POURCENTAGE DU COMMERCE EXTÉRIEUR DU MAROC
France et Algérie
Angleterre. . . .
Allemagne. . . , Espagne
Deux traits surtout caractérisent les relations commerciales de la France et du Maroc. La France africaine a besoin de la main-d'œuvre marocaine. Le Maroc a besoin des marchandises françaises. Notre commerce est, de plus en plus, un commerce d'importation. Plus qu'aucune autre puissance, par conséquent, la France doit souhaiter que l'ordre s'établisse dans l'empire chérifîen. Elle doit le souhaiter pour la régularité de ses ventes. Elle doit le souhaiter aussi pour la sécurité de ses nationaux. Le nombre des maisons françaises installées au Maroc n'est pas loin en effet d'atteindre 300. Les capitaux engagés dans les affaires commerciales (compagnies de navigation non comprises) se montent environ à trente millions de francs. Pour la plupart, les commerçants français résidants sont des travailleurs modestes, de petites gens, qui ont émigré pour vivre et qui, — maraîchers, boulangers, restaurateurs, épiciers, maçons, mécaniciens, — gagnent laborieusement, sur le sol du Maroc, leur pain quotidien. Le devoir de protection, qui incombe à leur égard au gouvernement français, ne peut donc pas être contesté.
Aussi bien, un intérêt politique, plus impérieux encore que l'intérêt économique, oblige la France à ne pas se désintéresser du Maroc. On a vu l'anar-
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chie profonde qui règne dans l'empire chérifien. En raison de la proximité, de l'unité géographique, ethnographique et religieuse, cette anarchie est une menace constante pour la tranquillité de l'Algérie. Tous les agitateurs algériens, Abd-el- Kader, les Oulad-Sidi-Cheikh, Bou Amama, se sont servis contre nous du Maroc comme d'une base d'opération. L'ordre au Maroc est la condition nécessaire de Tordre en Algérie. A fortiori devonsnous avoir l'assurance que l'anarchie spontanée, déjà redoutable par elle-même, ne s'aggravera pas de menées européennes, utilisant cette anarchie et l'entretenant contre nous. Ainsi se détermine la politique nécessaire qui s'impose au gouvernement français. 11 désire que l'ordre règne au Maroc. 11 désire encore qu'aucune puissance européenne n'y prenne une influence prépondérante, qui, en provoquant des troubles en Algérie, risquerait de compromettre notre situation africaine, notre situation méditerranéenne et, par contre coup, notre situation européenne. La défense d'un double intérêt, — un intérêt positif, le maintien de l'ordre, un intérêt négatif, l'exclusion d'une influence étrangère, '— telle doit être, à l'égard du Maroc, la règle de l'action française.
Durant de longues années, cette action a été incertaine dans son but et flottante dans ses pro-
cédés. Au lendemain de la conquête d'Alger, la bataille de l'Isly, le bombardement de Tanger et de Mogador affirmèrent aux Marocains notre puissance militaire. Mais cette œuvre de répression ne fut pas utilisée politiquement. Le traité de Lalla Marnia de 1845, par l'imprécision de ses disposisitions, révélait d'ailleurs les hésitations du gouvernement. A mesure que la colonisation se fit plus intense en Oranie, on en sentit mieux les inconvénients. De continuelles agressions, occasion de longues controverses, troublaient la sécurité de nos ressortissants. Et les réclamations, que nos ministres à Tanger étaient chaque année appelés à soutenir, n'avaient d'autre résultat que de donner au pouvoir chérifien, impuissant en fait sur nos confins, une artificielle existence. En vertu du « droit de suite », inscrit dans le traité de 1845, et d'accord avec le maghzen, la France dirigea, en territoire marocain, plusieurs expéditions répressives, celle du général de Wimpffen en 1870, celles de 1881 et 1882 à la suite de la révolte de Bou-Amama. Elle s'en tint pourtant, pendant près d'un demi-siècle, à des mesures isolées, sans atteindre le mal à sa source, ni préparer un remède durable. C'est seulement en 1900, par bonds successifs et sous la pression des circonstances, que le gouvernement français, en se décidant à occuper
le Touat, prit les premières sûretés que réclamait la défense de notre frontière du Sud. Un an plus tard, M. Revoil, gouverneur général de l'Algérie, convaincu que cette occupation même serait sans effet, si l'organisation ne succédait pas à la conquête, engagea avec le gouvernement marocain une négociation qui aboutit à l'accord du 20 juillet 1901, base désormais de notre politique.
