‹ La France et ses coloniesChapitre 44 sur 120 · lies temps préhistoriques et la Qaule barbare. — On · texte numérisé non relu

lies temps préhistoriques et la Qaule barbare. — On

ignore à quelle race appartenaient les premiers habitants du sol qui est aujourd'hui la France ; mais on sait, par les ossements et par les instruments qu'on retrouve enfouis dans les couches du terrain quaternaire, plusieurs même disent dans les couches les plus récentes du terrain tertiaire, qu'à une époque antérieure à la première période glaciaire, il existait des hommes dont le crâne et la charpente osseuse accusent en général un type inférieur, et qui paraissent avoir appartenu à une race répandue sur une grande partie de l'Europe, où elle aurait vécu pendant de longs siècles. On peut suivre jusqu'à un certain point les progrès de l'état social dans ces premiers Âges parle perfectionnement des outils et des ornements (1). Munis de haches de silex taillé plus ou moins grossièrement, puis de flèches et de harpons, les hommes de ces temps paraissent avoir vécu de chasse et de pèche et avoir habité des cavernes; c'est pourquoi l'anthropologie les désigne quelquefois sous le nom de (roglodyt€$ {tp&^X'flf trou; iuvw, entrer) ou d'hommes paléolithiques.

Les caractères anatomiques des plus anciennes tribus permettent de les rapprocher des sauvages actuels de l'Australie.

Plus tard, on trouve des tribus analogues aux Esquimaux actuels ou à certains Peaux -Rouges américains : les caractères ethniques autorisent à classer ces derniers dans un groupe spécial qu'on pourrait désigner par le nom de méditerranéen occidental,

La plus ancienne race que l'on connaisse est dite race de Camtadt^ contemporaine du mammouth. Elle a été répandue principalement dansles bassins du Rhin et de la Seine ; elle porte les caractères d'un

(1) Parmi les nombreuses localités dans lesquelles on a découvert des traces de ces premiers hommes, on peut citer Saint-Acheul (Somme), qui présente les caractères d'une antiquité très reculée ; la Madeleine, les Eyzies (abri de Gro- Magnon, etc.) et le Mouaiierg sur les bords de la Yézère (Dordogne) ; Solutré (8a6ne-et-Loire) ; Lombrives, OmolaCt Ussat, Sabart, etc. (Ariège), appartiennent à des époques postérieures, mais encore très anciennes.

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type très inférieur, vivant de chasse et de pêche, contemporain de Tours des cavernes, puis du mammouth. La race dite de Cro-Magnan était beaucoup plus grande, plus forte, taillait avec plus d'art ses armes et ses outils de silex et d*os; elle avait une de ses principales stations dans le bassin delà Garonne et vivait surtout de la chasse du renne, dont elle est contemporaine. Les races de FurfooZy dont on a retrouvé des restes nombreux dans TÀrdenne, semblent avoir été moins industrieuses que la précédente. Lorsque, par suite du changement de climat et de la fonte des glaces, le renne émigra peu à peu de nos contrées, la race de Cro-Magnon paraît avoir dégénéré et avoir presque entièrement disparu.

D'un point de départ inconnu et par une longue suite d'émigrations lentes dans la direction de Fouest, vinrent des tribus distinctes de ces racés primitives. On peut suivre leur route depuis les bords de la Baltique, à l'aide de leurs monuments, dits mégalithiques parce qu'ils sont formés le plus souvent de pierres colossales. Ces monuments sont ou des cairnsj monceaux de pierres; ou des dolmens, tables de pierre supportées par deux ou plusieurs autres pierres; des menhirs, pierres levées; des cromlechs, pierres disposées en cercle. La plupart sont des tombeaux dans lesquels on retrouve des haches et des instruments tranchants de pierre polie et de bronze, des outils en os, des poteries et même, dans la France méridionale, des objets de verre que peut-être le commerce phénicien avait introduits dans la contrée. Les populations qui construisaient de tels monuments et qui étaient encore sauvages ont dû tantôt détruire les populations primitives et tantôt se mêlera elles; elles avaient pour séjour des camps situés dans des lieux élevée), quelquefois des cabanes bâties sur pilotis au bord des lacs. Plusieurs lacs de la Suisse et du Jura, le lac de Grand-Lieu^ et celui de Paladru (Isère), présentent des restes de ces habitations lacustres. C'est dans le nord-ouest et l'ouest de la France, particulièrement en Bretagne {Catmac, Locmariaker, Gavrinis, Comaret, etc.), que les monuments mégalithiques sont le plus nombreux.

Des érudits estiment que les instruments de la pierre polie caractérisent surtout la population qui élevait les dolmens et se trouvent principalement dans l'ouest et le centre de la France, tandis que le nord-est serait plutôt la région des tumuli et du fer. Cependant dans le bassin de la Saône et du Rhône, souvent dans les mêmes lieux, on a découvert une quantité considérable d'armes et d'instruments appartenant aux dernières époques des Âges préhistoriques, pierre taillée, pierre polie, bronze, fer.

A côté des découvertes de Tarchéologie préhistorique, il faut placer les connaissances géographiques et ethnographiques que les anciens nous ont transmises, et d'après lesquelles la Gaule aurait été peuplée par deux courants d'émigration successifs et opposés, celui des Ibh^es et celui des Celtes et Gaels. On pourrait peut-être rattacher l'existence des Ibères à celle des troglodytes (i).

