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LIVRE DEUXIÈME

Sommaire. — G1. Les conditioDs générales du climat de la France. — 62. Les vents. — 63. La pluie. — 64. La température. — 65. Le climat armoricain. » 66. Le climat séquanieu. — 67. Le climat vosgien. — 68. Le climat rhodanien. — 69. Le climat méditerranéen. — 70. Le climat girondin. — 71. Le climat central. — 72. Les harmonies solaires et les harmonies terrestres.

61. lies eonditions i^énérales du climat de la France. — Outre

rintensité absolue de la radiation solaire (1), intensité que tout porte à regarder comme invariable, il y a divers facteurs dont le climat est la résultante ; les trois principaux sont : la latitude, Yaltilude et la position du lieu relativement à la mer. En vertu de la première, qui détermine l'angle d'incidence des rayons solaires sur la surface du sol, la température s'abaisse à mesure que la latitude est plus élevée; en vertu de la seconde, elle s'abaisse rapidement à mesure que le lieu est situé à une plus grande hauteur; en vertu de la troisième, le climat est d'autant plus tempéré par l'influence régulatrice de l'Océan que le lieu est plus rapproché de la mer. Les autres facteurs, tels que le régime des vents, les météores aqueux, le régime des eaux qui coulent ou séjournent sur le sol, Vexpositian du lieu sont d'ordre secondaire et n'exercent souvent qu'une influence locale. Dans une étendue très restreinte, de quelques hectares par exemple, une partie de ces facteurs peuvent subir des variations notables ; aussi pourrait-on dire, à certain point de vue que chaque lieu a son climat particulier, mais la géographie ne peut s'occuper que des phénomènes généraux.

Située dans la zone tempérée de l'hémisphère boréal, la France jouit, par cela môme, d'un chmatt tempéré. Ce climat doit en grande

(1) La chaleur est, pour ainsi dire, Tunique source de la vie. Sur la Terre la chaleur vient principalement du Soleil : & la distance où cette planète se trouve des autres astres, leur radiation calorifique est insensible, et la chaleur dont l'intérieur de la Terre est le foyer ne se fait que très médiocrement sentir & sa surface.

partie sa douceur relalive à deux causes principales : i« le voisinage de rOcéan, que traverse, depuis le golfe du Mexique jusqu'au côtes occidentales de FEurope, un courant chaud considéré comme une suite du (jlulf Stream ; 2* la prédominance des vents du sud-ouest qui venant, comme le Gulf Stream, de la zone équatoriale, contribuent largement à diminuer la rigueur de l'hiver comparativement aux régions de même latitude qui sont situées plus avant dans Tintérieur du continent européen. On peut dire que dans Tensemble il n'y a que deux climats en France : le climat méditerranéen borné par les Alpes et les Cévennes et le climat océanique au nord de cette limite. Mais, en étudiant le détail des variations qui se produisent dans ces deux parties du territoire français, on constate l'existence d'un plus grand nombre de subdivisions, autrement dit de climats particuliers.

62. lies Tents. — La France est soumise à deux systèmes de vents principaux : l'un, qui est presque toujours pluvieux et qui est relativement chaud en hiver, et frais (pour le vent d'ouest) en été, est le système des vents du sud et de l'ouest, qui apportent avec eux une partie de la chaleur tropicale et qui réchauffent notre atmosphère tant que les mers sont plus chaudes que les terres; l'autre, qui est sec, est caractérisé par la prédominance des vents du nordest, qu'on désigne sous le nom de bisej vents qui sont frais en toute saison. Il faut y ajouter un système secondaire, celui des vents du nord-ouest et du sud-est, beaucoup moins fréquents, surtout le second.

Les vents prédominants soufflent du sud-ouest; ils sont la prolongation du contre-alizé, formé par les masses d'air qui, dans les régions équatoriales, s'échauffent et, se dirigeant vers le nord est, s'élèvent pour se rapprocher ensuite du sol vers la latitude de 35*.

La direction des vents, à un moment donné, dépend de la position des centres de hautes et de basses pressions; l'aire, c'est-à-dire l'étendue superficielle des basses pressions s'allonge générdement suivant une ligne orientée du sud-ouest au nord- est.

