‹ La France et ses colonies (volume 2)Chapitre 97 sur 171 · LE RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

LE RÉSUMÉ

SoMHAiRB. — 356. Le résumé du commerce (485). — 357. La fortune de U France (488). — 358. La distribution géographique de la richesse (499).

356. l«e résamé dn commerce. — Le commerce, considéré au point de vue de l'importance du trafic, dépend de la production, puisqu'il ne peut porter que sur des produits nationaux et sur des produits étrangers obtenus en échange de valeurs nationales.

Considéré au point de vue des lieux où il s'exerce, il dépend des voies de communication et des agglomérations d'habitants. Les voies de communication conduisent les produits, qui d'ordinaire stationnent aux têtes de ligne de services maritimes et y sont l'objet d'échanges (Marseille, le Havre, etc.); les grandes aggloméralions d'habitants les produisent, les attirent et les consomment (Paris, etc.).

Le commerce français se compose du commerce intérieur, dont on ne saurait évaluer l'importance, et du commerce extérieur, dont le chiffre est un de ceux que la statistique recueille régulièrement (1). Le commerce extérieur, qui est assurément beaucoup moins considérable que le commerce intérieur et qui augmente, comme lui, avec l'accroissement de la production nationale, avec l'amélioration des voies de communication, avec la liberté des échanges, s'est, sous l'influence de cette triple cause, considérablement accru en France, comme nous venons de le voir : inférieur à un milliard il y a soixante ans, il est aujourd'hui de plus de 9.

Il a donc presque décuplé. Les voies de communication et les moyens de correspondance : chemins de fer, bateaux à vapeur,

(1) n y a pourtant de grandes différences à cet égard entre les évaluations faites par les douanes de deux nations, France et Angleterre par exemple, pour leur commerce réciproque.

MiliUrdi JtPrana

Commerce comparé delà France

avec cefui des autres

Grandes Puissances européennes

ci les Etais -Unis

Pig. 240. -~ Commerce compiré de la France, de» grandes puissances eoropéennes et des ÉUts-Unis (1845-1886).

poste, télégraphe d'un côté; de l'autre, les instruments de crédit se sont accrus aussi dans une proportion considérable et sont une des causes principales de ce progrès du commerce.

Le commerce général de la France (numéraire non compris) s'est élevé jusqu'à 10,726 millions en 1883. Depuis cette époque, il a presque constamment diminué sous diverses influences : réduction dans la consommation , concurrence plus vive des nations sur les

Fiç 240 bis. — Commerce comparé de la France et de l'Angleterre (1815-1845}.

marchés étrangers, abaissement des prix amené par cette rivalité et par le progrés des procédés industriels, tendance des nations à fermer leur propre marché par des tarifs douaniers protecteurs pendant qu'elles-mêmes cherchent des débouchés. De 1883 h 1887, en cinq ans, la valeur des importations au commerce spécial a diminué de 16 p. 100 et celle des exportations de 5.9. Dans le même temps, pour le Zollverein, la diminution a été de 3.6 et de 4.2 p. 100; pour l'Angleterre, de 15 et de 7.6 ; ce n'est donc pas seulement en France que la crise se fait sentir.

L'accroissement du commerce extérieur est un indice du progrès général de la richesse. Il n'en fournit pourtant pas la mesure, parce qu'il est très vraisemblable que les relations lointaines favorisées par une plus grande facilité de transport, ont fait plus

de progrès que la richesse même, tout en contribuant k ses progrès.

La France n'a pas eu d'ailleurs le privilège exclusif de cet accroissement de richesse. Toutes les nations, sous l'influence des mêmes causes, en ont leur part. Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de faire une étude comparative de leur commerce ; il suffit de mettre sous les yeux du lecteur les figures 240 et 240 bis, qui montrent le rang qu'occupe notre pays sous ce rapport et l'influence que les grands événements ont exercée sur les autres nations comme sur la nation française.

357. lift fortune de la France. — La tortune de la France se compose de valeurs foncières et de valeurs mobilières. Les valeurs foncières consistent en terres et améliorations foncières, en mines et sources minérales, en bâtiments, routes, ports et autres constructions fixées au sol. Les valeurs mobilières consistent principalement en meubles, linge et provisions à l'usage des personnes, en cheptel agricole et en outillage industriel, en produits de l'agriculture etde l'industrie, en approvisionnements du commerce, en matériel des transports par terre et par eau, en numéraire et en valeurs sur l'étranger. Les rentes surTÉtatfrançais, les effets de commerce, les créances hypothécaires,les billets de banque,les contrats d'assurance sur la vie, les actions et les obligations de compagnies dont le capital est en France, etc., ne doivent pas entrer dans le compte des biens existants, parce qu'elles ne sont que des assignations sur l'impôt ou sur des biens déjà comptés dans les catégories précédentes.

