li'âipe asoVqve ci Tàge paléosoïqve. — A Tépoque des plus
anciennes révolutions géologiques auxquelles la science puisse remonter, Tespace occupé aujourd'hui par la France parait avoir été presque totalement couvert par les eaux de la mer. La première
butions directes). Voici quelques autres évaluations officielles : 52,906,293 hectares (Compte définitif des recettes de Fexercice 1881, Min. des finances, 1883); 5?,850,76) hect. (Compte définitif des recettes de l'exercice 1882; Min. des finances, 1884); 52,90^974 hect. (Exposé comparatif 1860-83. Commerce extérieur, Min. du commerce, 1885); 52,857,199 hect. (Résultats du dénomb. de 1881. Statistique générale, 188:)); 52,758,711 hect. (Situation financière des communes en 1884. Administration départementale. Min. de l'intérieur, 1884); 52,857,110 hect. (Rapport de M. Crisenoy en 1881. Administration départementale, Min. de Tintérieur, 1881). — Le général russe Strelbitsky, dans un travail fait avec beaucoup de soin sur la superficie des États d'Europe, a trouvé en prenant ses mesures planimétriques sur la carte de TÉtat-major au 320,000*, une superficie de 534,479 kilomètres carrés pour la France. En 188(;, le Conseil supérieur de statistique a émis le vœu que la mesure planimétrique des départements français fût prise sur la carte d'État-major au 80 000* et le service géographique de l'armée a entrepris ce travail, inachevé au moment où nous mettons sous presse et qui donnera environ 536,500 kilomètres carrés.
croûte solide du globe que nous connaissions et qui forma le fond des premières mers, lorsque les vapeurs aqueuses se condensèrent, se compose de schistes cristallins et de granits. Ce sont des masses qui vraisemblablement émergèrent en forme d'îles au milieu des eaux et auxquelles se soudèrent d'autres roches formées au fond des eaux par voie de sédimentation, sous l'influence de la chaleur terrestre, qui était considérable à cette époque. Quelquesuns de ces schistes présentent une structure cristalline, comme les gneiss, d'autres une apparence lamellaire, comme les micaschistes et les talcschistes. Ils constituent les terrains primaires et les premières assises inférieures de la Terre.
Des masses considérables de roches ont fait éruption à travers ces schistes et ont contribué à en modifier la structure en couvrant elles-mêmes de vastes espaces. Les plus anciennes roches éruptives sont les roches granitiques, granit, protogyne, syénite, qui, d'une part, font partie des assises inférieures de la Terre et, d'autre part, se trouvent en maint endroit associées et superposées aux schistes cristallins.
Schistes cristallins et roches granitiques se trouvent aujourd'hui à la surface du sol dai:\^ le Massif central, le Mof^van, le Bocage Vendéen, la Gatine, la Bretagne méndionaley etc. Us ne formaient peutr-ètre, à l'époque primitive, qu'une même île s'étendant jusque sur les granits des Alpes, des Maures, de la Corse occidentale et des Vosges, Ces terrains, ainsi que certaines parties des Pyrénées, paraissent n'avoir jamais été recouverts par des stratifications plus récentes, et, par conséquent, depuis cette période qui a eu certainement une très longue durée, ils n'ont probablement jamais dû s'abaisser au-dessous du niveau des mers.
Y avait-il d'autres terrains émergés que ceux qui montrent aujourd'hui leurs roches primaires à nu? Sans doute, certaines îles ou parties d'îles de cette période se sont afl*aissées à une époque postérieure et ont été, comme presque toute la masse des terrains primaires qui constituent les premières assises de la croûte solide du globe, recouvertes par des dépôts postérieurs. D'autre part, des régions, où les premiers terrains sont à nu aujourd'hui, ont supporté, à certaines époques, des couches stratifiées que des bouleversements, des érosions surtout, ont ensuite balayées et fait disparaître. Une grande incertitude règne sur l'état de la terre durant ce premier âge, que l'on nomme âge azolque, parce qu'on n'y a rencontré jusqu'ici aucune trace d'êtres animés.