Les deux principaux courants atmosphériques qui constituent ce système varient continuellement en largeur et hauteur et sont tantôt superposés, tantôt juxtaposés. Sur leurs limites ou dans leur masse se produisent des dépressions barométriques, accompagnées d'un mouvement de l'air en manière de tourbillon ou de cyclone ; ces dépressions qui suivent le plus souvent la direction du courant principal (du sud-ouest au nord-est), déterminent les tempêtes d'hiver et les orages d'été.

Souvent les accidents du sol les font dévier de leur direction

moyenne, mais il est très rare qu'elles suivent la marche complètement opposée, celle du nord-est au sud-ouest.

Dans la Hanche, ouverte précisément à Touest, et dans les contrées qu'elle baigne, ainsi que dans la Flandre, le vent s'engouffre comme la marée et souffle le plus souvent du sud-ouest, souvent de Vouest, Ainsi, au cap Lévi, le vent vient du sud-ouest pendant le quart de Tannée, et de l'ouest pendant un cinquième ; les autres vents, qui soufflent de tous les points de l'horizon dans cette péninsule, sont plus rares.

Dans la Bretagne méridionale et dans le golfe de Gascogne, il semble que le courant tourne en longeant l'arc de cercle que lui oppose la côte; c'est la direction ouest qui domine vers la pointe de Saint-Mathieu et la direction nord-oiLCst dans le bassin de la Garonne ; ces deux vents se partagent avec le vent de sud-ouest, l'empire sur cette région.

Tout autre est le régime des vents sur les bords de la Méditerranée, où le courant maritime venu du sud-ouest et le contre-alizé n'exercent presque plus leur action, mais où le courant atmosphérique vient le plus souvent des massifs montagneux, soit des Alpes, en soufflant du nord-est, soit du Massif central de la France en soufflant du nord-ouest, comme à Montpellier. Ce dernier vent, le plus froid et le plus violent, est nommé pour cette raison, par les habitants du Midi, le mistral, c'est-à-dire le « maître vent ». Déjà, dans l'antiquité, Strabon le signalait comme un des fléaux de la région. Les vents qui soufflent en sens contraire, venant du sudouest et du sud-est, sont bien plus rares ; ils amènent soit des pluies torrentielles, mais de très courte durée, soit des masses de nuages qui obscurcissent le ciel et produisent le phénomène que l'on désigne dans le Bas-Languedoc sous le nom de Marin, Quelquefois souffle le sirocco, venu du Sahara, sec et brûlant, chargé de parcelles de sable.

Dans la région alpestre, le vent suit ordinairement les vallées en les descendant ou en les remontant ; des hautes montagnes s'abattent dans les bas-fonds des vents froids et redoutés. A Nice, où le mistral est presque inconnu à cause de l'abri des montagnes, le vent vient principalement de l'est. 11 vient du nord ou du nordouest pendant plus de la moitié de l'année à Marseille et pendant les deux tiers de l'année à Aigues-Mortes et à Montpellier.

Dans la région pyrénéenne, de Perpignan jusqu'au delà d'Auch, il souffle parfois, dans la saison chaude, un vent qui est redouté comme débilitant.

Quand on s'avance vers le nord, dans l'élroile vallée du Rhàne^ ce sont encore les deux vents du nord ou du sud qui prédominent; à Lyon^ le vent du sud, apportant une chaleur lourde ou des nuages pluvieux, règne pendant 80 jours environ et celui du nord, sec et froid, pendant 130; à Privas, la girouette est presque constamment dirigée vers le nord ou le sud, surtout vers le nord. Il en est de même dans le Jura.

Dans la vallée inférieure et moyenne de la Loire et dans la vallée moyenne de la 5t*me, le vent du sud-ouest apporte d'ordinaire la pluie. A Paris, les vents d'ouest, du sud-ouest et du sud régnent pendant 200 jours environ; ceux du sud-ouest sont ordinairement les plus forts.

Dans ï Alsace et dans la Lon^aine^ les vents dominants sont : le vent du nord-est, désigné sous le nom de bise^ toujours sec et froid en hiver; le vent du sud-ouest, pluvieux.