Les valeurs foncières ou mobilières peuvent exister à l'état de propriétés privées, c'est-à-dire appartenir à des particuliers ou à des sociétés particulières, ou à celui de propriétés publiques, c'est-à-dire appartenir à l'État, aux départements ou aux communes.

Un statisticien, M. Vacher, essayant, en 1878, de dresser un état de la valeur des propriétés publiques, a assigné une valeur :

De 7,628 millions aux routes nationales et départementales et aux chemins vicinaux, d'après les dépenses effectuées.

De 1,334 millions aux bois et forêts dépendant du ministère de l'agriculture.

De 2,412 millions aux bâtiments et terrains possédés par l'État en 1874 (1), sans compter les monuments historiques comme les

(1) Un tableau officiel des propriétés de l'État en 1879 donnait :

Propriétés affectées à un service public 21 16 millions.

Forêts de l'Étol 1263 —

Autres biens du domaine privé de Tj^lat (sans

compter les cathédrales, co&teaux,routes,etc.) 278 —

cathédrales et les châteaux, ni les collections artistiques deTÉtat et des villes dont il serait très difficile d'indiquer, même approximativement, la valeur, mais qui représentent sans aucun doute plusieurs milliards.

De 8 millions pour les propriétés foncières des départements en 1877, et de 1,800 millions pour celles des communes.

En totalité, 13 milliards environ.

Il n'a pas compté les résultats des travaux de voirie des villes, savoir : pavage, égouts, canalisation pour le gaz et Feau, promenades publiques, etc. ; ce sont pourtant des capitaux qui, s'ils ne rapportent pas d'intérêt en argent, procurent une somme considérable d'utilité aux citadins. A Paris, l'établissement d'une rue avec son pavage, ses trottoirs, ses conduits souterrains, coûte de 500 h 3000 francs le mètre courant ; en l'évaluant à 1000 francs seulement, on obtient un total d'environ 1 milliard de francs pour les 950 kilomètres de voies publiques de Paris et pour ses promenades. Or, on peut estimer que les voies publiques de toutes les villes coûtent pour le moins autant, et porter 2 milliards pour la voirie urbaine.

Il n'a pas compté les chemins de fer qui sont tous, h l'exception du réseau de l'État, exploités par des compagnies privées, mais dont la nue propriété, quant h ceux d'intérêt général, appartient h. l'État, ei ils représentaient un capital d'environ 13 milliards en 1888 (1).

Mais il classe dans une catégorie spéciale, h côté des propriétés pub]iques,les biens de main morte appartenant aux hospices,bureaux de bienfaisance, congrégations religieuses autorisées, fabriques,etc., et il attribue à ces biens une valeur totale de 3,146 millions.

Les évaluations que l'on a tenté de faire de la fortune privée des Français sont toutes incertaines; il est impossible d'en déterminer avec précision le montant, mais il nous parait intéressant de donner quelque satisfaction à la curiosité du lecteur en reproduisant les évaluations des principaux publicistes qui ont essayé de résoudre le problème, et en traçant un cadre général des éléments de cette fortune, quoique la plupart des cases de ce cadre restent vides, faute de renseignements (2).

(1) Sur ce nombre, S milliards environ représentent la dépense d*6tablissemeDt des 17 000 kilomètres construits depuis 1871.

(2) Voir notre ouvrage intitulé La Population française^ liv. 111, eh. iir,

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Le peu de concordance des catégories adoptées et des chiffres proposés par les auteurs est une preuve de la difficulté du sujet. Même en se bornant à un groupement beaucoup plus général, les divergences sont considérables.

RICHESSl

t (expriBM « Biniardi). |

limOBlUftEI.

MOBILlill.

TOTAU.

Évaluât, en 1789 d'après M. Foumier de Flaix. — 1820 — MM. Block

— 1853 — M. É. de Girardin.. .

— 1871 — M. Wolowski

— 1872 — le duc d'Ayen

— 1878-79- M. Vacher

iMi; J - M. de Foville

— 1885 j, Pournier de Flaix.

D'autre part, il n'est pas aisé d'établir des catégories qui remplissent les mêmes conditions, de n'omettre aucune valeur et de n'en compter aucune deux fois ; par exemple l'immeuble d'une compagnie anonyme peut être compté dans la propriété foncière en même temps que les actions qui représentent cette propriété le sont dans la propriété mobilière; d'autre part, il est impossible de donner une évaluation satisfaisante pour certaines catégories, comme les meubles meublants et les objets d'art. D nous semble pourtant qu'on ne se hasarde pas en admettant que la valeur du capital apppartenant aux particuliers a pour le moins triplé depuis un siècle et qu'elle dépasse aujourd'hui (1889) 220 milliards, malgré la dépréciation des valeurs qui s'est produite depuis 1880.

