EN FRANCK
La France doit à la composition de son sol. à son relief et à son climat, des facultés de développement agricole très remarquables.
Zones de culture de la France. — Ce n'est pas à proprement parler la situation de la France en latitude qui lui assigne un certain nombre de cultures caractéristiques : car nombre d'autres pays sous les mêmes latitudes sont ou plus riches ou plus pauvres, et même ou déserts ou cultivés. C'est beaucoup plus son exposition heureuse aux vents de mer venus de l'Atlantique, et sa préservation, grâce à cette influence prédominante de l'Océan, contre les excès de climat continental. Pour rendre compte, d'une manière très claire, de cette faculté agricole du territoire français, on a tracé quelques'lignes qui déterminent les limites des zones de végétation les plus caractéristiques de notre pays.
1° La zone de la vigne comprend, sauf les régions d'une trop grande altitude, les parties méridionales et centrales de la France. La limite septentrionale de cette culture est à peu près marquée par une ligne menée des bouches de la Loire au pays français des Ardennes. On remarquera que la limite septentrionale de la vigne est située en France sous une latitude beaucoup plus élevée que partout ailleurs en Europe. Ce fait s'explique en partie par l'influence adoucissante de l'océan Atlantique. Toutefois c'est bien à cause du phénomène contraire de la grande chaleur «les étés quelque peu continentaux de l'est de la France que les vignobles peuvent subsister en Lorraine et dans le nord de la Bourgogne. Il y a donc là une sorte de mélange de deux actions opposées. Au printemps, la France du norcl-esl a souvent une période de chaleur douce et précoce qui réveille la plante et lui fait porter bourgeons; mais c'est surtout grâce aux vents d'est, secs et chauds, que les pla-
GËOGKAPHIE PHYSIQUE.
teaux de Lorraine et de Bourgogne ont parfois de si belles vendanges.
'2° La zone du maïs a une autre signification. climatérique. Le maïs exige encore plus de chaleur que la vigne, mais s'accommode beaucoup moins de la chaleur humide avec ciel brumeux qui caractérise les pays maritimes de la France
Fig. 3G. — Limites septentrionales <!<' quelques cultures.
occidentale. Aussi sa limite est-elle reportée beaucoup pins an sud, dans nos régions de l'ouest cl du centre, que celle de la vigne.
On cite quelquefois aussi lû,son.e du màrierquiesl en elfel assez caractérisée. Gel arbre ne prospère, dans nos régions atlantiques de l'ouest, que sur les terroirs de la Garonne supérieure et moyenne; il se plaît beaucoup mieux dans les
pays encore plus secs du climat méditerranéen qu'arrosenl le Rhône et ses affluents.
o° La zone de Volivier esl purement méditerranéenne. Les Gorbières et les Gévennes forment au nord-ouest et à l'ouest rie nos pays riverains de la Méditerranée, une limite qu'il ne franchit pas : même la vallée inférieuredu Rhône ne lui est favorable que jusque vers Le confluent de l'Isère. On voit les derniers oliviers au nord, dans les campagnes de Valence.
Les limites de ces trois grandes /.nue- de culture ne peuvent être indiquées, bien entendu, avec une précision toute mathématique. Le relief, l'exposition, la qualité des terrain- peuvent çà et là amener des exceptions. Enfin el surtout, puisque la France, surtout la France de l'ouest, du nord et du centre, est un paysoù, suivant le proverbe campagnard, ■ les années se suivent et ne se ressemblent pas », il arrive qu'une vendange es! satisfaisante sur un point de notre territoire où, l'année suivante, le raisin manquera totalement par suite de gelées printanières ou d'excès de l'humidité estivale, etc., etc.