D'autres roches éi^ptioes, également azoïques» les roches porpkyriques (porphyre, serpentine, mélaphyre), ont été, à diverses reprises, durant les périodes géologiques suivantes, poussées jusqu'à la surface du sol, soit par l'action des volcans, soit par d'autres causes.
Au fond des mers primitives se formèrent, par la décomposition du granit et des schistes, ici des grès, là des vases argileuses, plus loin, dans les grandes profondeurs, des calcaires composés en partie de la dépouille des mollusques, en partie de la décomposition des roches. En même temps que ces dépôts s'accumulaient, des affaissements, des soulèvements successifs et des contractions de la croûte terrestre, qui se refroidissait, modiOaient les rivages et, en général, étendaient la superflcie des terres émergées. C'est durant la longue série de ces révolutions que les golfes profonds et les détroits qui coupaient les îles du nord de la Bretagne se comblèrent par le soulèvement du terrain cambrieny composé de schistes satinés, de quartzites, de phyllades; du terrain silurien, composé de poudingues et de conglomérats, de schistes ardoisiers, de grès, de calcaires compacts; du te7*rain dévonien, composé de grauwacke, de calcaire de Givet, de psammites, de vieux grès rouge, et renfermant l'anthracite. La grande île de la France centrale s'étendit sur le Cotentin, le Maine et bien au delà; c'est alors qu'apparut le vaste plateau de l'/lrdenne et des provinces rhénanes, à Iravers lequel le Rhin devait plus tard trouver un passage et qui se prolongeait peut-être, à Touest, jusque dans le Bas-Boulonnais actuel ; c'est alors aussi que s'agrandirent les Pyrénées et les Vosges méridionales, unies alors au Schwarzwald.
De plus, la chaleur intérieure du globe et les autres causes déjà indiquées agirent fortement sur les stratifications de ce second âge. Elles les métamorphosèrent, pour ainsi dire, en terrains cristallins, et elles donnèrent ainsi naissance à des marbres et à des ardoises. En même temps, les soulèvements et les contractions du sol disloquaient presque partout les couches. Des êtres animés commençaient à peupler le globe ; leur présence, constatée dans un grand nombre de couches, a fait donner à cet âge le nom A'âge paléozoîque, c'est-à-dire âge des anciens animaux (mollusques et poissons) dont les espèces sont aujourd'hui perdues. On désigne par le nom général de terrains de transition l'ensemble des terrains formés depuis le terrain silurien j squ'au terrain pénéen. Ces terrains, avec les roches éruptives des terrains
primaires, occupent environ le dixième du territoire de la France, Vers la fin de la période primaire se déposa le terrain carbonifère^ composé de calcaire carbonifère (dans lequel se trouvent le petit granit et le marbre du Bourbonnais) et de grès houiller et renfermant, au milieu de ces couches, les dépôts de houille. La houille 8*y est tantM accumulée par Tapport de végétaux que les fleuves entraînaient et qui se déposaient sur le calcaire carbonifère constituant le fond d'une vaste mer, comme sur les deux venants de l'Ardenne; tantôt elle s'est formée sur le fond des terrains anciens, dans les anses de la mer, dans des lacs ou des tourbières, comme autour du Massif centrai Dans nos tourbières actuelles, les végétaux sont en général de petite dimension; dans les tourbières de la période carbonifère, les lycopodes s'élançaient à 20 mètres et plus de hauteur et les fougères arborescentes, dont on a retrouvé les traces (voir la flg. 2), comptaient quatre fois * fougère «uTï^îwuUiè!"^ plus d'cspèccs quc les fougères de la flore
actuelle.
Ces marbres, ces ardoises, ces houilles, ainsi que la plupart des filons métalliques, sont situés dans les terrains paléozoïques et dessinent encore à peu près le rivage des mers et des lacs durant cet Age; ils forment pour ainsi dire des ceintures autour des dépôts plus anciens.
