LES COTES
Sommaire. 57. Les frontières maritimes (240). — 58. Le côté oord-ouest (240). — 59. Le côté ouest (25^). — 60. Le côté sud-est (260).
57. liM frontières maritimeg. — Sur trois des côtés de l'hexagone dans lequel elle est inscrite, la France est baignée par la mer. Ses côtes ont, sans compter les lies, un développement total d*environ 2,710 kilomètres, savoir (1) : 1,223 de la frontière du nord à la pointe Saint-Mathieu, 862 de cette pointe à la Bidassoa, 625 du Gap Cerbère au pont Saint-Louis (Alpes-Maritimes).
58. lie côté nord-oaeMt. — 1° La côte de la mer du Nord. — Sur une plage sablonneuse et plate, orientée du nord-est au sudouest, bordée de petites dunes que forment les sables apportés par les vents et qui mesurent de 10 à 20 mètres de haut, commence la frontière de France, sans qu'aucun accident naturel distingue la terre française de la terre belge; la tour du village de ZuydcooU^ que surmonte une sphère blanche servant de signal maritime, marque seule l'entrée de la France.
De la bouche méridionale de l'Escaut, dite le Boni, jusqu'à Dunkerque, l'uniformité règne : c'est un sol d'alluvion et une ligne de sables, basse et monotone, en partie conquise sur les eaux, percée çà et là de canaux, sur laquelle tranchent à peine, en Belgique, les jetées et les digues de Blankenbcrghe et d'Ostende et le chenal de Nieuport tout voisin de l'embouchure de l'Yser. C'est aux embouchures des canaux et des petits fleuves que se trouvent les ports.
Les dunes de Dunkerque sont célèbres dans l'histoire par la victoire de Turenne sur les Espagnols (1638). Dunkerque, dont le nom signiûe « l'église des Dunes » (Dun Kirke), ville achetée par Louis XIV au roi d'Angleterre Charles II (1662), fortifiée par Vauban, a longtemps porté ombrage à l'Angleterre, parce qu'elle était notre port militaire de la mer du Nord et qu'elle pouvait menacer Londres; elle est signalée en mer par sa longue jetée (900 m.) et par les feux à éclipses de son beau phare, qui ont une portée de 24 milles (44 kil.); le port et les nouveaux bassins peuvent recevoir des navires calant plus de 5 mètres. Entre Dunkerque et Calais, la région côtière, basse, marécageuse, coupée de canaux,
(1) 4,600 kilomètres avec les tics, d'après le général Strelbitsky.
est une conquête faite sur la mer. Puis on découvre le canal qui conduit au petit port de Gravelines, situé à l'embouchure de VAa,
que la canalisation a déplacée ; ensuite, tout enveloppée de ses fortifications, Calais, dont la population manufacturière adébordé dans
Tancien faubourg de Saint-Pierre, devenu aujourd'hui un quartier de la ville; le port, signalé par une double jetée en charpente et par un phare à feu blanc visible de 15 milles (28 kil.), peut recevoir aux grandes marées des navires calant 6 mètres. Sur plusieurs points, il a fallu construire des digues pour défendre contre l'invasion de la mer la côte basse et rongée par le Ilot. Cependant la plage, de Calais à Sangatte^ parait tendre à s'élever.
Le fond de la mer, qui est la continuation de ce sol sans pente, s'incline très doucement; on rencontre une série de bancs parallèles sur lesquels, à 20 kilomètres et plus de la côte, il n'y a pas 4 mètres d'eau; entre Calais et la frontière on en compte onze. L'église Notre-Dame de Paris, plongée au milieu de cette mer du Nord . à égale distance entre la Belgique et l'Angleterre, s'élèverait encore au-dessus du niveau des flots de toute la hauteur de ses tours. La navigation, ài cause du peu de saillie des côtes et de la fréquence des brouillards, est difQcile si|r la mer du Nord.
2** Le Pas de Calais, — Le détroit du Pas de Calais (Voir fig. 73) (1), un peu plus creiix dans sa partie médiane, mesure
(1) Les cartes des côtes et des mers, nommées cartes hydrographiques ou cartes marines , sont dressées et publiées par le Dépôt de la marine d'après le système connu sous le nom d€ projection de Mercator. Dans ce système, les méridiens et les parallèles sont figurés par des lignes droites se coupant à angles droits, les méridiens sont également espacés, les parallèles ont un écartement croissant de Téquateur aux pôles. Cette projection est la seule qui permette aux marins de tracer facilement et avec exactitude leur route sur une carte à Taide de la boussole. Les cartes hydrographiques se lèvent, comme les cartes terrestres, & l'aide d'une triangulation appuyée sur des observations astronomiques et complétée par un levé topograpbique de la côte et en général de tout ce qui peut se voir de la mer. Quant aux sondes, c'esUà-dire aux profondeurs de la mer au-dessous de son niveau, elles se déterminent dans des canots; on observe à l'aide d'un sextant ou d'un cercle à réflexion les distances angulaires de plusieurs points de la côte au moment même où l'on mesure la profondeur avec une ligne de sonde, corde divisée en mètres et décimètres munie à son extrémité d'une masse de plomb enduite de suif. On inscrit sur la carte, autrefois en brasses, aujourd'hui en mèlres, la profondeur trouvée, eu la rapportant au niveau des plus basses mers afin d'indiquer le minimum de profondeur. Le suif fait adhérer au plomb une partie du fond dont on inscrit la nature à côté de la cote trouvée. Quand cette côte est surmontée sur la carte d'une barre horizontale, cola signifie qu'on ne trouve pas le fond à la profondeur indiquée ; quand la barre est au-dessous de la côte, cela signifie que, aux plus basses mers, le fond découvre de la hauteur indiquée. Dans l'intérêt de la navigation, la Marine revise fréquemment ses cartes d'après ses propres travaux ou d'après les travaux des Marines étrangères: tantôt elle en supprime parce qu'elles sont trop erronées, tantôt elle en dresse de nouvelles dont le besoin se fait sentir ; aussi leur nombre est-il indéterminé. Ces cartes, qui se vendent en général deux francs chaque, sont à diverses échelles : il y a des cartes générales à petite échelle, comme celles que nous donnons ici, et des cartes d'atterrissement à grande échelle pour les ports et pour certaines côtes très fréquentées.
de 55 à 64 mètres de profondeur; il n*a que 32 kilomètres de largeur. II s'étend entre le cap South Foreland en Angleterre et deux caps en France, le Blanc-Nez (petit Blanc-Nez 60 m., grand Blanc-Nez 105 m.) dominé en arrière par des falaises (1) et le Gris- Nez (51 m.). De la falaise abrupte de ce dernier cap, sans cesse rongé par la mer, ou du mont Couple dont Faltitude est de 120 mètres, on distingue la côte de Douvres. La similitude des couches témoigne de la révolution géologique, relativement récente, qui a séparé la Grande-Bretagne du continent. De toutes parts, des voiles ou des traînées de fumée apparaissent dans ce passage, un des plus fréquentés du monde ; le pilote, qui doit éviter les bancs du Colbari et du Varne (ou Banc rouge), à cause des remous et des vagues qu'ils occasionnent, et qui doit craindre partout les courants de marée, est guidé la nuit par une suite ininterrompue de feux : il y a entre le cap cTAlprech et Beachy- Headau sud-ouest, Dunkerqueet Nortji Foreland au nord-est, vingtcinq phares ou feux de port. Celui du Gris-Nez, élevé de 69 mètres, est visible à 22 milles (41 kil.). Le flot de marée, dans le Pas de Calais, vient de la Manche et se fait sentir jusqu'à South Foreland et à Calais où il rencontre un autre flot venu dans un sens contraire, à travers la mer du Nord. La mer est souvent houleuse et la traversée est redoutée des passagers qui craignent le mal de mer.
On a commencé les études d'un tunnel à creuser à une profondeur de 100 mètres, pour réunir, à travers le Pas de Calais, l'Angleterre k la France; l'opposition de l'Angleterre a jusqu'ici arrêté l'entreprise.
3** La côte de la Manche jusqu'à la Seine, — Au delà du Blanc- Nez, la côte incline vers le sud, puis elle s'étend directement au sud à partir du Gris-Nez; c'est la côte du Boulonnais, montueuse et bordée de falaises jurassiques. Là sont le petit port HAmbleleuse, à l'embouchure de la Slack, et, à l'embouchure de la Liane — plus large autrefois qu'aujourd'hui — le grand port de Boulogne, où la marée monte plus haut que dans les autres ports de la même côte ; le cap d'Alprech termine cette première région de la Manche.
La Manche est un bras de mer que ferment au sud la côte de France, et au nord celle d'Angleterre; elle mesure environ
(1) Nez est le mot anglais ness, cap; Tétymologic de Gris-Nez pourrait être craig-ness, cap des rochers. Les géologues disent avec plus de vraisemblance : le cap Blanc formé de craie blanche et le cap Gris composé de rochers jurassiques plus sombres.