L'étude des limites des principales /.«aies de culture ne donne donc qu'une idée sommaire de la variété des productions du sol français et de >a richesse naturelle. < In pourrait affirmer sans paradoxe que l'extension de ses cultures de céréales et celle des admirables pâturages qu'il y a dans notre pays est un fait d'une beaucoup plus grande importance encore que celui de la répartition de la vigne, du maïs, du mûrier et de l'olivier : en effet, sauf la vigne qui est une richesse spéciale de notre climat et de notre terroir, le maïs. le mûrier et l'olivier conviennent mieux pour caractériser des pays comme l'Italie el l'Espagne qu'un pays comme la France. Ce qu'il faut bien retenir, c'est que notre terroir et notre climat, car on ne doit jamais parler de l'un sans penser à l'autre est compris tout entier dans la zone de culture des céréales : froment, avoine, orge, seigle peuvent croître sur toute l'étendue de la France, à condition que l'on donne à chaque plante le terrain et le degré d'altitude qui lui conviennent.
Aptitudes des différents terroirs; amendements. -- La composition du sol français influe manifestement sur la répartition des cultures : le sol français est riche parce qu'il
se compose de vastes étendues de terres meubles que Ton peut Facilement travailler, et i|iii, en raison de cette friabilité même, peuvent fournir, sous l'influence des pluies, leurs éléments nutritifs aux plantes. C'est surtout la composition du sol superficiel qui intéresse la prospérité de la plupart de uns plantes. Les arbres plongent plus profondément et sont par là moins dépendants de la seule nature des couches superficielles de noire terroir.
Mais on ne doit jamais oublier que notre pays, situé en majeure partie sous un climal essentiellement variable d'année en année, ne doit pus à la seule nature chimique des terroirs tous ses avantages de végétation. Dire par exemple que les vins de Bourgogne doivent leur qualité uniquement au terroir sur lequel sont plantées les vignes estime erreur; car le terroir reste le même tous les ans et il y a pourtant de belles, de médiocres el de mauvaises vendanges, de même qu'un îlot de terrain tertiaire du bassin de Paris produit, suivant que l'humidité ou la sécheresse ont été plus ou moins grandes au printemps el en été, plus ou moins de fourrages, plus ou moins de grains. La composition du sol n'est donc pas la seule condition qui explique la fertilité du territoire français.
Sous cette réserve, il est juste de dire que la France a des a I lu vions fécondes, des limons fertiles dans ses pays du nord, de l'ouest et dans quelques régions du sud-est. En outre le labeur bien des fois séculaires de nos agriculteurs a maintenu en bonne condition des sols fertiles, et souvent corrigé des sols inféconds. C'est ainsi qu'une partie de la Sologne est devenue productive, grâce à d'abondants apports de marne. Ailleurs nos paysans se servent de chaux, de cendre, de plâtre. Les fumiers de ferme contribuent partout à réparer les forces productives du sol d'une manière normale. Enfin l'emploi des nitrates de soude, des phosphates de chaux et de beaucoup d'autres engrais minéraux a valu à la culture française d'admirables progrès. Mais ce ne sont point là des conditions naturelles : c'est un emprunt de richesse à d'autres pays.
Il v a une différence essentielle d'aptitude à la culture entre nos pays de climat atlantique, et les régions plus sèches du sud-est où domine le climat méditerranéen. Le climat est plus stable en effet dans nos régions de Provence et de Languedoc : celte fixité a maintenu dans ces parages,
les premiers initiés à Ja culture un peu savante par les Romains, les mêmes cultures au cours d'un grand nombre de siècles. Au contraire, dans nos pays du nord-ouest et du centre où le climat est fort variable d'une année à l'autre, cette mobilité a permis de nombreux changements, des acclimatations excellentes, des essais et des progrès nombreux. C'est pourquoi l'on peut dire que la France du sud-est ressemble beaucoup plus aujourd'hui à ce qu'elle fut dans l'antiquité que la Francedu nord-ouest àce qu'elle fut même au cours des temps modernes. L'avantage de la régularité est au sud-est. celui de la souplesse au nord-ouest et au centre.
