COLONIES DE L'ATLANTIQUE. — AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE
Sommaire.
Pays de relief médiocre. Le Fouta-Djalon ae dépasse guère 1200 mètres; altitudes de 1 800 à 2000 mèlrcs dans la région de Kissi; monts Delcassé (Dahomey) 1200 mètres. Influence de ce relief sur la mousson ; inégalité des pluies : 0m,40 par au Sénégal, 2 mèlrcs en Guinée et à la Côte d'Ivoire.
Hydrographie. — Guinée, la Gambie, la Gasamance, le Rio-Nunez, Côte d'Ivoire : la Gomoé; Dahomej : l'Ouémé. — Le Sénégal (1700 lui.) est forme du Balîng et du Bakhoy ; son principal affluent est la Falémé. — Le Niger (4 200 kil.) est français par son cours supérieur el moyen; reçoit le Tinkisso et le Bakbo\ ou Mahel-Balevel. Les crues du Niger.
Côtes de l'Afrique occidentale : Dakar et l'îlot de Corée. La barre sur la Côte d'Ivoire ; le wharf de Kolonou.
Les ressources naturelles ne sont pas encore très bien connues : poudre d'or, palmiers à huile, noix de kola, bananes, arachides, forêts de la Côte d'Ivoire.
Populations. — .Touareg, Arabes ou Maures. Ouolof, Mandiugues, Bambara, Peids ou Foulbé, Toucouleurs.
Gouvernement. — L'Afrique occidentale française, capitale Dakar. Autres villes importantes : Saint-Louis (20000 bab.). Rayes, Bafoulabé, Bamakou, Tiuiboiiclou, Ivonakry, Grand-Bassam, Bingerville, Rotonou.
Mise eu valeur. — Principaux articles d'exportation : aracbides, huile de palme, gommes, caoutchouc.... Importations : cotonnades, alcool, sel, armes, etc. — Principaux ports : Dakar, Ivonakry, Grand-Bassam et Kolonou. — Chemin de 1er du Sénégal de Rayes à Bafoulabé et Bamakou sur le Niger; ligne de Konakry à Timbo.
Développement politique. Si nous sommes maîtres
du Sénégal depuis 1635, si nos marins ont occupé Grand- Bassam el Assinie des 1843, et pris possession en 1863 de postes sur la Côte des Esclaves, on peut dire que la formation de l'Afrique occidentale est L'œuvre de la politique coloniale inaugurée par Paidherbe au Sénégal, de 1854 à 1864, et continuée ensuite par les acquisitions décisives de la troisième République. Des explorations et des traités nous valurent nos territoires de Guinée et de la Gùte d'Ivoire: il fallut une campagne de guerre pour mettre le Dahomey sous notre dépendance en 1893. Aujourd'hui la Franco possède en Afrique occidentale, des bouches du Sénégal à celles du Niger, des territoires de plus de 2 millions de kilomètres carrés, peuplés de 8 à 9 millions d'habitants.
Géographie physique. — Dans son ensemble l'Afrique occidentale française est un pays de médiocre relief, et là est la cause originelle de son infériorité quand on la compare à un pays comme l'Inde, que borde au nord le merveilleux château-d'eau de montagnes gigantesques comme l'Himalaya. L'effet des moussons dans les pays tropicaux, c'est-à-dire l'effet du grand phénomène physique qui domine toute la vie et imprime sa marque à la civilisation, vaut ce que valent les montagnes, puisque ce sont les montagnes qui accentuent la chute des pluies et donnent aux fleuves, soit par des sources, soit par des neiges et des glaciers, la provision d'eau d'où dépend la fertilité des plaines sous-jacentes. Les parties les plus (''levées de l'Afrique occidentale semblent être le massif du Fouta-Djalon, où les sommets dépassent rarement 1200 mètres, la région mal connue du Kissù vers le liaul Niger, où on a mesuré. de loin il est vrai, des altitudes i\r 1 800 à 2000 mètres. Le pays de Kong, où l'on supposait, sur la foi de rapports aventurés et de traditions cartographiques aussi invétérées que mensongères, des monta- nés gigantesques, les monts de Kong, est un pays de petites terrasses et de médiocres plateaux. Au Dahomey, les plus grandes hauteurs des monts Delcassé semblent atteindre à peine 1200 mètres.