Les Ibères, habitant principalement le sud de l'Europe, ont, à une certaine époque* occupé toute la partie méridionale de la Gaule et paraissent s'être avancés jusqu'en Irlande. Leur type était celui des races méridionales. Lorsque les historiens et les géographes anciens les ont connus, ils étaient déjà, sur le continent, presque tous refoulés par les invasions venues du nord et cantonnés sous le nom i' Aquitains au sud de la Garonne. Ils parlaient une langue particulière, différente des langues aryennes et des langues sémitiques ; cette langue n'a laissé de traces que dans Yeuskuara^ parlé aujourd'hui par les Basques, Les Vascons ou Gascons sont des descendants de cette même race, mélangés avec d'autres populations ; mais ils parlent une langue issue du .lalin, et leur type s'est profondément modifié. Les Basques mêmes, qu'on trouve sur les deux versants des Pyrénées, à l'ouest du pic d'Anie, sont loin de présenter un type uniforme.

Les Ligures ou Ligues, qui paraissent avoir parlé la même langue que les Celtes, quoiqu'il soit probable qu'ils n*étaient pas Celtes, sont aussi une des populations les plus anciennes de la Gaule. Ils apportaient avec eux les métaux. Ils habitaient la Provence et les vallées des Alpes méridionales où les Celtes vinrent ensuite et se mêlèrent à eux. Ils avaient généralement la taille petite, le corps trapu, la tète globuleuse, les cheveux noirs et bouclés, le teint basané. Leurs luttes contre les Ibères sont les événements les plus anciens dont il soit fait mention dans les traditions de l'Occident.

L'émigration des Celtes ou Gaêls parait avoir eu lieu de l'est à l'ouest à travers la vallée du Danube dont ils ont longtemps constitué la principale population. En Gaule, où ils pénétrèrent vers le V' siècle avanl l'ère chrétienne, ils refoulèrent les Aquitains et pénétrèrent jusqu'à la Garonne; ils occupèrent presque toute la vallée du Rhône et les bords de la Méditerranée, et ils s'y Ront mêlés aux Ligures qui avaient peut-être été refoulés aussi vers le sud par d'au-

(1) C'est cependant dans le midi de la France que l'on trouve les grottes à ossements les plus nombreuses. Florus disait de ses anciens habitants : Aquilani, callidum genus, in speluneas se redyiebant (liv. IIl).

très invasions. Us ont même passé en Espagne, où sur plusieurs points ils se sont unis aux peuplades ibériennes(Geltibérien8, etc.}, et ont occupé une partie de Tltalie et des lies Britanniques. Ils étaient grands, élancés ; ils avaient la tète allongée, les yeux bleus ou gris, les cheveux blonds ou roux, le teintclair et rosé. Le principal centre de leur civilisation parait avoir été la Champagne^ où ils ont laissé de nombreux vestiges de leur présence, comme dans les tombes de la Marne.

Les Belges ou Kymris^ derniers venus en Occident de cette race, s'étendirent sur la rive gauche du Rhin jusqu'à la hauteur de la Seine et de la Marne, où leurs tribus dominèrent à peu près exclusivement. Plusieurs de ces tribus pénétrèrent bien au delà de la Seine, vers le sud; car les VolceSy qui habitaient le Languedoc^ paraissent avoir été des Belges.

Le nom de cette race se retrouve également dans le pays de Galles en Angleterre, dans le pays wallon au nord de la France, dans la Galice, ancienne Gallsecia (Espagne). Les Celtes se répandirent même par de nombreuses incursions en Italie, en Grèce, dans la vallée du Danube et TAsie Mineure.

C'est cet ensemble de peuples, très divers et déjà très mélangés avant l'ère chrétienne, qui fut désigné par les Romains sous le nom commun de Gaulois.

En résumé, au i^' siècle avant l'ère chrétienne, la Gaule barbare se trouvait, suivant César, occupée par trois groupes de population (sans compter les Ligures) correspondant aux trois régions Belgique^ Celtique et A^uî^aine. Chacun des groupes était subdivisé en un grand nombre de tribus que n'unissait aucun lien politique régulier et qui étaient souvent en guerre les unes avec les autres, quoique cependant beaucoup de petites tribus fussent les clientes de leurs voisines plus puissantes (fig. 78). Chacune des peuplades occupait un canton plus ou moins étendu, ordinairement délimité par des accidents physiques ou par la nature géologique du sol. Beaucoup de leurs noms ont persisté jusqu'à nos jours, avec des altérations plus ou moins profondes, soit dans le nom moderne du pays, soit dans celui de sa ville principale. Le territoire de ces peuplades fut désigné sous le nom de civitas par les Romains; il était divisé en pagi (pays). On y trouvait presque toujours des oppida ou enceintes fortifiées qui servaient de refuge en cas d'attaque.