Au-dessus du terrain carbonifère est le terrain pénéen ou pei*mienf grès rouge, schistes cuivreux, calcaire magnésien. C'est donc dans ce terrain qu'on a découvert le plus ancien mammifère ; les géologues en font tantôt le dernier étage des terrains de transition et tantôt le premier étage des terrains secondaires.
4. i,te« tcrrmiBs necoiid aires. •— Les terrains de la période secondaire sont les plus développés en France où ils occupent une surface de 170,000 kilomètres carrés (105,000 pour les terrains liasiques et jurassiques, 65,000 pour les terrains crétacés;, c'est-à-dire près du tiers du territoire.
Au début de cette période, il y eut comme une seconde époque de transition pendant laquelle se déposèrent, au-dessus des tei^ rains primaires, les couches du trias, composées de grès bigarré, de calcaire coquillier et de marnes irisées. Celte formation a laissé autour du Massif central un chapelet de petits dépôts émergés ; elle a agrandi la contrée des monts des Maures, celle du Cotentin, celle des Pyrénées, et a mis à découvert, sur toute la
région des Vosges, une très vaste étendue de territoire qui se prolongeait alors jusqu'à TArdenne et sur presque toute la Haute- Allemagne. Le soulèvement du Morvan, qui s'est élevé jusqu'à une altitude de 900 mètres et plus et celui du Thuringerwald ont fait émerger ces terrains, modifié la forme de la mer triasique et marqué la fin d'une période.
Ensuite commença l'époque jurassique. La mer, qui, par suite d'affaissements du sol, couvrait alors une grande partie de notre* pays, a été désignée par les géologues sous le nom de mer liasique ; les couches qui se déposaient au fond de cette mer sont les couches du lias, composées d'abord de l'infra-lias et du lias inférieur. Dans ce dernier se trouve la gryphée arquée, espèce particulière d'huître (Voir la fig. 3) qu'on rencontre en grande quantité autour du Massif central, à l'ouest de la Bretagne, au sud et à l'ouest des Vosges et qui peut servir à dresser une carte, très hypothétique sans doute, des terres de France, telles qu'elles étaient émergées dans cette antiquité préhumaine (Voir la fig. 4). Audessus du lias inférieur se déposèrent lo lias moyen, le lias supérieur, les marnes Fig. 3. — Grypbéc urqmc supra-liasiques. Le Massifcentral était Tile
principale, bordée de diverses couches concentriques, rattachée au Morvan, mais séparée de l'Ile des Cévennes méridionales par un détroit ; au sud, les Pyrénées formaient une longue île, ou peut-être un chapelet d'îles entrecoupées de détroits : au sudest, les Alpes constituaient un autre archipel dont les îles étaient, comme les bandes de terrains primaires de la chaîne actuelle, orientées du sud-sud-ouest au nord-nord-est, et qui renfermait peutêtre une grande île s'étendant des monts des Maures jusqu'en Ck>r8e ; au nord-est, le massif des Vosges et de VArdenne constituait, avec la Haute-Allemagne, une seule et vaste terre dont la limite occidentale, du côté du Pas de Calais actuel, est encore peu déterminée; au nord-ouest, la grande île de Bretagne, qu'un affaissement de l'isthme poitevin avait isolée du Massifcentral, se prolongeait dans le Cornouailles et dans le Pays de Galles.
Une très grande partie du sol français doit son existence à l'époque jurassique. Durant cette époque, qui, outre le lias, comprend Yoolithique inférieur avec l'oolithe inférieure et la grande oolithe, Yoolithique moyen avec les étages oxfordien et corallien, Yoolithique supérieur avec les étages astartien, kymmeridgien et
portiandien, les dépôts de grès, d'argile et surtout de calcaire donnant les belles pierres à bâtir de Caen et de Bourgogne; il y avait trois grands bassins maritimes, le bassin parisien au nord, le bassin aquitanique au sud-ouest, le bassin méditerranéen au sud-est. Les diverses couchesjurassiques se déposèrent dans chaque bassin d*une manière symétrique, les unes au-dessus des autres, et, à mesure que des soulèvements relevaient les massifs plus anciens auxquels elles étaient accolées, elles apparaissaient au-dessus des mers en formant une série d'arcs de cercle concentriques.
