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III. La France et le Maroc. — Le particularisme marocain

— Les débuts d'Abd el Aziz. — La richesse marocaine. — Le commerce franco-marocain. — Le Maroc et l'Algérie. — Les relations franco-marocaines. — Les accords Révoil-Guebbas.

— Le programme français de réformes. — La pénétration paciflque.

Le rapprochement franco-anglais ne fut pas seulement, dans la pensée du gouvernement fran-

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çais, une utile mesure d'intérêt général. Il lui apparut aussi comme l'instrument nécessaire de la politique méditerranéenne que lui dictaient ses traditions et ses intérêts d'avenir.

La configuration de nos côtes et notre installation en Algérie ont, selon le mot de Gambetta, fait de la Méditerranée et particulièrement de la Méditerranée occidentale, le « théâtre de notre action ». Historiquement, la France a pris une part prépondérante aux trois événements qui dominent l'histoire moderne de la Méditerranée : unification de l'Italie, ouverture du canal de Suez, européanisation de l'Afrique du Nord. Géographiquement, elle est la seule puissance qui, sur une longue étendue de côtes, soit doublement riveraine de la mer latine. Politiquement, ses succès à Alger et à Tunis, ses échecs en Egypte et sur le continent ont concentré son activité sur le bassin ouest de la Méditerranée, accessible entre tous à son commerce et à ses flottes, chemin de ses colonies d'Afrique et d'Asie. La politique méditerranéenne se justifie donc à tous égards. Mais elle met la France en présence de trois puissances, avec lesquelles elle doit compter. L'une, TAngleterre, par Gibraltar, Malte et l'Egypte, tient les deux portes de la mer centrale. Les deux autres, l'Italie et l'Espagne, par leur situation, ont des intérêts de même sorte que

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les intérêts français et, de ce fait, peuvent être, dans la poursuite de ces intérêts, en conflit avec notre pays. L'accord du 8 avril 1904 avait liquidé la querelle anglo-française. Comment se prépara la réconciliation de la France avec Rome et avec Madrid?

Si rien, dans le passé, ne permettait de prévoir le rapprochement de la France et de l'Angleterre, celui de la France et de l'Italie n'était pas moins invraisemblable. Sans doute, nous avions rendu aux Italiens, lors de la formation de leur unité, un service capital. Mais les fautes de Napoléon III, sa prétention d'arrêter à son gré le mouvement national qu'il avait déchaîné, le « Jamais » de Rouher, enfin la politique utilitaire de Victor-Emmanuel en 1870, tout avait séparé les deux peuples, dont l'union semblait s'être scellée sur les champs de bataille de Magenta et de Solférino. Aussi bien, la jeune Italie formait des rêves grandioses et c'est dans la Méditerranée, c'est-à-dire à nos dépens, qu'elle espérait les réaliser. C'est Mazzini qui, dès 1838, avait déclaré : « L'Afrique du Nord revient à l'Italie. » Et c'est à Mazzini encore que Bismarck écrivait en 1866 : « L'Italie et la France ne peuvent pas s'associer pour leur avantage commun dans la Méditerranée. Cette mer est un héritage impossible à diviser entre parents. L'empire de la

Méditerranée appartient incontestablement à l'Italie qui possède dans cette mer des côtes deux fois plus étendues que la France. . . L'empire de la Méditerranée doit être la pensée constante de l'Italie, l'objectif des ministres, la pensée fondamentale du cabinet de Florence. » En 1870, non contents de prendre Rome, bien des Italiens songèrent à occuper soit la Corse soit Tunis. Quelques années plus tard, Fregoso revendiquait dans son livre // primato italiano l'Egypte, Tripoli, Tunis et l'Algérie comme des « colonies naturelles de l'Italie' ». La politique de la Consulta donnait raison à la parole de Thiers que « la reconnaissance de l'Italie aurait tout juste la durée de sa faiblesse ^ ».

Bismarck, avec un art supérieur sut nourrir, exciter, utiliser ces tendances. Le cléricalisme de l'Assemblée nationale, le maintien d'un stationnaire français à Civita Vecchia, les pétitions de nos évoques pour le rétablissement du

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