. Il n’y eut à faire opposition que quelques prélats notoirement jansénistes, parmi lesquels se signala l’évêque appelant d’Auxerre, Mgr de Caylus. Par où l’on peut voir avec quelle connaissance des faits ou quelle sincérité l’un de nos représentants à l’Assemblée de Versailles, lors de la mémorable discussion des 22 et 23 juillet 1873 sur le vœu

1. Le pape Benoît XIV, sachant la tendre dévotion de cette princesse pour le divin Coeur de Jésus, lui avait envoyé, en 1743, un grand nombre de cœurs de taffetas rouge brodés en or. Le même pape, en 1749, accordait des indulgences à une Confrérie du Sacré-Cœur, établie dès 1740 dans l’église paroissiale de Saint-Laurent, à Paris.

L’année même ou Clément XiU autorisait officiellement la célébration de la fête du Sacré Cœur, la reine Marie Leczinska adressa aux évêques de France, réunis à Paris, une lettre où elle les pressait d’établir cette fête dans leurs diocèses. A cette requête, « tous les évêques qui composaient l’assemblée ont unanimement délibéré d’établir dans leurs diocèses respectifs la dévotion et l’office du Sacré Coeur de Jésus, et d’inviter par une lettre-circulaire les autres évêques du royaume d’en faire autant dans les diocèses ou cette dévotion et cet office n’étaient pas encore établis ».

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