83,000 kilomètres carrés. Ouverte largement à l'ouest sur Tocéan Atlantique et se rétrécissant en forme d'entonnoir vers Test jusqu'au Pas de Calais, elle est sujette à de hautes et violentes marées, parce que le flot de marée qui vient de l'ouest, étant emprisonné entre des rivages de plus en plus rapprochés, se gonfle et s'irrite. Entre les deux côtes, au milieu de la Manche, le courant se renverse, se dirigeant tantôt vers l'ouest et tantôt vers Test, suivant que la marée monte ou descend; sur certains points, comme entre le Havre et l'île de Wight, le renversement se fait immédiatement et le courant qui se dirigeait vers l'ouest & marée montante passe sans transition à l'est quand la marée descend ; sur d'autres points le courant dévie peu à peu en tournant, tantôt dans le sens opposé à celui de l'aiguille d'une montre comme cela se produit entre le cap de la Hague et Start Point, tantôt dans le même sens que l'aiguille, comme à l'est de Start Point. Près de la côte de France, comme près de la côte d'Angleterre, les courants alternent aussi, quoique plus réguliers, et se dirigent presque toujours de l'ouest èi l'est ou du sud au nord; ils se croisent sur les rives et dans les anses qu'ils longent. Un des plus violents est celui du 7'az Blanchart qui, pendant la marée montante, porte au nord-est; pendant la marée descendante, il porte au sud-ouest, et atteint une vitesse de 8 nœuds (14 kil. 5 et plus à l'heure). Les brouillards sont fréquents sur la Manche. Les vents d'ouest, que les marins de la Manche nomment vents d'aval (les vents d'amont viennent de l'est), et principalement ceux de sud-ouest qui soufflent pendant les deux tiers de l'année, surtout de novembre à mars, amènent souvent des tempêtes et augmentent la force de la marée.
Du cap d'Alprech à la Somme, la côte est basse, parsemée de dunes et même de marécages ; là est le Mat^quenterre conquis sur les eaux. La Canche, sur laquelle est le port d'Élaples; YAuthie qui se termine par une baie vaseuse; la Somme, sur laquelle sont les ports du Crotoy et de Saint- Valéry et dont la baie, plus grande et plus vaseuse encore, est presque à sec à marée basse, débouchent sur cette côte. C'est dans les petits ports de ces cours d'eau que Napoléon préparait, en 1804, la flottille & l'aide de laquelle il comptait envahir l'Angleterre.
Plusieurs bancs de sable, dont quelques-uns portent des huitrières (la Bassure de Dass, les bancs de la Sommé), bordent cette côte que la mer peu profonde rend très peu hospitalière aux navires, surtout quand régnent les vents du sud-ouest et du nord-
ouest. La côte de Cayeux au Tréport parait être un peu plus élevée qu'autrefois.
4* La côte de la Manche^ de la Somme à la Seine. — A 20 kilomètres au sud de Tembouchure de la Somme, les marais et les dunes cessent. Au village d'Auli, dont les tempêtes ont détruit le port au xviu* siècle, la côte s'élève brusquement en falaise ; elle prend la direction du sud- ouest en dessinant une très légère courbe et oppose partout à la mer une grande muraille de craie blanche ou jaunâtre, haute d'une centaine de mètres et plus : ce sont les falaises du pays de Caux, dans lesquelles les cours d'eau ont creusé çà et là de profondes et verdoyantes échancrures. Dans chaque échancrure est un petit port ou une station balnéaire : le Tréport sur la Bresle, qui, du temps des invasions normandes, était navigable, Dieppe sur la rivière d'Arqués, dont une tempête a détruit le port au xvu* siècle, S aint- Valéry -en-C aux, Fécamp, Étretat avec ses falaises bizarrement découpées en arcades par les flots. Le phare à éclipses de la pointe d'Aillij, d'une portée de 27 milles (50kil.\ et le phare moins important de Fécamp éclairent cette côte. Au cap d'Antifer (110 m.), la côte tourne au sudsud-ouest, formant une muraille de falaises uniformes jusqu'au cap de la Hève qui se dresse à pic à 105 mètres au-dessus de la mer et dont la base est jonchée des débris de la falaise. La mer mine sans cesse les falaises sur toute cette côte, et gagne en moyenne environ 0"*,32 par an, 1 mètre même, dit-on, au cap de la Hève. Ce cap, surmonté d'un double phare élevé de 121 mètres au-dessus de la mer et faisant voir à une quarantaine de kilomètres ses feux électriques, est à l'embouchure même de la Seine ; en descendant de la falaise vers le sud-est, on atteint bientôt, par le village coquet de Sainte-Adresse et par un beau boulevard, le plus grand port marchand de la France sur l'Atlantique, le Havre, et l'estuaire de la Seine dans lequel la marée s'engouffre en formant le mascaret, barre redoutable.
L'embouchure de la Seine a une largeur de 9,300 mètres entre le clocher de Villerville et la jetée du Havre, et même près de 10 kilomètres entre la, pointe de Villerville et le cap de la Hève, qui peuvent être considérés comme les deux points extrêmes de cette embouchure. Malgré de nombreux et utiles travaux, le lit du fleuve est des deux côtés encombré de bas-fonds qui découvrent aux marées ordinaires ou aux grandes marées, laissant seulement un chenal étroit qui n'a guère qu'un ou deux mètres de profondeur au moment des plus basses mers. Au delà de Honfleur, à la
hauteur du Havre et de Villerville, ces bas-fonds se terminent par deux bancs, le banc d'Amfard^ au nord, qui ne découvre qu'aux grandes marées et le banc du Ratif-Vf au sud, qui découvre aux marées ordinaires. Le chenal navigable se déplace souvent. Au sud du Ratier est le principal passage (plus de 2 mètres de profondeur presque partout aux plus basses mers) qui fait communiquer Ronfleur avec la haute mer.
La petite radCy sur laquelle le fond est en moyenne à 7 mètres aux plus basses mers, s'étend du cap de la Héve à Tentrée du port du Havre ; rade ouverte à tous les vents d'ouest et imparfaitement protégée par les bas-fonds (banc de TËclat, Haut de la rade, Haut de Quarante) qui la bordent, du côté de la mer, à l'ouest et au sud.
A l'est de la ligne qui réunit le Havre à l'embouchure de la Dives, on ne trouve nulle part, aux basses mers, plus de 5 mètres d'eau.
5** La côte de la baie de la Seine, — Kntre le cap d'Antifer et la pointe de Barfleur, la baie de la Seine s'étend sur une largeur de 103 kilomètres. Le courant de flot, dirigé en général vers l'est, et le courant de jusant, dirigé vers l'ouest, s'y font sentir avec force. La mer n'y atteint nulle part 40 mètres de profondeur. Trois grands phares et plusieurs feuxl'éclairent; à l'est celui du cap de la Hève, à l'ouest celui de la pointe de Barfleur, feu à éclipses visible de 21 milles (40 kil.), au centre celui de Ver, A l'ouest de l'embouchure de la Seine, la côte s'incline vers le sud-ouest, offrant presque partout une belle plage de sable que dominent et qu'interrompent, sur quelques points, les pointes crétacées du pays d'Auge formant falaise ; là sont Tembouchure de la Toxiques et celle de la Dives que la dune, dite ptdnte de Cabourg, a fait dévier. Des villages coquets, hantés par les baigneurs durant l'été, se pressent les uns à côté des autres, Trouville avec les Roches Noires^ Deauville^ Villerssur-mer^ Houlgate, Beuzeval^ Dives où Guillaume le Conquérant s'embarqua pour l'Angleterre, Cabourg^ etc.; entre la Dives et l'Orne, les dunes remplacent les falaises.
Au delà de l'embouchure vaseuse de l'Ome, où se trouve le petit port d'Ouistreham, la côte prend la direction ouest-nord-ouest; on y trouve encore des plages de sable et des bains de mer, Lion-surmer, Luc, Langrune, Saint- Aubm-sur-Mer, Courseulles, desservis par un chemin de fer, AfTomanches ; mais il n'y a plus de falaises du côté de la terre, et, du côté de la haute mer, la plage est bordée d'un cordon de roches basses et dangereuses : les roches de Lion, de Bemières; le plateau du Calvados, banc de roches qui découvre
en partie et qui a reçu son nom, au xvi^ siècle, d'un des navires de r « invincible Armada », échoué sur ses brisants.
A Touest du Calvados, la côte présente une succession de plages sablonneuses, de dunes, de collines cultivées et de petites falaises jusqu'à la />oîn/e de la Percée, à l'ouest de laquelle on trouve une falaise élevée, puis une côte très basse et, en avant, les longs et bas rockers de Grand-Camp, Ces rochers bordent une baie vaseuse large de 5 kil. i/2, dite le Grand Vey, qui découvre presque entièrement à marée basse et laisse à sec les bancs de la Ravine et de Grand Vey : au fond de cette baie se jettent la Vire et la Taute ; on y a gagné, surtout depuis 1858, de vastes terrains à la culture. Là sont les ports d'Isigny et de Carentan.
