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comme le sont celles de coton ou de laine, il faut les diviser, les grouper en rubans continus et homogènes, et étirer ces rubans avec une parfaite régularité jusqu'à la finesse voulue pour finir le fil en le tordant. C'est l'opération que la fileuse faisait autrefois avec ses doigts, sa quenouille et son rouet, et que nos manufactures modernes finissent à Taide de métiers, qui contiennent jusqu'à mille broches tournant ensemble, d'un même mouvement presque invisible tant il est rapide, et produisent ainsi mille bobines de fil à la fois. Les fils servent, pour une faible portion, à faire, au moyen de
Fig. 176. — Atelier de tissage.
retordages, des fils à coudre. Mais la majeure partie est employée À la fabrication des étoffes.
Le tissage consiste à entrelacer les fils de manière à en composer un tissu. 11 y a de nombreux modes d'entrelacements, déterminant chacun une classe spéciale de tissu. Le plus usité est un entrecroisement à angle droit; malgré sa simplicité, il peut être varié de tant et tant de manières, qu'il fournit d'innombrables variétés de tissus. Sous sa forme la plus simple, il produit la toile.
Voici comment on procède. On commence par « ourdir », c'est-àdire par disposer parallèlement les uns aux autres des fils ayant chacun la longueur de la pièce d'étofl*e et tous ensemble la largeur de cette étofl*e, quelquefois même, pour les draps par exemple, une largeur plus grande; ces fils forment la « chaîne », qu'on enroule autour d'un cylindre, dit « ensouple », et qu'on tend sur le
métier à tisser. Ce métier est muni de deux lames correspondant à des marches mues par les pieds de l'ouvrière ou par le mécanisme même du métier; les marches sont montées de telle façon que tous leurs ûls ou lisses forment deux faisceaux liés Vun à la première marche, Vautre à la seconde, et que chacun d'eux commande un des fils de la chaîne. Quand la première marche s'abaisse, tous les fils impairs de la chaîne s'abaissent et les fils pairs s'élèvent; quand la seconde s'abaisse, tous les fils pairs s*abaissent pendant que les fils impairs remontent. Dans Tintervalle de chaque mouvement, l'ouvrière fait glisser, à l'aide de la navette, le « fil de trame », qui va sans cesse de droite k gauche et de gauche à droite, laissant à. chaque passage « ou duite » sa tramée de fil prise et serrée par le croisement des fils de la chaîne ; quand elle a ainsi tramé toute la chaîne, la pièce d'étoffe est faite.
C'est là le mode le plus simple de celte opération, qui presque partout se fait aujourd'hui, pour les étofl'es unies, au métier mécanique, et, pour les étoffes à dessins, avec des harnais compliqués, mais d'une merveilleuse simplicité relative, due àt la célèbre invention de Jacquart. On estimait en 1881 le nombre des métiers à bras à 81,000 {Rhône, Loire, Nord^ etc.), et celui des métiers mécaniquesactifs à 162,000 pour les quatre grandes industries textiles. (Voir plus haut le tableau de statistique pour l'année 1885.)
Après le tissage, la plupart des étofl*es reçoivent encore plusieurs mains-d'œu\Te avant d'être livrées à la consommation.
D'une manière générale, nous pouvons classer dans la catégorie des départements où l'industrie textile a le plus d'importance ceux qui, au recensement de 1866 (le mieux fait sous le rapport des professions) avaient le plus grand nombre d'habitants vivant des industries textiles : la Seine, le Nord, la Somme, la Seine-Inférieure, le Rhâne (et le Haut-Rhin^ aujourd'hui perdu) qui en avaient plus de 100,000 ; le Pas-de-Calais, Y Aisne, les Ardennes, la Marne, le Calvados, XEure^ les Vosges (et le Bas-Rhin, aujourd'hui perdu) qui en avaient de 100,000 à 35,000 et complétaient, avec Maine^t- Loire, la région industrielle du nord; la Loire et V Isère, qui en avaient aussi plus de 35,000, complétaient le groupe lyonnais.
La valeur de la production des industries textiles n'est pas connue. Si nous essayons de prendre la mesure de son importance générale et surtout de son accroissement à l'aide de quelques termes de comparaison, nous pouvons dire, en premier lieu, que l'importation des matières premières (laine, poils, soie, chanvre, lin, jute, colon) avait une valeur de 117 millions en 1830, de 276 en 1850,
de 1052 en 1869, de 1,024 en 1873, de 996 millions de fr. en 1886, el que chaque million achète aujourd'hui une plus grande quantité de matières qu'autrefois ; en second lieu, que le nombre des chevauxvapeur employés dans les industries textiles et industries annexes était, d'après les relevés de 1* Administration, de 14,900 en 1845, de 66,800 en 1865, de 81,500 en 1869 et de 151,000 en 1886.
Sur la valeur même de la production, on est réduit à des hypothèses. M. Block, membre de Tlnstitut, admettait pour celle de 1874 le chiffre de 3,420 millions (dont 500 pour le coton, 300 pour le lin et chanvre, 1,200 pour la laine, 900 pour la soie, 400 pour les mélangés, 126 pour les dentelles et broderies). Le rapport d'importance de ces industries a quelque peu changé depuis douze ans, mais sans qu'il y ait eu accroissement de la valeur totale; si elles vendent des quantités plus considérables, les prix de vente en général ont baissé. Nous pensons que 600 millions pour le coton, 500 pour le chanvre et le lin, 1,000 pour la laine, 600 pour la soie, 100 pour la dentelle et la broderie, en comprenant dans ces catégories les mélangés et la bonneterie, au total 2,800 millions, représentent à peu près l'état actuel de la production.
Les fils, tissus et vêtements confectionnés représentaient, en 1887, 600 millions à l'importation et 840 à l'exportation : différence, 240 millions, ce qui réduit la consommation nationale à 2 milliards 1/2 environ.
Dans cette somme ne sont compris ni les bénéfices des détaillants, ni les façons qu'on donne aux tissus pour en faire des objets d'ameublement ou de vêtement. On n'exagère certainement pas en supposant que le vêtement coûte aux Français plus d'un milliard de francs payés chaque année aux tailleurs et aux couturières^ dont plus du tiers représente le prix des façons. Nous n'entreprendrons pas de dresser un tableau complet des industries du vêtement, de l'ameublement et de la toilette; nous mentionnerons les principales et nous négligerons la plupart des industries toutes locales, comme celles du blanchisseur {i)ei du teinturier, dix tapissier, dncoiffeur, comme nous avons omis, à propos de l'alimentation, celles du pâtissier^ du restaurateur et rôtisseur, ei comme nous omettrons celles de chanson et de maréchal ferrant à propos des transports. Cependant la production de plusieurs de ces industries se chiffre par centaines de millions de francs. La plupart sont exercées, principalement ou même exclusivement, dans les villes et y ont d au-
(t) Un président de chambre syndicale évaluait en 18S2 k 350 millions «le francs la dépense de blanchissage pour la seule ville de Paris.
tant plus d*importance que la population est plus nombreuse. 298. Les cotonnades. — Le coton est une matière exotique. C'est
pourquoi il est relativement facile d*en mesurer la consommation par l'importation. *