LA FORMATION TERRITORIALE DE LA FRANCE
Sommaire. — 76. La féodalité. — 77. La France sous les Capétiens directs. — 78. La France sous les trois branches des Valois. — 79. La France sous les Bourbons. — 80. L'administration au dix-huitième siècle. — 81. La France pendant la Révolution et le premier Empire. — 82. La France de 1815 à 187i. — 83. L'administration depuis 1871. — 84. Le résumé des changements territoriaux.
76. lia féodalité. — Les Francs, maîtres de la Gaule, n'avaient guère changé les circonscriptions administratives de l'Empire romain et s'étaient en général contentés de conQer à un comte le gouvernement de chaque cité, quelquefois à des ducs le gouvernement d'une province, souvent aussi à des comtes subordonnés au
comte de la cité le gouvernement d'un pagus ; des centeniers administraient les subdivisions du pagus. Les possesseurs de bénéficesy c'est-à-dire de terres données d'abord en usufruit seulement par les rois ou par des seigneurs, étaient peu à peu parvenus à transformer ces usufruits en propriétés perpétuelles et héréditaires. Les ducs et comtes parvinrent aussi peu à peu, comme les bénéflciers, à rendre leurs offices, c'est-à-dire leurs comtés^ duchés ou autres seigneuries, à peu près héréditaires et indépendants et finirent par obliger les hommes libres à se lier à eux par la recommandation, c'est-à-dire par un engagement qui mettait à perpétuité leur personne et leurs terres sous la dépendance du seigneur. £le fut le commencement de la féodalité, dont le triomphe devint complet vers la fin du IX* siècle; Charles le Chauve consacra l'hérédité des offices, grands et petits, par le capitulaire de Kiersi-sur-Oise (877) qui est le plus connu des actes de cette transformation sociale.
La souveraineté se trouva alors presque confondue avec la propriété territoriale. Le territoire fut divisé en /îe/s; chaque grand propriétaire rendit la justice sur sa terre et devint le maître des hommes qui l'habitaient; chaque seigneur régna sur ses serfs et ses vassaux et fut lui-même subordonné par le lien de la vassalité à un autre seigneur, souvent au comte; le comte, à son tour, relevait tantôt immédiatement du roi, tantôt d'un seigneur plus puissant, duc ou comte. Le pouvoir d'un grand nombre de ducs et de comtes avait pour origine un office conféré par les rois carlovingiens et transformé en propriété héréditaire.
Les principaux domaines féodaux, dans la France septentrionale qui correspond à peu près au bassin géologique parisien (avec la Normandie), étaient, en 877 : le comté de Flandre, le comté de Vermandois, le duché de France, qui s'étendait de la Somme à la Loire et auquel la Champagne fut rattachée de 854 à 923, le comté d'Anjou et le duché de Bourgogne. Après le traité de 911, le duché de Nov" mandie devint un des principaux domaines et eut lui-même nominalement la suzeraineté de la Bretagne, réellement indépendante sous des seigneurs qui prenaient les titres de comte, de duc et même de roi. Dans cette région, sous le régime féodal qui présentait de grandes irrégularités et dont les circonscriptions politiques subirent de fréquents changements, les cadres de l'administration romaine disparurent en grande partie; mais ils subsistèrent dans les divisions ecclésiastiques.
Au midi de la Loire, au contraire, c'est à-dire dans ï Aquitaine ^ l'élément barbare ayant moins pénétré, le pays n'avait presque
LA PRAKCB. 20
aucun rapport de subordination avec la France du nord, et l'organisation féodale, étant moins compliquée, n'avait pas effacé les traces de l'administration romaine.
Du X* au XIV* siècle environ, la nation française a vécu pous le régime féodal, divisée pour ainsi dire en autant d'États qu'il y avait de seigneuries et de châteaux, attachée au sol par le servage, par la propriété féodale, vivant surtout d'une vie rurale ; cependant, à partir du xm* siècle, l'industrie concentrée dans les villes se développa, et avec elle le commerce qui avait longtemps été très restreint. Les relations des provinces entre elles et de la France avec l'étranger avaient lieu principalement à l'aide de grandes foires périodiques, comme les foires de Champagne, celle de Beaucaire, celle duLandilh Saint-Denis, etc. D'autres rapports, malheureusement fréquents, résultaient des guerres entre seigneurs. Les divers éléments ethnographiques que les invasions avaient juxtaposés sur le même sol se fondirent dans le moule nouveau durant cette longue, et quelquefois dure, élaboration ; mais, en même temps, certaines différences locales et provinciales, causées par Tinfluence du milieu, s'accusèrent davantage.
77. lia France •ou* les Capéliens directs. — Le premier des rois de la troisième race, Hugues Capet (987), était, avant son avènement, le plus puissant des seigneurs féodaux. Comte de Paris et duc de France (1), il régnait sur des domaines situés au centre du bassin de la Seine et possédait la capitale de la France neustrienne, qu'avaient choisie, non sans raison (2), les rois mérovingiens et les rois francs depuis Charles le Chauve. V Ile-de-France, avec VOrléanais (3), composait son domaine particulier : c'est à ce domaine que fut à peu près bornée l'autorité des premiers rois. Cependant les limites étaient loin d en être précises ; ainsi les premiers Capétiens partageaient avec l'évéque une partie de l'autorité dans les \illes épiscopales du nord et ils exerçaient certains droits sur Montreuii'Sur-Mer. Les autres grands seigneurs, ducs ou comtes, régnaient en souverains, chacun dans leurs domaines.
Aussi, pendant un siècle, l'histoire des rois de France a-t-elle eu
(1) Le Dom de France, plus tard Ile-de-France^ s'appliqua d'abord au pays que bordenl TOise, la Nouetle, la Beuvronne, la Marne et la Seine, et paraît avoir compris à peu près la même région que le Parisis,
(2) L'empereur Julien, qui gouverna plusieurs années la Gaule, avant d'être à la tète de Tprapire romain, avait déjà, fait de Lutèce sa capitale.
(3) L'Orléanais propre a été apanage comme duché d'Orléans de 1344 à 1498; réuni à la couronne par Louis XII, il fut plusieurs fois érigé en apanage nominal pour les brauclies cadettes de la famille royale de Bourbon.
pour théâtre les environs de Paris. Louis le Gros, qui s'efforça le premier de ramener à Tobéissance féodale les petits vassaux turbulents du domaine, allait guerroyer contre des châteaux bâtis sur les collines de Montmorency, du Puiset (au sud-ouest d'Étampes), de Montlhéry^ de Coucy (au sud-ouest de Laon), et les batailles les plus importantes de ce temps furent livrées sur les frontières de la Normandie, dans les guerres entre le roi et son plus puissant vassal, devenu roi d'Angleterre : h Brémuie (U19); au pont de Gisors (1198) dont le château, bâti par Richard Cœur-de-Lion, défendait le passage de TEpte, limite des deux États.
Philippe P' avait acquis, dans l'intérieur même de Tlle-de- France, le Gâtinais (1068) et le Vexin français (1082); car il s*en fallait de beaucoup que cette province même fût alors tout entière aux mains du roi. Hors de Hle-de-France, Philippe I" avait acquis Corbie, acheté la vicomte de Bourges (iiOO) à un seigneur qui partait pour la Terre-Sainte. Philippe- .\uguste acquit par héritage le Vtrmandois (i), VAmiénois, le Fa/oi5(l 183-1 2U) et V Artois (1191). Il est vrai que ces trois dernières provinces furent plus lard aliénées.
Le roi d'Angleterre, Henri Plantagenet, maître de la Noj^mandie et du Maine par sa mère, de Y Anjou et de la Tuuraine par son père, deV Aquitaine (Poitou, Limousin, Bordelais, Agenois, avec la suzeraineté de l'Aunis, de la Saintong^, de TAngoumois, du Périgord, de la Marche et de la Gascogne) par sa femme, et presque de la Bretagne par son fils Geoffroy, gendre et héritier de Gonan IV, dernier duc de nationalité bretonne, était beaucoup plus puissant que le roi de France. Philippe-Auguste entra en lutte avec lui et avec son dernier fils, Jean sans Terre, auquel il enleva la Normandie, le Maine, ï Anjou, le Poitou, la Touraine (1204) (2); il acquit aussi, d'autre pari, la plus grande partie du comté d^ Auvergne (1213). Quoique ces provinces aient été dans la suite plusieurs fois perdues ou aliénées, les conquêtes du xn^ et des premières années du xin® siècle ont commencé à constituer la puissance territoriale des rois de la troisième race; elles ont été consolidées par la victoire que remporta Philippe-Auguste au pont de Bouvines{i2iA} contre les troupes confédérées des seigneurs du nord et de l'empereur d'Allemagne, dans cette plaine de Flandre qui allait devenir souvent le théâtre des luttes de la France contre l'étranger,
(1) Comlé en 883; uni au ValoU en 1077, à la couronne en 1185-83; donné leoiporairement coinine douaire à Marie Stuart en 1576.
