LE SAHARA FRANÇAIS
Notre diplomatie, soucieuse de réserver à la France, si jamais elles mil quelque utilité, les voies qui unissent l'Afrique mineure au Soudan, s'esl appliquée," depuis une vingtaine d'années, à nous assurer la possession du Sahara central et occidental sous le titre de zone d'influence. En 1890, une convention franco-anglaise nous donnait le Sahara occidental en échange de nos droits sur le précieux Niger, que nous abandonnions dans sa partie inférieure. Le 21 mars 1899, une autre convention franco-anglaise reconnaissait le Sahara central comme dépendant de la
France.
Nous savons aujourd'hui que les territoires sahariens offrent beaucoup plus de variété qu'on ne le croyait au
temps des premières explorations. Depuis la belle exploration de Foureau et Lamy, nous connaissons avec une précision suffisante ce qu'il est essentiel de connaître au désert, la qualité des oasis où l'on peut se ravitailler en orge, en
dalles el en eau, et les meilleurs chemins à suivre, pour le commerce des caravanes, entre les contins soudanais el
les contins algériens. Tout récemment encore, les efforts combinés de nos postes du Sud algérien el de ceux de la
région de Timbouctou on! prouvé que des communications pouvaient être établies par «les cavaliers ou par des méharistes bien montés, à travers 1rs plateaux pierreux on hamado el les erg ou étendues sablonneuses. La récente
convention <jui a mis [e Maine sous l'influence prédomi-
F S inv.
\'\-i. 41. — Pfojcts de pénétration du Soudan.
nante de la France, rend plus intéressants ces projets de communication entré l'Afrique mineure et le Soudan, car nulle pari il n'y a moins de distance, ni plus de facilites de ravitaillement qu'entre le sud du Maroc, suc les contins des belles oasis de l'oued Draa, e1 les pays maure- du nord de notre colonie du Sénégal. Il esl bon d'ajouter que ce trajet par terre, si eourl et avantageux qu'il soit, ne
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vaudra jamais le trajet par nier entre les ports du sud du Maroc et Saint-Louis du Sénégal.
Deux zones d'oasis ont une valeur particulièrement précieuse. C'est d'abord le groupe de Y oued R'hir, dans le sud constantinois, sur le chemin des caravanes gagnant Timassiuin. Amguid et la région du Tchad. Là dos ingénieurs Français onl l'ail jaillir les eaux du sous-sol et donné naissance à toute une série de nouvelles oasis. Cette prospérité, acquise au prix d'un labeur des plus tenaces et des plus intelligents, hâtera sans doute la construction du chemin de fer de Biskra à Ouargla : elle ne justifie pas l'espoir de rendre fructueuse l'exploitation d'un chemin de fer transsaharien qui se dirigerait vers Kouka et Kano.
L'autre groupe d'oasis est celui < I u Touat et du Tidikelt sur les contins de la province d'Oran et du Maroc. Ces oasis ont été définitivement soumises à notre autorité : la construction du chemin de fer jusqu'à Figuig est le meilleur moyen de les tenir dans notre dépendance. Mais, nous le répétons, la prolongation d'une voie ferrée entre le sud oranais ou le sud marocain et le Sénégal, serait une entreprise infructueuse, parce qu'à l'ouest de l'Afrique, le vrai chemin des pays riverains est la mer.
A l'est de nos possessions du nord de l'Afrique, les conventions passées avec la Grande-Bretagne ont mis dans notre zone d'influence les deux grands marchés de Rhat et de Rhadamès et laissé à notre Tunisie le chemin libre pour îles entreprises vers le Soudan central. Mais les Turcs n'ont pas plus renoncé à llhat et à Rhadamès qu'à Tripoli même qui est la tête de ligne du chemin de caravanes ^\\\ centre; et si l'Italie met un jour à exécution îles projets d'expansion bien connus sur la Tripolitaine et la Cyrénaïque, qui lui semblent être son lot naturel en Afrique, nul doute que nos voisins transalpins, devenus aussi nus voisins en Afrique, recueillent le bénéfice, modeste d'ailleurs, de la circulation des caravanes entre le Soudan central et la Méditerranée.
On ne saurait trop redire que /es vrais débouchésdu Soudan, et de toute V Afrique tropicale de V ouest en général, sont les ports du Sénégal, de la (ruinée, de la Cote d'Ivoire, du Dahomey et du luis Niger. En effet, les parties respectivement les plus riches du Maghreb et de l'Afrique occidentale sonl précisément celles qui, de part et d'autre, sont
le plus voisines de la mer, d'un côté le Tell que desservent les ports de la Méditerranée, «m les ports atlantiques du Maroc, de l'autre, la région côtière, riche en palmiers à huile et en cultures, du pourtour du golfe de Guinée. Par conséquent, des deux côtés, le débouché est le débouché maritime; des chemins de fer transsahariens, sauf le cas de la découverte de merveilleuses richesses minières dans le Sahara, découverte qui n'est pas faite et qu'on n'a pas le droit d'escompter, seraient des entreprises peu rémunératrices, sinon ruineuses. (>n ne peut même pas invoquer eu leur faveur l'intérêt militaire : carie Soudan n'a pas besoin îles contingents d'Algérie, si belliqueux ipfils soient, et renferme assez d'hommes vigoureux et doués de courage pour bien servir la puissance européenne qui saura le mieux les encadrer et les concilier à sa politique.
Zone d'influence française du Maroc. - Une récente convention passée entre les gouvernements français et anglais, avec l'assentiment de l'Espagne, en laveur de laquelle certains avantagées «ail été stipulés, semble devoir faire du Maroc un pays d? influence française. La France n'y sera ni officiellement maîtresse, ni même officieusement protectrice, mais elle aura la charge d'organiser l'ordre et la mise en valeur dans le pays marocain, ce qui, moralement, lui donnera à coup sûr une sorte de prépondérance. Il est vrai que la convention ouvre à tous les peuples sans distinction, pour l'exploitation ag'ricole, industrielle et commerciale, le Maroc, pendant une période de trente ans. En plus de ces clauses connues, il y a des clauses secrètes entre la France et l'Espagne.
Nous savons déjà 1 que le Maroc est un pays riche, en raison de la hauteur de ses montagnes qui lui assure des cours d'eau plus constants et plus abondants que ceux des régions voisines de l'Afrique mineure. C'est une grande sécurité pour la France, à condition que des colons européens d'autres nationalités que la notre ne s'y portent pas en masse et n'y prennent pas racine solidement. Nous aurons donc la haute main sur l'administration de l'empereur du Maroc, et sur sa diplomatie, qui d'ailleurs jusqu'ici ne s'était pas montrée particulièrement active. Maisl'avan-
(I) Cf. Afrique, Asie, Insulinde, classe de ciu<iuième. 1er cycle, pages Set suivantes.
toge économique résultant de la possession du sol, de La propriété des voies de communication perfectionnées, d'un régime privilégié dans les ports, la convention, que les Chambres française, anglaise et espagnole ont ratifiée, ne nous le donne pas. L'étal de choses nouveau, au Maroc, ressemble à une sorte de mainmise générale de la. civilisation européenne sur le Maroc, sous la présidence diplomatique et administrative, sous la protection discrètement dissimulée <lo la France. C'est pourquoi il y a grand intérêt à ce que l'initiative dos Français <l<> France et d'Algérie tire de ce traité, à force de vigueur, tous les avantages possibles.