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III. — Les petits Archipels du Pacifique Cenlrul

Au large, en plein océan, à «l«'s milliers de kilomètres des grandes terres qui contribuent le plus à l'activité commerciale du Pacifique, nous possédons quelques archipels :

1° Le petit groupe de Wallis, voisin «les Samoa, acquis en 1897 : le commerce y est aux mains «les Allemands et «les Anglais :

2° Le groupe des îles de la Société, dont la principale est Ta'iti (1179 kilom. carrés) ; nous en avions le protectorat depuis 18i2; elles furent annexées en 1880. Taïti est une belle île montagneuse, bien arrosée, au climat deux et salubre. Le cône du Diadème 2450 m. l y domine an dédale de montagnes richement boisées. Ta'iti est peuplée «le 12 000 habitants dont Oooo Polynésiens, race belle «'t intelligente qui malheureusement s'éteint très rapidement. La capitale

Papeete (3500 hab. est une des plus belles rades du Pacifique. L'île Mooréa, voisine de Taïti, n'a que 1600 habitants. Du même groupe dépendent les îles Sous-le-Vent, dont la principale est Raïatéa ;

:>° Les Toubouaï (150 kilom. carrés ausud-ouest deTaïtr, où se creuse l'excellente rade de Wijhi :

1" Les Touamotou 8000 kilom. carrés)au nord-est de Taïti, peuplées de 0000 habitants, [mis auprès d'elles les îles Gambier ;

5° Les Marquises 1270 kilom. carrés an nord des Touamotou sont un archipel de onze îles dont la principale, JVouka-Hiva, est volcanique et assez haute. Dans l'est, à 3 500 kilomètres de l'isthme de Panama, le pavillon français a été hissé sur le petit îlot de Clipperton.

Aucun de ces archipels n'a une grande importance économique : et ce qu'ils ont de richesses est, sur place ou au loin, au bénéfice de beaucoup d'autres que les Français. Ainsi Taïti envoie sesoranges sur le marché de San-Francisco; le coprah ou fibre du cocotier, qu'on recueille en assez grande abondance dans les archipels français, va sur d'autres marchés que les nôtres. A Taïti comme aux îles Wallis, ce sont des navires anglais et allemands ou américains qui font presque toul le commerce.

11 y avait néanmoins quelque intérêt politique cl stratégique à développer la colonisation de ces îles et à y mettre des dépôts île charbon, tant qu'il semblait que le futur canal du Panama dût être, comme Suez, une voie internationale. Mais depuis sa confiscation, contre laquelle personne n'a protesté, par les États-Unis d'Amérique, nos postes du Pacifique, comme ceux des autres puissances navales, ont singulièrement perdu de leur valeur.

Conclusion. — il ne faut pas considérer l'empire colonial que la France a acquis, comme une partie indépendante de la communauté française et qui n'y apporte pas d'autres profits que ceux du développement maritime et commercial. La France a payé très cher cette renaissance coloniale au xixc siècle, due aux hommes politiques de la République et spécialement à Jules Ferry, comme elle avait payé très cher au xvur siècle la ruine même de son précédent empire colonial. Si Ton veut que cette reconstitution d une œuvre traditionnelle de notre pays, et qui n'a pas que

la tradition pour elle, mais l'instincl de la race el les nécessités politiques de l'heure présente, lui soit bénéfice et non fardeau, il faut resserrer l<i solidarité entre /es colonies et la métropole. Cette solidarité n'est pas seulement un échange de bons sentiments comme ceux que se doivenl tous les humains : c'est aussi un rapprochement d'intérêts et un assemblage de forces. La France doit à ses colonies de les favoriser de ses achats privilégiés, avec plus d'égards qu'envers toute autre puissance étrangère ; en revanche il faut que les colonies soient ouvertes aux Français, soit pour le peuplement, soit pour les bénéfices du commerce et pour les opérations maritimes, d'une manière plus complète que pour tous les autres peuples. C'est ce qui n'est pas encore accompli. A côté de colonies qui fraternisent étroitement avec notre communauté française, comme l'Algérie parmi les nouvelles, la Réunion et les Antilles parmi les anciennes, il est encore des établissements coloniaux où nous sommes à peine plus favorisés que les étrangers ou même traités sur le même pied qu'eux, moins favorablement même, puisque les dépenses de souveraineté et de police sont à notre charge. La Tunisie soulage les misères de la Sicile et de l'Italie méridionale en accueillant des émigrants italiens dans des conditions excellentes ; c'est fortbeau, mais ce n'est point dans ce dessein que Jules Ferry a recherché le protectorat de la Tunisie. Le Dahomey, la Côte d'Ivoire et la Guinée contribuent largement à développer- la marine allemande : c'est encore un beau résultat à l'égard de l'humanité tout entière, mais ce n'est pas la suite logique du dessein de nos explorateurs et de nos soldats. Le Congo français est un champ ouvert à toutes les activités internationales : nous avons accompli là un grand acte de générosité, mais ce n'est point à cet acte de générosité que les Chambres françaises étaient conviées quand on leur demandait les crédits relatifs à l'occupation cl à l'administration du Congo. Nous allons être la puissance pins particulièrement amie du sultan du Maroc : mais notre privilège d'y organiser la police, d'y réorganiser l'armée, d'y surveiller l'administration financière, aboutira, pendant trente ans, puisque le libre commerce de tous les peuples y est consacré par les traités, à servir beaucoup