6** La côte orientale du Cotentin, — A l'ouest de cette baie, commence la côte du Cotentin qui se dirige avec de très légères ondulations vers le nord-nord-ouest; c'est une grève bordée de dunes jusqu'à la Hougue, avec une rangée de coteaux situés plus loin, dans l'intérieur des terres ; à 6 kil. en mer s'allongent deux bancs de sable qui supportent les deux îlots de Saint-Marcouf. Le fort de la Hougue, bâti sur des rochers et réuni par une chaussée à la terre, défend la rade de la Hougue, le seul bon abri que dans les gros temps les navires puissent trouver sur la côte occidentale de la baie de la Seine ; c'est là qu'après le glorieux combat naval livré par Tourville, en 1692, aux Anglais bien supérieurs en nombre, douze vaisseaux français vinrent chercher un refuge et forent brûlés par l'ennemi. De Saint- Vaast de la Hougue et de la petite île fortifiée de Tatihou qui, à mer basse, est réunie au continent, jusqu'à la pointe de Saire s'étend une petite baie sablonneuse. Puis une côte granitique, basse, semée de roches dange* reuses, dominée en arrière par quelques coteaux, conduit de cette pointe au port et à la pointe de Barfleur, formée de roches basses qui couvrent et découvrent et sur lesquelles s'élèvent deux tours avec un phare élevé de 71 mètres. Près de ces roches, à l'extrémité nord-ouest du Cotentin, se produit le raz de Barfleur que redoutent les marins.
Après la pointe de Barfleur, la côte tourne brusquement à l'ouest et décrit un arc de cercle peu courbé jusqu'au cap de la Hague, promontoire de syénite s'abaissant en pente très douce jusqu'au niveau des flots qui le battent avec fureur. Entre ces deux pointes le rivage, tout composé des roches granitiques ou cambriennes, défie l'efl'ort des vagues et présente successivement à la mer le
cap Lévi, Vile Pelée et la pomte de Querqueville^ entre lesquelles est la digue gigantesque du port de Cherbourg.
7« La côte occidentale du Coleniin. — A l'ouest du cap de la Hague, que son phare signale au loin la nuit, la côte tourne de nouveau brusquement et se dirige vers le sud.
Entre le nez de Jobourg et le cap de Flamanmlle, une plage de sable courbée en arc de cercle forme Y anse de Vauville ; à quelque distance en arrière de cette plage, s'élèvent les coteaux du plateau dont le nez de Jobourg et le cap de Flamanmlle sont les pointes proéminentes. Plus au sud, règne aussi une plage de sable et de dunes fermée par une ligne de coteaux et interrompue seulement par la pointe du Jtosely le cap Carteret, Yanse de Sciotot et les havres de Carteret^ de Port-Bail, de Surville, de Sainl-Germain-sur-Ay et de liégneville. La mer ronge cette côte : de Régneville on peut voir & marée basse les ruines d'un château fort. Le roc proéminent de GranviUe marque la fin de cette partie de la côte qui est parsemée de roches basses et où la profondeur dimi* nue à mesure qu'on s'avance davantage vers le sud.
En face de cette côte sont les lies Anglo-normandes qui faisaient partie de l'ancien duché de Normandie et qui, depuis Guillaume le Conquérant, sont restées attachées à la couronne d'Angleterre ; elles rappellent par leur verdure et leurs paysages la Basse-Normandie. Ce sont, A la hauteur du cap de la Hague, Aurigny (Alderney en anglais), puis le passage du Singe, Yile Burhou, le passage d'Ortach et les Casquets, rochers dont les trois feux, visibles de Guernesey jusque vers la Hague, éclairent les approches de ces passages ; la verdoyante Guernesey (Guernsey en anglais) (65 kil. c), descendant en pente douce vers le nord, présentant au sud des côtes escarpées, avec la pointe de Pleinmont et le phare du Hanois au sud-ouest, la pointe de Saint-Martin et la pointe de Jerbourg {9A m. au pied de l'obélisque) au sud-est; puis à l'est, des rochers isolés dans la mer et trois petites lies escarpées, Herm, Jethou et Sercq (91 m. au point culminant). La plus méridionale et la plus grande des lies Anglo-normandes est Jersey (116 kil. c), dont la pente, opposée à celle de Guernesey, est inclinée vers le sud, et qui présente à la mer sur sa côte septentrionale un front de falaises et de rochers très pittoresques ; elle est presque entièrement enveloppée de récifs dont les plus étendus sont les Écrehoux au nord-ouest ; le Gros-Nez au nord-est, la pointe de la Corbière au sud-est, en sont les principaux caps. Les dangers qu'occasionnent les écueils et les courants sont com-
pensés par Tabri commode qu'offrent au sud la baie de Saint-Aubin et le port de Saini-Hélier, capitale de Tlle.
Au sud de Jersey est le plateau des Minquiers (30 kil. de long)^ qui ne laisse entre ses nombreux rochers aucun chenal accessible à un navire de moyen tonnage ; au sud-est, sont les lies Chausey, groupe d'îlots (Grande île, Ile longue, etc.) et de rochers avec un phare ; au sud-ouest, le plateau sous-marin et le phare des Roches Douvres. Entre toutes ces îles, les courants sont changeants, dangereux, et la mer est mauvaise. Le passage le plus redouté, entre la Hague et Aurigny, est le raz Blanchart dont nous avons parlé plus haut (page 244) ; le passage de la Déroute^ qui s*étend plus au sud du cap de Flamanville & Régneville parallèlement à la côte, est plus navigable.
De Granville, la côte, bordée de dunes, se dirige droit au sud jusqu'à la pointe de Champeaux, Entre cette pointe et la pointe du Grouin s'enfonce la baie dtt Hont Saint-Hichel, qui a une ouverture de 20 kil., et une superficie d'environ 250 kil. c. La pointe de Champeaux, le village de Carolles et la hauteur sur laquelle est bâtie Avranches sont les extrémités des collines de Normandie, qui dominent la baie et tombent en hautes falaises sur la grève; deux rochers, Tombelaine et le granitique mont Saint-Michel, qui faisaient jadis partie du continent et qui à marée haute deviennent des îles, sont la continuation de ces hauteurs. Dans cet enfoncement la mer monte jusqu'à une hauteur de 10 à 15 mètres au-dessus de son niveau le plus bas et se retire à une distance de 15 kil. ; la Sée^ la Se lune et le Couesnon y ont leur embouchure. La violence et la rapidité du flot rongent cette baie et paraissent avoir détruit un cordon littoral qui devait exister durant la période glaciaire et dont faisaient partie les îles Anglo-normandes. On est même porté à croire qu'il y avait des forêts au commencement de l'ère chrétienne (forêt de Scisey ?) et que cette bande de terre était traversée au sud par une voie romaine. Aujourd'hui une digue relie le mont Saint-Michel à la terre ferme et de vastes terrains ont été gagnés à la culture par des dessèchements qui ont commencé en 1792 et qui se poursuivent de nos jours. La baie, ainsi que la côte septentrionale de la Bretagne abondent en poissons, en crustacés et possède des bancs d'huîtres.
8* La côte septentrionale de la Bretagne. — La côte de la Bretagne est la plus rocheuse et la plus découpée de France. Elle commence à l'embouchure du Couesnon, en face du mont Saint-
Michel, par la grève basse et sablonneuse qui occupe tout le fond de la baie et qui fait partie de la plaine fertile dite « marais de Dol » ; une digue garantit la terre contre les invasions du flot.
Dans la partie occidentale de la baie, la côte se relève ; le schiste et le granit commencent à apparaître et la plage que couvre et découvre la marée se rétrécit; cette plage disparaît au nord du petit port de Cancale et fait place à une côte de rochers, dans la bonne rade de Cancale, où sont des parcs d'huîtres renommées; IdL pointe du Grouin forme l'extrémité septentrionale de cette rade.
A partir de cette pointe, la côte, hérissée de roches schisteuses ou granitiques, proéminente à la pointe du Meinga et à la pointe de la Varde, rentrante au havre de Hoieneuf et à la plage de Paramé, semée de dangereux écueils que bat une lame presque toujours forte, se dirige au sud-ouest ; les derniers rochers de cette partie (la Conchée, le Grand Bey, le Petit Bey, Harbour, Vile Césambf*ef etc.) sont ceux qui couvrent le port de Saint-Malo, et dont Tun contient le tombeau de Chateaubriand. Saint-Malo, bâti à l'embouchure de la Rance, dans une presqu'île qui n'a pour isthme qu'une étroite chaussée, est, avec Saint-Set^any sa sœur cadette, plus peuplée aujourd'hui que l'aînée, le principal port de la côte septentrionale ; son nom rappelle de glorieux souvenirs militaires et l'énergie commerciale de ses marins.
De l'autre côté de la Rance, que ferme presque complètement un long chapelet de rochers, est le port de Dinard; h. l'ouest, la côte continue à présenter à la mer des pointes de schiste et de granit {pointe du Décollé), escarpées, profondément découpées, et forme de belles grèves que la marée basse laisse à sec, à Saint- Énogatj k Saint- Lunaire, h. Saint-Briac, stations balnéaires ; puis la presqu'île de Saint-Jacut, entre les baies de Lancieux et de V Argue» non, Yanse de Saint-Cast, célèbre par la tentative infructueuse de descente des Anglais en 1758, la baie de la Fresnay, le fort La Lotte, La plus avancée de ces pointes est le cap Fréhel, situé à l'extrémité d'un promontoire de roc, dominant les flots d'une hauteur de 72 m. et éclairant par son phare à éclipse toute celte partie de la mer jusque par delà les Minquiers, à une distance de 23 milles (43 kil.).