(^) Coûté nu ix« siècle; uni à TAnjou eu 1044; confisqué en 1?04; apanage nomlnalemenl plusieurs foiji de 1328 à 1576.
Le fils de Philippe-Auguste recueillit les fruits des victoires de son père en enlevant encore aux Anglais le Bas Poitouy VAunis et la Sainionge jusqu à la Gironde (1224), et ceux de la guerre des Albigeois, en dirigeant lui-même une croisade dans le midi et en s*emp8u*ant du Bas-Languedoc (1226), où il établit les sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne,
Ces conquêtes furent consacrées sous saint Louis, pendant la régence de sa mère, Blanche de Gastille, parle traité de Paris (1229), qui céda au roi le Bas-Langitedoc avec le Gévaudan^ une partie de V Albigeois et qui assura à Alphonse de Poitiers, son frère, la succession du comte de Toulouse. Elles furent sanctionnées de nouveau par les victoires de Taillebourg et de Saintes, gagnées sur le bord de la Charente (i242), et par le iv^ilé A" Abbeville (1259). Toutefois saint Louis consentit à prendre la Charente comme limite des possessions anglaises et françaises : il restitua au roi d'Angleterre Je Limousin et tout le pays au sud du fleuve, connu plus spécialement depuis cette époque sous le nom de Guienne, et assura à la France la possession légitime des pays situés au nord. Il acheta aussi en 1238 le comté de Mâcon apanage par la suite ; mais, en 1258, par le traité de Gorbeil, ii renonça au droit nominal de suzeraineté que la France avait sur la Catalogne , le Boussillon et la Cerdagne.
Alphonse et sa femme étant morts sans enfants (1271), leurs domaines composés du comté de Toulouse, qui comprenait le Toulousain, le Quercy, le Rouergue, TAgenois et TAlbigeois, et du comté de Poi/ou échurent au roi Philippe III le Hardi; le comté de Toulouse conserva cependant une administration particulière et ne fut réuni au domaine de la couronne qu'en 1361 (1). VAgenois fut cédé à l'Angleterre. Ces agrandissements dans le Midi entraînèrent le roi de France à soutenir, par delà la limite naturelle des Pyrénées, des guerres peu favorables à sa puissance. Plus habile, Philippe IV le Bel porta son principal effort du côté de la Flandre (victoires de Fumes en 1297, et de Bruges en 1300; défaite de Courtraien 1302; victoire navale de Zierikzée dans les eaux de TEscaut oriental; victoire de Mont-en-Péuèle au nord de Douai en 1304) et se fit
(1) En 778, création par Gharlemagne de la Marche de Gothie dans Tanciennc Septimanie ou Bas-Languedoc, et du comté de Toulouse dans le Haut-Languedoc. Réunion de la Gothie au comté de Toulouse en 918. Démembrement à partir de 1229; héritage du roi en 1271; annexion définitive & la couronne en 1861, y compris le Quercy et le Rouergue, qui ne furent rattachés que postérieurement au gouvernement de Guyenne. — Le comté de Poitou, donné plusieurs fois en apanage, ne fut déAnitivement réuni à la couronne qu*â ravènement de Charles VJI (1422).
céder la Flandre française jusqu'à la Lys (1305 et 1312). Plus tard, Charles V abandonna cette importante province en la donnant en dot à son frère Philippe le Hardi, chef de la deuxième maison capétienne de Bourgogne, qui épousait Théritière du comte de Flandre. Philippe le Bel avait épousé Jeanne, comtesse de Champagne et de Chartres (1) et reine de Navarre, qui lui apporta ses domaines en dot; le royaume de Navarre sortit de la maison de France à la mort de Louis le Hulin, et la Champagne réunie au domaine
Pig. 79. — Les accroissements du domaine royal.
royal, mais donnée quelque temps en douaire ou en apanage, rentra définitivement en 1361 (2). Le même roi se fit céder par le comlearchevéque de Lyon la souveraineté de sa ville (cession en 1307, réunion en 1310) qui, depuis le xi® siècle, relevait de Tempire
(1) Comté de Blois ou Blaisois créé vers 830, avec comté de Chartres (conquis vers 970), Tours, etc. ; uni à la Champagne en 1019 et plusieurs fois séparé ot réuni; Chartres uni à la couronne en 1284; donné à Charles de Valois en 1293; réuni en 1492, donné ensuite en apanage. Comtés de Blois et Dunois achetés en 1391 par le duc d'Orléans, réunis à la couronne par Louis XII, puis donnés en apanage.
(2) La Champagne érigée en comté héréditaire en 854 ; passe à la maison de Blois en 1019; le comte Thibaut V hérite de la Navarre en 1234; réunion de la Champagne à la couronne par mariage en 1284; définitivement réunie en 1361.
germanique et la réunît à la France (1310; (I). Beaugeney '1299 . ie Bigarre {12fl2;, la âfarche, VAngoumois 1303;, la Sou/e (1309 entrèrent au^si, mais momentanément, dans le domaine royal; le Barroiiï à Touest de la Meuse I2f appelé dès lors Barrois mouvant dut^ après la défaîte et la capture du comte Henri III, reconnaître la suzeraineté du roi de France (i30i).
A la On des Capétiens directs, le domaine royal comprenait environ les deux tiers de la France neuslrienne, touchait la Lys au nord, les Pyrénées au sud, et à l'est possédait, avec Lyon, une portion de Tancien royaume de Lothaire. La Franche-Comté ou comté de Bourgogne avait même été pendant un temps réunie aux ponsCHsionsde la couronne par le mariage, en 1295, de son héritière avec un (11»* de Philippe le Bel, devenu roi de France lui-même sous le nom de Philippe V (1316-1322) (voir fig. 79). Sur le reste du territoire du royaume que gouvernaient des seigneurs vassaux, la suzeraineté du roi était devenue eflective.
78. Ija France «ou* les Irols braDch*** des Talols. — L^avènement des Valois fut le point de départ d'une guerre avec les rois d'Angleterre. Devenus par leurs mariages possesseurs d'une grande partie du bassin de la Garonne en 1152 (mariage d'Éléonore de Guyenne et de Henri Planlagenel) et du Ponthieu ou France maritime en 1279 (mariage d'Éléonore de Ponthieu et d'Edouard III), ceux-ci prétendaient, contrairement à la loi salique, avoir des droits sur la couronne de France comme héritiers plus proches que les Valois ; ils descendaient d'une branche féminine. La guerre dura plus d'un siècle (1337-1453); elle est connue sous le nom de guerre de Cent ans, La France y fut cruellement éprouvée; ses armées féodales y subirent, entre autres, trois grands dc^sastros.
Kn 1310, Edouard 111, après avoir débarqué dans le Cotentin à la faveur d'une trahison et dans l'espoir d'un brillant accueil en Normandie, sVlail vu obligé de regagnera la hâte ses possessions du Ponthieu. L'indication du gué de Bianquetaque^ près d'Abbeville, où 60 trouvait une ancienne voie romaine oubliée, lui permit de tromper la surveillance de Philippe YI qui croyait avoir gardé tous
[\\ Comté lie Lyon i^rig<> pour Gérard de Rousslllon vers 860; augmenté du Fort'i oi du Boatijolais eu 870; rt^uni au royaume d'Arles en 9SS. Les comtes almudouucni lu vilio aux archevêques en 1073, et prennent plus spécialement lo titro do comtes de Forez. ^Voir plus bus, p. 316.)