1^ La Belgique comprenait le territoire situé entre le Rhin, au nord et à Test; les monts Faucilles, la Marne et la Seine, au sudouest (i); c'est-à-dire les bassins de la mer du Nord, à l'exception

(1) Ces limites ne doivent pas être prises dans un sens absolu. Plusieurs

du Rhin supérieur, et la partie à droite du bassin de la Seine. Ses principales tribus étaient les Menapii, qui occupaient d'abord le Brabant et qui, refoulés plus tard par les Toxandri, peuplèrent la Flandre maritime ; les Nervit (Flandre wallonne et Haînaut) ; les EburoneSf dans le pays de Liège et la Hesbaie, où ils furent, après leur destruction par César, remplacés par les Tungri; les Aduatici, derniers venus de Témigration cimbrique, dans le Namurois ; les Treveri (Trêves); les Mediomattici (Metz); les Leuri (Lorraine méridionale); les Rémi, ayant pour villes principales Durocoriorum

CAULI!:

Fig. 78. — La Gaule aa temps de César.

(Reims) et Bibrax (vieux Laon) ; les Suessiones (Soissons) ; les SUvanectes (Senlis) ; les Veromandui (Yermandois) ; les Atrebates (Àrras) ; les Morini (Boulonnais) ; les Ambiani (Àmiénois) ; les Bellovaci (Beauvoisis) avec la forteresse de Bratuspantium (près de Breteuil) ; les Veliocasses (Vexin et Rotomagus, Rouen) ; les Cafe^e5(pay8 de GfLux), les i4u/em(Alençon).

tribus, dont le centre principal de population était sur la rive droite de la Marne (les Suessiones, par exemple), avaient aussi une partie de leur territoire sur la rive gauche. La même observation s'applique aux autres grandes divisions de la Gaule.

2« La Celtique s'étendait entre la Seine et la Marne au nordest elles Gévennes et la Garonne et au sud-ouest, c'est-à-dire sur la partie à gauche du bassin de la Seine, sur tout le bassin de la Loire, sur celui de la Saône et sur la partie supérieure de celui du Rhin. On y remarquait au nord de la Loire : les Helvelii (Suisses), déjà partagés en pagi ou cantons distincts ; les Bauraci (Alsace méridionale et Bâle) ; les Sequnni (Franche-Comté), ayant pour capitale Fesontto (Besançon) ; les Lingones (Langres); les Tricasses (Troyes) ; les SenoneSf ayant pour villes Agendicum (Sens) et Vellaunotunum (Ghàteau-Landon), les ^dui (partie de la Bourgogne), les Mandubii (Auxois),chez lesquels était probablementA&m;les Jfe/(/î(Meaux) ; les Parisii (Paris) avec la ville de Lutecia; les Carnuies (Chartres), ayant pour ville principale Cenabum ou Genabum (Orléans); la confédération des Aulerci, composée de trois peuples principaux, les Cenomani (le Mans), les Diablintes (Jublains) et les Eburovicts (Évreux); les peuples maritimes situés entre Tembouchure de la Seine et celle de la Loire, qui, à certaine époque, ont formé une ligue armoricaine, et qui étaient au nombre de neuf: les Lexovii (Lisieux), les Bojocasses (Bayeux), les (/n^z/t (Cotentin), les Ambivariti ou Abrincalui (Avranches), les Redones (Rennes), les CuriosolUx (Corseul), les Osismii (Basse-Bretagne), les Veneli (Vannes), les Namnetes (Nantes); les Andecavi (Angers), les Turont (Tours), les Segusiavi (Forez) ; on trouvait au sud de la Loire : les Bituriges Cubi (Bourges), les Pictones (Poitou), les Santones (Saintonge), les Bilunges Vivisci (Bordelais), tribu celtique sur la rive gauche de la Garonne, ainsi que les Vasates (Bazas) et les Nitiobriges (Agen) qui occupaient les deux rives ; les Petrocorii (Périgord), les Lemovices (Limousin et Marche), la confédération des Arvemt (Auvergne) ayant pour capitale Gergovia (au -sud de Clermont) ; à celte dernière se rattachaient les Eleuterti (Haute-Auvergne, Lieutadès), les Vellavii (Velay), les Gabali (Gévaudan), les Helvii (Vivarais), les Ruieni (Rouergue), les Cadurvi (Quercy) ; la forteresse <ï Uxellodunum (le Puy d'Issolu) en dépendait.

3 L'Aquitain e ou Novempopulanie, resserrée entre la Garonne et les Pyrénées et peuplée par les Ibéro-Aquitains, comprenait les Ausci (Auch), les Klusates (Éauze), les Sotlaies (Sos), les Gariies (Gaure), les Tm^Âsates ou Aturemes (Tursan, cap. Aire), les Prttiani (Albret), les Cocosat&s (Castets dans les Landes), les Lactoraies {Leetoure), les Tat^belli (Dax), les Subollates (Soûle), les Bemamenses (Béarn), les Bigtrriunes (Bigorre), les Convenœ (Comminges), les lluronenses (Oloron), etc.