Fig. 4. — Terrains émergés à l'époque liasique.
Les terrains jurassiques, ainsi émergés, formèrent toute la région du Jura, d'où ils tirent leur nom, et se prolongèrent sur loute la ligne des îles alpestres {Savoie, Dauphiné) qu'ils soudèrent presque toutes; ils créèrent le Plateau de Langres, le Dassigny et le reste de la Lorraine, déjà ébauchée par le trias ; une grande partie de la Bourgogne, du Nivernais et une partie du Berri et du Poitou; la partie occidentale du bassin parisien, le pays de Bray et le Bas- Boulonnais qui furent soulevés postérieurement ; ils comblèrent le détroit qui séparait les Cévennes méridionales du Massif central, en formant la région des Causses et du Quercy, et ils agrandirent à l'ouest le rivage normand jusque dans le Perche,
Les trois bassins maritimes, qui, pendant la période jurassique.
furent séparés par la barrière du Poitou d'une part, par le soulèvement de la Côte cTOr d'autre part, devinrent des golfes. Cependant la barrière du Poitou ne fut complètement formée qu'au milieu de la période, après le dépôt des assises oxfordiennes. Ainsi était dessinée par avance la forme de trois grands bassins fluviaux de la France moderne, Seine, Garonne et Rhône; ces deux derniers toutefois communiquaient par leur partie méridionale.
En même temps, la vie devenait plus variée sur le globe. Tandis que des monstres amphibies, que des coquillages innombrables, comme les ammonites (voir la fig. 5), peuplaient les mers, de gigantesques sauriens hantaient les forêts marécageuses.
Dans ces mers que les terrains émergés avaient rétrécies et sur les bords de ces trois golfes, se déposèrent, en zones également concentriques, les couches profondes des terrains crétacés, crétacé inférieur, renfermant le grès vert, le terrain wealdien, les calcaires néocomiens, les marnes aptiennes, le gault; puis crétacé supérieur, renfermant la craie glauconieuse, la craie marneuse, la craie blanche, le calcaire pisolithique, etc.; Fig. 5^ AmmoaUc.
en même temps que des dépôts d'eau
douce se formaient dans les nombreux et grands lacs du terrain jurassique. Dans le golfe parisien, les dépôts maritimes, successivement émergés, dessinèrent un grand arc de cercle concentrique aux terrains jurassiques et créèrent la Basse-Normandie ^ le Bas-Maine, une partie de V Anjou, le Saumurois, le reste du Poitou, une partie du Nive7*nais, la Champagne, une grande partie de la Picardie et V Artois en se rattachant à l'île du Bas-Boulonnais. Dans le golfe aquitanique, ils créèrent, au nord, la Saintonge et une grande partie du Périgord; au sud, une partie du Béarn et du Bas- Languedoc, Dans le golfe méditerranéen, ils s'étendirent sur le Roussillon au nord des Pyrénées, sur le Vivarais ; ils couvrirent le Dauphiné et la Provence d'une suite de massifs allongés au pied des Alpes et rattachèrent la région des Maures au reste de la région alpestre.
C'est jusque dans les couches de sable reposant sur la marne imperméable du terrain crétacé supérieur, à 600 mètres environ de profondeur, que plongent les puits artésiens de Paris; de ces puits jaillit l'eau qui, à la suite des pluies, s'est infiltrée dans le sol à l'extrémité de la Champagne où ces mêmes couches affleurent
iO LA. FRANCE.
et d'où elles s'inclinent en pente douce sous terre vers Paris (voir fig. 9, page 13).