A l'ouest du cap Fréhel sont le chenal et le cap d^Erquy, où les rocs de granit et de schiste découpent la mer d'une manière pittoresque. Puis, du cap d'Erquy aux roches de Salnt-Quay et à la rade dePortrieux se développe en demi-cercle la profonde baie
de Saint-Brieuc avec ses vastes grèves parsemées de rochers et rongées par le flot ; au fond se trouvent Y anse d'Yffiniac et Tembouchure du Gouet, près de laquelle sont le Légué, port de Saint- Brieuc et la tour de Cesson.
La côte, toujours rocheuse, coupée presque à pic et dentelée, se prolonge vers le nord-ouest. On y trouve Yanse de Paimpol, quelques bons petits ports de pêche ; puis, h l'extrémité, une longue grève toute mouchetée d'Ilots et d'écueils qui semblent être des débris de la péninsule sans cesse battue par une mer en courroux ; le plus important est Yîle Bréhaty dont le port peut abriter des vaisseaux de guerre ; les plus septentrionaux sont les Beaux de Bréhat, rochers dont les sommets restent toujours d'une dizaine de mètres au-dessus des plus hautes mers, et dont le phare, croisant ses feux avec celui des roches Douvres, élevé au milieu des flots à 35 km. de la côte, complète l'éclairage du dangereux golfe de la Manche qui s'étend de la Hague aux Héaux. La Marine ne donne pas à ce golfe un nom officiel ; il est naturel de désigner l'espace de mer entre Jersey, la côte du Gotentin et la côte de Bretagne sous le nom du golfe de Saint-Malo, et de désigner sous le nom de baie du mont Sainte Michel le fond de ce golfe entre la pointe de Ghampeaux et la pointe du Grouin.
Toute cette partie de la Manche a une médiocre profondeur qui semble indiquer qu'il y a là une conquête relativement récente de rOcéan. De la pointe du Grouin au cap de la Hague règne un plateau sous-marin qui supporte les îles Anglo-normandes et sur lequel la mer n'a pas plus de 50 mètres de profondeur; entre Jersey et le fond de la baie du mont Saint-Michel, la profondeur n'excède môme nulle part 10 mètres.
Au sud des Héaux de Bréhat est le sillon de Talbert, chaussée naturelle de cailloux qui forme la pointe la plus septentrionale de la Bretagne. A l'est et à l'ouest, toute la côte, granitique, haute, hérissée de rocs, bordée de grèves, dont la plus grande est celle de Saint-Michel-en-Grève, forme une sorte de presqu'île avancée et découpée par les estuaires du THeux qui baigne Lémrdrieux, du Jaudy qui passe à Tréguier, du Léguer qui arrose Lannion. Devant la côte sont de nombreux écueils dont quelques-uns ne couvrent jamais dans les plus hautes marées, Y(le d'Er près de la pointe du Château, Yile Tome voisine de la station balnéaire de P€rroS'Guir€C,ei Yile Grande. Plus loin en mer sont les Sept-Iles et les Tîiagoz avec leurs phares. De violents courants de marée,
variables suivant les heures, contribuent avec les écueils à rendre ces parages dangereux.
9* La côte du Finistère, — Au-delà de la pointe de Primel, les terrains de transition bordent les deux côtés de Testuaire au fond duquel est le joli port de J/orZa£x; à Touest, le granit reparaît à la pointe de Bloscon, plus élevée aujourd'hui qu'autrefois, qui abrite Bosco ff, et dans Vile Batz dont le feu tournant se voit h 24 milles (44 kil.). Là commence la presqu'île de Léon, semée d'îlots et de récifs, débris du continent qui paraissent en avoir été séparés par la violence des flots. La côte qui, au delà de l'anse de Goulven^ à partir de la pointe de Pontusval, et plus encore au delà de Vile Vierge y de l'étroit estuaire de YAber-vrac^h et de celui de VAberbenoît, inclinait déjà vers le sud-ouest, tourne complètement au sud depuis le 7'ocher du Four. De ce rocher à la pointe de Penmarc'h, sur une étendue de 84 kil., p'étend le front de la grande presqu'île bretonne qui sépare la Manche de l'Atlantique. Les vagues, toujours courroucées et souvent poussées par le vent du sud-ouest, battent incessamment ce front; au nord, elles ont détaché, peut-être bien avant les temps historiques, Tile granitique d'Ouessant, célèbre par les batailles navales de 1778 et de 1794, et la chaîne des îlots et des roches, tle de Molène, île de Béniguet, chaussée des Pierres- Noires, etc., qui .semblent jalonner Texlrémité écroulée du continent et que traversent aujourd'hui des détroits dangereux à cause de la violence des courants, le passage du Fromveur, entre Ouessant et les îlots, le passage du Four, entre les îlots et la côte. Sur la côte sont les rochers dePorsal; la pointe de Corsen, avec son sémaphore, la partie la plus occidentale du continent; la pointe Saint-Mathieu (voir fîg. 74), la plus connue des navigateurs, avec son feu qui s'éclipse et reparaît de 30 en 30 secondes. A Tcxtrémité occidentale de l'île d'Ouessant est le phare de Creac'h, qui, portant à 24 milles (44 kil.), éclaire toute la côte occidentale et signale le premier la terre de France aux navires venus de l'Atlantique.
59. Le côté ouest. — i° Suite de la côte du Finistère. — Au sud de la pointe Saint-Mathieu, la côte rocheuse de J^on tourne brusquement à l'est et forme un enfoncement profond de plus de 9 kil. : c'est la rade de Brest. On y entre par un goulet (ou passe) large de 2 kil., serré entre la côte de Léon et la presquUe de Quélem et embarrassé par plusieurs roches à fleur d'eau. De la pointe du Minou part un câble transatlantique qui relie la France à l'Amérique du nord. La rade elle-même, qui pourrait donner abri à toute la
marine militaire de l'Europe, est divisée en deux parties : la rade proprement dite, au nord, avec le port militaire de Brest sur la
Penfeld et Tembouchure de la nvière de Landemeau; la rivière de
Châteaulin ou deuxième rade, au sud. Une presqu'île escarpée, et terminée par trois pointes dites presqu'île de Quélern (ou Kélern) au nord (terminée par la pointe des Espagnols), pointe du Toulinguet à l'ouest, presqu'île de Crozon avec le cap de la Chèvre au sud, sépare la rade de Brest de la baie de Douarnenez, dont l'entrée, malgré le roc de la Vieille, est plus facile que celle de la rade; on y voit les restes d'une forêt submergée et, au nord-est, les grottes de Morgat. Au sud, la baie est fermée par une ligne de hauteurs rocheuses qui font suite aux Montagnes Noires et que terminent la baie des Trépassés et Tabime ou enfer de Plogoff^ où les vagues s'engouffrent en tonnant, et la pointe du Raz, presque aussi avancée vers l'ouest que lapointe Saint-Mathieu. h'îledeSein[^ kil. c), etlesroches dites pont ou chaussée de Sein prolongent h. plus de 25 kil. en mer cette pointe dont les feux du Raz et de Sein éclairent les approches. Les fureurs de l'Océan ont rongé et minent sans cesse cette digue et donnent h. ces parages un sinistre renom ; les druidesses avaient fait de l'île de Sein un de leurs sanctuaires. Cependant malgré ses^ courants et ses roches, le raz de Sein est très fréquenté par les caboteurs et les bateaux de pêche. Entre la chaussée des Pierres-Noires et la chaussée de Sein, s'étend VIroise, golfe où l'eau est profonde et où le marin a moins à redouter les courants et les écueils. En pleine mer s'élève le phare d'Armen bâti sur un roc sous-marin.
De la pointe du Raz à la pointe de Penmarc'h, ou pointe Saint- Pierre, la côte, basse et très inhospitalière, se développe en arc de cercle et des roches isolées sont semées aux abords dePenmarc'h: c'est la baie d'Audierne. Nulle part peut-être la mer ne déferle avec plus de furie ; à la pointe de Talifeme et h la Torche, elle brise avec un tel fracas qu'on l'entend du village dePont-l'Abbé h 13 kil. 2® La côte méridionale de Bretagne. — A partir de la pointe de Penmarc'h, la côte tourne brusquement à l'est : c'est le versant méridional de la Bretagne. Les terrains granitiques régnent encore sur une longueur d'environ 180 kil. en ligne droite. De la pointe de Penmarc'h à la pointe de Chemoulin, la côte est médiocrement élevée, mais en général taillée en escarpe avec des plages de sable qui découvrent et de nombreuses roches basses à une certaine distance du rivage. Il n'y a, la Vilaine exceptée, que de petits cours d'eau sur ce littoral ; mais il y a des baies et de longs estuaires que la mer a fouillés, et qu'elle a en partie envasés avec les débris des roches : l'anse de Bénodet, dont l'entrée est hérissée de rochers et où se jettent la rivière de Pont-VAbbé et XOdet ou rivière de Quimper; la baie de la Foret et le port de Concarneau; YAven^ navigable
jusqu'à Pont-Aven^ Vansedu Pouldu; Yestuaire du Blavei que ferme à Test la pointe de Gavre et où Ton remarque, à l'enlrée, Port- Louis et sa citadelle ; au fond, sur le Scorff^ Lorient et son port militaire. En avant de la baie de la Forêt sont les îles Gténan, composés de huit Ilots enveloppés de roches, et, en avant du Blavet, File de Croix, élevée de 46 mètres, coupée de toutes parts en falaises escarpées, et éclairant la mer de plusieurs feux dont le principal, celui du nord, porte à 18 milles (33 kil.).