4^ Il faut ajouter à ces trois groupes les peuples compris dans les limites de la province romaine qui avaient des origines diverses : les Volcœ Tectosages (Haut-Languedoc), et les Volcx Arecomici (Bas- Languedoc), que l'on rattache aux Belges; les Consorani (Couserans ou Conserans), les Sardones (Roussillon), les Atacini (Narbonne), les Salyes (Basse-Provence), les Suelteri (Estérel), les Albiœci (Riez), les Oxybii, les Nerusi, les Dedates, etc., dans les Alpes Marilimes, qui paraissent avoir appartenu à la famille des Ligures; enfin quelques peuples de race celtique, comme les Cavari (Avignon), les Tricasdni (Tricastin), les Vvcontii (Die), les Vertacomicori (Vercors), les Segalauni (Valenlinois), les Allobroges (Dauphiné et Savoie). A la race celtique appartenaient aussi les nombreuses tribus alpines, comprises entre les deux Gaules romaines, mais réellement indépendantes, et dont les principales étaient : les Ceutrones ou Geutroues (Tarentaise), les Nantuales (Ghablais), les Veragri et les Seduni (Valais), les Belagi (Beauges), les Graioceli (Graisivaudan), les Caturiges ou Rigomagenses (Ghorges et Embrun), etc.

Le commerce avait pénétré de bonne heure dans la Gaule barbare. Dès le XI* siècle avant notre ère, les Phéniciens, les premiers navigateurs de l'antiquité, avaient des comptoirs en Corse; sur la côte de la Méditerranée, ils avaient peut-être fondé des établissements à l'embouchure du Rhône, et des noms d'origine phénicienne se retrouvent dans Monaco (le port de Melkarth, l'Hercule phénicien), dans Ruscino, etc. Alesia leur devrait également sa fondation, s'il faut en croire Diodore de Sicile.

Les Grecs leur succédèrent dans l'empire de la mer. Dans une petite plaine tertiaire et fertile, présentant, non loin des bouches ensablées du Rhône, un abri favorable aux navires, des Grecs, probablement les Phocéens qui fuyaient la domination des Perses, fondèrent J/a«Jtt7ta, vers l'an 600. Massilia, devenue un centre florissant, fonda à son tour, le plus souvent sur les ruines d'anciens comptoirs phéniciens, Nice (Ntxafoi), Antibes ('AvxdroXiç), La Ciotat (KiOapt<rca), Agde (AY«Oij Tu/jfj), et d'autres colonies sur les côtes non seulement de la Gaule, mais de l'Espagne et de l'Italie. Ce fut par Marseille que les Romains entrèrent en rapport avec la Gaule.

74. Iawl «aille romaine. — Les Romains désignaient sous le nom de Gaule cisalpine la vallée du Pô, peuplée en grande partie de tribus gauloises, /mti^res, Cenomani, Senones, Boii, Lingones, etc., et sous le nom de Gaule transalpine ou de Gaule chevelue {Gallia comata) à cause de la chevelure que les barbares laissaient croître.

toute la partie située au delà des Alpes (relativement à Rome). Ils conquirent la première de 283 (défaite des Senones au lac Vadimon) ^ 101, époque où fut créée la province gauloise cisalpine ou citélieure. La Gaule transalpine les vit arriver en 154 comme alliés (les Massiliotes contre les Ligures du voisinage. Appelés une seconde fois (125), ils restèrent dans le pays; au nord da territoire de Marseille, près d'une source d*eaux minérales, le consul Sextius fonda (123) la colonie d'Aquœ Sextiœ, aujourd'hui Àix. Peu après, les Àllobroges et les Arvernes étaient vaincus et tout le territoire, jusqu'au Rhône et au lac Léman, devenait province romaine (420) : d'où le nom de Provence, Deux ans après, les Romains franchissaient le Rhône, occupaient jusqu'aux Pyrénées le pays bas situé entre les Cévennes et la Méditerranée, et fondaient (118) dans une ancienne ville gauloise (Nedenacum) la colonie de Nar^ bonne (Narbo Martius, du nom du consul Q. Martius Rex). Située sur la route commerciale qui relie la vallée de la Garonne à la Méditerranée, Narbonne devint la capitale d*une nouvelle province qui comprit toute la vallée du Rhône jusqu'à la Saône exclusivement, et même la plaine de Toulouse au delà du passage de Naurouse.

Nommé proconsul des deux provinces gauloises, Jules César entreprit de soumettre la Gaule indépendante en se présentant à elle d*abord comme un libérateur. Il commença par arrêter l'émigration des Helvètes en fermant par une muraille fortifiée le passage entre le Rhône et le Jura au-dessous de Genève; puis, les Helvètes ayant rebroussé chemin et passé par les cols du Jura, il les battit au passage de la Saône et au pied du mont Beuvray, près de Bibracte (Autun), 58 av. J.-C. La même année, il repoussait l'invasion des Suèves après avoir défait leur chef Ariovisle dans la plaine A'Ochsenfeld, en Alsace, près de Cernay, entre la Thur et la Doller. Au libérateur succéda le conquérant. De 57 à 51, César soumit la Gaule en huit campagnes signalées par de nom* breuses batailles : défaites des Belges aux bords de l'Aisne, près de Berry-au-Bac, et de la Sambre, près de Hautmont (57) ; victoire navale sur les Vénètes à l'entrée du Morbihan (56) ; défaite des peuples de TArmorique près à'Avranches et des Aquitains près de Sos (56) ; échec des Romains chez les Éburons près de Tongres (54) ; victoire sur les Senons et les Aulerques près de Paris (52) ; défaite de César près de Gergovia (52) et enfin victoire complète sur Vercingétorix et les Gaulois coalisés à Aksia (52) (1).