5. Eies terrains terUmlreii. — Les traits principaux de la configuration actuelle de la France étaient df]k arrêtés à la fin de la période secondaire (voir fig. 6 la carte de la France à l'époque éocène, c'est-à-dire à la première époque de la période tertiaire).
Durant la période tertiaire, lorsque la mer battait les rivages émergés à la fin de la période crétacée, les golfes, devenus plus étroits, se fermaient de temps à autre pour se transformer en lacs d'eau douce; puis, la digue cédait de nouveau et les lacs, comme le Zuiderzée de nos jours, redevenaient des golfes. Cependant de nouveaux dépôts, tantôt marins, tantôt lacustres, plus divers et généralement moins étendus que les précédents, se formaient. Ces dépôts ont constitué les terrains tertiaires, qui occupent p/us du quart du territoire français (env. i50,000kiL c) et qui comprennent eux-mêmes trois étages : Yéocène, renfermant l'argile plastique, les sables du Soissonnais, le calcaire grossier, les sables de Beauchamp, le gypse ; le miocène, renfermant les sables de Fontainebleau, le calcaire de Beauce, les fahluns de Touraine et du Bordelais» le nagelfiuh, la molasse d'eau douce inférieure, la molasse marine ; le pliocène, renfermant aussi la molasse et le calcaire d'eau douce. Durant cette période, la flore et la faune se rapprochaient déjà sensiblement des espèces de la période contemporaine ; dans les forêts, le noyer poussait à côté des pins ; des mammifères, le paléothérium, ressemblant à notre tapir, le dinothérium, muni de défenses comme l'éléphant, habitaient les terres. Des terrains tertiaires se sont déposés au centre des trois grands bassins, créant, dans le bassin parisien, V Ile-de-France avec le pays Chartrain, formé de dépôts lacustres, la Beauce, une grande partie de la Touraine et de YOrléanais, la Puisaye. Un large détroit, limité à Test par l'extrémité de l'Ardenne et à l'ouest par le promontoire de l'Artois uni alors à l'Angleterre actuelle, faisait complètement communiquer ce bassin avec le bassin du Nord où se déposaient, au nord, les terrains de la Flandre et de la Basse- Belgique. Ces terrains ayant formé, avec la vallée centrale de la Seine, le fond d'une même mer, ne devaient être séparés de cette vallée par aucun accident très saillant du sol : aussi, de ce côté, n'existe-t-il actuellement aucune limite physique nettement déterminée qui ait pu servir à fixer les limites politiques des États. Dans le bassin aquitanique, s'est déposée presque toute la riche plaine de la Guyenne et de la Gascogne, avec les Landes; dans le
bassin méditerranéen, Xk plaine non moins fertile de la Bresse^ le Viennois^ une notable partie de la Provence et du Bas- Languedoc, VAkaceei le duché de Bade étaient alors un vaste lac, bordé parles Vosges et par le Schwarzwald. En outre, durant certaines parties de la période, les golfes maritimes pénétraient fort avant dans la région alpestre ; les petites plaines de la Ltmagne, du Forez, de Digne étaient occupées par des lacs; un détroit, qui forme aujourd'hui le passage de Naurouse, unissait le bassin aquitanique au bassin méditerranéen.
Fig. 6. — Terraios émergés au commeDcemeot de la période tertiaire.
L'emplacement et l'étendue des mers et des lacs de la période tertiaire ont beaucoup varié ; la carte (voir les parties ombrées de hachures horizontales sur la fig. n® 6) indique les espaces qu'ils paraissent avoir successivement couverts, tantôt ici et tantôt là, ramenant alternativement sur certains points Teau douce et Teau salée et créant une série nombreuse de couches, comme on peut le voir par la coupe du mont Valérien (voir la fig. 7). C'est dans ces couches que Paris, situé au centre d'un bassin tertiaire, a trouvé presque tous les matériaux de ses constructions, Targile de ses briques, le calcaire grossier de ses pierres de taille, le plâtre ou gypse formé dans l'eau saumâtre, le sable et la meulière. Cette dernière roche, particulièrement intéressante pour le
géologue, résulte d'un précipité de silice tenue en solution dans Teau, tantôt moulée sur les coquillages dont elle prenait la place, tantôt boursouflée sous Taclion des gaz.