dette médiocrité du relief fait que la mousson, déterminée par l'appel des foyers du Sahara, se propage moins vite et agit moins efficacement, en Afrique occidentale que dans l'Inde et dans i'Indo-Chine, Au mois de mars, les
FRANCE ET SES COLONIES, CL. 3e. 14
vents pluvieux s'accentuent sur la Côte d'Ivoire, où d'ailleurs leur influence est prédominante toute l'année: en avril, la recrudescence se l'ait sentir à Sierrâ-Leone, dont la saison sèche n'est pas non plus très bien marquée; fin mai, les nuages pluvieux du sud touchent la Gasamance; en juillet, ils atteignent le Sénégal. La durée des pluies est peu considérable dans les pays d'extrême nord, a' qui constitue justement une différence énorme avec les régions de l'Inde où la mousson vient se renforcer contre le rempart de l'Himalaya. Il y a 35 jours de pluie par an à Saint-Louis, 140 à Sierrâ-Leone, 250 environ sur la Côte de Guinée. La quantité est d'à peu près O™, 40 au Sénégal, de 2 mètres et plus en Guinée et à la Gôte d'Ivoire.
Les cours d'eau les plus abondants sont doue ceux qui reçoivent leurs eaux des pays de plus haut relief, et ceux qui circulent dans la région du sud qui est de beaucoup la plus arrosée et pendant le plus grand nombre de mois. Les soubresauts de régime du Sénégal sont bien autrement marqués que ceux des rivières de la Guinée et du Dahomey, car ils reflètent les contrastes de deux saisons dont la disproportion est beaucoup plus grande au tiord qu'au sud. Au nord-ouest, de la région du Fouta-Djalon, vient la Gambie qui ne nous appartient que par son cours supérieur, la Gasamance. le Rio-Nunez, dans la Guinée. Ces cours d'eau sont navigables fort loin parce que la marée les relève considérablement, leur cours inférieur étant très déprimé. Dans la région delà Gôte d'Ivoire le fleuve majeur est la Corrioé, explorée par Binger; c'est un fleuve aux eaux abondantes, mais que les étages du plateau coupent malheureusement en plusieurs biefs. Au Dahomey, coule la rivière Ouémé, long'ue de iOO kilomètres et qui tombe dans la lagune de Porto-Novo.
Supérieur par la longueur à tous ces cours d'eau est le Sénégat, long de 1700 kilomètres et formé du Bafing et du Bakhoy. Il draine le flanc septentrional du Fouta-Djalon et les plateaux qui s'y adossent. La chute du Félou, en amont de \lédine. lui fait franchir une dénivellation d'une vingtaine de mètres. Il reçoit un 1res gros affluent, la Falémé qui lui arrive large de 300 mètres et dont les crues ont une hauteur de 6 à 8 mètres. Une récente mission commandée par le lieutenant de vaisseau Dyé, déjà connu par ses brillants services à la mission Marchand, a procédé à une
étude générait; des conditions de navigabilité «lu fleuve el a l'ail sauter à la dynamite un grand nombre de seuils rocheux qui entravaient la marche des na> ires. • Jette œuvre excellente sera complétée à brève échéance.
Le Niger ou Dioliba 1200 kilom. est français par son cours supérieur el moyen. Il prend sa source dans nuire Soudan occidental, dans la région des monts Loma, à 1 300 mètres d'altitude environ, recueille une partie des eaux du Pouta-Djalon par son affluenl le Tinkisso el esl surtout grossi par le Bakhoy, appelé aussi Mahel-Balevel, qui lui amène le> eaux «lu Ki>si. au nord de notre colonie de la Côte d'Ivoire. A Bamakou, au poinl où il esl le plus rapproché du Sénégal, le grand fleuve a des crues de ôà 0 mètres : il s'appauvrît ensuite en parcourant la région saharienne où il arrose Timbouctou ou «lu moins le port de Timbouctou, Khabra. Le Niger a été révélé par les belles explorations d'officiers français, Caron, Davout, Jaime el Ilourst. dans les parties qui dépendenl de notre territoire.