(1) Alesia, que plusieurs érudits ont voulu placer en Franche -Comté, était

La Gaule resta soumise à Rome pendant 456 ans. Les Romains s'y établirent et y introduisirent leur administration; leurs lois; leur langue, qui remplaça, au moins dans les villes, les anciennes langues gauloises; leur civilisation qui transforma la Gaule barbare en une Gaule romaine, florissante par le commerce et par les arts. Arles (Arelate), surnommée la Rome des Gaules, Narbonne (Narbo Martius), Toulouse (Tolosa) et Bordeaux (Burdigala) furent les cités les plus importantes de la région méridionale. Au centre, étaient Lyon (Lugdunum, qui signifie soit « la hauteur du corbeau » Lug Dun, soit « la hauteur marécageuse » Luck Dun) et Autun (Augustodunum), célèbre par ses écoles; au nord, Beims (Durocortorum), Metz (Divodurum), Jrèves (Augusta Trevirorum), Cologne (Colonia Agrippina).

La Gaule fut divisée en provinces, dont le nombre s'accrut à mesure que l'administration provinciale devint plus compliquée. En Fan 27 avant J.-G., Auguste avait formé des provinces spéciales de chacune des quatre grandes divisions de la Gaule : province propre ou Narbonnaise, Celtique ou Lugdunaise (Lyonnaise), Belgique et Aquitaine; il avait agrandi cette dernière, aux dépens de la Geltique, de tout le pays situé entre la Garonne et la Loire et avait attribué le pays des Séquanes à la Belgique. Tibère créa en Belgique, le long du Rhin, deux nouvelles provinces, ou commandements militaires, dans le but de surveiller et de maintenir les Germains; de là leur vint le nom de Germanie inférieure et de Germanie supérieure, A la fin du m* siècle après J.-C. (297), par suite de démembrements successifs, le reste de la Belgique avait formé trois provinces; la Lugdunaise^ deux; l'Aquitaine, trois; la Narbonnaise, deux; soit en tout, douze provinces, nombre qui monta jusqu'à dixsept à la fin du iv* siècle. Ces dix-sept provinces étaient : Narbon* naise première, métropole Narbonne; Narbonnaise seconde , métropole Aix; Viennoise, métropole Vienne; Alpes maritimes, métropole Embrun; Alpes Graies et Pennines, métropole Davantasia, aujourd'hui Moulien-en-Tarentaise ; Aquitaine première, métropole Bourges; Aquitaine seconde, métropole Bordeaux; Novempopulanie ou Aquitaine troisième, métropole Éauze; Lyonnaise première, métropole Z^on ; Lyonnaise seconde, métropole Bouen; Lyonnaise troisième, métropole Tours; Lyonnaise quatrième, métropole Sens; Belgique première, métropole Trêves; Belgique deuxième, métropole Beims; Geïmanie première ou supérieure, métropole Mayence;

très yraisemblablcment en Bourgogne, dans le bassin de la Seine, an mont Auxols, entre TOze et TOzerain.

Germanie seconde ou inférieure, métropole Cologne; Grande Séquanaise, métropole Besançon,

Ces provinces, depuis lorganisalion du pays par Auguste, qui introduisit le cens en Gaule, Tan 27 après J.-G., se subdivisaient, comme nous Tavons dit, en cités (civi(ates) au nombre de 126, dont le territoire était presque partout le même que celui des anciennes peuplades gauloises et les cités se subdivisaient en pagi (pays) (1).

Avant la conquête de César, le pagus gaulois parait avoir été en général la propriété collective d*une tribu, quoique le conquérant mentionne déjà un certain nombre de propriétés rurales qui appartenaient à des particuliers et qu'il désigne sous le nom de œdifieia. Mais, sous la domination romaine, les pagi furent divisés en fundi. Le fundus était une exploitation agricole comprenant une certaine étendue de terres et une villa, composée de bâtiments d'exploitation, d'ateliers, de logements pour les esclaves ou les colons et de Thabitation du propriétaire. Le fundus servait de base à l'assiette de l'impôt foncier (2).

L'Église ayant établi de bonne heure des évêques dans la plupart des cités, il est facile de retrouver, à quelques différences près, les limites des cités et, par suite, celles des tribus, dans les diocèses épiscopaux de 1789 (v. page 325), ainsi qu'une partie des anciennes provinces dans les sièges archiépiscopaux.

La Gaule, pendant quatre siècles et demi, jouit d'une paix, « pax augusta », qui cependant fut plusieurs fois troublée par des révoltes ou par des ambitieux tentant d'y former un empire séparé; plusieursfois aussi, dans les derniers temps, quand l'Empire s'affaiblissait, elle fut exposée aux invasions des barbares d'oulre-Rhin. Divers points du territoire ont été ainsi signalés par des événements militaires. Trêves et Autun virent, en 21, la défaite des chefs gaulois Julien Florus et Sacrovir qui s'étaient insurgés; Albinus, compétiteur de Seplime-Sévère, fut défait par ce dernier près de Trévoux (197) et Poslhumus, compétiteur de Gallien, près de Uayence (261). Une des premières invasions des Francs fut arrêtée près &' Arles par la défaite de leur roi Crocus (268); Aurélien défît son rival Tétricus à Châlons-sur^Marne (273) ; les Ba-

(1) Pagi minores par opposition aux pagi majores, qui, là où il en existait, représentaient en général le territoire même des cités.