Cet accord destiné, suivant les termes mêmes de son préambule, à « consolider les liens d'amitié existant entre les deux gouvernements et à développer leurs bons rapports réciproques en prenant pour base le respect de l'intégrité de l'empire chérifien d'une part et d'autre part l'amélioration de la situation de voisinage immédiat qui existe entre eux, par tous les arrangements particuliers que nécessitera le dit voisinage», instituait entre les deux gouvernements voisins une véritable collaboralion. Sans chercher à fixer, sur des sables imbornables et sur des tribus mouvantes, une frontière absolument stable, on convenait d'un échange de bons offices, tant en vue de la police que du commerce et des douanes. Une commission franco marocaine se transporta sur les lieux. Pour faciliter son travail, un second accord fut signé à Alger le 20 avril 1902, « en vue d'établir solidement la
paix, la sécurité et un mouvement commercial ». L'article premier disait : « Le gouvernement chérifien consolidera par tous les moyens possibles, dans l'étendue de son territoire, depuis l'embouchure de l'Oued Kiss jusqu'à Figuig, son autorité maghzenienne, telle qu'elle est établie sur les tribus marocaines depuis le traité de 1845. Le gouvernement français, en raison de son voisinage, lui prêtera son appui en cas de besoin. Le gouvernement français établira son autorité et la paix dans les régions du Sahara et le gouvernement marocain, son voisin, l'y aidera de tout son pouvoir. » 11 était en outre stipulé qu'une ligne triple de marchés, — français, mixtes et marocains, — avec perception de droits, serait créée entre le Maroc et l'Algérie. Le gouvernement français s'engageait à verser chaque année au maghzen une somme représentant les droits de douanes, afférant aux marchandises introduites du Maroc en Algérie entre le Teniet es Sassi et Figuig. Un accord complémentaire, en date du 7 mai 1902, précisa certaines des dispositions de l'arrangement précédent. Et la politique, ainsi définie, fut immédiatement mise en œuvre.
La France pratiqua cette politique dans l'esprit le plus large etle plus amical, mettant des instructeurs à la disposition du sultan pour ses troupes
de Figuig, d'Oudjda et d'Adjeroud (juillet 1902), lui facilitant la conclusion d'un emprunt (octobre 1902), ne le rendant pas responsable des sanglants combats de Taghit (août 1903), d'El Moungar (septembre 1903), ni même de l'agression commise à Zénaga par les gens de Figuig contre M. Jonnart, gouverneur général de l'Algérie (juin 1903). Malgré certains flottements dus à des influences algériennes et à des imprudences oratoires du général O'Connor, la collaboration continua. Comme l'écrivait M. Delcassé, « l'anarchie où se débattait l'empire chérifien ne nous permettait pas de faire retomber sur le chérif la responsabilité des actes dont nous avions à souffrir ». Nous laissâmes donc passer en franchise, sur le territoire algérien, l'argent, les armes, les munitions, les troupes mêmes dont le maghzen avait besoin pour lutter contre le Rogui (juin 1903). Nous lui donnâmes deux pièces d'artillerie avec leur matériel et leur personnel (août 1903). Un officier français, le capitaine Martin, fut chargé d'instruire les troupes chérifîennes de la frontière (septembre 1903). Le lieutenant algérien Ben Sedira, avec son canon, « qui portait l'effroi partout » , assura le succès de la mahalla dirigée sur Taza (oct.-nov. 1903). Le maghzen pouvait apprécier à la fois la nécessité de notre concours et son efficacité. Et, sous l'excellente
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direction du général Lyautey, nommé, à l'aulomne de 1903, commandant de la subdivision d'Ain Sefra, la paix de la frontière, si violemment troublée quelques mois plus tôt, commençait à s'établir*.
Celte pacification, si importante fût-elle , ne répondait cependant que de façon partielle au double intérêt, dont devait s'inspirer notre politique marocaine. Ce n'est pas seulement sur nos confins, c'est dans l'ensemble du Maroc que, commercialement et politiquement, la restauration de l'ordre nous était nécessaire. C'est à l'ensemble de l'empire chérifien que devait s'appliquer la politique de réformes et de collaboration. C'est à Fez qu'il fallait agir pour prévenir l'établissement d'une influence hostile à la nôtre. Le 8 avril 1904, l'accord franco-anglais nous garantissait le désintéressement de la Grande-Bretagne, jusque-là notre plus redoutable adversaire. Le désintéressement de l'Italie nous était acquis depuis plusieurs années. L'adhésion de l'Espagne allait intervenir six mois plus tard. Par une erreur fâcheuse, M. Delcassé perdit beaucoup de temps avant de tirer de cette situation nouvelle les conclusions nécessaires. C'est le 18 mai seulement que notre