La nature '1rs côtes de l'Afrique occidentale française rst de très grande importance pour notre commerce, puisque ce sonl 1rs districts littoraux, lés mieux arrosés de tous, qui disposenl des plus grandes richesses pour l'exportation, el portenl la population la plus nombreuse el la plus capable d'acheter nos produits.
Le Sénégal, donl l'embouchure esl gênée par une barre, tombe à la mer sur un littoral de dunes. Aussi le premier bon port au nord est-il Dakar, sur une avancée rocheuse, en face de Y flot de Gorée. Le littoral guinéen des Rivières du sud esl accessible, en raison de la hauteur el de la facilité de pénétration du Ilot de marée dans les estuaires. Aussi est-ce un des endroits où la navigation et le cabotage uni le plus d'activité. Précaires sonl au contraire les débouchés de notre colonie de la Côte d'Ivoire et de notre Dahomey, puisque les fleuves tombent dans des lagunes el n'ont poinl de relations faciles avec la haute mer. Le phénomène de In barre énorme rouleau de houle qui déferle avec violence sur les plages basses, y est un autre inconvénient aux débarquements par pirogues cl chalands. Aussi a-t-il fallu construire de- jetées d'accostage wharf en anglais .
Les ressources naturelles de l'Afrique occidentale ne sont pas encore bien connues ; nue enquête est nécessaire pour
découvrir les richesses minérales dont les indices oui cependant été signalés sur plusieurs points. Il y ;i de l'or dans le Bouré, dans l'arrière-pays de la Gôte d'Ivoire ; on sait que le commerce de la poudre (for a été, avec celui de l'ivoire, le premier <|ni attira les Européens dans ces parages. Mais aujourd'hui, c'est la culture du sol et, pour une large part, la cueillette des produits naturels qui donnent les meilleurs revenus. En particulier, l'exploitation de la vaste forêt de palmier* à huile, que l'on rencontre sur presque liait le pourtour de la zone maritime, donne aux navires les cargaisons les plus copieuses. Il y faut ajouter les fruits du kolatier ou noix de kola, les bananes, les noi.r de coco, les arachides, cultivés en si grande quantité tout le long de la ligne de chemin de fer de Dakar à Saint-Louis. Les forêts de la Côte d'Ivoire renferment d'excellents bois d'ébénisterie, acajou, et plusieurs variétés de bois de fer, dont l'exportation enrichit malheureusement beaucoup plus des Anglais cl des Allemands que îles Français. L' Association cotonnière coloniale française poursuit, depuis deux ans, des études qui ont prouvé que la culture du coton peut et doit être très rémunératrice dans diverses régions du Soudan, en particulier dans les pays du haut Sénégal et du moyen Niger, puis dans le haut Dahomey : il y a là de belles perspectives de richesse pour l'industrie et le commerce de France. Donc, ce que l'on sait des conditions naturelles des végétaux et des minéraux en Afrique occidentale est fort encourageant pour l'avenir.
Populations et gouvernement. — Pour mettre en valeur ces richesses, l'Afrique occidentale, où les Européens ne peuvent séjourner ni longtemps, ni en grand nombre, dispose d'une population encore mal dressée au travail, cl que les longues périodes de pillage des prophètes nomades comme Ahmadou et Samory oui mise pour longtemps encore en défiance. En outre, elles sont de races et de mœurs très diverses, ce qui rend difficile une organisation homogène du travail d'exploitation. Au nord sonl des blancs, Touareg de race berbère, Arabes ou Maures, métis de Berbères et d'Arabes ou de nègres. Au sud, sont de nombreuses tribus noires, les Ouolof du Sénégal, les Mandingues, commerçants actifs, qui habitent l'arrièrepays entre la république de Libéria et le Niger, les Bambara
agriculteurs et soldats vaillants du haut Sénégal. Dans le Fouta-Djalon, sont les Peuls ou Foulbé, dont on ignore l'origine, qui n'ont ni les traits, ni la couleur de peau des noirs, mais ont le teint simplement brun, à peine basané, les cheveux lisses, les traits assez réguliers. Les Toucouleurs, refoulés par la conquête française, du moyen et du bas Sénégal, sont des métis de Peuls et de nègres.