{t) Cette partio ocoi zieuta le du duché de Bar fut dite Barrois mouvant ou royal, parce quVUe i^laii dans la mouvance ^sous la suzeraineté) du roi de KiHiuco, La partie oricul&le était le Bmt>jU ducat ou non mouvanL
les passages de la Somme et qui fut défait à Crécy, Dix ans après (1356), ce fut à Poitiers (1) que Jean II, fils de Philippe VI, fut vaincu par le Prince Noir, fils d'Edouard 111, qui, après avoir ravagé le Berri, se repliait sur la Guyenne. Enfin, sous Charles VI, en 1415, eut lieu la désastreuse bataille à'Azincourt, gagnée par Henri V d'Angleterre qui, après avoir ravagé la Normandie, et se hâtant de regagner Calais, put aussi traverser la vallée marécageuse de la Somme au-dessus de Péronne, à Taide du gué de Voyennes, autre passage d'une voie romaine oubliée. La prise de Calais, que les Anglais possédèrent plus de deux siècles, avait été le résultat do la bataille de Crécy. Celle de Poitiers avait été suivie du traité de Drétigny (1360) qui céda au roi d'Angleterre en toute souveraineté Calais, Guines, Montreuil et tout le Pontkieu dans le nord; dans le sud, le Poitou, YAunis, la Saintonge, YAngoumoii, le Limousin, le Pén'gord, le Quercy, le Rouergue, la Guienne, VAgénois, le Labourd, la Soûle et la suzeraineté de Y Armagnac et du comté de Foix,
Charles V, par sa lactique prudente, autant que par ses armes qui se signalèrent par les victoires navales de La Rochelle et de la Charente {i:M2), aux combats de /^ow^ua/fai/* (1370) et de CAisé(1372)(2), reprit aux Anglais tous ces territoires : il ne leur resta plus que Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Mortagne-sur-Gironde, Dax et Bayonne. Charles V accfuit, en outre, le comté d'Auxerre (vers 1365).
Mais, sous Charles VI, la défaite d'Azincowt et la complicité de la reine Isabeau et du duc de Bourgogne livrèrent de nouveau la France aux Anglais; l'héritage même de la couronne de France fut réservé par le honteux traité de Troyes (1420) au fils du roi d'Angleterre. Charles VII, à son avènement (1422), tristement inauguré par les défaites de Gravant- sur -Vonne (1423) et de Verneuil (1424) (3), ne régnait en réalité que sur Bourges où il avait dû se réfugier, sur Poitiers et sur quelques autres villes au sud de la
(1) Los luttes de Charles V contre les Anglais se trouvèrent compliquées par des révoltes de vassaux, entre autres par celle de Charles le Mauvais, roi de Navarre et comte d'Évreux, défait par Duguesclin à Cocheret {\ZOi),
(2) Le Poitou, comté en 778, fournit des ducs d'Aquitaine depuis 839. Rattaché à la France par le mariage d'Éléonore avec Louis VU, en 11 37, à l'Angleterre par le mariage de la même princesse avec Henri II (1152); conquis par Philippe- Auguste en 1204, apanage à diverses reprises, occupé par les Anglais de 13SG à 1369; apanage en 1417 à Charles VU, alors dauphm, qui le réunit à la couronne à sou avènement en 142?.
(3) Le lieu précis de cette balaille est Mauperiuis, aujourd'hui la Cardinerie, écart de la commune de Nouaillé, au sud-ouest de Poitiers.
Loire. Si les Anglais étaient parvenus à forcer par la prise d'Orléans le passage de ce fleuve, c'en était fait de la royauté des Valois. Jeanne d'Arc sauva son pays en délivrant cette ville (1429), et, par la prise de Beaugency et la victoire dePatay (1429) remportée prés de Rouvrayy ville qui quatre mois auparavant avait été le théâtre d'une de nos défaites, elle débarrassa le cours de la Loire de la présence des ennemis. Après la mort de l'héroïne, Charles VII, par le traité d'Arras (1435), détacha le duc de Bourgogne de l'alliance étrangère en lui cédant les comtés cPAuxeiTe et de Mâcon, Y Artois et les villes riveraines de la Somme {Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Abbeville, Saint-Valery); plus Péronne, Roye, Montdidier, c'est-à-dire presque toute la Picardie, et en le dégageant de toute vassalité. Puis il rentra dans Paris (1436) et chassa les Anglais de presque toute la France. Il ne restait plus àces derniers, en 1444, que Calais, la Normandie et la Guyenne (1). La Normandie (2) leur fut enlevée (1450) et la possession en fut assurée par la victoire de Formigny. La Guyenne (3) fut soumise après la prise de Liboume^ de Bordeaux et de Bayonne (1451) ; la victoire de Castillon sur les bords de la Dordogne (1453) et la seconde prise de Bordeaux, qui avait rappelé les Anglais, marquent la fin de la guerre de Cent ans.
Une guerre si longue et si souvent désastreuse avait appauvri la France et considérablement diminué sa population. Cependant le domaine royal s'était agrandi et l'unité morale de la nation française s'était formée au milieu même des soufl'rances de l'invasion et par la haine de l'étranger. I/avènement de Philippe de Valois
(1) Pendant ce temps avait lieu la guerre civile connue sous le nom da Praguerie (1440) ; en 1444, le Dauphin marchait au secours de l'empereur contre les Suisses, qui éprouvèrent une défaite à Saint-Jacques^ sur la Birs, près de Bàle (1444).
(2) Duché en 911 ; son duc conquiert, en 1066, TAngleterre qui reste unie à la Normandie; celte province fut confisquée par Philippe-Auguste en 1204; apanagéc pour Jean II en 1332; conquise par les Anglais en 1415; reprise définitivement en 1450.
(3) Guienne^ corruption du mot Aquitaine et partie méridionale de Tancien duché d'Aquitaine. Sous les deux premières races des rois de France et jusqu'au xiii« siècle, le mot Aquitaine désignait l'Aquitaine de la période romaine ou du moins TAquitaine première et l'Aquitaine seconde. Au xm*) siècle, cette région fut morcelée et on désigna sous le nom de Guienne la région située entre la Charente et les Pyrénées que le traité d'Abbeville laissait aux Anglais. L'archevêque de Bourges portait le litre de primat d'Aquitaine, que lui contestait au ivin® siècle l'archevêque de Bordeaux. Depuis le traité d'Abbeville (1257) la Guienne fut occupée presque toujours par les Anglais lusqu'en 1453; elle fut apanagéo sous Louis XI, en 1469, et réunie défiaitivement en 1474.
L»niSTOIRE ET LA POLITIQUE. 313
avait réuni au domaine le Valois (1), le comté de Chartres, le Maine et V Anjou; mais de nouveaux apanages détachèrent ces provinces (2). Le dernier dauphin de Viennois, Humbert II, avait, par les traités de Vincennes et de Sainte-Colombe (1343) et par celui de Romans (1349), vendu au roi de France ses domaines du Daupkiné (Viennois, Graisivaudan, Gapençois, Embrunois et Briançonnais) ; en 1419, la cession par testament du Valentinois et du Diois au prince qui devait être Charles VII avait h peu prés complété Tacquisition de cette province. Le territoire du royaume de France se trouvait encore une fois étendu au delà des limites du traité de Verdun. A partir de 1456, le Dauphiné fut rattaché au domaine de la couronne. Charles VII parlait même (1444) trompeusement des « frontières antiques et naturelles de la Gaule française qui s'étendait jusqu'au Rhin. »
Sous le roi Jean, une importante province, la Bourgogne, qui, par déshérence, était tombée dans le domaine royal, en sortit pour constituer, avons-nous dit, un anapage en faveur du plus jeune (ils du roi et créa une puissante maison qui fut, après les Anglais, la plus redoutable ennemie de la royauté (3). Louis XI triompha de cette ennemie et, après la mort du dernier duc, Charles le Téméraire (1477), il réunit au domaine le duché de Bourgogne (4), les villes de la Somme, le Ponthieu{o), le Boulonnais (6) et le Charolais. 11 réunit aussi, à la mort de René d'Anjou (14B0), V Anjou (7) et le
(1) Valois, comté en 880; uni au Vermandois en 1077 ; à la couronne en 1185; apanage en 1285; rentré au domaine en 1328; apauagé à la branche des Valois- Orléans de 1392 à 1 498, et nominalement depuis à toutes les familles d'Orléans.
(2) Les Capétiens directs avaient en général favorisé TémancipaUon des communes contre l'autorité des seigneurs. Sous les premiers Valois, la puissance féodale reprit, au contraire, de Timportance et fut plus d'une fois soutenue par les rois eux-mêmes. C'est ainsi que Philippe VI soutint le comte de Flandre contre ses villes révoltées (victoire de Casse], 1328), exemple que suivit Charles VI (bataille de Roosebeke, 1380), mais qui indisposa celte province.