Après la pointe de Gavre^ la côte, basse, bordée de dunes, se dirige au sud-ouest jusqu'à Tétroite presqu'île de Quiberon, Ile jadis, qui se relève brusquement au fort Pentkièvre à une hauteur de 20 mètres. Cette presqu'île, rendue célèbre par la défaite des émigrés en 1795, se termine au sud par le petit port Haliguen, Cependant elle se continue vers le sud-est par un plateau sousmarin sur lequel émergent les îles de Houat et d'Hoedic, souvent fréquentées par les escadres durant les guerres de la république.
Droit au sud de la presqu'île est Belle-Ile, la principale île de cette région, présentant à la mer une muraille de falaises terminées au nord par la pointe des Poulains, mais offrant aux marins, dans le port du Palais, un excellent abri contre les redoutables vents d'ouest, et éclairant l'Océan par son phare à une distance de 27 milles (50 kil.). C'était, ainsi que la plupart des îles voisines, une région très fréquentée par les pécheurs de sardines ; mais le poisson y est devenu aujourd'hui plus rare.
La presqu'île de Quiberon abrite contre les vents d'ouest la baie de Quiberon, sur les bords de laquelle sont les nombreux monuments celtiques de Locmariaker; Testuaire de la rivière de Crac'h avec son bon mouillage, et le Morbihan y débouchent. Le Morbihan, « mer petite » dans la langue bretonne, est un bras de mer pittoresque de 20 km. de long, presque entièrement fermé, découpé à rintérieur par de nombreux estuaires, celui à'Auray, celui de Vannes, celui de Navalo, semé de très nombreux îlots et de bas-fonds vaseux, découvrant en grande partie à mer basse et sillonné par de rapides courants de marée. Il parait s'être formé depuis les temps historiques. La presqu'île de Rhuis, dont les points les plus apparents de la pleine mer sont le clocher de Saint-Gildas et le Grand-Mont, ferme au sud le Morbihan ; la côte, composée de falaises, se continue vers l'est par la rade et la rivière de Pewer/" jusqu'à V estuaire de la Vilaine, La côte se dirige ensuite vers le sud : on y rencontre la grève de Mesquer, la pointe de Piriac, et, au nord-ouest, Tile Dumet, la rade et la ville du Croisic,
256 Lk FRANGE.
et d'autres stations balnéaires fréquentées, avec une bonne rade, et ÏBi pointe du Croisic qui, dans Tantiquité, parait avoir fait partie d'une île ; en mer, le roc du Four qui semble continuer le plateau sous-marin d'Hoedic.
Près de la pointe du Croisic, sont les marais salants de Batz. La côte reprend la direction de Test, forme la baie du Pouliguen^ qui est masquée par quelques roches et où vie^inent souvent s'abriter les navires entrant dans la Loire ou en sortant, puis la pointe de Chemoulin, qui, avec la pointe d'Eve, sa voisine, signale l'entrée de la Loire; le port de Saint-Nazaire est à 6 km. plus à l'est, faisant face au fort Mindin. En remontant le fleuve, on trouve d'un côté Paimbœuf, de l'autre le marais de la Grande- Briere qui, d'après M. E. Desjardins, a été autrefois un golfe semé d'iles, et où César aurait vaincu la flotte des Yénètes ; plus loin, Nantes en remontant le fleuve. Un feu fixe placé au milieu de la mer, sur une roche d'un plateau sous-marin, la Banche, indique l'approche du fleuve en se croisant avec les feux des phares du Four et du Pilier el en séparant le chenal du nord de celui du sud.
3® La côte de la Loire à la Gironde, — La pointe de Saint-6ildas, formée de roches basses, sépare l'embouchure de la Loire de la baie vaseuse de Bourgneuf, où les navires entrant en Loire vont quelquefois chercher un abri, et où sont les petits ports de Por,nic et de Noirmoutier, A l'est, la côte est toute coupée de canaux désignés sous le nom d'étier et semée d'étangs ; Yiie de Bouin n'est séparée elle-même de la terre ferme que par Yétier du Dain ; on a gagné de ce côté de vastes terrains de culture sur la mer. Une longue plage réunit cette côte à l'ile de Noirmoutier qui ferme la baie à l'est et à laquelle on peut aujourd'hui, à basse mer, accéder à pied sec par le passage du Gua, route longue de 4 km. Au sud du détroit de Fromentine qui sépare du continent la pointe méridionale de Noirmoutier, la côte se dirige au sud-sud-est, en présentant une succession de plages et de dunes avec quelques petits ports à l'embouchure des rivières ; elle court vers le sud-est depuis la pointe de V Aiguille et son fort, qui abritent la rade des Sables-d'Olonne, et depuis le phare des Barges^ qui l'éclairé, jusqu'à la pointe de l'Aiguillon.
Au sud-ouest de la Fromentine, à 18 kilomètres de la côte, est la petite Ile d'Teu (22 kil. c), rocheuse, pittoresque, éclairée par un feu fixe, à éclats rouges ; un plateau sous-marin, dit pont d'Veu, la relie au continent. A l'ouest de la pointe de l'Aiguillon est la baie de r Aiguillon dans laquelle se jette la Sèvre Nioriaise. Cette baie
est presque toute remplie d'une vase molle et profonde sur laquelle les navires échouent sans danger; les riverains y ont établi de vastes parcs à moules. Au sud de cette c^te, à laquelle elle était probablement unie dans Tantiquité et dont elle est séparée par le pertuiS'Breion, est Tile de Ré (73 k. c.) allongée dans la direction du sud-ouest. La terre gagne de ce côté; dans l'antiquité il parait y avoir eu un golfe qu'on suppose s'être avancé jusque dans le voisinage de Niort, et qui, comblé peu à peu. dans les temps bistoriques, est aujourd'hui un marais fertile, sillonné de canaux. L'île de Ré est presque coupée en deux parle fiefd'Ars et présente, au nord-ouest, la pointe des Baleines, dont le phare a une portée de 23 milles (43 kil.); au sud-est, le phare de Chauveau et la pointe de Sablanceau, LepeiHuis d'Antiocke sépare l'Ile de Ré de llle d'Oleron (153 kil. car.), qui est plus inclinée au sud et qui est riche par ses vignobles et ses marais salants.
Ces îles forment une digue dont la mer bat avec force et ronge la côte sud-ouest, mais dont la côte nord-est a des anses et des ports, et qui abrite elle-même sur la côte du continent l'embouchure de la Charente, celle de la Seudre et quelques-uns des meilleurs ports de la France, la Rochelle, avec son nouveau port (encore inachevé) de la Paltce, Rochefort, Tonnay-Charente^ Marennes, Sous Charles V et sous Richelieu, les flottes françaises triomphèrent des Anglais dans ces parages; mais, en 1809, les Anglais détruisirent une flotte française près de Vile d'Aix. Par malheur, ces ports s'ensablent peu à peu par les alluvions, par les débris des roches de Bretagne que les courants y apportent, par l'exhaussement du sol, tandis que, sur d'autres points, la mer déferlant avec violence, a converti d'anciens isthmes en îles. A 55 kil . à l'ouest de la pointe des Baleines est le plateau sous-marin de Roche-Bonne, où la vague est dure et dangereuse, et que signalent deux feux allumés sur un ponton ; de savants hydrographes regardent ce plateau comme les débris d'une pointe qui, dans l'antiquité, aurait fait partie de la terre ferme.
. La côte est couverte de marais salants, et les basses roches de la plage, qui sont découvertes au loin à marée basse, abondent en huîtres et surtout en moules. Un passage étroit et dangereux, le pertuis de Maumusson, sépare l'île d'Oleron de la presqu'île d'Arvert. Au fond du pertuis d'Antioche, des deux côtés de l'embouchure de la Charente, sont les petites îles rocheuses d'Atx et de Madame. Au sud du pertuis de Maumusson, la côtecTArvert, bordée de dunes et boisée de pins, s'étend jusqu'à la pointe de la Conbre
qui marque, avec son phare, l'entrée de Testuaire de la Gironde. Les bancs d*huîtres sont nombreux sur cette côte et sont une partie de la richesse des habitants. De la pointe de la Coubre à la ■ pointe de Grave, dont le phare s'élève au milieu des pins et que ronge la mer, la distance est d'environ 19 kilomètres. C'est l'entrée de la Gironde, que les dunes ont beaucoup modifiée depuis l'époque historique et dans laquelle on peut pénétrer par trois passes ; au milieu est le plateau sous-marin de Cordouan^ ancien débris de la côte primitive, avec la tour et le phare de Cordouan^ éclairant la mer à 27 milles (oO kil.).