L'Afrique occidentale est gouvernée, depuis 1805, par un gouverneur généra/ de l'Afrique occidentale française, sous les ordres duquel chaque colonie est dirigée par un lieutenant-gouverneur. La capitale est désormais Dakar, où réside le gouverneur général, depuis 1903. C'est un port admirablement placé, sur Je chemin dos paquebots entre l'Europe et l'Amérique du Sud : ce sera bientôt un formidable point d'appui de la flotte.
Saint-Louis (20000 hab.), capitale du Sénégal, garde une grande importance comme débouché de la vallée du fleuve. Sur le liant fleuve, les deux places les (tins importantes sont Kayes et Bafoulabé, réunies parmi chemin de fer qui («vite les lapides du haut fleuve, puis Bamakou, sur le Niger, désormais en relations par \<>ie ferrée avec le chemin de fer du haut Sénégal. Sur les confins du Sahara, au coude septentrional du Niger, est Timbouctou, h la fois importante comme point de départ et d'arrivée des caravanes du nord et comme centre de culture d'une admirable région qu'inondent et recouvrent de limons les eaux du Niger épandues en lacs. En Guinée, c'est Konakry qui centralise les échanges. Dans la région de la Côte d'Ivoire, la ville malsaine de Grand-Bassam sera remplacée, comme capitale, par Bingerville, qu'un canal navigable mettra en rapport avec la haute mer. Au Dahomey, la grande ville de commerce est Kotonou.
Mise en valeur. — L'exploitation de ce vaste pays est en progrès, grâce au développement des routes, des voies ferrées et de la navigation. Les principaux articles d'exportation sont les arachides, prérieuses pour les savonneries, l'huile de palme, les gommes du Sénégal, le caoutchouc, la noix de kola, les bois, les peaux, la cire. Ce que les Européens trouvent surtout à vendre est la cotonnade^ à bon marché, l'alcool, déjà malsain par lui-même, et prodigieusement frelaté dans ces parages, le sel, les armes, le
tabac, les verroteries. Les principaux ports où se fa.il le trafic sont Dakar, Konakry, Grand-Bassam et Kotonou. Par malheur, 1rs conventions de navigation et de commerce mettenl les étrangers sur le même pied < ] 1 1«" nous dans nombre de ces colonies. C'est au Sénégal que nous avons vraiment la prépondérance qui esl due à une métropole: la Franco y importe pour 30 millions de marchandises sur 46, cl achète 27 millions des exportations sénégalaises sur '•'>'■). Mais en Guinée, nous ne vendons que 1 millions sur les ir> de marchandises exotiques que réclame la colonie, ^et demi sur '.) à la Gôte d'Ivoire, et :ï suc lô au Dahomey. Nous n'achetons à la Guinée que 1 dixième de ses exportations, i million sur 10, 1 700000 lianes sur 8 millions à la Côte d'Ivoire; et s millions sur 13 au Dahomey. Même ce que nous achetons esl souvent transporté sur des navires étrangers que nos colonies font prospérer; même nos achats de produits naturels dans ces colonies enrichissent bien souvent des étrangers, propriétaires du sol au même titre que nous.
Il faut compter, pour rendre à l'agriéulture et au commerce de France les places qui leur sont dues dans ces pays de belles espérances, sur le développement des voies ferrées «pii amèneront vers la côte les produits de l'intérieur : ces entreprises, à elles seules sont déjà un bénéfice pour nos nationaux en même temps qu'un moyen de franciser le pays. Le chemin de fer du Sénégal, qui, jusqu'ici, ne taisait qu'unir Kayes àBafoulabé, pour éviter la région des rapides, esl désormais poussé jusqu'au Nigerpar Kita et Bamakou. Par cette voie ferrée arriveront à portée de la navigation du Sénégal les produits que les chalands auront transportés du Niger supérieur et moyen vers Bamakou. Konakry en Guinée sera bientôt en relations par voie ferrée avec Timbo, centre du Fouta-Djalon : plus de 200 kilomètres de celle voie ferrée précieuse sont déjà construits. On procède à la même œuvre de pénétration vers l'intérieur de nos colonies de la Côte d'Ivoire et du Dahomey:
l'avancée de la voie ferrée esl particulière ni satisfaisante
dans le Dahomey qui est moins boisé et moins humide que le pays de la Côte d'Ivoire.