Le climat et l'altitude. — Le climat et l'altitude qui le
modifie ont aussi une grande influence sur la végétation.
Le territoire français se compose en majeure partie de plaines. Ces plaines se développent dans les pays qu'arrosent la Somme, la Seine, l;i Loire moyenne et inférieure, la Garonne. Les étendues plates sont beaucoup plus restreintes dans les domaines du Rhône et de la Méditerranée : la vallée de la Saône et le bas Languedoc sont d'un relief médiocre. On remarquera que la région des plaines coïncide en grandf partir arec la zone <la climat océanique, doux et humide. La Champagne, à l'est, échappe déjà à cette influence pluvieuse, grâce à son éloignement et à sa parfaite platitude. Les terrains tertiaires et les alluvions modernes représentent les parties les plus fertiles de nos plaines où l'on cultive sur tout les céréales.
Les plateaux proprement dits ne couvrent guère qu'un cinquième de notre pays. Les principaux sont ceux de Lorraine et de Bourgogne, puis les Causses au sud-ouest ; ils sont d'ailleurs peu élevés et sont surtout inférieurs à nos plaines par la qualité de leurs terres cultivables. Cependant la Lorraine et la Bourgogne sont au nombre de nos provinces les plus productives. C'est même à sa qualité de plateau que la Lorraine doit de pouvoir cultiver la vigne sous une si haute latitude, malgré un climat assez rigoureux; le sol y étant assez riche, les vignes et beaucoup d'arbres fruitiers bénéficient de la vive chaleur de l'été et donnentde belles récoltes, si les gelées tardives de ces régions les ont épargnés.
Les montagnes comprennent une étendue légèrement
supérieure à celle des plateaux. Mais il eonvienl de distinguer, d'une pari, les collines ou montagnes de faible élévation comme toutes celles du nord et de l'ouest de la France. et, d'autre part, les hauts pays des Pyrénées, du Massif rentrai, des Vosges, du Jura ri des Alpes. Les collines et médiocres montagnes ont pu être exploitées dans une bonne proportion par l'agriculture, tandis que 1rs grandes masses montagneuses de la France du centre et de Test contribuent peu à la production vég'étale. Qu'onse rappelle ici la succession des plantes aux différentes hauteurs, dans nos Alpes par exemple, les lichens et les mousses au milieu des étendues neigeuses à partir de 2 200 mètres environ, puis les pâturages, les arbres résineux jusque vers 1 700 mètres, enfin les bois de châtaigners avec des prairies et des champs de seigle, et sur 1rs coteaux des arbres fruitiers et des vignobles.
Bien d'antres considérations expliqueraient encore le sorl de l'agriculture française. L'abondance plus ou moins grande des pluies, la saison pendant laquelle elles surviennent, le régime des vents, le degré de sérénité du ciel, l'intensité de l'évaporation dans chaque contrée, la qualité du sous-sol perméable ou imperméable, la condition des pentes rapides, lentes. ou nulles, telles sont les causes qui varient presque à l'infini l'aspect de nos campagnes. Toutefois, on peut et on doit essayer de diviser le sol français en un certain1 Nombre de régions agricoles, sans tenir compte des différences de détail qui mettent quelquefois en contraste frappant deux cantons très voisins l'un de l'autre.
Flore et Faune primitives. — L'homme, améliorant l'œuvre de la nature, a effacé depuis longtemps ou atténué les caractères originaux de la ûore et de la faune primitives.
La France septentrionale et centrale appartient à la zone des forêts et cultures à saisons, tranchées. Les essences caractéristiques de celte zone qui onf persisté sur notre sol sont : le frêne, V érable, le tilleul, le chêne., le peuplier et le châtaignier. Les arbres soumis par l'homme à la culture dans celle zone sont : le poirier, le pommier, lenoyer, le prunier, le cerisier. Enfin, la vigne s'est acclimatée dans les parties les plus septentrionales de cette zone naturelle. Les plaides herbacées y sont représentées pour nue très grande portion par les céréales, par Yorge, le seigle ef le
froment. Citons, à côté des céréales, le trèfle ef le colza.
