LIVRE NEUVIÈME
Sommaire. — 359. Le sol (503). — 360. L'histoire (504). — 361. DescriptioD de la ville (506). — 362. La population (509). —363. Les maisons (511). — 364. L'administration (513). — 365. Les finances (513). — 366. L'instruction publique (514). — 367. La voirie et la circulation (516). — 368. L'industrie (518). — 369. Le commerce et la banque (519). — 370. Les consommateurs (519).
359. lie sol. — Paris, ayant une population et un budget plus considérable que certains États de l'Europe , mérite une place spéciale dans cet ouvrage.
Le lieu où la ville est située explique en partie sa grandeur. Si Ton regarde une carte géologique, on voit que le bassin de la Seine est composé, principalement du côté oriental, d'anneaux concentriques dont chacun représente une formation géologique (voir § 5j : Paris est à peu près au centre de ces cercles. Élie de Beaumont, frappé de celte convergence, Ta nommé le « pôle attractif »> de la France. En effet, si Ton regarde une carte hydrographique, on voit que la plupart des cours d'eau du bassin de la Seine se dirigent vers le centre comme autant de rayons et facilitent, par conséquent, l'arrivage des marchandises par bateau, et même l'établissement des routes. Paris se trouve un peu en aval du confluent de la Marne, principal afQuent de la Seine, et en amont du confluent de l'Oise, affluent non moins important pour la navigation. L'Ile de la Cité lui a servi de berceau. Cette Ile est d'ailleurs située dans la partie du fleuve la plus rapprochée de la Loire, qui était elle-même uno grande voie de commerce.
L'hydrographie explique l'existence et la fortune d'un grand nombre de cités. Des dix communes de France qui, sans compter Paris, ont plus de 100,000 habitants, sept sont dans ce cas : MarseillCf bâti dans la première anse favorable, près du débouché du delta boueux du Rhône ; Rouen, Nantes, Bordeaux, placés sur les trois autres grands fleuves, précisément au point extrême où la marée facilite la navigation ; le Havre, émule de Rouen sur la Seine ;
Lyon, au confluent le plus important en France pour le commerce, celui de la Saône et du Rhône; Toulouse, an coude de la Garonne, en face du seuil de Naurouse qui conduit à la Méditerranée.
La nature du sous-sol de Paris utilisable, en partie composé de matériaux (voir § 265 et suiv.), a facilité aussi la construction d'une belle et grande ville.
360. li'hutoire. — Sur le cours moyen de la Seine, dans une lie que Ton appela plus tard la Cité^ était, à Tépoque de la Gaule indépendante, une petite bourgade nommée Lutetia, nom auquel on a voulu faire signifier, par un jeu de mot sans fondement, ville de boue : c'était la cité principale de la petite peuplade des Parisii qui habitait les environs. Au nord, s'étendait une vaste plaine marécageuse, bornée par des collines dont la principale prit, àTépoque de Tintroduction du christianisme, le nom de Montmartre (mont des Martyrs) ; au sud, était une colline, nommée plus tard montagne Sainte-Geneviève, qui descendait jusqu'à la rive de la Seine, et, plus à Touest, de basses et vertes prairies qu'on désigna dans la suite sous le nom de Pré-aux-Glers. Au sud-est de cette colline, les Romains avaient construit de vastes arènes (aujourd'hui rue Monge) que l'on a déblayées depuis 1871. Il y eut durant la période romaine un collège de Nantes parisiens, bateliers de la Seine, qui paraissent avoir été les principaux marchands de Lutèce : on a retrouvé en effet dans des fouilles faites à Notre-Dame auxvm* siècle, un autel qu'ils avaient dédié à Tibère. Lutèce prit, sous la domination romaine, quelque importance. Au iV siècle, plusieurs empereurs s'y fixèrent afin d'être à portée de défendre le nord de la Gaule contre les barbares ; Constance-Chlore et Julien construisirent, sur la pente nord de la colline, un palais dont quelques ruines subsistent encore {les Thermes).
Après l'invasion des barbares, Clovis fixa sa résidence h Paris, qui demeura la principale capitale des rois mérovingiens. Les Carlovingiens, dont les ancêtres étaient nés sur les bords du Rhin, la dédaignèrent. Les pirates normands la pillèrent, et Paris amoindri se trouva de nouveau resserré dans la Cité. En 885, ces pirates l'assiégèrent, mais sans pouvoir s'en emparer.
Paris redevint définitivement la capitale de la France avec les rois capétiens, qui étaient eux-mêmeç, avant de porter la couronne royale, ducs de France et comtes de Paris. Au xii* siècle, avec Abélard et l'Université, la montagne Sainte-Geneviève se peupla d'écoliers; à la môme époque, la rive septentrionale commençait à se couvrir de niaisons où s'établissaient les gens de métiers.
et les Templiers construisaient le Temple. Au moyen âge, la batellerie de la Seine avait pris, comme au lemps des Romains, une grande importance. Les « Marchands de Teau », comme ils s'appelaient eux-mêmes, formaient une hanse, c'est-à-dire une corporation dont les privilèges étaient déjàanciens au xii« siècle : consuetudines eorum taies ut antique , dit une charte de 1192; la première charte qui mentionne les marchands bateliers remonte à Tan 1121. Cette corporation groupa autour d'elle les autres corporations, et son chef électif, le « Prévôt des marchands » finit par exercer les fonctions de maire à côté du prévôt du roi : de là, le navire qui est la principale pièce des armes de la ville de Paris.