En même temps que se formaient les dépôts sédimentaires, des éruptions amenaient des profondeurs de la Terre certains matériaux qui, en se solidifiant, devenaient des roches cristallines, telles que les porphyres du Morvan et les diorites de la Bretagne, Ce phénomène d'éruption avait eu lieu dans toutes les périodes; mais, après un ralentissement marqué durant les époques jurassique et
TeRRilN TRRTIAIRK.
Meulières de la B«uic(^ :-i:{-^
Sables de Fontainebleau V- '
Glaises rertcs
Couches altem. de marne et de gypse. Lr^^jv^
Passage du chemin de fer ',,... Wf\!^^
Travertin de Saint-Oucii ^:: T'-,^ . . , .^^^
Sables de Beauchamp [^ f^^pT'^'^^T^r^,;;-^^^'^'^^^^ 3
Marnes blanches .. ËÎJnr^ ^"litiî ttfri^iiwj-l-fc^.TTh^ ^ -A
Calcaire grossier
Argiles plastiques et snblos inrérieurs. .
TeRHIIN CRiTACé
Fig. 7. — Coupe geologiijuc du mont Valerieu.
crétacée, il reprenait une nouvelle vigueur dans la période tertiaire. 6. lies dernlerfli sovlèTements et les terrains quaternaires. —
Les couches formées par l'accumulation successive de la vase, des grains de sable ou des débris de coquilles ne conservent pas partout leur parallélisme et leur horizontalité. Les soulèvements, les afl*aissemenls, les contractions, les déchirements de la croûte terrestre les ont, ainsi que nous l'avons dit, en maint endroit rompues, disloquées, relevées (voir la fig. 8). Les terrains tertiaires n'ont pas été à l'abri de ces révolutions.
Parmi les derniers grands soulèvements qui, en altérant cette
Fig. 8. — IMissemeiit^ et fracturer des terrains stratifiés.
horizontalité, ont modifié le relief de la France, celui des PjrrénéeB, qui a eu lieu vers le commencement de la période, a fait saillir à
iA-
plus de 3,000 mètres au-dessus du niveau de la mer la longue crête de la chaîne ; il a percé en plusieurs points les couches sédimentaires par des jets de roches Irachytiques ou basaltiques ; il a porté le terrain nummulitique presque sur les sommets et façonné en quelque sorte le relief de la France du sud-ouest. Les torrents impétueux, qui s'échappaient de ses flancs, rongeaient ses vallées, projetaient, en l'étalant en éventail, l'argile sableuse d'alluvion, dite lœss pyrénéen, dans la vallée de la Garonne et créaient ainsi le plateau de Lannemezan et les coteaux de l'Armagnac.
Le soulèvement des Alpes Occidentales est dirigé vers le nord-nord-est ; la chaîne de Belledone en fait partie.
Plus tard, celui des Alpes Centrales, dirigé vers Test-nord-est, a été le plus important de tous ceux qui ont donné à la France et à l'Europe centrale leur configuration actuelle. Le dernier soulèvement alpestre a en effet redressé en longues crêtes, que séparent de profondes vallées, les terrains jurassiques, crétacés et tertiaires de la Savoie, de la Provence et du Dauphiné ; il a porté le terrain nummulitique h 3,150 mètres de hauteur, au sud de Barcelonnette ; il a, probablement aussi, par sa poussée, plissé le Jura en lignes parallèles, redressé vigoureusement le bord oriental de la Côte d'Or et du Plateau de Langres ; il a contribué peut-être, avec les érosions produites par les eaux, à faire saillir dans le bassin parisien la série de coteaux, disposés en arcs de cercles concentriques, qui marquent la limite de chacune des couches et qui forment autant de bourrelets relevés
14 U FHAiNCK.
dans un sens contraire à celui de la pente générale (voir ûg. 9).