(2) « Forma censuali cavetnr ut agri sic in censum referantur : oomen fundi cujusque et in qua civitate et in quo page sit et quos duos proximos habeat. » Texte d'Ulpien (Voir Diyesle, LXV, 4).

gaude8 ou paysans révoltés furent exterminés par Maximien au lieu où est aujourd'hui Saint-Maur-les-Fossés (285); Constance Chlore battit à Dmgres (•' 01) les Alamans, qui à leur tour défirent Magnence près de Sens (353) ; Julien remporta une victoire sur les Francs près de Strasbourg (357) et Jovien deux victoires sur les Alamans à Metz et à Châions-sur-Marne (366). L'empereur Gratien demanda contre ces derniers Talliance des Francs dont le roi Mérovée, victorieux à Colmar (377), reçut la pourpre consulaire.

75. li^if iaTasIoMs barbares du cinqalème au neuTlème siècle. — Du ni* au v« siècle, Rome avait pu arrêter les invasions barbares en Gaule, soit par ses propres forces, soit au moyen des barbares mêmes qu'elle soudoyait et opposait les uns aux autres; elle avait dans ce but établi dans ses provinces frontières des bandes de Germains à titre de « colons militaires ». Quand elle n*eut plus de troupes pour les repousser, d'argent pour les soudoyer, le chemin demeura ouvert. Au commencement du v* siècle, de nombreuses tribus germaines et même slaves passèrent le Rhin sans obstacle (janvier 406), pénétrèrent dans la plaine entre Mayence et BâIe et envahirent la Gaule qu'ils mirent au pillage ; l'invasion se composait principalement de Burgondes, de Vandales, de Suèves et d'Alains.

Les Burgondes, pénétrant par la trouée de Belfort, ravagèrent les provinces de l'est ; puis, avec l'autorisation des empereurs, ils s'établirent successivement au pied des Vosges et en Savoie, De là, ils occupèrent la vallée du Rhône et de la Saône et formèrent un nouvel État, le royaume des Burgondes, d'où est venu le nom de Bourgogne.

Les autres peuplades, après avoir semé de ruines leur route à travers la Gaule, avaient passé pour la plupart en Espagne par Saint-Jean-Pied-de-Port (411).

Sur un autre point, à travers les Alpes Maritimes, pénétrait un peuple germain un peu plus civilisé, les Visigoths, qui, venus des bords du Danube, avaient successivement ravagé la Grèce et pillé Rome et auxquels l'empereur d'Occident donnait le gouvernement de la Gaule pour débarrasser l'Italie de leur présence. Sous Euric, ils se séparèrent entièrement de l'Empire auquel ils obéissaient nominalement jusque-là et fondèrent un royaume qui s'étendait sur V Aquitaine, la Narbonnaise et la Viennoise, de la Loire aux Pyrénées, et au delà sur presque toute l'Espagne.

Au nord, une troisième peuplade barbare était déjà, depuis le milieu du quatrième siècle (344), fixée dans la Toxandne (aujour-

d'hui le Brabant seplenlrional), où l'empereur Gonslant lui avait donné des terres en la chargeant de défendre la frontière. C'étaient les Francs Saliens, ainsi nomoiés peut-être à cause de TYssel ou Sala, sur les bords de laquelle ils habitaient antérieurement. Les uns étaient disséminés à titre de « colons militaires » ; les autres, dits fsederaiiy étaient groupés en corps d'armée. Ces Francs, grossis d'autres bandes, après avoir en vain essayé d'arrêter la grande invasion, avaient eux-mêmes pris part au pillage et s'étaient établis dans la Tongrie et jusqu'à Tournai, tout en restant nominalement sous Tautorité impériale.

La Gaule, vers le milieu du v^ siècle, se trouvait donc partagée en quatre groupes dont les chefs, qui étaient réellement indépendants, se disaient encore les « serviteurs de l'Empire » : le royaume des Burgondes au sud-est, le royaume des Visigoths au sud-ouest, les royaumes francs au nord, les cités entre la Somme et la Loire qui obéissaient au romain Syagrius; à ce dernier groupe se rattachait peut-être la confédération des villes armoricaines dont une partie forma bientôt le royaume de Bretagne.

Un danger commun réunit un jour tous ces anciens et nouveaux possesseurs de la Gaule sous l'autorité d'Aetius, le dernier général romain : c'était la formidable invasion d'Attila, à la tête des Huns et autres tribus tartares. Romains, Gaulois, Francs, Goths, Burgondes arrêtèrent ce torrent par la bataille des champs Catalauntgues livrée dans la grande plaine de la Champagne pouilleuse (451).

A la fin du v* siècle, les Francs prirent le premier rang en Gaule. Vainqueur des Romains à Soissons (486), des Alamans à Tolbiac, près de Cologne (496), Clovis, leur roi, embrassa le christianisme et, avec l'appui des évêques, soumit ou rallia sous son autorité les cités romaines jusqu'aux rives de la Loire. La bataille de Vouillé ou Voulon ( Vocladum) lui donna la partie du royaume des Visigoths entre la Loire et les Pyrénées (507). Toutefois ce dernier peuple, grâce à Théodoric, roi des Ostrogoths d'Italie, conserva quelque temps la Provence^ conquise depuis par les Burgondes, et la Narbonnaise qui prit, de ses sept évêchés {Béziers, Maguelonnes, Elne, Nîmes, Agde, Lodève^ Carcassonne), le nom de Septimanie et ne fut soumise par les Francs que sous Pépin le Bref.

