I. — Le peuple français : lu rare
Difficulté d'une étude ethnographique. — Il n'es! peutêtre pas un pays en Europe où plus de races diverses se soient mélangées que la région française. Les éléments <pii constituent notre nationalité, très fortement unie d'ailleurs, en raisi tème de ce mélange dont on ignore la proportion, se sont introduits sur le sol qu'on appelle France depuis une époque très reculée. Le mélange «les races étant 1res avance chez nous en raison même de la longue durée de l'unité politique, il esl malaisé, sinon impossible, de reconnaître dans les caractères physiques ou moraux des Français d'aujourd'hui la trace et l'image de nos ancêtres multiples. Cette obscurité de notre passé ethnographique a ,•.)('. plus d'une fois exploitée par ceux de nos voisins qui avaient un intérêt politique à reconnaître dans un groupe de Français des frères ou des cousins, pour les annexer bien entendu, plutôt que pour les aimer. Mais ce n'est là qu'une forme de la ruse diplomatique au service de la force et des
convoitises. Les mômes ethnographes de celle école intéressée de l'étranger proclamenl à la fois que nous sommes un peuple métissé au point qu'on n'y peut reconnaître les éléments constitutifs, et qu'une partie de ce peuple métissé est indispensablement apparentée à leurpeuple : ils prêchent l'obscurité pour nous décrier el la clarté pour nous conquérir. Plus l'obscurité est complète, plus ou esl porté à reconnaître ce qu'on désire voir.
Il est d'ailleurs des raisons physiques du mélange des races en France, outre les raisons historiques. D'une pari la France est située à l'extrémité occidentale de l'Europe au point où les migrations venues de l'est ont nécessairement abouti : non seulement la terre, mais [amer intérieure «lu nord el la Méditerranée ont été pour notre pays dechemins d'invasion favorables qui s'ouvraient aux peuples maritimes. Grâce à celte position d'isthme de la région française, émigrants de mœurs maritimes et émigrants de mœurs continentales se sont rencontrés dans ce carrefour occidental de l'ancien momie. D'autre part, la variété et la médiocrité du relief de notre pays, la facilité de communication entre les versants contraires, onl amen»'' à la fois la fusion de ces éléments divers et la formation d'une race française originale, en dépit ou à cause de ce mélange.
Populations préhistoriques. — Les souvenirs historiques légués par les littératures grecque et romaine nous montrent les Celtes et les Gaulois, habitants de notre sol, déjà assez avancés en civilisation. Mais avant même l'époque lointaine à laquelle nous reportent des témoignages des historiens classiques, la France fut peuplée par des tribus successives dont le nom a péri. Ces habitants primitifs vivaient dans un état assez grossier, subvenant à leurs besoins parla chasse el la pèche; leurs armes et leurs instruments furent d'abord fabriqués avec des pierres taillées, puis avec des pierres polies; ils employèrent aussi les os du renne el ses cornes à cet usage. A la période de la pierre taillée et de la pierre polie succédèrent les âges du bronre et du fer. Cette succession d'art et de mœurs a été observée d'ailleurs dans la plupart des régions de l'Europe occidentale voisines de noire pays.
Ibères. Ligures. Celtes. — Les premiers peuples dont les
historiens grecs et latins fassent mention sonl les Ibères. établis entre les Pyrénées e1 la Gascogne, etles Ligures qui étaient limitrophes de notre Provence et en occupaient une partie. On n coutume de rattacher à la race ibérique les Basques actuels qui, au nombre de plus de 100000, ont conservé dans la France pyrénéenne du sud-ouest une langue particulière. Mais ce n'est là qu'une hypothèse.
Déjà mais sommes mieux renseignés sur les peuples celtes qui, longtemps prédominants dans la vallée du Danube, refoulèrent les Ibères et les Ligures, et partagèrent avec les Kymris le pays qu'est aujourd'hui la France. Il esl admis aujourd'hui que ces deux peuples, confondus par les Latins sous le nom de ( iaulois. étaient très distincts et séparés l'un de l'autre par des caractères physiques bien marqués. Des ethnographes autorisés admettent que les Celtes auraient été bruns et de moins haute stature, tandis que les Kymris et surtout les Kymrisde la Gaule Belgique, auraient été blonds et plus grands. On suppose, pour cette raison, que les portraits de (iaulois, hommes de haute stature, tracés par les historiens romains. désig*nen1 surtout le Kymris belge, et que les vrais descendants des Celles sont les Bretons actuels.
Phéniciens. Carthaginois et Grecs. — La Gaule romaine.
— On sait que les hardis navigateurs de Tyr et de Garthag"e
établirent sur notre littoral des postes commerciaux : ainsi
Port-Vendres et Monaco sont sur les emplacements des
anciens comptoirs de ces navigateurs de race sémitique.