Au commencement de la. période quaternaire, le climat était froid et très humide. Des glaces polaires venaient probablement jusque sur les rivages qui sont devenus la bordure septentrionale du plateau de l'Ardenne. D'immenses glaciers, que rappellent aujourd'hui ceux du Groenland, couvraient les longues vallées des Alpes et s'étendaient jusqu'au pied des Gévennes. Ils creusaient les vallées et nivelaient le fond des plaines; le Valais tout entier, avec le lac de Genève, parait avoir été lelitd'un des plus grands glaciers de cette période. Deux époques glaciaires, d'ailleurs« se sont succédé. La précession des équinoxes, qui donne lieu à une période astronomique de 26,000 ans et en vertu de laquelle l'hiver de notre hémisphère a été, il y a plus de 6,000 ans, ce qu'il est dans l'hémisphère austral aujourd'hui, peut en partie expliquer ces changements de température. La prédominance des vents de sud-ouest; le courant général des eaux superficielles de l'océan Atlantique boréal vers le nord-est; l'apparition du « sirocco » et du « fœhn >» qui, d'après l'opinion très contestée, d'ailleurs, de certains géologues, ont commencé à soufflera l'époque tertiaire peut-être, après que le Sahara fut sorti du fond des eaux; peuvent être invoqués aussi pour expliquer ces changements.
De grands courants d'eau descendirent de la région des glaciers. Us formèrent par leurs dépôts les terrains diluviens* Ils comblèrent sur certains points les vallées par leurs déblais ; ils sillonnèrent les terrains secondaires et tertiaires d'érosions profondes dans lesquelles coulent aujourd'hui la plupart des rivières et qui sont dirigées vers le nord-ouest, conformément à la pente générale imprimée au sol par le soulèvement alpestre, surtout dans le bassin parisien et dans la plaine des Flandres et des Pays-Bas. Le Rhône créait son delta et remaniait la côte de la MéditetTanée ; V Alsace se couvrait de sable et de limon apportés des Alpes par le Rhin. La plupart des cours d'eau charriaient aussi des sables, des cailloux, de l'argile, et déposaient en maint endroit un lœss fertile, mince épidermc qui recouvre des terrains plus anciens.
Durant la même période, lo Massif central, que des éruptions volcaniques [mont Dore, Puy de Dôme) avaient déjà couvert de basaltes et de trachytes depuis le commencement de la période tertiaire, redevenait le théâtre de nouvelles éruptions dont les cratères sont encore, pour la plupart, visibles aujourd'hui {Puy de Pariou, etc.) et le terrain, dans les parties voisines, se soulevait à plus de 1,000 et même de 1,800 mètres d'altitude.
LE SOL. lii
Le sol de la France avait alors son relief actuel. L'iiommOi dont quelques géologues croient trouver des traces presque dans le terrain tertiaire, existait certainement à cette époque. On retrouve enfouis dans le terrain quaternaire ses outils, des haches de pierre, des haches de bronze, et même de bronze et de fer et d'autres ustensiles correspondant h des âges divers de la civilisation primitive. De grands ours habitaient alors les cavernes et le renne hantait les plaines pendant la période glaciaire.
7. 1«es rapports de la yéoloflple aree Phlstolre et la géographie. — Bien des traits de Thistoire géologique de notre sol sont encore obscurs; l'esquisse que nous venons d'en tracer peut soulever beaucoup d'objections. Néanmoins l'existence des divers terrains, dans les provinces où nous les avons signalés, et leur âge relatif sont des faits certains qui ont une importance considérable au point de vue de la géographie et de l'histoire.