La faune a été modifiée ccmme la flore, beaucoup plus même, dans la so ne des forêts et cultures à saisons tranchées. Les animaux domestiques de races perfectionnées mil remplacé presque complètement les représentants de la faune proprement dite. Quelques ours, de plus en plus rares dans nos Pyrénées, îles renards, des loups, des belettes, des loutres, des fouines, des blaireau. r on! subsisté avec les forêts. Le sanglier est le seul pachyderme qui se suit maintenu dans nos contrées; parmi les ruminants, en rencontre le cerf et le chevreuil. Les rongeurs, lièvres, lapins, écureuils, persistent en grand nombre. Le monde des oiseaux est représenté dans celle partie de la France par Yaigle, le /ni/an, Vépervier, la buse, la perdrix, le geai, la pie, le corbeau, ['alouette; les reptiles, Ions de petites dimensions, y sont la vipère et la couleuvre.
La zone des forêts et cultures moyennes comprend surtout les contrées de la France méridionale el méditerranéenne, où l'humidité est médiocre, le terrain rocheux ou mal arrosé.
Cette zone primitive est caractérisée par la prédominance des essences d'arbres à feuillage toi/jours vert. Les espèces les pins remarquables sont le cyprès, Vif, des arbustes comme les myrtes, les lentisques, les lauriers-roses. Les arbres qui y sont l'objet d'une culture régulière sont ïo/ivier et le mûrier ; la France, se trouvant à la limite septentrionale de cette zone, n'a plus, sauf sur des espaces insignifiants, l'oranger et le citronnier, qui demandent plus de chaleur encore et moins d'eau ; elle ne les a, comme le palmier, qu'à titre de curiosité el grâce à des précautions minutieuses.
La faune primitive de cette zone a été plus complètement remplacée encore que dans la précédente ; c'est que la civilisation humaine s'est développée pins tôt et plus vite clans les pays limitrophes de la Méditerranée. Les mêmes animaux domestiques que dans le reste de la France y seul élevés.
Principales régions agricoles. - Plaçons d'abord la France à son rang1 parmi les grands pays agricoles de l' Europe et du monde, et voyons quelle serait, sans l'intervention de l'homme, sa flore naturelle. La France a, d'une
manière générale, la végétation de la zone tempérée] mais dans cette zone même elle est favorisée, grâce à la douceur de son climat, réglé par les influences de l'océan Atlantique et de la Méditerranée, grâce aussi à la médiocrité de son relief. L'humidité y est partout assez bien proportionnée; l'écoulement des pluies, comme leur répartition, s'y fait d'une manière satisfaisante. Si nous ne comptons sur notre sol aucun canton qui soit absolument désert, il n'en est point beaucoup où les marais aient persisté devant le travail humain; bref, sauf les sommets neigeux de nos Alpes, les rocs dénudés de nos plus hautes montagnes françaises, sauf quelques étendues marécageuses comme la Sologne, la Brenne el la Bombes, la conquête agricole est achevée. Néanmoins le cultivateur n'a pas encore tiré tout le protit possible de ce sol merveilleux.
Il convient de diviser avant toute la France en grandes régions originales de flore et de faune naturelles. Elle compte d'abord, au sud-est et au sud, une région méditerranéenne caractérisée par une chaleur moyenne assez considérable, par des pluies médiocres dont une bonne partie tombe déjà en hiver. Le sol y est tantôt très montagneux, tantôt simplement accident»'; aussi, la culture y perd beaucoup de place; elle est surtout arborescente.