d'autres peuples que le nôtre.

Il ne faut point s'indigner de ces imperfections que cor-

rigera le temps, si nous savons profiter du temps, et si nous avons un égal sentiment du respect courtois que nous devons aux peuples étrangers, et du dévouement absolu que nous devons à l'intérêt national. Nous portons encore le fardeau de traités qu'il a fallu signer pour asseoir d'abord notre domination politique, quittes à rechercher le reste ensuite. Il est essentiel que les Français dévoués à la colonisation de leur pays considèrent ces servitudes comme essentiellement passagères et mettent tout en œuvre pour nous en affranchir graduellement et sans violation des promesses faites aux autres peuples.

Il y a beaucoup encore à faire pour assurer la. protection de cet empire colonial par nos soldats et nos marins. C'est pourquoi le Parlement a voté des sommes importantes destinées à installer des points d'appui de la flotte ou des dépôts de charbon. Bizerte, au nord de la Tunisie, près du passage du bassin occidental de la Méditerranée au bassin oriental, Djibouti en face du golfe d'Aden, Diecjo-Suarez au nord de Madagascar, Saigon et la baie d'Along en Indo- Chine, Dakar, à l'extrême avancée de l'Afrique occidentale française, enfin Fort-de-France et les Saintes dans les Antilles, marquent les principaux emplacements où se concentreront nos moyens de défense destinés à la protection du bien si précieux que sont les colonies.

D'autre part, le Parlement a également consenti avec générosité de lourds sacrifices pour relier régulièrement nos colonies à la métropole par des services de paquebots rapides; et l'on commence à se préoccuper de remplacer les services des compagnies anglaises de câbles sousmarins, par les services plus sûrs des câbles français. Il ne faut pas oublier que la rapidité des informations et leur sécurité sont des gages de première valeur au début d'une guerre maritime et coloniale.

Mais tous les sacrifices consentis par la nation, c'est-àdire votés par le Parlement, seraient inutiles si chacun de nous, dans la mesure de ses forces, ne se dévouait à l'expansion française. Beaucoup de nos compatriotes mettent avec raison une part de leur patriotisme dans une préférence accordée aux industriels et aux commerçants de France, toutes les fois qu'ils ont une dépense à faire : c'est ce qu'on appelle la solidarité nationale. Depuis que nous avons appelé dans notre communauté nationale d'autres

peuples et d'autres races, à titre de colonies, de protectorats, ou plus vaguement encore, nous avons contracté envers eux le devoir de les assister de notre argent aussi bien que de notre sympathie : et c'est pourquoi il n'est nullement ridicule, mais pratiquement et simplement patriotique de préférer le riz, le café, le thé, etc., etc., des colonies françaises aux produits analogues des nations étrangères ou de leurs colonies. Faire prospérer matériellement nos colons, français ou indigènes, c'est avancer la civilisation dans notre empire colonial, c'est y préparer le progrès par l'aisance, par la richesse, que nous devons assurément sous forme d'assistance, à tous les humains, mais tout d'abord aux humains qui sont Français de France ou sujets français des colonies. Et c'est un devoir que l'on peut remplir, moyennant une très petite attention dans les démarches de notre vie quotidienne. N'est-ce pas un très bel et consolant exemple que l'initiative prise par les riches industriels cotonniers de France de faire produire le coton à nos colonies pour faire du même coup la fortune de nos indigènes d'outre-mer et de nos ouvriers de France. Il ne suffit pas d'avoir conquis, pas même d'avoir pacifié ; et s'il est beau de mettre en valeur nos colonies, encore faut-il que cette mise en valeur se fasse à la fois au bénéfice des habitants de nos colonies et de la France qui les protège. De la sorte il y aura une plus grande France comme il y a déjà une plus grande Bretagne, « greater Britain », suivant l'heureux mot d'un politique d'outre-Manche très épris de colonisation.

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