CLASSIFICATION DES MONTAGNES
leur importance, on est encore arrêté par une objection. Les plus hautes ne sont pas celles qui exercent la plus grande influence sur l'ensemble des conditions géographiques de notre pays. Ainsi les Alpes donnent naissance au Rhône et le Rhône est un fleuve beaucoup moins important pour la France que ne l'est la modeste Seine. Les Pyrénées nourrissent la Garonne et pourtant la Loire joue un autre rôle dans rhydrogra]ihie française, bien qu'elle doive ses eaux au Massif central et aux humbles montagnes de Bretagne et de Normandie. 11 est vrai, d'autre part, que les Alpes et les Pyrénées ont une haute valeur protectrice sur deux de nos frontières ^
Doit-on considérer le nombre et la richesse des humains qui habitent nos principales zones montagneuses ? Alors, Massif central, Jura et Vosges, qui sont pourtant, à ne considérer que l'altitude, de médiocres montagnes, auraient plus d'importance que les Alpes et les Pyrénées.
Nous considérerons donc successivement les principales zones de relief français telles qu'elles s'enchaînent naturellement. Un premier groupe peut être formé des reliefs de la France orientale, Alpes, Jura, Vosges et Ardennes. Cet ensemble de montagnes est la continuation et la terminaison sur le sol français de reliefs caractéristiques de l'est de l'Europe.
Nous examinerons ensuite la région pyrénéenne, qui a bien son originalité comme mur de soutènement du relief espagnol bordant le sol français.
Enfin, nous mettrons à part le Massif central et les systèmes secondaires de montagnes qui sont entièrement compris sur le sol français.
1. Est-ce dans la nature du sol que Ton doit rechercher des analogies qui nous aident à classer nos montagnes? IVon, assurément; d'abord parce que la plupart de nos systèmes montagneux sont de composition complexe, et ensuite parce que l'analogie des roches n'implique ni un même aspect, ni un même cycle de phénomènes physiques sous des climats différents. Ainsi les granits de l'Armorique et une partie de ceux du Limousin sont revêtus d'une couche végétale sur laquelle se développent de beaux pâturages et de belles forêts de montagne, tandis que les granits de la zone alpestre et de la Corse sont dénudés et infertiles. Les uns, ceux de la Bretagne et du sud des Vosges, donnent naissance à un ruissellement admirable de belles sources: ceux de la Provence et de la Corse ne connaissent que des torrents temporaires.
Les Alpes-
Caractères généraux des Alpes françaises ; leur ordonnance, leur classification. — Le système des Alpes, si Ion unit par une ligne imaginaire les principaux groupes de chaînes et de massifs qui les composent, peut être défini un arc de cercle d'environ 1000 kilomètres de développement, non pas d'ouest en est, mais entre sa séparation d'avec l'Apennin et sa terminaison en Autriche. De cet arc de cercle, le territoire français contient la partie occidentale, et notamment la zone coudée dont l'orientation s'harmonise avec celle du Jura. L'ensemble des masses montagneuses alpestres du territoire français couvre une surface d'environ 50 000 kilomètres carrés, c'est-à-dire moins d'un dixième de notre pays. Si Ton fait passer une ligne par les principales zones de hauts massifs et de grandes chaînes qui composent cette étendue, elle mesure environ 350 kilomètres : c'est ce que l'on appelle improprement la longueur des Alpes françaises, car il n'y a là à vrai dire ni une série de crêtes, ni une parfaite identité d'orientation. Ce que Ton appelle la largeur, n'implique pas davantage l'uniformité de l'abaissement des pentes d'est en ouest; quand on dit que les Alpes françaises ont une largeur qui varie de 150 à 200 kilomètres, on mesure simplement par là la largeur des pays couverts de montagnes alpestres, entre la frontière italienne et la plaine du Rhône.