La région occidentale, que l'on pourrait appeler aussi région océanique ou atlantique, comprend les pays de Flandre et ceux qu'arrosent la Somme, la Seine, la Loire, la Garonne et les fleuves côtiers tributaires de l'Atlantique. C'est par excellence une zone de plaines ou de collines; cependant elle renferme une part du relief remarquable du Plateau central. Quoique située en moyenne sous une latitude moins basse que nos pays méditerranéens, celte région reçoit encore une dose de chaleur très considérable.
En revanche, la végétation de la France occidentale n'est point favorisée- d'une dose de lumière comparable à celle que reçoivent les plantes de la région méditerranéenne. Déjà nos parages de Bretagne et de Normandie connaissent des brouillards, moins durables e1 moins intenses, il est vrai, que ceux des îles-Britanniques. Il convient de distinguer à cet égard la France da sud-ouest de celle du nordouest; dans le domaine de la Garoi , la sérénité du ciel
est encore suffisante pour permettre au mûrier et à la vigne de prospérer. Au centre, dans l'Anjou, la Touraine et l'Ile-
de-France, les vignobles sonl encore dans des conditions assez favorables, grâce à l'éloignement de la mer. La Bretagne et la Normandie ont déjà un ciel trop couvert et trop pluvieux.
Ainsi, dans cette région, l'humidité est plus abondante • pie partout ailleurs en France : si quelques cultures arborescentes en souffrent dans le voisinage (ces immédiat de TOcéan, du moins les céréales en recueillent de grands avantages. La médiocrité du relief est aussi une des causes de l'extension des cultures dans celle région. Dans l'ouest de notre |»;iy> el au centre, peu de terres échappenl à L'exploitation agricole par excès d'altitude. Enfin le sol y est d'excellente qualité sur de vastes étendues.
La région orientale de la France comprendrait les zones de plateaux et de hautes terres de la Bourgogne, de la Franche-Comté et de la Lorraine. C'est une zone intermédiaire où la végétation est encore favorisée, mais à un moindre degré, par les influences du climat océanique, où les rigueurs du climat extrême ou continental commencent à se faire sentir. Les terres y sont encore en moyenne assez riches, moins cependant que dans les plaines de l'ouest; l'altitude, déjà beaucoup plus considérable, rend impropres à plusieurs espèces de végétations des ('tendues importantes. Enfin le climat n'est plus aussi tempéré. Aussi l'aspect et l'aptitude agricoles diffèrent déjà sensiblement; sauf dans les vallées, on voit surtout des champs d'orge et d'avoine. La vigne y trouve un sol favorable, en Bourgogne et en Lorraine par exemple; mais dans cette dernière province les vendanges ne sont vraiment belles que si les gelées d'avril, qui malheureusement sont un fait ordinaire, ont épargné la plante.
Telles sont les grandes divisions agricoles du sol français, fondées sur la considération du climat et de la nature des terrains ; il est inutile d'insister pour démontrer qu'entre chacune de ces vastes régions naturelles il est des zones de transition, des pays intermédiaires.
Conditions naturelles de l'industrie française. — L'étude des conditions naturelles d'une industrie est heaucoup plus difficile «pie l'étude des conditions naturelles d'une agriculture. A vrai dire il n'y a point de condition naturelle d'industrie qui ne soit en même temps une condition artificielle,
acquise, humaine du fait du travail de longues générations.
Le sol de la France, sans culture, donnerait tout de même un certain nombre de plantes nourricières : le même sol, sans application des lois de la science et sans organisation ingénieuse du travail, pourrait renfermer les plus magnifiques trésors de houille, de fer, etc., etc., et ne point porter de populations industrielles. L'emploi actuel de la houille est une condition naturelle, et pourtant aussi une condition acquise à force de science. Que durera sa valeur? Quand le pétrole découvert en plus grande quantité, quand les torrents mieux disciplinés pour fournir la force, quand l'électricité puisée à un plus grandnombre de sources, quand les vents et les marées utilisés par l'homme, quand tout cela deviendra-t-il la suite du progrès dû à la houille, nous le pouvons prévoir sans lixer même à une date exacte à dix siècles près l'époque de chacune de ces révolutions ou de toutes ces révolutions ensemble.