(3) Sous Louis XI même, la Bourgogne fut à la tête d'une révolte féodale, dite Guerre du Bien Public^ signalée par la bataille de Montlhéry et les traités de Con flans et de Saint- Maur (1465).
(4) Fondé en 877, occupé en 1012 par le roi Robert le Pieux, dont le deuxième fils, Robert, fonda une dynastie ducale en 1032; passa par héritage en 1361 au roi Jean, dont le dernier fils, Philippe le Hardi, fonda une deuxième dynastie (1363-1477); réuni en 1477, sauf le Charolais, qui resta en possession de l'Autriche-Espagne jusqu'en 1659.
(5) Comté en 859; à l'Angleterre, par mariage, en 1279; conquis en 1369; donné en 1435 & la Bourgogne avec les villes de la Somme et l'Amiénois; comté au nL« siècle; uni au Vermandois et au Valois au xi*; à la couronne, 1185; réuni définitivement en 1477.
(6) Comté en 860; uni & la Bourgogne en 1419; à la couronne en 1477.
(7) Anjou, comté en 870; fournit (1154) à l'Angleterre la dynastie des Plantagenêts; confisqué en 1204; apanage en 1246; réuni définitivement en 1481.
au LA FRANCE.
Barroii nutuvani^ et, à la mort de Charles, héritier de René, le Maine iî) et la Provence 2; fl48l;. II avait acquis par confi-calion le duché d'Alençon et le Perche (1474 et M82^ 3 , le duché de Nemours^ V Armagnac et la vallée d'Aure; il tenait le Roussillon et la Cerdafjne à titre de gage pour de l'argent qu'il avait prélé au roi d*Aragon, et, comme dot de sa future bru, petite-fille de Charles le Téméraire, Y Artois et la Franche-Comté [\\. La puissance royale n'a\'ait jamais été si grande.
Far son mariage avec Anne, duchesse de Bretagne, Charles YIII avait préparé la réunion au domaine royal de cette importante province qui avait eu jusque-là. une existence presque entièrement séparée de celle de la France (5). Mais ses projets de conquête en Italie lui firent abandonner une partie des acquisitions de son père ; en effet, pour ne pas laisser d'ennemis derrière lui, il rendit à Maximilien d'Autriche YArlois, la Franche-Comté et le Charolais (traité de Senlis, 1493), et au roi d'Aragon la Cerdagne (ti\c Itoussillon (traité de Barcelone, 1493).
Les guerres d'Italie, dont les résultats furent si brillants pour les artîj et les lettres, entraînèrent les rois et leurs armées à la pour- Huilc de conquêtes lointaines et impoliliques. La Haute Italie, particulièrement la région entre la Sesia et l'Adda, devint le champ
(1) Comté en 830; uni eu 1110 à TAnjou dont il a ensuite suivi le sort.
(V) Koyaume an 879; uni à celui de la Bourgogne transjurane pour former le roynume d'Arles en 047; comté en 9i8; à la maison capétienne d* Anjou en 1240; à lu couronne en 1481.
(3) Le duché avait été restitué en 1476, et une seconde fois en 1483; réuni à la couronne en 1523 et plusieurs fois donné en apanage.
(4) Ces deux provinces, dont la cession au roi de France avait été consentie comme dot do Marie de Bourgogne fiancée au dauphin, par le traité d'Arras (1482), avaient été l'objet d'une guerre entre Louis Xi et Maximilien d'Autriche, gendre du Téméraire, laquelle fut signalée par la bataille indécise de Ouinegatte (1479), prés de Thérouanne. Louis XII devait, eu 1513, éprouver près de celle place une di^'fuito complète.
(.'}) \ji Bretiigne a des chefs nationaux, comtes ou rois depuis 383. En 577, trois comtés principaux; en 594, celui de Comouailles soumet les autres et devient royaume; eu 090, anarchie à la t^uïie de laquelle les rois fraucs soumettent la Bretagne; en 824, duché bénéficiaire, devenu royaume et indépendont en 840; puis duché vassal do la Normandie 992. Érigé en duché sous Geffroi 1«' en 11U8; placé sous la suzeraiuelé du roi de France en 1213. De 1341 à 1:{6I, lutte entre la maison de Blois, soutenue par la France, et la maison de Montfort, soutenue parrAngUtorro, qui finit par l'emporter (batailles de la Boche-Demeu, 1347 ; d'Auray, IMW); on 1491, mariage de Charles VIII avec l'héritière Anne, qui gouverne néanmoins son duché d'une façon indépendante, même sous Louis XII, son second mari. Sa fille aînée, Claude, épouse, en 1514, François d Angoulî^mo, qui devient roi do Franco en 1515 (François I*»"); ce roi se fait reconnaître comme souverain par la noblesse bretonne à la mort de sa femme, •u 1624 et unit lo duché à la couronne par lettres patentes en 1532*
L'IlIàTOlRE ET LA POLITIQUE. 315
de bataille des Français contre les Suisses ou les Impériaux, parce que c'était surtout la possession du Milanais qu'on se disputait. Les Alpes furent maintes fois traversées par nos troupes : le col du mont Genèvre, le plus facile de tous, fut le chemin de Charles VIII à l'aller et au retour (1494-1495), plusieurs fois celui de Louis Xll, celui de François I" avant la bataille de Pavie (io25); le col de VArgentière fut traversé, avant Marignan (1515), par François P' qui voulait tourner par le sud le Pas de Suze et la vallée de la Doire occupés par les Suisses, et qui dut faire de grands travaux pour rendre le passage praticable à ses 72 canons ; le mont Cenis fut franchi par le même roi dans la campagne de 1536. C'est par le petit Saint-Bernard que Bonnivet fit sa retraite après la campagne où mourut Bayard (1524); c'est par les passages des A/pes Liguriennes que le duc de Bourbon (152i) et, douze ans plus tard, Charles-Quint (i536) envahirent la Provence.
La principale victoire que les J'rançais aient remportée dans la région des Alpes durant les guerres d'Italie est celle de Cérisoles livrée au sud du Pô (1544). Le marquisat de Suze dans la vallée de la Doire Ripaire, Pignerol dans la vallée du Clusone, Saluées au débouché du Pô, gardaient les passages et furent plusieurs fois attaqués ou pris.
Les Impériaux se trouvant maîtres des Pays-Bas, la France fut aussi, pendant ces guerres, envahie plusieurs fois par sa frontière du nord et du nord-est. Sous François !•', Charles-Quint, pénétrant par la vallée de la Marne, prit et brûla Vitry et s'avança jusqu'à Château-Thierry (1544). En revanche, Henri II, allié des protestants contre l'empereur, passa la Meuse en 1552, fut reçu dans Verdun et dans Tom/, prit Metz (1) et pénétra même jusqu'au Rhin. Charles-Quint vint camper au mont Saint-Quentin^ près de Metz, essaya en vain de reprendre cette ville (1553) et essuya des échecs dans les Pays-Bas (bataille de Benty, 1554). Plus heureux, Philippe II son fils et Emmanuel Philibert duc de Savoie, « le portier de rilalie », dont les Français occupaient le duché depuis 1534, pénétrèrent par la trouée du nord jusqu'à Saint Quentin et remportèrent une grande victoire près des murs de cette ville (1557). Des succès divers, tels que la prise de Calais sur les Anglais par le duc de Guise (1558) et la défaite du maréchal de Thermes à Gravelines (1558), amenèrent la paix de Cateau-Cambrésis (1559)
(1) Leslerritoires de ces trois vieilles cités lorraines devinrent dès lors une province française sous le nom de Trois- ÈvécUés, bien que l'annexion n'ait été sanctionnée que par le traité de Westphalie, en 1648.
par laquelle la France recouvra Ham^ Saint-Quentin et Le Catelet^ pris par les Impériaux, et rendit la Savoie et le Piémont, moins Turin, Villeneuve d'Asti, Quiers, Chivasso restitués en 1562, Pignerol, Pérouse et Savigliano rendus en 1574, le marquisat de Saluées, qui ne fut échangé contre la Bt^esse qu'en 1601 et les petites vallées qui furent échangées contre Barcelonnette en 1713.
Ces guerres, commencées dans le dessein de conquérir le royaume de Naples, puis le Milanais, avaient réduit la France & la nécessité de défendre son propre territoire contre la puissance formidable de la maison d'Autriche. Plusieurs fois même elle fut menacée d'un démembrement comme au troisième traité de Blois en 1504, et à celui de Madrid (1526), qui cédait le duché de Bourgogne à l'Espagne ; heureusement ce traité ne fut pas ratiQé. La France sortit de ces guerres, en fin de compte, sinon victorieuse, du moins intacte et même agrandie.
