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La formatant territoriale

Période romaine. — Comment l'union de Ions ces éléments divers a-l-elle été obtenue? Des causes morales et des causes matérielles ont à la fois contribué à la former. L'histoire étudie spécialement les causes morales, montre par exemple commenl la conquête romaine renforça chez

les peuples de la Gaule la coutume séculaire de se eonsi-

dérer comme enfants d'une même patrie. Mais la manière même dont les Romains compiïrenl géographiquement le g*ouvernement et l'administration de la Gaule eut une influence sur le resserrement des liens de communauté entre anciens peuples gaulois. Ainsi des camps romains étaient échelonnés le long- du Rhin pour protég'er la Gaule; les protégés de l'empire s'habituèrent par là peu à peu à considérer le grand fleuve de l'est comme la limite de leur domaine en face de la Germanie. Au sud-est, la multiplication du nombre des provinces sens l'empire rendit sa valeur à la limite naturelle des Alpes; la Gaule cisalpine se rattacha graduellement à l'Italie proprement dite, tandis que l'importance de la grande ville de Lyon comme centre politique et comme marché, donnait aux peuples du reste de la Gaule l'habitude de regarder vers les pays plus civilisés <lu sud-est comme vers une sorte de centre de l'agglomération nationale. Les Pyrénées avaient été et restèrent une barrière: la formation d'une Gaule homogène effaça même un ancien trait de transition entre la Gaule et l'Espagne, le maintien d'une agglomération de Geltibères sur les contins des deux pays.

Période de division féodale. — L'ancien pays gaulois. devenu pays franc, avait retrouvé une unité puissante et désormais indépendante des pays voisins, au temps où se constitua la grande monarchie de Gharlemagne. Après les invasions barbares, les mis francs qui tirent refluer les envahisseurs vers l'Orient avaient pour principal souci la restauration de l'empire romain à leur profit. Clovis, en unissant de force les royaumes francs, en maintenant dans l'obéissance les Burgondes vaincus, en battant les Visigoths, avait déjà constitué une sorte d'union de la région française, union fragile qui ne lui survécut pas. Les premiers Carolingiens, en essayant d'accomplir la même œuvre de centralisation, étaient les préparateurs involontaires de notre future unité nationale.

Gharlemagne, par son titre d'empereur d'Occident, par son caractère chrétien et romain, par l'étendue même de son domaine, n'appartient à aucune nationalité. En tous cas se présentant comme le seul successeur des empereurs de Rome et comme leur héritier, il devenait pour la Gaule, appelée royaume des Francs, un champion de la même

tradition qui avait jadis uni par la force, puis par les bienfaits de la paix, les peuples gaulois. Le ('entre de gravité des anciens pays gaulois devenus pays francs, avait été, sous la domination romaine, dans la région du sud-est, au voisinage de l'Italie : il fut, sous Gharlemagne, empereur romain de mœurs germaniques, empereur chrétien d'entourage barbare, dans les pays du nord-est de la Franco actuelle, sur les contins de la Gaule et de la Germanie.

Quand l'empire de Gharlemagne se démembra, il se forma sur- notre territoire un grand nombre d'agglomérations politiques distinctes, les unes pourvues de frontières naturelles assez nettes, les autres taillées dans la masse de l'ancienne Gaule, au gré des copartageants et suivant la force dont disposait chacun. Alors apparaissent divers noms de provinces qui furent significatifs au temps de la féodalité, et qui ont gardé jusqu'à notre époque quelque chose de leur signification d'alors, sans qu'on puisse assigner des limites précises à toutes sans exception. En effet, le morcellement féodal existait en vertu du lien personnel de commandement et d'obéissance qui unissait suzerain et vassal : les limitations naturelles des pays ne jouaient donc pas un aussi grand rôle que dans les périodes où la base des partages et des attributions d'autorité est le caractère physique des régions considérées géographiquement.

Parmi les groupes les mieux caractérisés qui se formèrent alors et qui eurent un caractère vraiment géographique, signalons le Languedoc, la Bretagne, la Normandie, la Champagne, et sur nos confins de l'est, la Lorraine. Mais à l'intérieur de chacune de ces grandes divisions, le morcellement était considérable : les seigneurs, grands on petits, se partageaient les territoires suivant la fantaisie de leur esprit d'intrigue ou de leur force. Les géographes, mais surtout les géologues ont observé que l'unité française se lit peu à peu, aux dépens de la féodalité, par l'attraction naturelle d'une région spécialement bien placée, qui est le bassin de Paris, (l'est ce que le géologue FJie de Beaumont exprimait en disant que le bassin de Paris avait été le pô/e attractif de la France, tandis mie le Massif central en était le pôle répulsif . C'est une observation dont il ne faut point exagérer la portée quand on étudie la reformalion d'une unité française après la dispersion féodale. Si le bassin île Paris a été le siège de la puissance qui a mis

à la raison les grands seigneurs féodaux de France, ce n'est pas seulement, ce n'est pas surtout parce qu'il se compose d'une série de cuvettes concentriques dont les pentes convergent vers Paris, ('-"est aussi parce que grâce à la douceur du climat, ce pays était notablement plus riche que les autres pays de France à l'époque où l'agriculture comptait comme principale richesse. C'est encore parce que les fleuves qui convergent vers Paris ou la région parisienne étaient assez navigables pour servir' de moyens de transport. C'est enfin et surtout parce qu'il s'est trouvé, dans ce cadre particulièrement bien choisi, des princes doués d'esprit politique, tout comme jadis il s'était trouvé un chef gaulois d'esprit politique dans le pays arverne, c'est-à-dire dans la région qu'Élie de Beaumont appelle le pôle répulsif. La géométrie ne préside pas aux destinées des peuples : et le dessin des reliefs d'un pays n'importerait point beaucoup si ce pays n'était riche et s'il n'y surgissait des hommes de valeur.