4" Le la Gironde à la Bidassoa. — Au sud de l'estuaire de la Gironde, la côte, dirigée presque directement au sud avec une légère inclinaison vers l'ouest, est droite, uniforme, inhospitalière, battue par les vents et par les vagues houleuses du golfe de Gascogne qui y ont amoncelé en longues lignes parallèles les rangées de dunes sur une longueur de 240 kil. Ces dunes, qui par leurs progrès ont englouti des villages, ont été en partie fixées par les pins que Brémontier a commencé (1787) à y planter.
Le golfe de Gascogne, qui commence aux Sables -d'Olonne, avec la fin des terrains granitiques, baigne cette côte. C'est une partie de mer dangereuse par ses tempêtes. Près du rivage règne un courant qui contourne le golfe et porte à Test sur la côte d'Espagne, au nord sur la côte de France; mais les courants secondaires que produit la marée sont variables et font presque tout le tour du compas, en tournant dans le sens de gauche à droite. La mer y a en général une grande profondeur et, au large, les lames de fond ont une grande amplitude et fatiguent peu les navires ; mais elles ne se brisent qu'avec plus de violence lorsqu'elles rencontrent tout à coup les bas-fonds de la côte. Vers le milieu de la côte inhospitalière des Landes, le cap Fen^et signale l'entrée, souvent dangereuse, du grand bassin d'Arcachon qui découvre en partie à marée basse et dont la plage est fréquentée par les baigneurs et utilisée pour l'élevage des huîtres. Plus au sud, la fosse du cap Breton (le Gouf, c'est-à-dire le gouffre, suivant l'expression des gens du pays) est une sorte de vallée sous-marine longue de 6 km., la profondeur y varie de 33 à 380 mètres près de la côte ; aussi la houle y est-elle comparativement moins forte qu'ailleurs à cause de la profondeur; toutefois les brisants qui bordent celte fosse sont redoutables.
Pas un port d'abri : un vaisseau surpris par la tempête est souvent obligé de chercher un refuge dans la fosse du cap Breton. Les
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dunes ne s'ouvrent que pour laisser passer les chétifs canaux, déversoirs des étangs qui se sont formés derrière la barrière des sables ou qui sont d'anciennes baies séparées de la mer par les dunes. Un seul a un chenal maritime : c'est le bassin d'Arcachon. La passe de ce bassin, située au sud du capFerret, qui s'est avancé d'environ 5 kil. depuis le commencement du siècle pendant que la mer gagne rapidement dansFintérieurde la baie, est difficile; mais, à l'intérieur, le bassin a pour ainsi dire l'aspect d'un lac à demi desséché àmarée basse et offre le joli port d'Arcachon, habité par des pécheurs et fréquenté par de nombreux baigneurs durant la belle saison. Entre le bassin d'Arcachon et YAdour sont plusieurs canaux par lesquels s'écoulent les eaux des étangs; les principaux sont le vieux Boucau avec son port et ses vertes prairies et le canal du cap Breton, qui tous deux ont servi successivement d'embouchure à l'Adour.
Au sud de l'embouchure de l'Adour que les dunes enveloppent, la côte que relèventles dernières ondulations des Pyrénées, change tout à coup d'aspect. Elle est haute et présente des pointes : la pointe de Biarrits et ses rochers pittoresques; \di pointe de Sainte -Barbe, marquant l'entrée de la gracieuse baie de Saint-Jean-de-Lta au fond de laquelle se jette la Nivelle et que creuse sans cesse la vague. Les phares d'Hourtin, d'Arcachon, de Contis d'une portée de 24 milles (44 kil.), de Biarritz, éclairent celte côte.
Excepté sur quelques points, comme Noirmoutier et la Rochelle, la côte de l'Atlantique paraît s'affaisser par un mouvement séculaire et presque insensible. Chatelaillon, Montmélian ont disparu, et à la pointe de Grave, à Arcachon, à Saint-Jean-de-Luz, les effets de cet affaissement sont assez prononcés pour inquiéter les habitants.
5* La côte espagnole de Gascogne, — La Bidassoa, avec sa large grève, forme la frontière de la France et de l'Espagne. Sur sa rive gauche se trouvent Fon/araéie (Fuenterrabia) et Iol pointe du Figuier, qui est sur le territoire espagnol. Depuis ce point, la côte prend la direction de l'occident, en présentant aux flots du golfe de Gascogne une ligne légèrement ondulée et hérissée de promontoires que pro* jettent les Pyrénées cantabriques ; le cap Machichaco, la pointe de Atalaya, le cap Ajo sont les plus importants. Derrière ces pointes, à l'arrière-plan, se dressent les crêtes boisées de la chaîne pyrénéenne, et, au bord de la mer, se trouvent quelques estuaires avec des ports, comme Saint-Sébastien à l'embouchure de ïUruméa, et Bilbao sur le Nervion.
60. lie eèié sud-eit. — Le côté 8ud-e8t est baigné par la Méditerranée sur une longueur de 625 kil., depuis le cap Cerbère, limite de l'Espagne et de la France à Touest, jusqu'au pont Saint- Louis, limite de la France et de lltalie, à Test. La Méditerranée a un aspect tout différent de celui de TOcéan : elle n'a pas de marées, ou du moins la marée ne s'y élève sur la côte de France que de 0",30 en moyenne, de 0",75 au plus. On y voit beaucoup moins que dans rOcéan les grandes lames de fond déroulant leurs vastes ondulations et leurs teintes souvent sombres ; les vagues sont, en général, saccadées, se brisent vite et fatiguent davantage les navires. Quand la Méditerranée est calme, rien n'égale la magniOcence de ses eaux azurées resplendissant sous un ciel sans nuages.
Les courants sont très variables sur la côte de France ; on a longtemps cru à Texistence d'un courant littoral se dirigeant de Test à l'ouest depuis le golfe de Gènes jusqu'au delà de la frontière d'Espagne; mais, en réalité, ce courant n'a jamais pu être observé d'une façon précise en dehors de l'action des vents du large : le mouvement des eaux dans ce sens peut donc leur être attribué. Les deux grandes directions des vents qui soufQent sur notre côte sont celles du nord-ouest et du sud-est, la première variant de l'ouest au nord, la seconde du sud à l'est. Près de la côte, les premiers, connus sous le nom de mistral, quoique très violents, sont peu dangereux pour le navigateur parce qu'ils ne rendent jamais la mer très grosse; les seconds, au contraire, sont très redoutés des marins parce qu'ils démontent la mer en peu d'heures et repoussent vers les côtes basses du Languedoc et de la Camargue^ souvent cachées par la brume, le bâtiment dont le capitaine n'a pas su prévoir l'arrivée du mauvais temps. Ce sont eux qui poussent les eaux vers l'ouest et influent le plus sur les marées et les courants. Les vents de sud-ouest, variables du sud à l'ouest, soufQent aussi avec une grande violence et sont principalement dangereux près des côtes de Provence, mais ils durent peu. L'été, les vents soufflent rarement avec force; ceux du sud-est reprennent vers le mois de septembre, alternant presque sans interruption avec ceux du nordouest, qui sont plus froids, mais plus secs.
Au sud de la frontière française, la côte de Catalogne, généralement haute et découpée, forme plusieurs baies dont les plus importantes, au point de vue du commerce, sont le golfe de Rosas, bordé par une plage sablonneuse et dominé par les montagnes de Cadaquèt et la baie de Santa-Cruz de la Selva, Cette côte présente plusieurs caps peu proéminents : cap Saint-Sébastien, éclairé par
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un phare, cap Bagitr, cap Estarois, La pointe la plus avancée et
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Fig. 75. — Le cap Cerbère (Extrait dos cartes de la marine).
la plus escarpée est le cap de Creus (cap de la Croix), que prolonge
ïîlot de Masa de Oro et qui porte, à 85 mètres au-dessus de la mer, un feu à éclat visible jusqu'à 15 milles (Î8 kil.).
!• Côte du Roussillon. — A 19 kil. du cap de Creus, la frontière française commence au cap Cerbère (Voir fig. 75). Les Albères, qui terminent les Pyrénéen:, hérissent la côte de promontoires dont le plus important est le cap Béar et d'anses étroites abritant de petits ports : sur le flanc méridional du cap Béar, Banyuls-sur-Mer, qui ne peut recevoir que de petits bateaux ; sur le flanc septentrional, Port' Vendres {Porius Venerù des anciens), autrefois dans une anse étroite que d'importants travaux ont rendue accessible aux plus grands bâtiments et qui pourrait rendre des services à la marine de l'État comme il en rend aujourd'hui à celle du commerce; puis le petit port de Collioure. De la mer qu'éclairent les feux croisés du cap de Creus et du cap Béar (sur une éminence de 214 met. avec 22 milles, ou 40 kil., de portée) on voit s'élever les unes au-dessus des autres les crêtes des Albères que domine à l'horizon la masse du Canigou. A 2 kil., à l'ouest de Collioure, la montagne cesse brusquement ; la côte orientée vers le nord n'est qu'une plage basse, uniforme, à peine interrompue par les graus ou débouchés des^/an^5 de Sainl'Nazaire et de Leucate et par les embouchures sensibles seulement après les pluies, du Tech, de la Têt et de VAgly.