D'abord entendons-nous sur le sens du mol industrie. Une culture délicate connue celle de la vigne, de la betterave, est une véritable industrie : elle Test beaucoup plus à certains égards que l'abattage de la houille dans une tranchée à ciel ouvert, abattage qui révèle beaucoup moins d'ingéniosité que le labour, les semailles, les hersages, etc.. etc. // faut nous débarrasser de Vidée que /'indus/rie est une fonction supérieure à Vagriculture et le commerce une fonction supérieure à l'industrie. Tout dépend île l'ingéniosité du travail qui s'applique suivant les lois de la science. Il y a de l'agriculture savante, de l'industrie routinière, du commerce inintelligent, etc., etc..
Si c'est la nécessité qui rend les peuples industrieux, la richesse agricole de la France qui à certains égards, par exemple dans le cas de quelques pays d'élevage favorisés, a un véritable caractère de spontanéité, est une condition grandement naturelle qui mettant le peuple français à Pabri de besoins trop urgents, lui fait moins sentir le besoin du gain industriel. L'Allemand, qui sait la pauvreté d'un grand nombre de ses terroirs et qui éprouve durement l'obligation de gagner sa vie en vendant des produits fabriqués, sent beaucoup plus l'aiguillon de l'industrie que la plupart des Français.
C'est encore une condition, partiellement naturelle, partiellement acquise, que le médiocre peuplement du solde
France. On ne s'y seul point à l'étroit : et par conséquent le désir d'àpre concurrence contre 1rs autres peuples esl moins vivement ressenti qu'ailleurs puisqu'on est heureux chez soi.
Une autre condition qui domine notre industrie, qui devrait i;i dominer, c'esl le fait de la possession par la France d'un grand nombre <lc colonies, qui ont été précisément acquises pour permettre la vente des objets de notre industrie. Mais là encore, le l'ail de l'association de peuples nombreux avec le nôtre ne vaut que par l'organisation diplomatique des relations commerciales entre la France et les colonies. I )r. si nombre de uns colonies, en vertu des traités que nous avons passés avec les étrangers ont autant et plus d'intérêt à commercer avec les peuples autres que la France, nous perdons cet admirable avantage d'être présents partout sur les marchés du monde et de former une grande communauté humaine de plus de 80 millions d'hommes ayant îles besoins considérables qui suscitent l'industrie.
La position même de la France il ans le monde est un avantage naturel qui ne nous est profitable que si nous ne le laissons point prendre par les étrangers. I >r dans la condition actuelle de nos relations diplomatiques avec les grandes puissance- commerciales du monde, nos ports de
commerce et ceux de nos colonies, qui sont encore les
nôtres ou devraient l'être, sont souvent exploités par cette industrie étrangère des transports qui s'appelle la navigation. Nos habitudes de séparer l'industrie du commerce par des limites factices nous a empêchés de voir qu'il y avail là Une industrie concurrente de la nôtre et qui a< Iroit à lïntérê-1 des Français connue toutes les autres industries.
Parmi les causes purement humaines, nous pouvons citer à L'avantage de l'industrie française le développement îles découvertes scientifiques d'application industrielle, et le
progTÔS du labeur professii e|. Hélas, c'est aussi parmi
les causes purement humaines qu'il faut ranger la fâcheuse hostilité que l'on a suscitée et aigrie entre les patrons et les ouvriers dans le domaine industriel. C'est une cause d'infériorité dont l'étranger profite largement pour nous faire concurrence sur les marchés encore libres du reste du monde, sur notre propre marché et dans nos colonies.