Les trente années qui suivirent (1560-1589) furent tristement troublées par les guerres de religion. La France devint le champ de bataille des partis, et, comme les protestants avaient leurs principaux points d'appui au sud de la Loire, c'est sur les routes qui relient le nord et le midi que la plupart des engagements eurent lieu : à Moncontour au nord de Poitiers (1569), à La Rocke-r Abeille au sud de Limoges (1569), h Jarnac sur la Charente (1569), à Coutras sur risle (1587), à Auneau dans la Beauce (1587), à Vimory dans le Câlinais (1587), k Aimay-le-Duc dans le Morvan (1569). On se battit aussi dîi côté de la Normandie, où les prolestants pouvaient recevoir les secours de l'Angleterre; à Dreux (1562); à Arques (1589); à Ivryy au passage de l'Eure (1590). La dernière bataille, qui est une victoire de Henri IV, fut livrée à Fontaine-Française (1595), dans la Bourgogne que gouvernait Mayenne, et près des possessions des Espagnols qui appuyaient les ligueurs.
Malgré les guerres d'Italie elles guerres de religion, les derniers Valois avaient étendu le domaine royal et commencé k donner au royaume une administration régulière. François I*" consomma la réunion de la Bretagne; par son avènement il réunit VAngoumois (1) ; par la confiscation des biens du duc de Bourbon, il réunit le Bourdonnais, le duché (l'érection de la terre d'Auvergne en duché-pairie date de 1360) et le dauphiné d'Auvergne, le Forez, le Beaujolais
(1) Comté en 839; à la famille de Lusignan, eu 1181; réuni à la couronne en 1303; occupé par les Anglais de 13C0 à l:)73 ; apanage aux Valois-OrléaiM en 1392; réuni définitivement, sauf apanages nominaux, en 1S31.
avec la Dombes et la Marche (1527) (1), c est-à-dire une grande partie du centre de la France. A la mort de Henri III, il ne restait guère que le Nivernais j les Comlals {Vencùssin et (T Avignon) et les provinces au sud de la Garonne et de TAriège qui ne fussent pas directement soumis à l'administration des officiers royaux.
79. jLa France sous les Bourboas. — Par son avènement au trône, Henri lY apportait au domaine royal les riches patrimoines que les maisons de Foix et d'Albret possédaient dans le Midi : vicomte de Béarn (2) et Basse-Navarre, Gascogne (Labourd, Landes, Chalosse et Albret, Armagnac, Bigorre, Gonserans) (3) , comté de Foix, Périgord (4), Limousin (5); la réunion eut lieu officiellement en 1607, et, en i620, le Béarn fut compris dans le gouvernement de Guienne et Gascogne ; en 1785, il forma un gouvernement particulier avec la Basse-Navarre.
Par sa guerre contre le duc de Savoie et par le traité de Lyon qui la termina (1601), Henri IV acquit, en échange du marquisat de Saluées, le Bugey avec le Valromey, la Bresse et le Pays de Gex.
Louis XIII, peu de lemps après son avènement, hérita du comté d* Auvergne (1615) que Marguerite de Valois lui avait laissé par tes-
(1) Bourbonnais : sirerie en 920; duché-pairie en 1327. — Auvergne : comté en 886; démembré du Dauphiné d'Auvergne en 1169 et de la Terre d'Auvergne en 1232 (devenue duché-pairie en 1360); réunion à la couronne en I2I3 de la Terre d'Auvergne, apanagée depuis comme duché et réunie déûnitivement, ainsi que le Dauphiné d'Auvergne; en 15*27 cependant donné encore en apanage jusqu'en 1693, date de la mort de mademoiselle de Montpensier; union à la couronne du comté, en 1615. date de la mort de Marguerite de Valois. — Forez : titre de comté pris par les comtes de Lyonnais en 1073, passe à la famille de Bourbon en 1414. — Beaujolais : comté vers 920; passe en 1400 aux ducs de Bourbon avec la Dombes. — Marche : comté en 944 ; aux Lusignan en 1180; à la couronne par déshérence en 1303; apanage comme duché-pairie en 1317; & la famille de Bourbon en 1327.
(2) Béarn : vicomte en 819; uni en 1290 au comté de Foix. — Foix : comté en 1012; uni au royaume de Navarre en 1479. — Navarre : royaume en 860; & la maison de Champagne en 1234 ; à la France en 1284 ; détachée en 1328, passe & la famille d'Albret en 1483; perd en 1512 toute la partie au sud des Pyrénées. — Albret : sirerie en 1060; acquiert Bazas en 1250; la Chalosse en 1361; l'Armagnac, la Navarre, Périgueux, Limoges, etc., au xv* siècle; passe à la famille de Bourbon en 1548; rentre à la France en 1589.
(3) Duché de Gascogne en 602; duché héréditaire en 872; uni à l'Aquitaine en 1070, forme de nombreux fiefs.
(4) Comté en 886 ; confisqué en 1399 et apanage à la famille d'Orléans ; à celle de Penlhièvre en 1438 ; à celle d'Albret en 1470.
(5) Composée de plusieurs seigneuries vassales de l'Aquitaine, entre autres la vicomte de Limoges (Haut-Limousin), qui appartint à la famille d'Albret depuis 1481; dans le Bas-Limousin était la vicomte de Turenne (page 323, note 3).
tament (1), et vers la fm de sa vie, il acquit la principauté de Sedan (1642) que le duc de Bouillon dut céder pour recouvrer sa liberté.
Sous son règne et sous le ministère de Richelieu, un des plus grands hommes d'État qui aient gouverné noire pays, la puissance de la maison d'Autriche, ennemie séculaire de la France, se trouva ébranlée par sa lutte contre les protestants d'Allemagne, lutte connue sous le nom de guerre de Trente ans (1618-1648) et à laquelle la France prit une part directe en 1635. Elle en recueillit les fruits par l'acquisition de l'Alsace que Bernard de Saxe-Weimar laissa en mourant à la France avec son armée (1639) et par la conquête faite sur l'Espagne de V Artois et du Boussillon (1640). Le traité de Munster, un des deux traités de Westphalie (1648) négociés par Mazarin, élève de Richelieu, assurait à la France la possession de presque toute YAlsace comprenant le Sundgau (avec Brisach sur la rive droite du Rhin), les landgraviats de Haute et de Basse-Alsace, la préfecture de Haguenau avec ses dix villes impériales (2), et la possession des Trois-Évéchés conquis (1552) par Henri H. Le traité des Pyrénées (1659) lui assura la possession de V Artois occidental, avec cinq villes de la Flandre et du Bainaùt, plus Marienhourg^ PhiUppevillej Monlmédt/, Thionville pour couvrir la frontière du nord, et au sud la possession du Boussillon (3), et de la partie de la Cerdagne qui prit et a conservé le nom de Cerdagne française.
Louis XIV eut l'honneur de ces deux traités signés sous son règne. Lorsque, après la mort de Mazarin, il prit en main la direction de rÉtat, le royaume de France avait atteint au sud la limite des Pyrénées, telle qu'elle est restée depuis ce temps. Au sud-est, la frontière atteignait la limite naturelle des Alpes, du Var au mont Thabor (moins la vallée de Barcelonnette), le Guiers et le Rhône jusque
(1) V Auvergne avait été divisée de bonne heure en trois grands fiefs : le comté d'Auvergne^ situé presque enlièrement à l'oiiesl de FAIIier. le Dauphiné d'Auverqne^ situé surtout à l'est de TAUier et ainsi nommé parce que son premier seigneur (1 169) était de la famille des dauphins du Viennois, et la Terre d'Auvergne située au sud-ouest de la province, réunie en 1313 probablement nu domaine royal après conquête et ér'gée en duché-pairie en MUU).
(2) Ces dix villes étaient : Hngnenati, Colmar, Scheli^stidt, Wissemhourg, Oberenheim, Rosenhcim, Munster-ftri-Gregorieulhal, Raiserberg, Kuringheim. Une indemnité de 3 millions de livres fut donnée aux archiducs dMnnâbruck, anciens propriétaires de TAlsace. A la suite des arrêts des Chambres de réunion, toute la noblesse de la Bas^e-Alsace reconnut la souveraineté du roi, et la république ùe Strasbourg ouvrit ses portes (itiSl ; le Iraité de Hyswyck (in9S) confirma ces acquisitions. Plusieurs princes allemands cou -ervèrent des domaines en Als.ice jusqu'à la Révolution de n8U;ld cession de leurs droits fut faite par le traité de CampoFormio (1797).