63. lies pluies. — Les vents transportent, sous forme de nuages, la vapeur d'eau qui se forme sous TinQuence de la chaleur solaire. Un abaissement de température, quand il se produit par une cause quelconque, détermine la résolution de ces nuages en brouillard^ en pluie, en grêle ou en neige (1). Gomme le vent du sud-ouest vient de Vocéan Atlantique^ immense surface d'évaporation, il convoie beaucoup plus de nuages que les autres vents ; et, comme il part des régions chaudes de cet océan, il est capable de maintenir à Tétat de vapeur une grande quantité d'eau qui, au contact du sol plus froid de la France, doit se résoudre en pluie. Aussi les vents d'ouest et du sud-ouest sont-ils, par excellence, les vents pluvieux dans notre pays.

Au premier contact avec la terre, c'est-à-dire près des rivages de la mer, les nuages versent la pluie en abondance. Ainsi les côtes de la Hanche (Bretagne, Normandie et Picardie) sont largement arrosées, surtout dans les anses où le vent s'engouffre et où les nuages sont retenus par une ceinture de hauteurs. On le constate dans l'espace compris entre les montagnes d'Arrée et les montagnes Noiresj qui semblent être, pour ainsi dire, un entonnoir ouvert exprès pour recueillir les premières nuées venues de l'ouest et sur les côtes de la baie du mont Saint-Michel ou sur celles de Vembouchure de la Somme, Dans ces anses, il tombe, année moyenne, une hauteur d'eau de O'^.SO à 1 mètre. C'est en hiver et en automne qu'on y compte le plus de jours de pluie ; d'ailleurs les

(1) A Paris, en 1884, année chaude et sèche, il y a eu 155 jours de pluie, & de neige, 17 de grêle ou grésil, 60 de brouillard.

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nuages y fournissent leur eau par des brouillards fréquents et des pluies fines plus que par des orages ; aussi la terre n'est-elle presque jamais desséchée et les prairies verdoient-elles loute Tannée.

Le vent, qui se replie dans le golfe de Gascogne, souffle de Touest, accumule les nuages au fond du golfe et surtout dans le massif pyrénéen. Il tombe environ 0™,80 d'eau par an dans les Landes; il en tombe 1 mètre dans les Pyrénées occidentales, jusqu'à 1",40 dans le Pays basque et môme 1",80 dans la haute région du Vignemale.

Quand les vents d'ouest ont franchi la ligne du littoral, ils portent leurs nuages jusqu'aux régions montagneuses et ne déposent dans les parties intermédiaires qu'une quantité d'eau relativement faible : 0",60 environ dans la plaine de la Garonne, 0™,50 à 0",60 dans les vallées moyennes de la Loire et de la Seine,

Les hautes terres, plateaux ou montagnes, leur opposent une digue qui arrête les nuages, et comme ces terres sont souvent plus froides que les plaines, elles déterminent la condensation des vapeurs ; de là, les pluies moins continues, mais plus abondantes dans les régions montagneuses de la France que sur les côtes.

Dans une grande partie du Limousin et de la Haute-Auvergne ^ particulièrement sur le plateau des Millevachesy sur le massif du Cantal et sur les monts d'Aubrac, il tombe environ i mètre d'eau. Sur toute la ligne des Cévennes, du Pilât à la Montagne-Noire^ la pluie tombe en plus grande quantité encore, parce que ce long môle arrête et condense à la fois les nuées de la Méditerranée et celles de V Océan; certains points des monts du Vivarais reçoivent environ â mètres d'eau fournis par des averses et des orages qu'apportent les vents soit de l'Océan, soit delà Méditerranée ; comme ces orages sont loin d'être continus, cette région est exposée pendant l'été à de longues sécheresses (1).

Les A//?e«, plus hautes et plus froides que les Cévennes, sont dans la même condition et fixent autour de leurs crêtes et de leurs pitons les nuages qui avaient passé au-dessus des régions précédentes; aussi la pluie atteint-elle 1™,50 et 2 mètres, dans les Alpes du Dauphiné et de la Savoie.

Elle est aussi d'environ 1",50 dans le Jura central et méndional, ainsi que dans le Morvan.

A mesure qu'on s'éloigne des mers en se dirigeant vers le nordest, la quantité de pluie devient moindre; cependant les Hautes-

(l)Par exemple à Vialas (Lozère), en 1873, année un peu plus pluvieuse que d'ordinaire, il est tombé 2«,60 de pluie, dont la,39 en hiver.

Vosges reçoivent 1 mèlre d*eau, tandis que la lisière des Ardennes et du plateau lorrain n*en reçoit que 0^^,60; ce sont principalement des pluies de printemps et d'été.