Clovis réunit ensuite sous son autorité les différentes tribus des Francs, gouvernées jusque-là par des chefs distincts, entre autres les Francs Ripuaires, c'est-à-dire habitant les bords du Rhin, et étendit sa domination au delà de ce fleuve, jusqu'à la forêt de Thuringe. Mais, pour lui comme pour ses successeurs, la Gaule

était moins un État à fonder et à gouverner qu'un domaine à exploiter ; de là, les partages bizarres et irréguiiers qui eurent lieu entre les quatre fils de Clovis et ensuite entre les quatre fils de Glotaire. Cependant Tunité de domination se complétait; en 534, les fils de Glovis mettaient fin au royaume des Burgondesy sans cependant déposséder les Burgondes de leurs domaines, et Ton vit, sous Qotaire II et Dagobert, l'empire des Francs s'étendre sous la loi d'un seul chef, des Pyrénées à la forêt de Thuringe et même au delà. Néanmoins, grâce aux partages et à la diversité des éléments ethnographiques, il se constitua plusieurs groupes de population tendant à former des nations distinctes et correspondant à peu près aux quatre grandes divisions naturelles de la Gaule : le bassin géologique parisien, les bassins fluviaux de la mer du Nord, le bassin du Rhône, le bassin Aquitanique avec le Massif central.

Au nord-ouest, les Neustriens (No-ost-reich, royaume qui n'est pas à l'est), formés du mélange des Francs Saliens et des Gallo- Romains^ occupaient le vaste triangle entre l'embouchure de l'Escaut, la source de la Seine et la Bretagne, et, par conséquent, à peu près tout l'ancien bassin parisien avec la Normandie actuelle.

Au nord-est, les Ostrasiens ou Francs du royaume oriental (Ost-reich), ayant conservé plus complètement les institutions et les mœurs germaniques, s'étendaient sur la rive droite de l'Escaut, de la forêt d'Argonne et de la source de la Seine, dans le bassin de la mer du Nord jusqu'au delà du Rhin.

Au sud-est, les Burgondes, soumis, mais non mêlés aux Francs, habitaient avec les Gallo-Romains le pays situé entre la source de la Seine, la Loire et Tembouchure du Rhône d'un côté, l'Aare et les Alpes de l'autre.

Le sud-ouest jusqu'aux Pyrénées et à l'embouchure du Rhône était occupé, à l'exception de la Touraine et de l'Orléanais, par les Aquitains, qui, malgré la domination des Visigoths et la conquête des Francs, étaient demeurés à peu près tels qu'il étaient durant la période romaine.

£n dehors de ces quatre grands groupes, les peuples situés au sud de la Garonne, en Vasconie ou Gascogne, retranchés dans leurs montagnes, avaient plus complètement encore échappé à Tinfluence des Francs. Il en était de même à l'ouest dans la presqu'île armoricaine où les Francs n'avaient pas pénétré; là, la vieille race gauloise avait été renforcée, quelquefois même opprimée par des Bretons qui avaient, par groupes nombreux et durant une longue suite d'années, quitté leur Ile devant les invasions saxonnes, et la

presqu'île commençait, depuis la fin du vi^ siècle» à être désignée sous le nom de Bretagne. Au nord-est, des Alamans occupaient les deux rives de la plaine du Rhin jusqu'aux Vosges.

L'anonyme de Ravenne, qui écrivait au vu* siècle, nous donne une idée des divisions géographiques de son temps. Il étend la Sut^ia ou Alamania sur les deux rives du Rhin entre Bàle et Mayence, jusqu'aux Vosges : il désigne sous le nom de Burgundia toute la vallée du Rhône avec la Haute-Auvergne jusqu'à la Durance; sous celui de Septimania toute la côte de la Méditerranée jusqu'à la Durance et aux Gévennes; sous le nom d'Aquitania, autrefois Guasconia, dit-il, le pays entre Loire et Allier au nord et à l'est, Garonne au sud ; il place au sud de la Garonne la Spano-Guasconia, IL désigne la Bre^ tagne sous le nom de Nuotricus. Le reste de la Gaule entre la Loire, l'Allier, le plateau de Langres, les Vosges et le Rhin est la Francia; mais son manuscrit incomplet ne traite que de la Francia fiinensis (France rhénane), qui est la portion orientale de ce territoire.

Les Francs d'Ostrasie et les Francs de Neustrie se disputèrent pendant plus d'un siècle la prééminence. Cette lutte donna lieu à de nombreuses batailles livrées pour la plupart sur la limite des deux empires : Droissy (593); Toul (611); Laiofao, aujourd'hui Lafiaux (596 et 687); Te^irxj, aujourd'hui Tertry (687); Fincy près Cambrai (717) ; 5oM5on» (719).

Quand c'étaient les Burgondes qui entraient en lice contre les Neustriens, les rencontres avaient lieu en général au sud de Paris : à Dormelles (600). à Étampes (604).