L'influence des Crées fut bien plus considérable; leurs colonies, échelonnées sur notre littoral méditerranéen, avaient des relations lointaines avec l'intérieur du pays et étaient le débouché de grands convois commerciaux qui traversaient la Gaule sur les roules et sur les fleuves. Monoikos Monaco), Nikaia Nice, Antipolis (Antibes), Ieron (Hyères), Agathe Aude, étaient les principales; Massilia (Marseille , fondée par des Phocéens, l'ut la plus grande ville de la Gaule jusqu'à la complète romaine.
Les Phéniciens el les Crées axaient été des marchands. Les Romains, sans dédaigner le moins du monde, comme on l'a cru à tort, les profils du commerce, furent aussi des conquérants et îles organisateurs politiques. Ils gouvernèrent la Gaulepcndanl plus de quatre siècles jusqu'à l'époque
desgrandes invasions barbares. Les peuples gaulois, jusquelà divisés, moins peut-être que ne le raconte Joies César ijni tenait à justifier sa conquête, prirent conscience pins Dette, sous ce gouvernement centralisateur, de la communauté de leurs intérêts, e1 s'habituèrent à vivre de concert. Ils tirent en outre leur profit de la civilisation supérieure de leurs vainqueurs et l'empreinte de cette civilisation a toujours persisté chez nous : elle est ineffaçable à cause de notre langue qui est en majeure partie d'origine romaine. 11 ne faut pas croire pourtant que les Romains aient eu le mérite de transformer de fond en comble un peuple sauvage : César, qui noos représente souvent la Gaule comme couverte de forêts pour rehausser le mérite de ses exploits militaires, se contredil quelque peu quand il nous donne la liste des nombreuses réquisitions de blé et de bétail que faisaient ses troupes.
Les invasions germaniques. Les Francs: les Normands, les Sarrasins. — Bien moindre fut l'influence des invasions germaniques. Divisés eux-mêmes, les Germains ne [Mimaient pas imprimer aux peuples envahis, d'ailleurs plus civilisés qu'eux, un cachet particulier et original. D'ailleurs entrés, semble-t-il, en petit nombre dans la Gaule, ils durent se fondre dans la population gauloise, ils en adoptèrent vite la langue et les mœurs, puisqu'ils ne pouvaient que gagner à ce changement comme au changement de pays.
Les Francs en particulier, qui donnèrent leur nom à notre pays et firent de la Gaule notre France, étaient peu nombreux. Ils venaient d'ailleurs d'une région toute voisine de la Gaule Belgique et n'étaient certes pas restés dans ce voisinage sans devenir à la longue plus semblables aux Gaulois. Le géographe Strabon ne dit-il pas qu'on appelait les voisins orientaux de la Gaule des Germains parce qu'ils étaient à peu près des frères des Gaulois? Leur œuvre principah' n'est pas l'introduction d'éléments barbares et germaniques en Gaule, mais une réaction de caractère romain et chrétien contre la barbarie des invasions venues de l'est. Le premier roi célèbre des Francs en Gaule, Glovis, n'eut pas d'ennemis plus acharnés que ses congénères de Germanie, et le grand empereur des Francs. Charlemagne, qu'on se plaît souvent à représenter comme
le plus illustre des souverains germaniques, lui comme les Romains, et de concert avec l'Église, occupé pendant de longues années à battre, à massacrer, à convertir des Germains, Saxons, Allemands et autres.
Au xe siècle, les pirates Scandinaves appelés Normands qui ravageaient depuis longtemps les côtes septentrionales delà France, obtinrent la cession de la province à laquelle le nom de Normandie resta attaché 1)11 ).
Résumé. — Bien d'autres peuples ont contribué et contribuent encore à former notre peuple de France. De ce mélange est sortie une nationalité ayant conscience d'ellemême. Le seul signe des différences d'origine qui subsiste aujourd'hui, l'idiome, tend aussi à s'unifier, il n'est plus guère do logions de France où le français ne soit la langue commune, sauf la Corse. Et dans le monde, aux colonies ou à l'étranger, il est d'autres Français en grand nombre; on peut dire que50 millions d'hommes ont adopté notre langue et l'ont conservée fidèlement malgré les vicissitudes de la politique. Chaque année nous faisons par l'enseignement du français de nouveaux adeptes dans nos colonies jusquelà peu civilisées. Il osi peut-être excessif de croire que le vrai moyen de conserver à notre patrie son rang dans le monde est de maintenir et de propager notre langue. Par exemple, l'habitude d'enseigner généreusement le français aux étrangers, soit en France, soit à l'étranger, soit dans les colonies, peut tourner partiellement au bien, partiellement au mal de la France. Un Allemand auquel on enseigne gratuitement le français peut devenir un voyageur de commerce très redoutable aux nôtres. Beaucoup d'étrangers parlent le français qui n'aiment point la France ou même qui la détestent. Beaucoup de nos indigènesdé nos colonies ignorent le français qui ont pour le drapeau de France le
culte le plus simple et le plus heau.