MM. de Foville et Vacher, considérant que tous les biens qui ne sont pas de mainmorte se transmettent nécessairement d'une génération à Tautre, et que la durée moyenne de la possession est d'environ 35 ou 36 ans (31 d'après M. Vacher) entre deux mutations, ont eu l'idée d'évaluer la fortune des Français d'après le montant des taxes payées pour les successions et les donations entre vifs. Les 6,200 millions, valeur moyenne annuelle, de 1881 à 1885, des successions et donations, représenteraient ainsi un capital d'environ 217 milliards, dont 52 p. 100 en immeubles et 48 p. 100 en valeurs mobilières. Un quart environ des valeurs mobilières se composait de titres de rentes sur l'État ou d'actions

et obligations. Les actions et obligations représentent des valeurs réelles qui se trouvent quelque part; mais les rentes sur TÉtat correspondent souvent à des emprunts dont la valeur est entièrement anéantie et il ne convient' pas de les considérer comme le revenu d'une richesse actuelle. D'autre part, beaucoup d'héritiers s'abstiennent de déclarer les valeurs au porteur, et les meubles meublants sont, sauf de rares exceptions, évalués bien au-dessous de leur prix marchand (1).

Si la fortune privée des Français, évaluée d'après les successions et donations, approche de 220 milliards, la fortune générale delà France, dont font partie les biens de mainmorte et les propriétés publiques, s'élève assurément h plus de 240 milliards.

Car pour établir le total de la richesse matérielle qui existe aujourd'hui en France, il conviendrait de compter toutes les propriétés publiques quelles qu'elles soient, sans en défalquer le montant des dettes de l'État dont le service aggrave la charge des contribuables, mais ne supprime pas l'existence des bien-fonds de TÉtat. C'est ainsi qu'on ne défalque pas non plus les dettes hypothécaires de la propriété foncière, parce que, quelle que soit la personne qui jouisse du revenu, la propriété n'en est pas moins un bien réel.

La valeur des successions et donations ayant étéestiméeà 1 ,766 millions en 1826 et à 6,429 en 1885 (6,386 en 1886), on pourrait en induire que la fortune privée a presque quadruplé, si les changements survenus dans la législation et dans la perception de Timpôt, ainsi que l'accroissement de la population, n'altéraient le rapport des deux termes du problème. Cette même valeur ayant été estimée à 4,337 millions en 1869, non compris le territoire perdu en 1871, on pourrait dire que l'accroissement du capital français, foncier et mobilier, a été d'environ 60 milliards en seize ans.

Après avoir essayé, comme nous venons de le faire, de donner

(i) En prenant comme exemple Tanuèe 1880, on trouve que, sur un capital de 5,265 millions taxés comme provenant de successions, il y en avait 2,788 millions pour les immeubles, 827 pour les titres mobiliers, dont &39 en fonds d'État (dont 200 par hypothèse, pour len fonds publics français), et 488 pour les autres valeurs mobilières françaises et étrangères.

Ces chiffres donnent une idée de la répartition de la fortune privée en biens immobiliers et mobiliers. La preuve qu'ils ne fournissent cependant pas une mesure exacte peut être tirée de cette remarque que les titres mobiliers autres que les fonds d*Ëtat, même en les multipliant par 81 comme M. Vacher l'a fait, ne font que 15 milliards; or les titres de chemins de fer français, lesquels ne forment assurément pas la moitié de tous les titres possédés par des Français, représentaient à eux seuls en décembre 1884, un capital de 10 milliards 1/2 réalisé en actions ou eu obligations par les six grandes compagnies et valaient davantage sur le marché.

Le commerce.

une idée de Ict fortune de la France soit par une évaluation directe des biens existant, soit par le montant des valeurs successorales, on peut ressayer aussi en calculant la valeur des titres mobiliers. Ces litres ne représentent sans doute qu'une portion restreinte des capitaux de la France. MM. Neymarck et Goste, en 1888, estimaient d'après l'impôt sur les valeurs mobilières, l'un à 80, l'autre à 70 milliards la valeur des titres mobiliers (i); cette même valeur avait été estimée par M. Wolowski à 55 milliards pour l'année 1871. L'accroissement, d'une époque à l'autre, qui est de 25 (évaluation Coste) ou de 15 milliards (évaluation Neymarck), représenterait les placements faits en titres mobiliers en dix-sept ans. C'est un indice de la puissance de l'épargne française; on n'exagère assurément pas quand on suppose que cette épargne, dont l'achat des titres mobiliers n'est qu'un des emplois (1), doit créer, en moyenne, plus d'un milliard et demi de capital par an.