2* Côte du Languedoc. — Le cap Leucate, élevé de 60 mètres et abritant la rade de Franqué, tranche par sa blancheur sur la monotonie du paysage. Du cap Leucate, la côte incline au nord-est en formant un arc de cercle dessiné régulièrement par la mer et en continuant à présenter le même aspect monotone. On y trouve un cordon littoral, formé par les apports de la mer, bande de terre étroite et stérile, et derrière ce cordon une série d'étangs, qui, plus praticables dans l'antiquité qu'aujourd'hui, permettaient peutêtre de gagner le Rhône par une sorte de navigation intérieure. Narbonne, ville d'origine phénicienne, très florissante jusqu'au XIV* siècle, a été ruinée par le déplacement, en 1320, de l'Aude qui lui servait de débouché. Narbonne communique avec Yétang de Sigean au débouché duquel est le port de lai Nouvelle créé en 1703. Çà et là, en suivant la côte vers l'est, on voit quelques éminences, comme les collines de la Clape, la montagne volcanique (126 mètres) et le cap d'Agde qui furent des lies; en avant, sur un îlot, est le fort Brescou, au sud de la digue bâtie par ordre de Richelieu et aujourd'hui ruinée; puis on voit la montagne au pied de laquelle est le port de Cette et ï étang de Thau dans lequel aboutit le canal du Midi.
VAude, VOrb, et r/?(frauft canalisé jusqu'au port d'Agde se jettent
sur cette c6te. Le beau phare de Saint-Loup^ placé sur la montagne d'Agde, projette son feu à éclipses à une distance de 24 milles (44 kil.) et éclaire la plus grande partie du golfe. Au delà de Cette, une bande étroite de sable sépare la mer des étangs de Maguelonne, de Pérok et de Mauguio, région malsaine, et conduit dans le golfe d'AigueS'MorteSy où Ton aperçoit des lignes basses de dunes couronnées de pins parasols; au fond de ce golfe est le canal conduisant à Aigues-Mortes, La dislance de cette ville à la mer ne paraît pas avoir varié d*une manière sensible depuis les temps historiques; Aigues-Mortes était située, comme aujourd'hui, au bord d*un canal qui n'avait probablement qu'un faible tirant d'eau lorsque saint Louis s'y embarqua en 1248 pour aller rejoindre en rade sa flotte. La pointe orientale du golfe d'Aiguës- Mortes, dite Terre-Neuve ou pointe de VEspiguette^ éclairée depuis 1869 par un feu à éclats, marque l'extrémité occidentale de la côte formée par les alluvions du Rhône.
A l'est du Grand Rhône^ qui avait autrefois plus d'importance qu'aujourd'hui, cette côte forme le ^oZ/fe des Saintes-Mariés ^ ou golfe de Beauduc^ qui pourrait étrç utilement fréquenté par les bâtiments si le mouillage était éclairé par un phare.
On donne le nom de Camargue à l'île basse, marécageuse (étang de Valcarès, etc.), malsaine, formée en grande partie depuis les temps historiques, parles alluvions du Rhône; elle tend à s'accroître sans cesse, principalement à sa pointe orientale, par les apports du Petit Bhône^ aujourd'hui endigué; le bord septentrional de l'étang de Yalcarès paraît avoir formé la côte dans l'antiquité. On peut évaluer, d après M. E. Desjardins, à 14 kil. l'avancement du littoral de la Camargue vers le sud depuis le iv* siècle de l'ère chrétienne; mais les hydrographes ne croient pas tous à ce progrès du delta qui semble cependant vraisemblable. De 1841 à 1872, l'embouchure du grand Rhône paraît s'être avancée vers le sud-est de près de 2 kil. , resserrant ainsi l'entrée du golfe de Fos; là se sont formés de nouveaux graus ou débouchés et de nouveaux theys^ îles basses composées de vase accumulée parfois autour des épaves d'un navire échoué, comme le they de Roustan, Le beau phare de Faraman (19 milles, ou 35 kil., de portée), menacé d'une ruine prochaine par les eaux de la mer, éclaire seul le littoral monotone de la Camargue, théâtre de nombreux sinistres maritimes.
Dans le golfe de Fos débouche le cditialSaint-Louis^ construit sous le second Empire, qui relie le Rhône à Yanse du Repos; là débouchait autrefois le càneA dit Fosses-Mariennes, que Marins avait creusé, que
la Durance alimentait et dont il avait fait don aux Marseillais. Précisément en face se trouve Port-de-Boue^ relié à Arles par un étroit canal creusé sous le premier Empire ; il communique par le canal maritime de Martigues avec le vaste étang de Barre, sorte de lac salé qui mesure plus de 50 kil. car. et dont on pourrait faire un vaste port intérieur, quoique la profondeur n'y dépasse pas 10 mètres; Martigues^ Saint-Chamas et Berre en sont les principales localités. La côte, depuis le cap de Creus jusqu'au cap Couronne, au delà * de l'étang de Berre, est bordée par le golfe du Lion qui reçoit les eaux vaseuses du Rhône. Aussi la profondeur de la mer y est-elle médiocre; ce n'est guère qu*à une cinquantaine de kil. du rivage qu'on trouve des fonds de plus de 100 mètres, tandis que sur la côte rocheuse de Provence, la sonde à quelques kil. du rivage descend à un millier de mètres. La mer, par ses apports durant les tempêtes, a formé dansle golfe du Lion de longs cordons littoraux en manière de digues; les atterrissements des fleuves ont peu à peu comblé les étangs restés derrière la digue et le rivage s'est étendu en se régularisant ; le chemin de fer d'Arles à Cette et Perpignan marque à peu près remplacement du rivage primitif. C'est principalement à ces atterrissements qu'est due la décadence des ports qu'un ingénieur a nommée les villes mortes de la Méditerranée (Ruscino, Narbonne, Agde, Maguelone, etc.). Le golfe du Lion est particulièrement redouté des marins à cause de la violence des vents du large et de l'absence, dans toute la portion occidentale, d'un port de refuge facilement accessible, sur une côte basse, peu visible de loin, souvent cachée par la brume qu'amènent les vents du large.
3<> Côte de Provence et de Nice. — Au sud de Port de Bouc le paysage change. La côte devient rocheuse ; elle est généralement découpée et dominée par des montagnes qui vont, en s'élevanl vers l'est, rejoindre la grande chaîne des Alpes.
Entre le cap Couronne, extrémité orientale du golfe de Fos, et le cap CroisettCy s'ouvre la vaste baie de Marseille que signale au navigateur venant du large le beau phare du Planter , élevé sur un rocher isolé à près de 8 kilomètres à l'ouest du cap Croisette. Dans l'intérieur de la baie, les îlesPomègues et Ratonneau qui' ferment le port de Frioul réservé aux bâtiments en quarantaine, Yilot d'If couronné par un château célèbre, abritent la rade et les beaux ports de Marseille. Le vieux port est un havre creusé par la nature, qui, se trouvant à proximité du grand fleuve de la Gaule méridionale, a fait la fortune de la ville; à l'ouest, les nouveaux ports, beaucoup plus vastes, sont entièrement l'œuvre des hommes.
Au delà du cap Groisette qu'entourent plusieurs îlots arides et déchiquetés, île Maire ^ tk Riou, etc., la côte élevée et rocheuse, dominée par des montagnes au profil nettement découpé, comme la Sainte-Baume^ court à Test en formant la baie de Cassis et là baie de la Ciotat, séparées par les escarpements du cap Canaille que termine le Bec de f Aigle. G*est h la Ciotat que les Messageries maritimes ont établi leurs chantiers de construction et de réparation.
La baie de Bandol et celle de Saint-Nazaire, limitée au sud par les îles des Embiers, dont Tune, le Grand- Rouveau^ est surmontée d'un phare, précèdent la rade de Toulon. Elles en sont séparées par la presqu'île élevée que termine le cap Sicié (360 m. de hauteur, voir fig. 76). Cette presqu'île se prolonge à l'est par une plus petite presqu'île, celle du cap Sépet ; au nord de ce cap s'ouvrent la grande rade de Toulon, puis la petite rade mieux abritée des vents d'est, défendue à l'entrée par les forts de YÉguillette et de la Malgue et dominée au nord par les escarpements nus et rougeàtres du Faron (546 m.). C'est dans la partie nord-est de la petite rade que se trouve le port militaire; le port de la Seyne, où s'est établie la Compagnie des forges et chantiers de la Méditerranée, s'ouvre à l'extrémité sud-ouest.