(3) Comté au ix* siècle : uni à TAragon en 1172.
dans le voisinage de Genève et jusqu'au lac. A Test, la Franche- Comté était encore une possession espagnole, comprenant toute la région du Jura et presque toute la vallée supérieure de la Saône, depuis le confluent de l'Oignon ; mais le Rhin, de Bâle à Lauterbourg, coulait sur la frontière de Y Alsace^ devenue française, avec Landau comme poste avancé. Cependant, à Touest des Vosges, la Lorraine était encore une terre d'Empire; mais elle avait été mise sous séquestre pendant une partie de la guerre de Trente ans et elle était coupée par les nombreuses enclaves françaises du Toulois^ du Verdunois et du pays Messin, Au nord, Sedan y Rocroiy Le Catelet, Saint-Pol, le cours inférieur de l'Aa et Gravelines marquaient la frontière française qui enveloppait aussi les bassins de la Somme, de la Canche, de VAuthie et de la Liane; Ptàtippeville et Marienbourg servaient de postes avancés entre la Meuse et la Sambre.
A l'intérieur, il ne restait plus (v. page 316) qu'un petit nombre de souverainetés indépendantes; c'étaient, d'une part, la république de Mulhouse, les principautés d'Orange et de Bombes, les Comlats, le vicomte de Turenneei le comté de Charolais qui, conservé à l'Espagne, même après le traité des Pyrénées, avait été saisi par Condé en nantissement des sommes que lui devait cette puissance; d'autre part quelques domaines jouissant encore de l'indépendance féodale, comme les duchés de Nevers (l) et de Penthièore (2).
La féodalité avait été définitivement vaincue durant la minorité de Louis XIV (guerre de la Fronde), mais elle restait propriétaire ou suzeraine de la plus grande partie du sol ; elle conservait, indépendamment de ses droits honorifiques, des immunités et des privilèges pour ses propres terres désignées sous les noms de duchés, comtés, marquisats, seigneuries, etc., et de nombreux droits productifs de revenus sur les terres qui re'evaient d'elle.
Louis XIV continua aux dépens de la maison d'Autriche la politique d'agrandissement dont Richelieu lui avait donné le modèle. 11 acheta Dunkerque aux Anglais (16G2). Son beau-père le roi d'Espngne étant mort, il réclama la Flandre^ l'envahit et, par le traité d'Aix-la-Chapelle (1668), se fit céder les douze villages de la partie de la Flandre qu'on appelle Flandre française (3). En 1676, il prit
(1) Comté depuis le x« siècle; comté-pairie en 1347; duché-pairie en 1539.
(2) Coiiuë an xi« siècle; duché-pairie en 156^.
(.3) Comté de Flandre en 8G*2; uni par mariage à la Bourgogne en i:)84; passe à la maison d'Autriche en 1477; à l'Espagne en 1504 par Tavènement de Churles-Quint; conquis en partie de 1669 à 1678.
Bouillon qui resta jusqu'à la Révolution à la famille de la Tour sous la protection du roi de France.
Quatre ans après, il entreprit la guerre contre les Hollandais dont il avait à se plaindre, et, par le traité de Nimégue (1678 et 1679), l'Espagne paya encore les frais en cédant, dans le nord, le reste de Y Artois {i) (bassin de TEscaut), le Cambrésis et le Hainaut dit depuis français; dans Test, la Franche-Comté. Les obstacles grandissaient à mesure que Tambition du Grand roi unissait plus étroitement contre lui les puissances étrangères. Aussi la troisième guerre, terminée par le traité de Ryswyck (1697), Tobligea-t-elle à rendre certaines places que les traités antérieurs lui avaient données sur la rive droite du Rhin ; mais il consacra la possession de Strasbow*g^ de Longwy et de Sarrelouis, La quatrième guerre mit sur le trône d'Espagne un prince français, mais elle épuisa la France, et le traité d'Utrecht (1713) n'apporta qu'un seul changement dans sa frontière, la cession de la vallée de Barcelonnette en échange des petites vallées piémontaises que la France possédait encore.
Dans l'intérieur du royaume, Louis XIV confisqua la principauté dC Orange (1673), dont le possesseur Guillaume d'Orange, stathouder de Hollande, était son ennemi, et le comté de Charolais, possession de l'Espagne confisquée, puis rendue au traité des Pyrénées, dont le domaine utile, c'est-à-dire les droits pécuniaires et les revenus, à l'exclusion des droits de souveraineté, fut réclamé et dévolu au grand Gondé, par arrêt du parlement (1684), sous la haute souveraineté du roi.
La guerre de Trente ans et les grandes guerres du règne de Louis XIV avaient eu pour principaux théâtres, près des frontières de la France, les Pays-Bas, le Palatinat et le Rhin, les Alpes, les Pyrénées. Entre la plaine des Pays-Bas et le Palatinat, le massif Ardennais était peu propre aux opérations militaires; entre le Rhin et les Alpes, la Suisse, alliée de la France, couvrait la frontière.
1® Du côté des Pays-Bas, la France avait débuté par une victoire à Avein (1635), au sud-est de Namur; elle avait vu, il est vrai, l'année suivante, les Impériaux s'avancer jusqu'à Corbie, sur la Somme ; mais, dès 1640, elle était maltresse d'Arras, Deux fois Gondé arrêtait l'ennemi, à Rocroi (1643) à l'extrémité de l'Ardenne,
(1) Artois, comté en 863; uni & la France par mariage en 1180; apanage réel en 1237; comté>pairie en 1397; uni à la Flandre en 1382; à la couronne en 1482; rendu par le traité de Senlis (1498); cédé à l'Autriche, comme Ûer, en 1497, et à titre indépendant^ par le traité de Madrid en 1526; conquis en partie en 1640.
L'OISTOIRE BT LÀ POLITIQUE. 321
et à Ltm (1648). Dix ans après (1658), il se faisait battre sur les dunes de Dunkerque ; mais celle fois il était dans le» rangs ennemis, et ses vainqueurs étaient des Français commandés par Turenne.
La guerre de dévolution ne présenta qu'une suite de sièges, savamment dirigés par Yauban, comme celui de Lille (1667), sans qu*U y eût de bataille rangée.
Lorsque la guerre de Hollande fut devenue une guerre générale, il fallut transporter le champ de bataille des bords du Rhin inférieur dans la vallée de TEscaut, et aux sièges de Liège, Condé, Va- Itmeimntiy Cambrai y etc., se mêlèrent des batailles presque toujours favorables. Condé attaqua vigoureusementGuillaume d*Orange dans le bois de Séneffe (1674), près de la source de la Senne ; le duc d'Orléans fut vainqueur au mont Cassel (1677), et Luxembourg repoussa heureusement, à Saint-Denis près Mons (1678), Guillaume qui 1 avait traîtreusement attaqué pendant la signature de la paix de Nimégue.
La victoire fut plus vivement disputée encore dans la troisième guerre. Les Français perdirent à Valcourt (1689) la ligne de la Sambre ; mais le duc de Luxembourg la reconquit à Fleurus (1690), et il sut se maintenir, après la prise de Namur, par les batailles de Leuze (1691), de Steenkerque (1692) et de Neerwin* dea(1693).
La quatrième guerre fut surtout signalée par des revers ; Marlborough battit nos armées à Ramillies (1706), tout près du champ de bataille de Neerwinden, à Audenarde (1708), à Malplaquet (1709), et les ennemis prirent successivement Lille, Towmai^ Mons, Douai, Bétkune, Aire, Saint- Venant, men€içant la vallée de la Seine. Heureusement, Marlborough fut rappelé et Villars, profitant de la résistance qu'opposa Landrecies au prince Eugène, rétablit nos afiaireâ par la victoire de Denain (1712) qui délivra la Flandre.
^DvL côté du Rhin et du Palatinat, la France fut d'abord (1636) envahie et dévastée par Galoas j usqu à Saint-Jean-de-Losne ; mais ce général fut repoussé et Bernard de Saxe-Weimar, vainqueur à Rheinfeld et à Brisach (1638), conquérant de l'Alsace, joua quelque temps le principal rôle sur ce théâtre; Guébriant, le vainqueur de Kempen(1642), le soutint ; cependant, après la défaite de Rantzau àTûtlingen (Diitlingen)(1643), il fallut appeler Condé qui battit Mercy sous les murs de Fribourg (1644) et prit ensuite Mayence.
