‹ La France et ses colonies (volume 2)Chapitre 98 sur 171 · II · texte numérisé non relu

II

NH

Pig. 141. — Cours de la rente française (1798-1888).

mises h l'impôt de 3 p. 100 sur le revenu (toutes les valeurs mobilières ne sont pas soumises à cet impôt), d'environ un demi-milliard probablement pour les valeurs étrangères, soit un total de près de 3 milliards de revenu pour Tensemble des titres mobiliers.

D*une part, les capitaux de la France ont augmenté ; d'autre part, la population est plus considérable qu'au commencement du siècle, les habitants n'ont pas moins d'activité laborieuse et possèdent

des moyens de production plus énergiques, grâce au progrès de la science ; par conséquent il n'est pas douteux que le revenu national a augmenté. Nous pouvonfl même déclarer, sans crainte d'erreur, que ce revenu s'est accru dans une proportion plus forte que le nombre des habitants, et que, par conséquent, la moyenne par tête est plus forte aujourd'hui qu'autrefois : l'élévation du salaire et le développement du bien-être en sont des preuves. Mais il n'est pas moins difficile d'apprécier la valeur de ce revenu que celle de la richesse ; la connaissance de l'une ne fournirait même pas avec précision celle de l'autre, parce qu'il y a des richesses, par exemple les biens de jouissance, tels que tableaux, meubles, bijoux, etc., qui ne procurent pas de revenu; d'autre part, les capitaux actifs produisent des revenus inégaux, et enfin le travail de l'homme est une source de revenu plus importante que le capital.

Les hommes vivent en général de leur revenu; celui qui prend sur le capital pour subvenir à ses dépenses privées s'appauvrit et risque d'appauvrir la société avec lui. Le revenu de chacun provient de la production même de la richesse, soit directement en vertu de son travail, soit indirectement par un prélèvement sur le revenu d'autrui, résultant de celte production ; ainsi, le salaire, qui est le revenu des ouvriers, fait partie des frais de production des marchandises; l'intérêt du capital fait aussi partie de ces frais; les gages, qui sont le revenu des domestiques, sont payés sur le revenu des maîtres ; les achats que les particuliers font pour leurs besoins personnels sont des prélèvements sur leur revenu et l'argent qu'ils y consacrent paye à la fois les frais de production de la marchandise et le bénéfice, c'est-à-dire le revenu, du marchand. Quant au revenu de l'État, il consiste presque entièrement en prélèvements sur le revenu des particuliers ou sur leurs capitaux.

La somme de tous les revenus particuliers était évaluée à. moins de 4 milliards et demi en 1790 ; elle l'est aujourd'hui à 25 comme estimation moyenne. D'ailleurs les chiffres de 1790 et de 1887 ne sont guère comparables, parce qu'ils ne comprennent pas précisément les mêmes revenus et qu'ils ne reposent les uns et les autres que sur des calculs très hypothétiques ; un total formé de quantités dont les unes sont en parties prélevées sur les autres (par exemple, les revenus des domestiques sur les revenus des maîtres) serait une pure fiction.

En calculant sur 20 milliards, les salaires figureraient pour plus

de 7 (1); le revenu foncier, c*est-à-clire la rente des propriétaires pour près de 5 (2,645 millions pour la propriété agricole et 2,200 pour le revenu brut de la propriété bâtie); d'après les indications que fournit la nouvelle évaluation de la propriété bâtie, en cours d'exécution (1889), le revenu brut parait être supérieur à 2,200 millions; mais le revenu net était estimé eu 1885, d'après le seul revenu agricole provenant de l'exploitation par les cultivateurs, propriétaires ou non, pour 2,300 millions au moins (2). Le reste des revenus (5 à 6 millards) proviendrait des mines, de l'industrie, des transports et du commerce et représenterait, d'une part, l'intérêt des capitaux engagés et, d'autre part, la rémunération des entrepreneurs. Il nous paraîtrait téméraire d'en tenter une évaluation détaillée, mais nous sommes certain que, de ce côté, le revenu comme la production, a augmenté depuis un demi-siècle (3). Une

