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2. Il convient d'ajouter que, dans un discours du 3 mai 1894, le baron Blanc, ministre des Affaires étrangères, a prétendu laver son pays de ce grief. Daprés lui. c'est « par gratitude envers la France » que l'Italie ne la pas devancée à Tunis et ne s'est pas associée à l'Angleterre en Egypte. Comme le remarque dans son livre La France et l'Italie notre ancien ambassadeur à Rome, M. Billot, cette thèse peu banale prouve l'ingéniosité d'esprit du baron Blanc, et rien de plus.

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pouvoir temporel, le ministère du duc de Broglie, tout lui fut bon pour entretenir l'inquiétude italienne. L'afîaire de Tunis acheva d'affoler le cabinet de Rome. Aux lauriers que son consul, M. Maccio, espérait cueillir dans la Régence, l'expédition du général Forgemol répondit, avec l'aveu de l'Europe (1881). La haine de la France se donna libre cours. On chercha la revanche à tout prix. L'heure sonnait, qu'attendait Bismarck. Fort de l'alliance autrichienne conclue en 1879, il n'eut pas à solliciter l'Italie d'entrer dans la combinaison. Elle s'offrait. Elle se livrait. La Triple Alliance fut conclue et les armements italiens lui donnèrent aussitôt un caractère agressif. Le crispinisme était mûr. De 1881 à 1896, il pesa sur les relations franco-italiennes. Dans la Triplice, Crispi était l'agent provocateur que Bismarck pouvait contenir ou déchaîner à son gré. Les relations francoitaliennes étaient sensiblement pires que les relations franco-allemandes. Agir contre la France plus encore que pour l'Italie, soit en Europe, soit hors d'Europe, telle était à Rome la règle instinctivement suivie, aux dépens, on le vit bientôt, des intérêts italiens, tant politiques qu'économiques.

Durant cette période, nombreux furent les incidents entre la France et l'Italie. Au mois de décembre 1887, la police de Florence, cyniquement

soutenue par Grispi, violait les archives de notre consulat. L'année suivante, le commandant militaire de Massaouah abolissait de sa propre autorité les capitulations, sous le bénéfice desquelles vivaient, depuis plus de vingt ans, les résidants français. En février 1888, on répandait obstinément, si invraisemblable fût-il, le bruit que la flotte française allait attaquer la Spezzia. Le 2 octobre 1891, un pèlerin français ayant écrit : « Vive le pape ! » sur le registre déposé au Panthéon près du tombeau de Victor-Emmanuel, c'était, dans toute l'Italie, un formidable déchaînement de manifestations antifrançaises. En août 1893, le prince de Naples assistait aux manœuvres allemandes en Lorraine. Dans ce même mois, des ItaUens ayant été tués à Aigues-Mortes dans une rixe avec des ouvriers français, le Palais Farnèse, résidence de notre ambassade, était assailli par la foule. En septembre 1894, les autorités italiennes de la frontière multipliaient les arrestations d'officiers français. Au mois de décembre suivant, c'était une série d'arrêtés d'expulsion pris contre des journalistes français, depuis longtemps installés à Rome. Sans doute, par moments, on célébrait, ici et là, des fêtes franco-italiennes : visite d'une escadre à Toulon (avril 1890) ; inauguration à Nice du monument de Garibaldi (octobre 1891); visite à Gênes

d'une escadre française (septembre 1892); manifestations de sympathie à l'occasion de l'assassinat du président Garnot (juin 189i); inauguration à Magenta d'une statue de Mac-Mahon (juin 1893). Sans doute aussi, Grispi, entre deux projets d'armements protestait de son attachement à la paix et de son amitié pour la France. La tension n'en était pas moins grande et la politique italienne en portait la responsabilité. Qu'enjoigne à cela le conflit d'intérêts exaspéré par la rupture commerciale et par notre protectionnisme, on mesurera la fragilité d'une paix à la merci de toutes les alertes \

Le 5 mai 1896, la mégalomanie de Crispi livrait son pays aux coups des Abyssins. Les lendemains de défaites sont favorables aux examens de conscience. L'Italie fit le sien. Des griefs méditerranéens l'avaient jetée dans la Triple Alliance. Or sa politique méditerranéenne n'y avait point trouvé de garanties et son négociateur, Mancini, n'avait, sur ce terrain, rien obtenu de Bismarck en 1882. Dès 1886, Robilant, ministre des Affaires étrangères, écrivait : « Je suis résolu à ne pas prendre l'initiative d'une rencontre avec le chancelier et d'une négociation nouvelle. En 1882, nous avons eu l'air de mendier l'alliance plutôt que de la négocier et,

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