La presqu'île de Giens, la pointe la plus avancée de la côte de Provence, qui parait avoir été une île dans l'antiquité et qui tient aujourd'hui h la terre par la plage basse des Pesquiers, sépare la grande rade de Toulon de la rade d'Hyères; celle-ci doit son nom à la pittoresque ville d'Hyères, bâtie en amphithéâtre^ à 5 kil. de la mer. Au sud de la rade d'Hyères s'étendent les lies d'Hyères, au nombre de quatre : Porquerolles, la plus grande, présentant au sud des rocs escarpés et descendant en pentes douces vers le nord, Bagaud, Port-Cros et Vile du Levant ou du Titan; elles sont, à l'exception de Porç'ueroWM et i*o^^Cro^, à peine habitées et peu fertiles ; on peut dire qu'elles servent surtout à éclairer et à défendre la côte de Provence et principalement la rade d'Hyères, célèbre par l'étendue et la sûreté de son mouillage.
Le cap Bénat sépare la rade d'Hyères de la rade de Bormes ou du Lavandou. La côte, qui forme le pied de montagnes boisées, a la direction générale du nord-est ; elle est presque partout rocheuse et coupée de caps séparant des plages sur lesquelles il est difficile de débarquer par une mer houleuse; aussi est-elle peu fréquentée, ainsi que la baie de Cavalaire qui s'ouvre au sud.
Au delà du cap Lardier et du cap Gamarat, qui porte un phare dont le feu tournant, élevé de 130 mètres, est visible à plus de
21 milles (40 kil.), la côte court d'abord au nord, puis à l'ouest pour former le golfe de Saint-Tropez^ qui s'ouvre à Test entre le cap de Saint-Tropez ou de la Moxitte et la pointe des Issambres, C*est sur la côte sud de ce golfe, partout dominé par des collines boisées et riantes, plus élevées au nord qu'au sud, que sont situés la ville et le petit port de Saint-Tropez.
En continuant à courir vers le nord-est, la côte forme le golfe de Fréjus au fond duquel s'étend la plaine de ce nom, entre les dernières montagnes des Maures à l'ouest, et le massif rougeàtre de VEsterel à l'est. Fréjus^ autrefois sur le bord de la mer, en est aujourd'hui séparée par une plage de sable et de vase de 1,500 m., formée en grande partie par les dépôts de VArgens. Le petit port de Saint-Raphaël est loin d'avoir l'importance que possédait Tantique cité romaine, patrie d'Agricola.
Après la rade d*Agay, petite, mais sûre, le cap Itoux, aux formes bizarres et tourmentées, annonce au navigateur le voisinage du golfe de la Napoule au fond duquel est bâtie la coquette ville de Cannes avec ses collines verdoyantes et ses élégantes villas. C'est au golfe de la Napoule que commencent les paysages si vantés de la côte de Provence avec leur luxuriante verdure de pins parasols, d'orangers, de citronniers et d'oliviers, et à l'arrière-plan, les montagnes dont les lignes sévères se découpent nettement sur un ciel souvent bleu. Plus on s'avance vers l'est, plus l'arrière-plan s'élève par une suite de crêtes étagées dont les cimes sont blanches de neige jusqu'à l'été; de la mer, la perspective peut s'étendre jusqu'au mont Vise.
Devant la pointe Croiselte qui sépare le golfe de la Napoule du golfe Jouan où débarqua Napoléon au retour de l'île d'Elbe, s'élèvent les deux lies de Lérins, basses et couvertes de végétation : Sainte-Margu&Hte^ la plus grande, plusieurs fois prison d'État ; Saint-Honoraty où est l'ancienne abbaye de Lérins.
Le promontoire de la Garonpe, dont le sommet porte un phare élevé de 108 mètres, limite à Test le golfe Jouan. Sur le flanc oriental de cette pointe avancée, s'ouvre le petit port d'Antibes ; puis la plage de sable et gravier court au nord en s'infléchissant vers l'est pour former l'embouchure du Var. Ce petit fleuve, souvent à sec, mais torrent impétueux après les pluies, descend des premiers sommets des Alpes maritimes dont le rideau borde au nord la plaine accidentée qui s'étend à l'ouest de Nice; il servait sur les (40) derniers kil. de son cours de frontière à la France avantrannexion(1860) de l'arrondissement de Nice.
La ville de Nice qui, depuis sa réunion à la France, n'a pas cessé de s'accroître el de s'embellir, s'étend aujourd'hui sur les deux
rives du Paillon, dont on a dit avec raison qu'il ne sert aux habitants
têS LA FRAHCE.
de Nice que pour faire sécher leur linge. Le petit port est dans la partie orientale de la vieille ville, au pied du mont Boron dominant & la fois Nice» VilUfranche et la baie de Villefranche^ qui offre la meilleure rade de toute cette côte depuis le golfe Jouan jusqu'à Gènes. La presgu*île de Villefranche^ qui limite cette baie à Test, porte & sa pointe méridionale, un phare, le dernier de notre littoral, dont le feu tournant, yisible k 20 milles (37 kil.), est, la nuit, le principal point de reconnaissance pour les marins, dans ces parages.
La côte, rocheuse et vigoureusement découpée, continue à se diriger vers Test ; elle est formée par le pied des montagnes qui s'élèvent rapidement en étages successifs jusqu'aux sommets neigeux des Alpes. Tandis que le chemin de fer la borde sur presque toute sa longueur, la route pittoresque de la Corniche serpente en ligne blanche à mi-hauteur des montagnes du premier plan et domine Monaco, qui est b&ii sur un rocher avancé et taillé à pic ; ce petit rocher est couvert de la végétation des tropiques qui contribue, avec la douceur du climat et la pureté du ciel, à faire de celte côte un séjour enchanteur. La petite ville de Monaco et les élégantes constructions de Monte-Carlo, élevées de l'autre côté du petit port naturel que le rocher de Monaco abrite au sud, constituent aujourd'hui toute la principauté de Monaco.
Au delà du cap Martin^ Menton est la dernière commune française et, gr&ce à sa plage et à son climat, une des plus charmantes stations d'hiver. Elle a été, ainsi que les communes voisines, cruellement éprouvée par le tremblement de terre de 1887.
Le pont Saint-Louis^ jeté sur un ravin à 2 kil. de Menton, marque la frontière française du côté de THalie.
4* La côte italienne. — Sur le territoire italien, la côte, qui continue à être bordée par le chemin de fer et à être dominée par la route de la Corniche, conserve le même aspect et la même direction ; on y rencontre d'abord Vintimiglia, San-Remo et Porto-Maurizio. Du cap délie Mêle à l'ouest, presque jusqu'au golfe de la Spezia à Test, la côte s'enfonce et forme un arc de cercle au fond duquel est Gines et qui enceint le golfe de Gènes; la côte occidentale, dite rivière du Ponant^ c'est-à-dire située au couchant de Gènes, s'étend jusqu'en France ; la côte orientale est la rivière du Levant. Sur cette dernière côte, on remarque deux longs promontoires, celui que termine 1%. pointe de Portifino et celui qui limite à l'est le golfe de la Spezia et que termine Vile de Palmaria.
6* La côte de Corse. — A 170 kilomètres au sud-est du cap Martin est la grande lie de Corse (8,747 k. c.) dont les côtes ont un déve-
loppement de 480 kilomètres. Elle présente au nord un long promontoire très montagneux, le cap Corse, dont la longueur, depuis Bastia et Saint-Florent, est d'environ 30 km., et à l'extrémité septentrionale duquel sont Vilot et le phare de la Giraglia, visible à 23 milles (42 kii.).
La côte occidentale de Tile est presque partout rocheuse, escarpée, bordée de hautes montagnes, hérissée d'innombrables pointes ; la profondeur est considérable à peu de distance du rivage. A l'ouest du cap Corse, la côte a d'abord une direction générale vers l'ouest ; elle borde le golfe de Saint-Florent et présente les îles Bousses et Isl pointe Revellata dont le phare (20 milles, ou 37 kil. de portée) annonce l'approche du port de Calvz; elle se dirige ensuite vers le sud et présente successivement le cap la Morsetta, Vile de Gargalo, le golfe de Porto, le cap RossOy le golfe de Sagone, le cap de Feno, lapointe de Parata à l'extrémité de laquelle le phare des îles Sanguinaires indique l'entrée du golfe d'Ajaccio. Le cap Nero ferme au sud ce golfe et le sépare du golfe de Valinco. Plus au€ud, les montagnes et les escarpements de la côte s'abaissent : on rencontre le cap Senetosa, le port de Bonifacio et le cap Pertusato, qui forme la pointe méridionale de l'île.
Le détroit des bouches de Bonifacio, que de nombreux écueils rendent d'une navigation difficile, sépare la Corse de la Sardaigne.
La côte orientale est toute différente de la précédente. Dans sa partie méridionale elle est encore accidentée : pointe Capicciolo^ golfe de Santa-Manza, golfe de Porto^ Vecckio rade vaste et sûre, avec un phare puissant élevé sur la pointe délia Chiapa. Dans toute la partie centrale, elle est unie, basse, bordée de plages sablonneuses et d'étangs ; le phare d'Alistro, visible de 21 milles (39 kil.), l'éclairé.