En 1163, l'évoque (1) Maurice de Sully commençait la construction de l'église cathédrale de Notre-Dame. Philippe- Auguste, auxiu* siècle, bâtit la tour du Louvre, forteresse située à l'extrémité occidentale de la ville, fit paver deux rues, ouvrit les halles et donna à Paris sa première enceinte fortifiée. Saint Louis l'embellit de plusieurs monuments, entre autres la Sainte-Chapelle. Etienne Marcel (1357) fit agrandir l'enceinte septentrionale, et,en 1358,1e dauphin Charles, pour réduire la cité révoltée, campa sous ses murs. Au xv* siècle, Paris et ses environs furent désolés par les Armagnacs et les Bourguignons. Au XVI*, François P' et Henri II rebâtirent le Louvre ; Catherine de Médicis fit construire les Tuileries. Henri IV, qui avait dfi deux fois assiéger sa capitale (1589-1590), continua les Tuileries ; acheva presque l'hôtel de ville; commencé sous François I" à l'emplacement où se trouvait « la maison aux Piliers », siège de la municipalité; termina le pont Neuf, construisit la place Royale. Sous Louis Xlll, nouveaux embellissements et nouvelle enceinte fortifiée, formant la ligne actuelle des boulevards intérieurs. Ces boulevards furent plantés d'arbres sous Louis XV, lorsque la limite eut été reportée plus au nord. Sous Louis XVI, un mur d'octroi fut construit sur l'emplacement des boulevards extérieurs, qui demeurèrent à très peu près la limite de Paris pendant la première moitié du XIX" siècle.
Avec la Fronde et la bataille du faubourg Saint-Antoine, Paris avait vu les derniers troubles de l'ancienne monarchie. Depuis le 14 juillet 1789, date de la prise de la Bastille, la capitale a donné naissance à la plupart des mouvements populaires qui ont agité ou changé les gouvernements.
Napoléon 1" perça des rues et embellit la ville. Sous Louis-Phir
(1) L'archevêché ne date que 1622 ; l'évêçhé relevait de Seqg.
Un) LA FRANCE.
lippe, de nouveaux quartiers furent construits en deçà du mur d'octroi ; en 1840, fut commencée la conslructiou d*une vaste enceinte fortifiée, de 34 kil. de circuit et flanquée de forts détachés, enveloppant Paris et plusieurs communes de sa banlieue; cette enceinte est devenue, en 1860, la limite de la ville (voir fig. 138 et 139). Sous Napoléon III, de nouveaux quartiers se sont élevés ou ont été entièrement transformés par des constructions nouvelles; des boulevards et de larges rues ont été percés dans tous les sens, de manière à rendre les communications plus directes et plus faciles ; de grands travaux- ont été exécutés en vue de Tembellissement : le réseau des égouts a été complété. Aux eaux de la Seine, d*Arcueil, du puits de Grenelle et du canal de TOurcq qui Talimentaient. ont été ajoutées les eaux de la Dhuys, amenées par une longue série d*aqueducs et de siphons du département de TAisne jusqu'au grand bassin de Ménilmontant ; puis celles de la Vanne amenées des environs de Sens au réservoir de Montsouris.
Pendant la dernière guerre avec la Prusse, Paris a été assiégé par Tarmée allemande, de septembre 1870 au 28 janvier 1871, bombardé et réduit par la famine à capituler. A peine le siège était-il terminé, que Tinsurrection du 18 mars 1871 a occasionné plus do ruines encore (mars-mai 1871).
Sous la troisième république, l'avenue de l'Opéra, la rue Etienne- Marcel, etc., ont été ouvertes, THôtel de ville, incendié parTinsurrection de 1871, a été rebâti; le Trocadéro, Thôtel des postes, etc., ont été construits, ainsi que de nombreuses écoles. A Toccasion de l'Exposition de 1889, le Palais des machines et la Tour Eiflel ont été construits sur le Champ de Mars.
361. Description de la Tille. — Paris s'étend sur une surface de 78 kil. car. (7,802 hectares). La Seine, qui y forme, sur une longueur de 8 kil. un arc de cercle ouvert au sud et qui y est bordée de magnifiques quais, partage la ville en deux parties inégales, rive droite et rive gauche. Un grand nombre de ponts relient ces deux rives. La ville est divisée en vingt arrondissements, subdivisés eux-mêmes en quatre quartiers chacun et disposés en forme de spirale, depuis le i*' arrondissement, qui, placé au centre, comprend les Tuileries et parties avoisinantes de la rive droite, jusqu'au xx* arrondissement, qui comprend le quartier de Charonne et la partie située au nord-est de la place du Trône; les boulevards intérieurs et les anciens boulevards extérieurs servent de limites d'arrondissement.