GHAP1TKK IV
r.ES COLONIES DE L.' ATLANTIQUE [suite . — GABON ET CONGO FRANÇAIS. RÉGIONS DU HAIT OUBANGHI, DL GHARI ET DU TCHAD.
SOMMAIBE.
Lisière littorale basse, terrasses schisteuses formant la bordure d'un plateau intérieur. Climat extrêmement humide, d'où cours d'eau considérables : Gabon, Ogooué, Komlou, Alima et entiii Congo grossi de l'Oubanghi.
Littoral généralement très plat, richesse de la végétation (lianes à caoutchouc; le riz, le manioc, le cacao, la vanille, le café pourront donner de bons résultats). Difficulté des communications. Condition sauvage de la plupart des populations : Bantou, Pahouins, Bafourou.
Le climat des régions du haut Oubanghi. du Chari et du Tchad est plus favorable à la colonisation.
Gabon et Congo français. - Cette colonie, dont les premières amorces ont été occupées en l$39 et en 1862, n'a été véritablement constituée que par la mission de Savorgnan de Brazza 1875-1883 , qui a reconnu un chemin de jonction entre l'Ogooué et les affluents de droite du Congo. Dans la suite, les régions du haut Oubanghi, «lu Chari et «lu Tchad onl été jointes à ces premiers territoires. Les pays du Gabon-Congo se composent d'une lisière littorale basse puis, en arrière, de terrasses schisteuses, comme les monts de Cristal et les monts de la Mitre qui s'élèvent de 800 à 1500 mètres, et forment la bordure d'un plateau intérieur. Le climat y est d'une humidité extrême : au Gabon il tombe près de 3 mètres d'eau par an. Aussi, non seulement le Congo qui draine d'immenses régions de l'intérieur, mais encore les fleuves entiers, y ont un volume considérable. Le Gabon est un gigantesque estuaire que les navires de mer remontent à une centaine de kilomètres à l'intérieur. UOgooue, né sur les plateaux de l'arrière-pays, et coupé de rapides dans sa descente vers les plaines littorales, roule, majestueux et lent dans son cours inférieur, plus d'eau que le Rhône ou que le Rhin en temps de crue. Le Kouîlou (600 kilom. est également une voie de pénétration utilisée par les convois de piroguier-. UAlima, dont la vallée continue l'orientation de celle de l'OgOOué.est un modeste mais très utile affluent
du Congo. Le Congo lui-même, dans la région où il borde la colonie française, est souvent large de 10 à 15 kilomètres : il s'épanouit en une sorte de grand lac, le Stanley PooL qui mesure 210 kilomètres carrés de superficie. Du territoire français lui vient un gigantesque affluent, VOubanghi qui, augmenté de YOuellé, esl navigable pendant près de 500 kilomètres avec une largeur de 3 à 5 kilomètres.
Le littoral du Congo français est généralement plat, bordé de palétuviers qui garnissenl îles vases mouvantes. La saillie montagneuse la plus caractérisée est celle iln cap St/n Juan. La navigation utilise la grande ouverture de l'estuaire du Gabon, où s'élève Libreville et au sud Loango, sur les contins de l'État indépendant du Connu.
Dans ce pays d'une humidité intense ei d'une grande chaleur, la végétation offre des ressources considérables, qui sont encore niai utilisées, faute de moyens de communication commodes, et aussi parce que les mêmes produits sont obtenus à moins de fiais, et, il faut le dire, à moins de risques de maladie et de mort dans nos colonies plus proches de l'Afrique occidentale française. Le Congo français esl riche en palmiers à huile, en hois d'ébénisterie, en lianes à caoutchouc. On y pourra faire réussir des plantations de riz, de manioc, de cacao, de vanille, de café; et déjà des entreprises de culture intéressantes ont parfois réussi, en dépit de l'étal précaire des voies de communication, cl de la condition difficile dans laquelle le caractère international du commerce de ces parages met les négociants français, à peu près aussi étrangers «pie des étrangers au point de vue de l'intérêt du négoce, dans une colonie de pavillon français.