Durant la guerre de Hollande, Turenne, posté en Alsace (1674), dui d'abord se contenter de couvrir l'armée du roi qui conquérait la Pranehe-Gomté; quand il fui libre d'agir, il passa le Rhin et,
3^i U FRANCE.
manœuvrant habilement entre les corps ennemis^ battit les Impériaux h Sintzheim (1674).
Un ordre cruel de Louvois, qui voulait faire un désert entre le Rhin et la frontière française, l'envoya ravager le Palatinat ; mais les Impériaux, plus nombreux, le forcèrent h se replier sur les lignes de la Lauter ; puis, repassant le Rhin, ils tournèrent la position en entrant en Alsace par le pont de Strasbourg. Après une victoire h Entzheim, près de cette ville, Turenne fit volte-face cl vint placer son camp à Detttviller^ appuyé à la route de Saveme qui assurait sa ligne de retraite. Les Impériaux, ayant couvert leur front, disséminèrent le reste de leurs troupes dans la plaine de la Haute-Alsace pour y passer Thiver. C'est alors que le général, qui avait prévu et annoncé au roi ce mouvement de l'ennemi, quitta sans bruit son camp, se replia par la route de Saveme sur la Lorraine, fila derrière les Vosges, puis, rentrant en Alsace par le Sundgau, prit les Impériaux ^ revers, les culbuta à Mulhouse, à Colmai\ & Turckheim (décembre 1674 et janvier 4675), et les força à repasser le Rhin en désordre. 11 les attaquait lui-même sur b rive droite, lorsqu'il fut tué à Sassbach (27 juillet 1675). Cette campagne de Turenne est la plus mémorable des opérations militaires du xvu* siècle qui aient été fondées sur la connaissance de la topographie. Les succès furent ensuite plus disputés; cependant Créquî, après une défaite à Consarbrûck, près de Trêves (1675)» finit par se maintenir en Lorraine et en Alsace.
La guerre d'Allemagne commença par la conquête facile des quatre électorals du Rhin, suivie du ravage méthodique du Palatinat, lorsque, la guerre devenant générale, il fallut abandonner cette province; cette exécution barbare n'empêcha pas les Impériaux de pénétrer jusqu'en Lorraine, et ce ne fut qu'en 1692 que le maréchal de Lorges rétablit. les affaires par la victoire d'Heidesheim.
Au moment où éclata la guerre de la succession d'Espagne, Catinat, chargé de garder la frontière du Rhin, resta sur la défensive; après lui, Villars, plus hardi, passa le Rhin, gagna son b&* ton de maréchal sur le champ de bataille de Friediingen (1702), en face de Haguenau, força le prince de Bade à s'enfermer derrière les lignes de Stollhofen qui barraient la plaine, du Rhin à la forêt Noire, et alla sur les bords du Danube donner la main aux Bavarois et gagner la bataille d'Hochstett (1703) au même lieu où, l'année suivante, son successeur se faisait battre. Villars reprit ensuite le commandement, se maintint sur le Rhin et enleva même
sans combat (1707) les lignes longtemps redoutables de Stollbofen.
3*^ Du côté des Alpes, les événements les plus importants de la guerre de Trente ans ont été les victoires (1640) de Casale et dlvrée remportées par le maréchal de Créqui. Pendant la guerre d'Allemagne, Catinat marcha contre le duc de Savoie qui venait de se joindre à nos ennemis ; il prit la Savoie, envahit le Piémont, s'y maintint par la victoire de Staffarde (1690), livrée au lieu où le Pô débouche des montagnes, et s'empara du comté de Nice. Mais, Louvois ne lui ayant laissé qu'un corps de 10,000 hommes, il ne put empêcher le prince Eugène de pénétrer dans le Dauphiné et de le ravager ; toutefois celui-ci dut se retirer promptement devant la résistance des habitants, et Catinat, qui avait reçu des renforts et qui le suivait, le battit dans la plaine de la Marsaille au sud-ouest de Turin (1693).
Dans la guerre de la succession d'Espagne, l'armée française ayant à défendre le Milanais, possession espagnole, opéra d'abord sur la ligne du Mincio, où elle éprouva les défaites de Garpi, de Chiari (1701, et de Crémone (1702). Mais la défection du duc de Savoie, bien que suivie des victoires de Cassano (170Ô) et de Gaicinato (1706), obligea les Français à faire le siège de Turin; une manœuvre hardie du prince Eugène nous causa un grand désastre sous les mura de celte ville (1706) ; l'Italie fut perdue et la France même fut un moment envahie (siège de Toulon, 1707).
4* Sur la frontière des Pyrénées, les deux extrémités de la chaîne étaient les seuls points par lesquels la France pût entamer l'Espagne. La conquête de Perpignan et du Roussiilonf les secours donnés à la Catalogne révoltée, la victoire de Leucate (1637) par Schomberg, celle de S. Llorenzo (1645) par d'Harcourt, le siège infructueux de Lérida (1647) par Gondé, signalent la guerre de Trente ans.
Durant la guerre de Hollande, les partisans, désignés sous le nom de « miquelets», empêchèrent Schomberg de pénétrer en Catalogne au delà de Figueras.
Durant la guerre d'Allemagne, Noailles s'empara d'Urgel (1691) et de Gérone (1694), après une victoire remjportée sur le Ter, à Vergés (1694), et en 1697 Vendôme prit Barcelone.
Enfin, durant la guerre de la succession d'Espagne, la France ayant à défendre le trône de Philippe V, ce ne fut pas sur la frontière, mais au cœur de la péninsule qu'eurent lieu les opérations militaires.
Sous Louis XV, deux traités modifièrent l'étendue du territoire français. Par le troisième traité de Vienne (1735-1738), le duc François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse et futur empereur d'Allemagne, céda contre, la Toscane son duché de Lorraine et de Bar à Stanislas Leczinski, roi détrôné de Pologne et beau-père de Louis XV, avec réversibilité à la couronne de France ; à la mort de Stanislas en 1766, la Lorraine et le Barrois furent réunis au domaine (1). Deux ans après (1768), par le traité de Gompiègne, les Génois cédèrent à la France, moyennant finance, Tile de Corse^ dont ils s'épuisaient en vain à soumettre les habitants révoltés depuis quarante ans, et en moins d'une année, les troupes françaises firent cesser la résistance.
A rinlérieur, Louis XV réunit définitivement deux des derniers restes de l'indépendance féodale, la principauté de Dombes (2) et la vicomte de rurenne(3).
Le règne de Louis XV, quoique peu conquérant, ne fut pas néanmoins sans guerres : les armées françaises eurent h lutter sur les théâtres qui les avaient déjà vues tant de fois sous le règne de Louis XIV.
Durant la guerre de la succession d'Autriche, Maurice de Saxe, voulant couvrir l'armée royale qui assiégeait Tournai, accepta, sur le bord de l'Escaut, entre Antoing et Fontenoy, une bataille qu'il gagna non sans péril (1745), mais qui, suivie de la victoire de Rocoux (1746) remportée en face de Liège, sur le plateau de la Hesbaie, lui donna la Belgique: il est h remarquer que c'est presque toujours sur le léger dos de pays qui borde au nord la Sambre et la Meuse que s'est décidé le sort de cette contrée. Maurice battit ensuite l'armée anglo-hollandaise à Lawfeld (1747), près de Maestricht qu'il investit, et ses brillants succès décidèrent l'Autriche à traiter.
(1) Royaume de Lorraine en 8S5; rattaché au royaume de Germanie en 900; à lo France par accession des habitants en 9i] et 940; érigé par la France en duché bénéficiaire, 916; occupé par le roi de Germanie en 939 et en 944. — Duché de Lorraine mosellane en 959; à la maison d'Alsace, 1048; à la maiton capétienne d'Anjou, 1431; à. la maison de Vaudemont, 1473.
(2) La Dombesi faisant partie du cumté de Beaujolais (page 316, note 3), passe en 14u6 à la maison de Bourbon; confisquée par François 1*' (lô27;; rendue en toute souveraineté, en 1560, à la famille de Montpensier, hôriUère du connétable de Bourbon; échangée en 1762 contre divers domaines utiles (Argentan, Dreux, Gisors, Vemon, etc.); réunie définitivement au point de vue administratif, par décret du 27 décembre 1791.