(1) Le recensement de 1886 a enregistré (p. 147 de Tintroduction) 9 4 18 000 employés, commis, journaliers, domestiques, c'est-à-dire salariés, dont 3 747 000 pour l'agriculture. D'autre part, la statistique décennale agricole de 1882 (p. 873 do rintroduction) donne seulement 3 434 000 Journaliers et domestiques et fixe (p. 39à) à 2 fr. 15 en moyenne le salaire agricole (2 fr. 22 en hiver et 3 fr. il en été pour les hommes, 1 fr. 42 et 1 fr. 87 pour les fenunes, et, en moyenne, à t franc par jour les gages des domestiques, nourriture non comprise), enfanta non compris; la statistique du ministère du commerce et de l'industrie porte à 3 fr. 18, dans les chers-lieux d'arrondissement (Raris non compris), en I88S, le salaire moyen de la petite industrie pour les hommes et à 2 fr. environ pour les femmes. On peut en induire qu'avec le salaire des enfants (y compris celui des domestiques et le prix de leur nourriture, etc.), le total n'est guère inférieur à une vingtaine de millions par jour, soit 6 milliards par an pour 300 jours de travail. Le salaire des personnes comprises dans les professions libérales, l'administration et la force publique, dépasse assurément 1 milliard et demi; le total général est 7 milliards et demi. Cependant, un rapport présenté à la Chambre des députés {Journal officiel du 10 mars 1889) donne seulement 6225 millions, à savoir: salaire de la main-d'œuvre des ouvriers agricoles, revenu du fermier, du métayer, etc., 2600 millions; revenu des ouvriers, employés et occupés par les patentés, 2 700 millions ; revenu des artistes, gens de lettres, professeurs et autres personnes exerçant des professions libérales, 600 millions ; salaires publics, 325 millions. Cependant l'auteur comprend dans son total certains profits avec les salaires; il fait, en outre, une catégorie des salaires privés qu'il ne porte que « pour mémoire », parce qu'elle est, dit-il, comprise en majeure partie dans les revenus de l'industrie et du commerce.

(2) Ce nombre, qui est inférieur à la rente foncière et nous parait trop faible, est dérivé de ceux que fournit la statistique décennale agricole, p. 401 de l'introduction (427 millions d'intérêts et 4 150 millions de gains, dont il faut retrancher 2 250 millions pour les salaires agricoles déjà portés en compte plus haut).

(3) On peut s'en faire une idée par les détails que nous avons donnés dans le livre VU et, en outre, par l'accroissement du produit des patentes (voir tome I, p. 494) et de plusieurs impôts directs ou indirects; par exemple, la redevance des mines est montée de 221 000 fr. à 2 793000 fr. de 1826 à 1888.

Richesse présumée des dépariemeniSy

d'après les valeurs provenant des successions et des donations

{Statistique du ministère des finances).

DftPARTEMEîTTS.

Seine

Nord

Seine-Inférieure.. ..

Seine-et-Oise

Rhône

Gironde

Pa8*de-« Valais

Calrados

Boiiche>-du-Rli6ne. .

Somme

Aisne

Hanche

Marne.

Seine-et-Mainc

Eure

Oise

Maine-et-Loire

Loire-Infèrieuro. . . .

llle-et-Vilain<>

Sarihe

Sa6ne-ei-Loire

Isère

Haate-Garonne

Eure-et-Loir

Orne

Hérault

Meurthe-et-Moselle .

C6te-d'0r

Loiret

Loire

Côtes-du-Nord

Finistère

Mayenne

Vendée

Puy-de-Dôme

Allier

Indre-et-Loire

Charente-Inférieure.

Ardennes

Tonne

Dordogne

Charente

Basses-Pyrénées.

Page 1