L'avantage demeura en dernier lieu aux Ostrasiens sous Pépin d'Héristal (687) et, après lui, sous son fils Charles Martel (719), qui, sans avoir le titre de roi, fut le véritable fondateur de la dynastie des Carlovingiens.

Les Carlovingiens, ayant réuni sous une même autorité les deux fractions du peuple franc, reconstituèrent l'unité de l'empire par la soumission de la Bourgogne (734), par la victoire de Poitiers (732) sur les Sarrasins qui avaient envahi l'Aquitaine en franchissant le col de fioncevaux et qui s'étaient avancés jusqu'au delà de la Loire, enfin par la conquête, longue et difficile, de la Septimanie et de ïAquitaine même. Ils s'étendirent à l'est jusqu'à l'Ëlbe, après avoir conquis et converti la Saxe au christianisme, et au sud sur la plus grande partie de l'Italie occupée depuis deux siècles et demi par les Lombards. Charlemagne, petit-fils de Charles Martel, reçut du pape la couronne d'empereur d'Occident (800), parce qu'en effet il possédait la plus grande partie des

contrées qui avaient composé autrefois Tempire romain d'Occident.

Mais cet empire était trop vaste et comprenait des éléments trop disparates pour durer ; moins de trente ans après la mort de son fondateur, il se disloqua. Après la bataille de Fonianet (841), livrée au sud d'Auxerre, le traité de Verdun (843) partagea les États de Gharlemagne entre les trois fils de Louis le Pieux.

Lotbaire, Talné, qui obtint, avec le titre d'empereur, les deux capitales, Rome et Aix-la-Chapelle, eut par suite l'Italie, presque tout Fancien royaume des Burgondes, TOslrasie et la Frise.

Louis eut la Germanie, à Test de la Frise et du Rhin, avec quelques villes de la rive gauche du fleuve.

Charles le Chauve eut le pays des Francs de Touest, qui commença dès lors à porter le nom de France occidentale et bientôt celui de France. VEscaut, depuis son embouchure jusqu'à sa source, les dernières pentes de YArdenney la Meuse, la Saône, les Cévennes et le Bhône depuis Avignon jusqu'à la mer la séparaient des domaines de Lothaire (i).

Ce traité, qui a eu une influence capitale sur toute la géographie du moyen âge, ne fut cependant pas longtemps respecté. L'empire de Lothaire se brisa et forma les royaumes d'Italie, de Provence et de Lorraine; ce dernier, qui comprenait l'ancienne Ostrasie, était ainsi nommé de Lothaire II [Lother reick, puis Lotharingie ou Lorraine). A la mort de Lothaire II, les deux rois de Germanie et de France se partagèrent une partie de ses dépouilles par le traité de Mersen (870) qui donna à Charles le Chauve pour limites la Meuse, VOurthe et la Moselle jusqu'au pied des Vosges. La Lorraine, disputée entre les empereurs d*AHemagne et les rois de France de la dynastie carLovingienne, demeura aux premiers (910). Quant au royaume de Provence, qui composait presque tout l'ancien royaume des Burgondes, la partie située sur la rive droite de la Saône jusqu'au-dessous de Mâcon resta à la France; le reste échut à Boson, beau-frère de Charles le Chauve (879), et fut uni à la Bourgogne transjurane pour former le royaume d* Arles de 933-947 à 1033, époque à laquelle Rodolphe III le céda à l'empereur Conrad II. Mais les grands vassaux, les comtes de Provence, de Maurienne, de Bourgogne, de Vienne et Albon (depuis dauphin de Viennois) et les comles-archevéques de Lyon étaient indépendants.

(1) Nithard dit que les deux seigneurs du parti de Charles, envoyés pour fixer les limites, furent trompés et mirent indûment la forêt des Ardennes dans la part de Lothaire.

Cependant, au milieu des luttes des princes carlovingiens, les Normands (North-mann), pirates venus des régions Scandinaves, purent impunément ravager les côtes de la France, pénétrer dans l'intérieur par les embouchures des fleuves et se fixer dans le pays de Neustrie qui leur fut cédé en 911 et prit le nom de Normandie,

Les Normands sont les derniers barbares qui aient fondé un établissement stable en Gaule. Les Sarrasins, qui avaient repris leurs invasions dans le Midi où ils possédèrent longtemps la station de Fraxinet, aujourd*hui la Garde-Frey net (888-972), dans les monts des Maures, pillèrent plus qu*ilsne colonisèrent. Quant aux Hongrois, ils ne se signalèrent que par d*affreux ravages au milieu du x* siècle.

En résumé, trois peuples, composés eux-mêmes d'éléments multiples, ont, par une longue suite d'invasions, de conquêtes et de dominations, contribué à former la nation française^ dont ils sont, à des titres divers, les ancêtres : les Gaulois, les Romains et les Germains.

La langue française, dérivée du latin avec quelque mélange de celtique et de teuton, se forma : au sud, la langue d'oc, presque toute romaine; au nord du Massif central, la langue d'olL Ces deux langues se subdivisaient en dialectes suivant les provinces : le bourguignon, le picard, le noî*mand étaient les principaux dialectes de la langue d'oïl avec le wallon, le champenois, le lorrain, le franc-comtois, comme variétés ; le provençal, le languedocien, le catalan, ïagenois, le limousin, Vauvergnat étaient ceux de la langue d'oc.

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