Toutefois la somme des titres mobiliers n'est pas l'expression vraie de la fortune de la France. Si le gouvernement émettait de nouveaux emprunts, cette somme augmenterait, et cependant, loin de s'accroître, la richesse nationale diminuerait probablement, parce qu'il faudrait retirer aux Français chaque année, par l'impôt,

(1) A savoir :

Rentes françaises

Titres sur les départements et com-

munes

Actions et obligations françaises

— — étrangères....

Rentes étrangères

A déduire les valeurs françaises possédées parles étrangers et les valeurs étrangères encaissées à Paris par des étrangers

M. Neymarck. M. Coste.

M. Yves Guyot, dans la Science économique, porte aussi à 60 milliards (26 pour les fonds d'état français et les fonds étrangers, 34 pour les autres valeurs) la titres mobiliers. M. Vacher, & propos du travail de MM. Neymarck et Coste, propose 66 milliards ; il pense que les fonds d'états étrangers payés eu France représentent un capittil d'environ 10 milliards.

(I) Parmi les preuves de l'accroissement de l'épargne, on ne doit pas négliger le montant des dépôts aux Caisses d'épargne qui était de 711 millions en 1860 et de 2504 millions en 1888. Cet accroissement, quoique dû en grande partie à la loi qui a porté de 1000 francs à 2000 francs le maximum des dépôts individuels, témoigne assurément d'un progrès de la petite épargne.

une portion considérable de leur revenu et que le capital ainsi employé par l'État ne produirait peut-être pas un revenu équivalent. D'autre part, il est très vraisemblable que Taccroissement des valeurs mobilières, depuis cinquante ans, a été plus rapide que celui de la fortune réelle du pays, parce qu'on emploie beaucoup plus qu'autrefois la forme d'entreprises par actions et que la transformation d'une exploitation possédée par un particulier en compagnie anonyme n'ajoute rien h cette fortune.

Ce qui est certain, c'est que la multiplication des titres a facilité la diffusion des capitaux mobiliers. Il y avait assurément, dans les siècles passés, un grand nombre de petits propriétaires et surtout de très petits cultivateurs ; il est vraisemblable qu'il y a aujourd'hui plus de grands cultivateurs et il n'est pas douteux qu'il y a plus de petits propriétaires : en 1880, sur 14,264,000 cotes foncière8,on en comptait 7, 320,000de moinsdeSfrancs, 4,100,000 de 5 à 20 francs, et seulement 110,000de plus de 300 francs. Ry avait autrefois, surtout hors de Paris, très peu de rentiers sur l'État et surtout de petits rentiers ; le Grand livre de la dette publique portait, en 1814, 137,950 inscriptions pour une valeur de 63 millions de renies et, en 1888, 4,141,281 inscriptions pour 741 millions, soit en moyenne 456 fr. par inscription à la première date et 179 à la seconde; en 1886, les certificats d'obligations nominatives des grandes compagnies des chemins de fer français (614,407 certificats pour 19,451,606 obligations) ne représentaient guère chacun en moyenne qu'un revenu de 450 francs.

L'accroissement des titres mobiliers et même celui des capitaux ne signifie pas précisément plus grande abondance de capitaux : l'abondance, dans le sens économique du mot, dépend du rapport entre les capitaux qui cherchent un placement et les entreprises qui cherchent un capital. Le cours de la rente est un indice à cet égard ; ainsi la figure suivante, qui représente le cours de la rente 0 p. 100, régulatrice du marché jusqu'en 1852, et de celui de la rente 3 p. 100, régulatrice depuis 1852, fait voir : que les titres de rente étaient à bon marché, que par conséquent l'argent était cher et le capital disponible peu abondant sous le Consulat et au commencement de l'Empire ; qu'il est devenu abondant sous la Restauration et plus encore sous le règne de Louis-Philippe; que le taux de l'intérêt, par suite surtout de l'activité des entreprises, a été plus élevé pendant le second Empire que sous ce règne; et qu'il est revenu, depuis 1880, à peu près au niveau où il se trouvait de 1835 à 1846.

Le revenu des titres mobiliers, en 1887, était d^environ 850 millionspour la rente perpétuelle et la rente amortissable réunies, sans compter les pensions de retraite et les remboursements de capitaux; il était de 1 milliard et demi au moins pour les valeurs sou-

Francs

"* Cours de la rente française (1798*1888)

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