La Seine forme l'île Saint-Louis, l'île de la Cité et, plus loin.
PAUIS.
rUe des Cygnes. La Cité esl aujourd'hui presque entièrement occupée par des édifices publics : Notre-Dame, une des œuvres les plus parfaites de Tart ogival et une des plus belles cathédrales de l'Europe, le Palais de Justice, la Sainte-Chapelle (voir fig. n** 243), la préfecture de police, le tribunal de commerce, THôtel-Dieu, des casernes.
La rive gauche est toujours restée, comme au moyen âge, la cité des écoles : c'est là que sont la Sorbonne, les Facultés de droit et de médecine, avec l'École supérieure de pharmacie, quatre lycées,
Fig. 243. — Vue de Paris.
rÉcole normale supérieure, l'École polytechnique, l'Observatoire, le Collège de France, l'Institut. Le jardin et le palais du Luxembourg où siège le Sénat et où est le Musée des peintres et sculpteurs vivants, le Jardin des Plantes, le palais du Corps législatif, les Invalides, le Champ de Mars avec l'École militaire, le Palais des machines et la Tour Eiffel, le Panthéon, le Val-de-Gràce, Saint-Sulpice, Saint-Germain-des-Prés, la plus ancienne des églises de Paris aujourd'hui existantes, le parc de Montsouris, sont, sur cette rive les monuments les plus intéressants et les promenades les plus fréquentées. Le boulevard Saint-Michel au centre, la
rue Monge à Test, les rues de Rennes, de Sèvres, et de Grenelle à Touest, avec les anciens boulevards extérieurs et le boulevard Saint-Germain, en sont les principales avenues.
La rive droite est, dans sa partie centrale, le grand foyer du commerce et de l'industrie. Elle est ornée de beaux monuments. Plusieurs bordent le quai : l'Hôtel de ville, rebâti après l'incendie de 1871 ; le Louvre, avec les inestimables richesses de ses musées ; le jardin des Tuileries ; la place de la Concorde, qu'orne un obélisque apporté d'Égyple sous le règne de Louis-Philippe et à laquelle font suite l'avenue des Champs-Elysées et l'arc de triomphe de l'Étoile, monument élevé aux victoires de la République et du premier Empire ;le Trocadéro et ses musées. Parmi les autres édifices remarquables h des titres divers sur cette rive sont les halles centrales, qui datent du second Empire; l'hôtel des Postes édifié sous la troisième République; le Palais-Royal, construit par Richelieu ; la Bourse; l'Opéra, une des œuvres originales de l'architecture contemporaine et la colonne Vendôme, à l'autre extrémité de la rue de la Paix; l'Elysée, résidence du Président de la république. On y voit de belles églises, comme Saint-Eustache, œuvre de transition entre le style ogival et celui de la Renaissance; la Madeleine, imitation moderne du style grec; de grands établissements publics, comme la Bibliothèque nationale et le Conservatoire des arts et métiers. Il y a deux grands jardins publics, le parc Monceau, et le parc des Buttes-Chaumont. Deux cimetières, Montmartre et le Père-Lachaise, sont situés de ce côté; le cimetière Montparnasse est sur la rive gauche.
La rue de Rivoli, qui, continuée par les rues Saint-Antoine et du Faubourg-Saint-Antoine, coupe la ville presque parallèlement à la Seine ; les boulevards intérieurs, qui dessinent un grand arc de cercle de la Bastille à la Madeleine et qu'animent la variété et Télégance des magasins, et une active circulation des voitures ; les anciens boulevards extérieurs, qui enveloppent de leur arc concentrique le vieux Paris; les grandes voies qui forment en quelque sorte les rayons de ce demi-cercle, telles que la rue Saint-Honoré, le boulevard Malesherbes, l'avenue de l'Opéra, la rue Montmartre, la rue Turbigo, la rue Saint-Denis, le boulevard de Sébaslopol, la rue Saint-Martin, la rue du Temple et leurs prolongements au delà des boulevards intérieurs, donnent de faciles débouchés aux quatorze arrondissements de la rive droite.
Cinq grands réseaux de chemins de fer, l'Ouest qui a deux gares, l'Orléans, l'Est, Paris-Lyon-Méditerranée et le Nord, ont leur tête
de ligne à Paris et sont reliés par le chemin de fer de petite ceinture.
A l'extérieur de l'enceinte fortifiée sont deux grands et beaux parcs, le bois de Vincennes à Test et le bois de Boulogne à Touest.
362. I^a populaiion. — La population de Paris était de 547,000 habitants au premier recensement (en 1801), de 1,696,000 à celui de 1861 qui a suivi l'agrandissement ; de 2,344,000 (population domiciliée) en 1886. De 1817 à 1856, la densité a été en augmentant de 20,765 habitants, à cette dernière époque, à 34,156; la
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Accpoissemcntde la population de Paris (1675-lP>r,6)
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