La constitution géologique explique le relief actuel du sol qui en est la conséquence directe. Elle aide à comprendre le régime des eaux, celui des eaux stagnantes sur les terrains imperméables et celui des eaux courantes ; ces dernières, sur les terrains imperméables et surtout sur les terrains granitiques, glissent dans les ravins en nombreux torrents d'un débit rapidement variable ; sur les terrains perméables, elles forment des rivières moins nombreuses, mais plus considérables et d'un débit plus régulier ; sur les terrains calcaires et partant perméables, elles se sont creusé d'ordinaire de profondes vallées et se perdent quelquefois par des infiltrations. Elle détermine souvent le mode de culture et elle révèle le secret des richesses minérales.
En donnant au sol de la France ses formes et ses qualités, elle a influé jusque sur ses destinées politiques et sociales. Ainsi, le Massif central présente une série d'anneaux concentriques, disposés pour ainsi dire en forme de cône écrasé et découvrant k son sommet les terrains les plus anciens. C'est une région pauvre, d'où, avec les eaux, s'écoulent en quelque sorte les hommes qui vont chercher du travail dans la plaine ; comme les pays de montagnes en général, il a servi de refuge aux plus anciennes populations de la Gaule refoulées par les invasions. C'est ce qu'Élie de Beaumont nomme « le pôle répulsif de la France ». Le bassin parisien présente, au contraire, une série d'anneaux concentriques, disposés en forme de cuvette, avec Paris et les terrains les plus récents au centre (voir la fig. 9). Là confluent les eaux ; là s'est développée plus qu'ailleurs la richesse; là se sont accomplis les plus grands
événements de notre histoire et a grandi la ville dont remplacement était comme désigné par la nature pour être celui d'une capitale. C'est « le pôle attractif de la France. »
Ces deux groupes naturels ne sont pas les seuls que la géologie et la topographie expliquent. La Bretagne, vieille terre comme le Massif central, a été, comme lui, le refuge de la vieille race celtique : ce n*est qu'à la fin du quinzième siècle qu'elle a commencé à confondre ses destinées avec celles de la France. Les bassins aquitanique et méditerranéen ont eu longtemps, comme le bassin parisien, leur histoire séparée. L'histoire du premier est caractérisée par les Ibères, par le royaume des Visigoths, par le duché d'Aquitdne ; la Marche était située précisément sur le flanc des terrains anciens du Massif central, au point de rencontre de l'ancien bassin parisien et du bassin aquitanique. La seconde est caractérisée par les Romains, par les Burgondes, par les royaumes de Bourgogne ; pendant un certain temps, elle a fait partie de l'Empire germanique.
Ces bassins n'étaient pas tout à fait isolés. Par la trouée du Poitou, l'influence parisienne a pénétré dans le bassin aquitanique : c'est là que se sont livrées les batailles de Voulon, de Poitiers, de Chizé et par là que la langue d'oil a pénétré jusqu'à la Gironde. Par le Plateau de Langres, les bassins parisien et méditerranéen avaient une large communication : c'est là qu'a eu lieu la bataille de TOuche ; le duché de Bourgogne occupait les deux revers des bassins, et c'est par là qu'ont passé les invasions de 1814, de 1815 et de 1870. Le bassin parisien communiquait de même au nord avec le bassin de la Flandre : l'ancien détroit, situé dans la région où sont aujourd'hui les sources de la Somme et de l'Escaut, a servi de lien entre les peuples et a vu maintes fois le choc des armées, depuis les victoires de Soissons et de Bouvines jusqu'à celle de Saint-Quentin et jusqu'aux guerres de Louis XIV et de la République.
Les chemins de fer, en changeant les conditions du transport, ont eu pour efl'et de diminuer l'influence de la configuration du sol sur les mœurs des habitants.
Tableau récapitulatif de la géologie (1).
(Non eonpris U plapart des roches éraptÎTet contemporaines des terrains sédimentaires.)
PRINCIPALBS RÉOIORS
dans lesquelles les terrains
se trouvent émergés.
iRIaJeure partie du massif central.
MorvaD.
Bocage et Gàtine.
Côtes de Bretagne.
Collines de Normandie et du Maine, ques. \ Partie des Alpes.
' Roches porphyri - 1 Monts des Maures et Esterel. ques, etc. f Corse presque entière.