Les pluies étant apportées en général par les vents d'ouest^ les versants occidentaux des montagnes en ont une plus large part que les versants orientaux; la différence est très sensible dRiisle Massif central et dans les Vosges. Elle Test même pour de médiocres altitudes : c'est ainsi que dans l'étroit bassin de la Meuse^ les collines de la rive droite sont plus arrosées que celles de la rive gauche. Elle Test aussi pour certaines plaines et vallées abritées du côté de Touest par un rideau de hauteurs; il tombe peu de pluie à Clermont'Ferrand et dans la Limagne, couverte par les monts d^ Auvergne, où la moyenne ne dépasse peut-être pas 0^,50; peu dans le bassin moyen de la Seine; très peu dans la plaine calcaire de la Champagne pouilleuse, que le plateau de la Brie couvre et où la hauteur moyenne de la pluie est de 0°^,40 à 0*^,50: c'est la côte de Provence, la région en France qui reçoit le moins de pluie.

Le nord et le centre de la France, à partir de la ligne allant de Vembouchure de la Gironde au Jura méridional, paraissent soumis à un môme régime de pluies d'hiver; ce sont les vents d'ouest et du sud-ouest qui y amènent les nuages, et la pluie s*y propage de l'ouest à l'est dans l'espace d'un ou deux jours. Le bassin de la Garonne et le bassin du Rhône, surtout au sud de Lyon, sont soumis à un autre régime de pluies. Lbl pluie est rare s\xr la côte occidentale de Provence (0",50 à Marseille), parce que le vent de la Méditerranée apporte beaucoup moins de nuages que celui de l'Océan, que les terres sont à une plus haute température que les mers en été, et que les vents les plus fréquents ne viennent point de la mer. C'est en été que ces vents prédominent; aussi la pluie est-elle extrêmement rare durant cette saison dans le bassin méditerranéen où les sources ne sont alimentées qu'en automne et en hiver.

De très légers accidents de terrain, quelquefois un simple rideau de forêt, suffisent pour modifier le régime des pluies comme celui des vents. Ainsi, dans la plaine de la Beauce, où il ne tombe guère que de 0",60 de pluie en moyenne, les nuages crèvent souvent du côté de Patay. Sillé-le-Guillaume, dans les Coëvrons, en reçoit O^jTO, pendant qu'à quelques kilomètres au sud, dans la plaine, Lorée parait n'en recevoir que 0",40.

C'est surtout en été, principalement en juin et juillet, que les orages sont fréquents. Les brusques variations de pression barométrique peuvent peut-être expliquer leur formation ; le vent du

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sud-ouest est celui qui les apporte le plus fréquemmenl. Ils suivent d'ordinaire certaines directions déterminées. Dans la plaine du Bas-Languedoc, ils viennent souvent du nord-ouest, c'est-à-dire du Massif central; dans les plaines de Vouest^ ils glissent vers le nordest, le long de ce Massif, jusque dans la vallée de la Seine; dans la Lorraine, ils partent du sud-ouest.

En hiver j la pluie tombe surtout dans la zone voisine de Yocéan Atlantique et dans les hautes montagnes d^s Cévennes, où elle s'amasse sous forme de neige. Les vallées de la Garonne supérieure^ du Rhône, de la Loire, du Rhin et le bassin de la Seine en reçoivent moins. Au printemps et en été, ce sont les régions du centre et de Yest, avec la région pyrénéenne et quelques autres massifs montagneux de moindre importance, qui sont le plus arrosées; en été, les pluies sont très rares dans les parties situées au sud du 45** degré, à l'exception toutefois du Massif pyrénéen, de la Montagne- Noire, de la Lozère, et des tnonts des Maures, En automne, les parties montagneuses de la France, Pyrénées, Cévennes, Alpes, Jura^ Vosges, sont largement arrosées et les plaines du sud et du centre reçoivent plus d'eau que celles du nord.

La hauteur moyenne de la pluie qui tombe annuellement en France peut être évaluée à 80 centimètres (O'^jSO) (i).