La rareté et la condition encore fort sauvage de la pluparl des populations rendent d'ailleurs la mise en valeur difficile. Si les nègres Banhm sent d'humeur facile, ils sont beaucoup moins intelligents que les Pahouins de l'Ogooué ou que les Bafourou du Congo. Gomment ces pays, qui pur le climat ressemblent à la Malaisie, pourraient-ils rivaliser avec Java et Sumatra où il y a une main-d'œuvre intelligente et déjà assez fine, nombreuse en tous cas? Aussi, en ces dernières années, le Congo français n'a-t-il guère l'ait qu'une vingtaine de millions de commerce, partagés à peu près par moitié entre les importations et les exportations; la France n'y vend guère que peur
i millions de ses produits, dont une grande partie alimente ses postes militaires et administratifs; et elle achète à ce vaste pays pour la somme insignifiante de ï à 3 millions par an. D'ailleurs le commerce de nos colonies n*a point de meilleurs débouchés que le chemin de fer belge, long- de 400 kilomètres, entre Matadi et Léopoldville. Cette voit; ferrée, très habilement construite et placée à l'issue de tout le réseau navigable, jouit d'un véritable monople qui permet à ses propriétaires de grever très lourdement le transport îles marchandises. Tant qu'il n'y aura pas une voie ferrée française débouchant à Libreville, à Loango ou à l'embouchure du Kouillou, commerce et culture de France seront tributaires du chemin de fer belge, en dépit de la présence du drapeau français et d'un corps d'administrateurs dont les réels talents ne serventpas aux seuls intérêts français, dont les explorations admirables sont plus honorifiques que profitables à leur patrie. Avant tout, il faudrait que le Congo français fùl véritablement français et non pas international, comme il l'est en grande partie aujourd'hui. du l'ait de notre adhésion à l'acte de la conférence de Berlin en 1885.
Régions du haut Oubanghi, du Chari et du Tchad. - C'est pour compenser les désavantages de cette dépossession pacifique dont nous sommes victimes dans notre ancienne colonie du Congo que notre gouvernement et nos explorateurs ont songé à nous assurer, cette fois, un domaine bien à nous et où nous serions les maîtres et les bénéficiaires, dans les régions du haut Oubanghi, du Chari et du Tchad. Il y a là un ensemble de pays d'une humidité moins énervante et moins constante que celle du Congo central. Le Ouadaï, qui est désormais dans notre zone d'influence, est, comme notre Soudan occidental, un pays de savanes transformable en pays de culture. Dans les pays du Chari et du Tchad que la mission Foureau-Lamy, venant du Sahara, et la mission Gentil, venant du Congo, nous ont assurés, il y a des terres fertiles et des populations accessibles à la civilisation. Toute la région du haut Oubanghi possède les mêmes caractères. Cet ensemble de territoires est devenu français, depuis que le conquérant mahométan Rabah a été battu et tué le 22 avril 1000, à la bataille de Kousseri, par le commandant Lamy, tué au
cours même de sa victoire. Par malheur, les communications entre ce domaine et nos possessions du Niger exigent un long el pénible voyage par le cercle de Zinder. Assurément l'usage du bas Niger, par lequel le commandant Leniant ;i amené des convois de ravitaillement, nous rsi une ressource précieuse. M;iis la voie commerciale d'exportation des produits de toutes les régions du haut Oubanghi, du Ghari el du Tchad, esl entre les mains des Anglais, puisque cette voie n'est autre que celle de la Bénoué et <ln Niger. La liberté que nous avons "l'utiliser le cours «lu Niger ne compense pas pour niais l'inconvénient d'être séparés de la mer par une zone « l<- territoires étrangers, tous riches el dont le trafic risque d'exercer une attraction naturelle sur les produits d'exportation de la zone française.