(3; Comprenant une grande partie du Bas-Limousin; érigée en vicomte au IX* siècle; unie au duché de Bouillon en 1591. par le mariage du vicomte Henri de la Tour avec Charlotte de la Marck, héritière du duché de Bouillon; vundue en 1738 à la couronne par Charles Godefroy, duc de Bouillon.
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La guerre de Sept ans, quoique malheureuse pour la France, ne se rapprocha jamais autant de sa frontière septentrionale ; c'est surtout sur le Weser et la Saale qu eurent lieu les opérations ; deux batailles seulement furent livrées sur la rive gauche du Rhin qui servit plus d*une fois & couvrir nos armées en retraite : h Krefeld (1758) où les Français furent vaincus et, non loin de là, à Cioster-Camp (1760) où ils battirent Tenneml venu pour les surprendre et Tobligèrent à repasser le Rhin.
Sur le Rhin moyen, les hostilités ne furent pas en général très vives. Les Français prirent Kehl et Philippsbourg dans la guerre de succession de Pologne et les rendirent à la paix. Dans la guerre de la succession d'Autriche, ils portèrent d'abord le champ de bataille en Rohême et en Bavière ; mais ils furent ramenés sur le Rhin dès la fin de l'année 1743. L'année suivante, les Impériaux forcèrent les lignes de Wissembourg et inondèrent l'Alsace ; mais le roi; sortant de son indifférence, se mit h la tète de son armée et, quoiqu'une maladie l'ait arrêté à Metz, l'élan qu'il avait communiqué aux troupes contribua à faire chasser l'ennemi, qui perdit même plusieurs places fortes de l'autre côté du Rhin.
C'est sur la frontière des Alpes qu'avaient été portés les coups décisifs dans la guerre de la succession de Pologne, par les victoires de Parme et de Guastalla (1734). Dans la guerre de la succession d'Autriche, nos armées, maltresses de la Savoie (1742) et du comté de Nice (1744), avaient écrasé l'armée piémontaise h Bassignano (1745), au confluent du Tanaro et du Pô; mais, battues à Plaisance (1746), elles perdirent l'Italie et essayèrent en vain, l'année suivante, d'y rentrer par le col du mont Genèvre et le col de l'Assiette.
Sur la frontière des Pyrénées, il n'y eut d'hostilités que dans la première guerre du règne, lorsque le maréchal de Berwick prit Fontarabie (Fuenta-rabia) et Saint-Sébastien (1716).
80. I^'admiDifttratlon att dlz-hultlème «lède. — Au XVU* et au xviu* siècle, les divisions ecclésiastiques, les divisions judiciaires, les divisions militaires, les divisions administratives proprement dites et les divisions fiscales constituaient les principaux cadres de l'administration du pays.
Les dtvisiom ecclésiastiques étaient, comme nous l'avons dit (pages 298 et 305), les plus anciennes de notre pays. En elTety sur les 126 cités que contenait la Gaule à la fin de la période romaine, et qui, en grande partie, répondaient à des divisions ethnographiques, la France de 1789 (non compris la Corse qui ne faisait pas partie de la Gaule, mais y compris les Gomtats dont les habitants jouis-
saieni des droits de regnicoles), en possédait 103, donl 98 avaient conservé leur siège épiscopal (1). Sur les 17 métropoles gauloises, la France en possédait 13 ayant encore leur siège archiépiscopal; mais, de ces 13 provinces ecclésiastiques, 8 au plus avaient conservé leur ancienne étendue (v. p. 326). Il y avait eu aussi de nombreux démembrements de diocèses, surtout au xiv^ siècle, époque où le pape Jean XXII, outre un archevêché, créa 17 nouveaux évéchés; au xvni*, où le diocèse de Toul fut partagé en trois (Toul,Nancyy Saint-Dié)y tandis qu'au xvi', celui de Thérouanne avait disparu pour faire place à trois nouveaux {Boulogne^ Saint-Omer^ Ypres).
Au résumé, il y avait en 1789 sur tout le territoire français (y compris la Ck)rse elles Ck)mtats, 19 archevêchés et 121 évéchés (2).
Au nord, Tarchevéché de Reims représentait l'ancienne Belgique II' ; mais il avait perdu, en 1559, après le traité de Cateau- Garobrésis, les Pays-Bas où furent créés deux archevêchés, celui de Cambrai, dont relevaient Namur et Tournai, et celui de Malines. A Test, Tarchevéché de Besançon, dont relevait une partie de la Suisse, représentait la Grande- Séquanaise. Au centre, les quatre Lyonnaise étaient représentées par les archevêchés de Lyon, de Rouen, de Tours et de Sens; car la province de Paris, créée en 1622, était formée aux dépens de celle de Sens. Au sud-ouest, les trois Aquitaine se retrouvaient dans les provinces de Bourges, de Bordeaux et d*Auch ; mais, dans l'Aquitaine première, une nouvelle province, celle d'A/éi, avait été créée en 1678. Au sud-est, & la première Narbonnaise correspondait la province de Narbonne, dont un dédoublementj en 1322, avait donné naissance à celle de Toulouse; la deuxième Narbonnaise était représentée par Tarchevéché à'Aix; les Alpes maritimes par l'archevêché à' Embrun dont relevait Tévêché de Nice[Z)', la Viennoise par l'archevêché de Vienne dont rele-
(1) Les 5 cités qui D'avaient plus de siège épiscopal étaient celles des Diabliotes (JublaiDs), réunie au diocèse du Mans; du Castrum Portus Abucini, réunie & Besançon; des Elusates (Éauze), réunie à Aucb, ville à laquelle elle avait transmis le titre do métropole (879); des Rigomagenses ou Caturiges (Chorges), réunie à Embrun; d<îs SoUinienses (?), qui parait avoir été réunie à Frêjus. — Ajoutons que quelques chefs-lieux d'anciennes cilés avaient transmis leur titre épiscopal & une autre localité de leur circonscription : ainsi la cité des Curiosolites (Corseul) était devenue l'évêché d'Alelh ou de Saint-Malo; celle des Veromandui (Verraand) étiit devenue Tévèché de Noyon, etc., mais sans modification territoriale apparente.
(2) 121, en comprenant dans le total celui de Bethléem dont le titulaire, résidant à Clamecy et entretenu aux frais du clergé de France, était à la nomination du duc de Nivernais et n'avait pas de Juridiction spirituelle ni temporelle.
(3) La province deTarantaise (anciennes Alpes Graiesou Penniues) était tout entière en dehors du territoire français à cette époque.
L'HISTOIRE ET Lk POLITIQUE.
vait l'évéché de Genèoe^ et même à certaines époques celui de Matirienne. Mais, dès la fin du iv* siècle, Ar/es, d*abord simple cité et évéché de cette dernière province, était devenue en quelque sorte la capitale des Gaules et avait été érigée en archevêché; un second démembrement de cette même province avait donné naissance (1475) à celle d'Avignon.
Ces 19 provinces ne comprenaient pas toute la France contlnen-
Fig. 80. — Les archevêchés et évéchés en 1780.
laie : les diocèses lorrains, ceux de Metz, Tout et Verdun, datant des premiers siècles du christianisme, ceux de Nancy et Saint- Dié, datant du xvin° siècle, étaient compris dans la province de Trêves, ancienne Belgique I"; Tévéché de Strasbourg était suffragant de Tarchevéché de Mayence, métropole de la Germanie 1" (1).
(1) Cependant la bulle de suppression des 1S6 sièges (1* 140, appartenant à la Krance de 1789, y compris les Comtats et la Corse; 2<> les 4 métropoles de Tarentaise, ftlalines, Trêves et Mayence; 3o 3, appartenant aujourd'hui à la France agrandie, Maurienne, Chambéry et Nice; 4^ les 9 sièges de Genève (prov. de Vienne\ de Liège, Ypres, Gand, Anvers, Ruremonde, Bruges (prov. de de Malines), de Namur(prov. de Cambrai) existant sur le territoire français à Tépoqne du Concordat (1801) mentionne Strasbourg (peut-être par erreur) comme suffragant de Malines.
Enfin les 5 éyèchés de la Corse étaient sufTraganU de Pise et de
Gènes (1).
FrAMCB BCCLiaiASTlQUE.
ABCHKVâCHÊS.