Une partie de cette eau s'évapore immédiatement et retourne à l'atmosphère. Une autre partie glisse sur la surface du sol, forme les ruisseaux et va grossir aussitôt les rivières ; c'est ce qui se produit principalement sur les terrains imperméables. Enfin une partie pénètre dans le sol oîi elle peut prendre deux directions très différentes; ici, elle filtre à travers les couches perméables et donne naissance aux sources et aux nappes souterraines : ce qui a lieu lorsque ces terrains perméables sont supportés par des couches imperméables et ce qui est la condition la plus favorable à un bon régime des rivières; là, elle est pompée par les racines des plantes qu'elle nourrit et qui par leur transpiration la rendent à l'atmosphère.

64. lia température. — La température moyenne en France est d'environ 11 degrés (2). La température est déterminée,

(1) Le calcul donne On,77; mais, dans les parties montagneuses où la pluie est la plus abondante, les stations météorologiques manquent sur beaucoup de points.

{1) Les cartes météorologiques, dont les lignes isothermes sont tracées diaprés la température ramenée fictivement au niveau de la mer, donnent des résultats quelque peu différents. Les cartes de nos atlas sont dressées diaprés la température réelle de chaque région.

d*abord, par la latitude et Valiilude; on a calculé qu*une élévation de 140 mètres dans les Alpes augmente le temps nécessaire à la maturité du seigle dans la même proportion (quatre jours) que le rapprochement d*un degré vers le pôle. Au pied du mont Ventoux, la température moyenne est de IS**, et Tolive y mûrit; au sommet, c'est-à-dire à une altitude de 1 912 mètres, la température moyenne est seulement de 2**, comme dans la Finlande méridionale, et le règne végétal consiste uniquement en graminées.

La température est déterminée aussi par la direction moyenne des vents. Les régions où lèvent du nord-est domine sont, à la même latitude et à la même altitude, plus froides que celles où règne le courant du sud-ouest.

Elle Test en outre, par le degré d'humide de VaJtmosphère. Les brouillards et les nuages forment pour ainsi dire un écran qui tempère, d'une part, Tardeur des rayons solaires et, d'autre part, le refroidissement causé par le rayonnement du sol et par l'évaporation. ht voisinage de la mer^ surtout celui de l'Atlantique qui est échauffé par le courant venu du sud-ouest, exerce à cet égard une influence, parce que la mer, conservant en toute saison une température beaucoup plus uniforme que la terre, fait fonction de réservoir de calorique et devient une source de fraîcheur en été et dexhaleuren hiver.

En traçant une diagonale de l'embouchure de la Vire au col de TendCy on divise à peu près la France en deux grandes régions; celle du nord-est est au-dessous de la température moyenne; celle du sud^ouest est au-dessvs. L'influence causée par l'océan Atlantique et par l'altitude sur la direction générale de cette ligne de démarcation, qui coupe obliquement les degrés de latitude, est manifeste.

La ligne isotherme moyenne de la France est d'ailleurs loin d'être droite. De l'embouchure de la Vire, elle se dirige vers le sud, laissant dans la région froide le massif des collines de Normandie et du Maine et dans la région chaude la Bretagne que rOcéan entoure ; elle se replie en forme de golfe pour envelopper jusqu'au delà de Blois la vallée de la Loire, où pénètrent profondément les vents d'ouest, et pour laisser ainsi dans la région chaude Xo^Touraine; elle longe le pied du Massif central qu'elle relègue, malgré la latitude, dans la région froide; sur le flanc oriental des Cévennes, elle remonte jusqu'à Dijon la vallée du Rhône et de la Saône que réchauffe le souffle méditerranéen ; mais, de l'autre côté de la vallée, elle se recourbe vers le sud, laissant dans la région froide tout le Jt^ra, les Alpes de Savoie et du Dauphiné. Au milieu

du Massif central^ la Limagne, abritée contre les venls, constitue un ilôt de la région chaude.

En général, la température moyenne est supérieure à 11** au sud de cette ligne isotherme, inférieure à 11** au nord de la même ligne.

Les températures moyennes les plus élevées sont celles de Nice et Menton, placées en espalier au bord de la Méditerranée, et celle de Perpignan, Les plus basses sont celles des provinces du nordest : la température est inférieure à 8^ dans Meurthe-et-Moselle.