Les Capétiens. — Le progrès du domaine royal, formé d'abord dans le pays de France ou Ilede France, fut rapide sous les Capétiens. Hugues Gapel possède déjà avec, VOrléanais l'entrée des régions qu'arrose la Loire. Il n'y avait, en effet, dans cette direction aucun relief qui arrêtât les riches seigneurs d'Ile de France. La complète continue au nord et au nord-ouest dans des directions où aucune hauteur caractérisée ne pouvait arrêter l'effort des armées de l'Ile de France. Le Vexin s'ajoute au domaine. Une acquisition autrement importante de cette première période d'expansion est la vicomte de Bourges, achetée par Philippe ]"'' en 1100 : par là les rois se rapprochaient du Massif central.

Puis une seconde série d'annexions compléta bientôt le domaine au nord. Le principal artisan en est Philippe- Auguste ; par Y Artois et le Boulonnais les rois pénétrèrenl sur la lisière de la plaine flamande. La confiscation de la Normandie en 1204 augmente singulièrement l'étendue des provinces maritimes. Au sud et à l'ouest l'adjonction de VAnjou, de la Touraine et du Maine diminue la distance entre le royaume et les terres du Massif central «pie le démembrement de l'Auvergne entame. La Bretagne devient limitrophe des provinces royales; enfin au sud-ouest le

Poitou devenu français prépare l'entrée (trouée du Poitou) dans les plaines de la Garonne,

Saint Louis pousse jusqu'à la Charente, niais laisse les rois d'Angleterre maîtres de la pente occidentale du Massif central par le Limousin.

Ce danger fut écarté par Philippe le Hardi, dont le règne marque un des plus grands progrès du domaine. Ce prince acquit les régions de plaines qui bordent au sud-est et au sud-ouest le Massif central ; le Poitou fut définitivement acquis, et avec le comté de Toulouse, les rois de France furent maîtres de la plus grande partie du Languedoc. Par là la France devenait riveraine de la Méditerranée.

Les Valois — Vint l'époque terrible de la guerre de Cent ans qui fortifia le sentiment d'union des sujets (\u roi contre l'étranger. Cependant quelques acquisitions signalent les règnes les plus malheureux; c'est par l'achat de Montpellier et du Dauphiné sous Philippe VI que la vallée du Rhône, déjà entamée par l'achat du Maçonnais en 12.'>8 et de Lyon en 1312, devint définitivement française. A la tin du règne de Charles VII le danger de l'établissement d'une domination anglaise est écarté. Royauté et peuple sont sortis retrempés de ces rudes (''preuves.

Désormais l'élan est irrésistible. Louis XI, en ruinant la puissante maison de Bourgogne, commence l'assaut des liants plateaux de l'est et rend plus sûres les communirations de l'Ile de France avec les pays «le la Saône et du Rhône. La riche Provence avec son littoral si découpé, ses hardis marins, s'adjoint à la communauté française en 1481. Ainsi en même temps que les communications devenaient plus faciles entre les versants de la Manche et de la Méditerranée, par l'acquisition des pays bourguignons, les chances d'un développement maritime devenaient meilleures au sud-est, c'est-à-dire sur les hords de la nier où régnait alors la plus grande activité commerciale.

Les guerres d'Italie, entreprises dans un intérêt dynastique, puis les guerres de religion, retardent, dans l'âge suivant, les progrès de la France. Cependant Louis Xll acquiert la Bretagne : acquisition merveilleuse pour le développement maritime du royaume. François Yr confisque, après la trahison de Bourbon, les provinces qui forment le versant septentrional du Massif central. Henri II entame

la vallée de la Meuse cl le plateau de Lorraine par l'occupation des Trois Évêchés que les traités de Westphalie garantiront plus tard à la France.

Les Bourbons. — A l'avènement des Bourbons, il reste peu à conquérir peur constituer la France lelle que nous la connaissons.

Henri IV devenu roi de France, apporta son domaine à la couronne et compléta ainsi très heureusement la France au sud-ouest.

L'acquisition de la Bresse, du Bugey préparait la voie aux entreprises de ses successeurs dans la région du Jura. Louis XIV recueillit au début de son règne, par les traités de Westphalie et îles Pyrénées, le fruit dos négociations et des guerres dirigées par Richelieu sous son prédécesseur. C'est avant tout Y Alsace. Au nord la Flandre et \' Artois sont entamés; au sud le Ftoussillon et la Cerdagne assurent notre frontière pyrénéenne. A sa mort, malgré les revers, l'Artois était définitivement français et nous conservions une partie de la Flandre. La conquête • le la Franche-Comté nous avait assuré la frontière du Jura.

Le règne <lc Louis XV fui marqué par l'adjonction île Va Lorraine et île la Corse au domaine royal.

Période contemporaine. — Au cours îles guerres de la Révolution et de l'Empire, la France prit une extension démesurée pour subir bientôt les humiliations de 1815. El si le Second Empire a su acquérir la Savoie et le comté de Nice, il a perdu l'Alsace et une partie de la Lorraine.

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