Conditions générales du commerce français. — La faculté d'échange de notre pays avec les autres pays dépend tout d'abord de notre richesse en produits de l'agriculture et de l'industrie. Nous n'avons point, comme les États-Unis d'Amérique ou la République Argentine, une masse d'exportations agricoles, exception faite des vins, qui nous donnent un avantage marqué sur nos rivaux. La France consomme une assez notable partie de ce qu'elle produit; il est vrai que si notre agriculture et notre élevage, et notre fabrication des produits de ferme étaient partout plus scientifiques, il y aurait dans la richesse végétale de notre sol une raison d'invasion pacifique des marchés étrangers. C'est déjà un avantage que de n'avoir pas à acheter trop cher à l'étranger sa nourriture : et bien que cette condition ait pour effet de rendre très faible le chiffre de nos importations de denrées alimentaires, on ne saurait nier que ce soit un sérieux avantage. Car le commerce n'est pas toujours un bien : et celui qui consiste à être obligé d'acheter su nourriture est même nettement un désavantage, bien qu'il fasse paraître les chilfres des statistiques beaucoup plus gros.
On a beaucoup vanté l'avantage que possède notre pays d'être situé au centre de l'hémisphère continental, c'est-àdire au milieu de la masse des terres émergées, et dans le voisinage de grands peuples commerçants, comme la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Belgique, etc., etc. Ce n'est un avantage d'être au milieu des autres peuples et des autres pays que si l'on a la force de rayonnement nécessaire pour leur imposer sa richesse : et le voisinage de grands peuples commerçants est un inconvénient de rivalité plutôt qu'un bienfait de confraternité. Fécondes rivalités tant que l'on voudra que celles de l'industrie et du commerce! Ce n'en sont pas moins des rivalités qui content cher à celui qui se montre inférieur; et comme la guerre même se l'ail aujourd'hui à prix d'argent et est plus coûteuseque jamais, celui qui s'esl laissé appauvrir en temps de paix se laissera conquérir en temps de guerre.
Nous redirons ici ce que nous avons déjà essayé de démontrer en indiquant les caractères de l'industrie française. La possession. <le colonies nest un avantage pour le commerce français que si nous avons sa réserver notre indépendance sur /es marc/ie's coloniaux, dans les traités (pie nous avons piissés avec les autres puissances. Or, dans bien
des ras. nous avons si bien ouvert nos colonies au commerce étranger que le nôtre souffre gravement. Il y a dos États comme l'Allemagne qui n'ont presque point de colonies et qui exploitent commercialement les colonies d'autrui, d'autres comme la Grande-Bretagne, qui restenl maîtres dans leurs colonies en raison de la force irrésistible de leur marine: nous ne sommes ni dans l'un, ni dans l'autre cas, quoique depuis quelques années les pouvoirs publics s'inqUiètent en France de l'insuffisant usage que t'ont nos industriels et nos commerçants des débouchés coloniaux qui ont été acquis.
Conclusion. - Tel si l'ensemble îles ressources naturelles de la France. Elles sont grandes si l'on ajoute à celles .pie contient notre sol de France, tout ce que recèle notre vaste empire colonial. Nous n'avons pas seulement de la houille eu France : nous en possédons beaucoup en [ndo- Ghine, et c'est une compensation notable 'le notre infériorité dans la métropole. Nous n'avons pas seulement d'admirables champs de blé, mais, au delà des mors, de merveilleuses rizières. Si nous savons, à force de fermeté diplomatique dans la revendication du bien qui nous appartient, à force de science dans la recherche des meilleures méthodes d'agriculture et d'industrie, reprendre el garder ce qui est notre bien, notre pays est actuellement non seulement l'un îles plus riches qui soient au monde, niais l'un île ceux qui ont le plus de chance de voir se développer encore cette richesse. Pour y réussir il faut renforcer chez nous l'idée que nos colonies uni été acquises pour nous, non pour l'univers, et rendre la vie à cet organe de transmission entre la métropole et les colonies qu'on appelle la marine marchande.