La température moyenne de Vhiver en France, difûcile à préciser, est d'environ 3*. Si Ton trace une ligne passant par le Pas de Calais, le pays de Caux, la campagne de Caen, enveloppant le massif des collines de Normandie et du Maine où Thiver est un peu plus rude, dessinant comme la ligne isotherme moyenne, un grand golfe pour laisser la vallée inférieure de la Loire dans la région des hivers doux, contournant toute la froide région du Massif central, remontant aus^i, comme la ligne isotherme, la vallée du Rhône jusque vers Lyon et enfermant toute la région alpestre, moins la Basse-Provence, dans la région des hivers froids, on peut dire, d'une manière vague, que la région située au sud de cette ligne est au-dessus de la moyenne et la région au nord, au-dessous. A Barcelonnette, la moyenne de Thiver descend à 1**,3, plus bas qu*à Lille, tandis qu'à moins d'un degré de dislance, à Nice, elle est de plus de 8". La partie centrale des Pyrénées est aussi dans la région des hivers froids.

C'est en hiver surtout que Tinfluence de l'Atlantique se fait sentir en adoucissant les rigueurs du froid dans les parties où elle s'exerce.

En été, cette inûuence cesse d'être aussi sensible.

La température moyenne de l'été en France est de 18*. Toute la vallée inférieure de la Loire, jusqu'au delà d'Orléans, le Bocage vendéen, la vallée de la Garonne au sud du Massif central, le Languedoc au sud des Cévennes, la vallée du Rhône et de la Saône et une partie des plaines du centre de la France ont un été dont la chaleur est supérieure à la moyenne. Le reste, sauf quelque» exceptions, est au-dessous.

Les hauts plateaux du Jura et les Grandes Alpes restent dans la région qui est au-dessous de la température moyenne.

Lorsqu'on compare à la carte hypsométrique de la France la carte des pluies ou la carte de la température, on est frappé de la ressemblance des images. Les courbes de la pluie et celles

de la température rendent distinctes au premier coup d*œil les plaines du bassin de la Seine et les hauteurs du Massif central, les chaînes des Vosges et du Jura, la vallée de la Garonne et celle du Rhône avec la côte méditerranéenne, la crête des Gévennes et les hautes cimes alpestres, et montrent ostensiblement Tinfluence prépondérante de la latitude et de Taltitude sur le climat.

65. lie climat armoricain. — La Bretagne^ le Maine, Y Anjou, la Touraine, la Normandie et la Picardie occidentale sont les régions qui subissent le plus Tinfluence de l'Océan et des vents d'ouest. Un été modéré, un hiver doux, beaucoup d'humidité, des brouillards, sont les traits généraux de leur climat tout maritime ; on peut le désigner sous le nom de climat at^moricain, du mot celtique « armor », qui veut dire pays baigné par la mer.

Sur les bords de l'Océan, on y compte jusqu'à 152 jours de pluie par an. Elle tombe principalement en automne et en hiver. La température moyenne est d'environ 11^. Les brouillards, en diminuant le rayonnement du sol, et la condensation des nuages en pluie, en donnant lieu à un dégagement de chaleur, rendent la température si douce en hiver sur les côtes, qu'à Cherbourg les magnolias et les figuiers viennent en pleine terre. La moyenne de l'hiver y varie en effet entre 5° et 6°, tandis qu'elle descend à 3°, 3 à Paris. Elle est en janvier de 6** à Brest. — L'été est généralement moins chaud (16' à 17') qu'à Paris; la moyenne du Cotentin^ en juillet, est de 17' ; les fraîches prairies du Cotenlin eidu Bessin sont dues en partie à l'imperméabilité du sous-sol, en partie à l'humidité de Tatmosphére et en partie aussi à cet équilibre de la tem pérature.

La Touraine et la région de la Basse-Loire ont les mêmes hivers avec les vents d'ouest, et des étés plus chauds à cause de la latitude; aussi, la bénignité du climat et la fertilité du sol, célébrées de tout temps, ont-ils fait donner, vers le xv' siècle, à la Touraine, moins humide que la Basse Loire, le nom de « Jardin de la France ».

Dans la région plus élevée du Maine et des collines de Normandie, la saison d'hiver est plus rude ; mais les pluies sont abondantes dans presque toute cette contrée et donnent naissance à de nombreuses rivières.

66. lie climat fléqnanien. — Le climat séquanien comprend le bassin de la Seine, à l'exception du cours inférieur du fleuve depuis Rouen et de la partie orientale du bassin. Il s'étend aussi au nord sur la Flandre, au sud, jusque sur les terrains granitiques qui for-

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