L'ancienne division des Alpes en quatre parties, Alpes Maritimes, Cottiennes, Graies et Pennines, que l'habitude de considérer les Alpes comme une chaîne semblait avoir consacrée, ne repose sur l'observation d'aucun caractère naturel. Elle ne fut jamais adoptée par les montagnards des Alpes, et tout naturellement, depuis que les progrès de l'étude des montagnes en ont montré l'inanité, elle tombe en désuétude. Le terme d'Alpes Maritimes n'était vrai que de l'extrémité provençale et ligurienne des hauteurs du sud. Les recherches historiques les plus patientes n'ont pu déterminer rigoureusement quel était ce Colta ou ce Cottius dont le nom avait été appliqué à une fraction des Alpes. Le terme d'Alpes Graies ne prêtait pas moins aux contradictions : les uns l'expliquaient en évoquant le souvenir des Grecs, dont la présence dans ces parages
lointains n'avait jamais été démontrée; les autres inclinaient à croire que le mot Gra/esvenait du celtique « Craig» qui signifierait sommet, ce qui n'est pas très instructif pour une montagne, ni très particulier pour une région montagneuse. Ouant aux Alpes Pennines, devaient-elles ce nom à Jupiter Penninus ou aux Carthaginois (Pœni), en souvenir du passage d'Annibal? Là encore, il y avait discussion insoluble. Il faut ajouter que la séparation de ces diverses sections était indiquée d'une manière contradictoire, tantôt par un col, tantôt par une masse de jonction, c'est-à-dire parle contraire d'une séparation. Il y faut donc renoncer.
LsL composition géologique des Alpes françaises ou francoitaliennes est aussi un obstacle à leur division en zones bien nettement séparées. Cette division a pu être faite dans les Alpes orientales, parce que ces Alpes sont bordées sur les deux flancs de zones calcaires. Les Alpes françaises ne possèdent ce revêtement calcaire, d'ailleurs très disséminé et très peu homogène, que sur leur versant occidental, tandis que sur la pente italienne se dressent sans aucune transition des masses cristallines.
A quoi tient cette disposition particulière des Alpes occidentales et notamment de la section qui couvre notre territoire ? Les géologues proposent l'explication suivante : les Alpes auraient été formées, à Tépoque tertiaire, par un gigantesque mouvement de refoulement qui, pressant les roches dont sontaujourd'hui composées les Alpes contre les massifs primaires des Maures et du Massif central, aurait déterminé dans cette masse, ainsi écrasée contre desbutoirs, des plissements et des cassures en très grand nombre.
Interprétant cette hypothèse, un savant géologue, M. Lory, a proposé de diviser nos Alpes en deux séries principales, les chaînes alpines et les chaînes subalpines : il a voulu marquer par là des contrastes de nature et d'al titude. Les chaînes alpines, les plus hautes du système, seraient remarquables aussi par l'extrême variété de découpures des sommets qui est une des beautés de nos grandes Alpes. Le massif du mont Blanc, celui du Pelvoux dans le Dauphiné, du Mercantour dans les Alpes Maritimes, seraient les parties principales de la région alpine. Les chaînes subalpines, composées de calcaires jurassiques de lélage supérieur et de roches crétacées, offrent des formes
beaucoup plus monotones, plus régulières, et ont une moindre altitude. Les monts delà Grande Chartreuse, des Bauges et du Vercors répondent en eiïet très nettement à cette définition des géologues.
Cette classification, très intéressante en géologie, n'est pas rigoureusement applicable en géographie, parce que, nos Alpes françaises étant soumises à des climats très divers, recevant beaucoup d'humidité dans la région du Nord et du Centre, et très peu dans la région du Sud, il arrive que les montagnes de même nature géologique n'ont point le même aspect dans les fractions extrêmes, qu'ici «lies sont boisées et riches en pâturages, là dénudées et misérables. En revanche, des montagnes de la zone alpine ■et de la zone subalpine peuvent, dans des conditions climatériques semblables, otïrir des aspects analogues, soit de richesse, soit de pauvreté. Il faut donc rechercher une classification rationnelle dans l'ensemble des caractères géographiques et non pas seulement dans quelques-uns : or, le climat est un caractère géographique important dont il faut tenir compte.
C'est pourquoi il paraît sage de s'en tenir à une division qui répartit nos montagnes en des groupes assez homogènes, Alpes de Savoie, Alpes du Dauphiné, Alpes de Provence. Des Alpes de Savoie ruisselantes d'humidité aux Alpes de Provence, il y a une progression générale d'assèchement et une diminution graduelle d'altitude. Mais chacune de ces sections de nos Alpes françaises comprend en outre un grand nombre d'aspects divers que les observations des géologues nous aideront à comprendre.
Les Alpes de Provence. — Les Alpes de Provence sont la partie la plus basse et la plus sèche, la moins riche en végétation de toutes nos Alpes. On comprend sous ce nom des chaînes et des massifs dont l'altitude, l'orientation et la nature géologique sont fort ditférentes, et qui s'étendent entre la frontière italienne, la Méditerranée, la vallée du Rhône et, au nord, la vallée de l'Ubaye. Est-il besoin de dire que cette limite septentrionale n'a rien de rigoureux, qu'entre les grandes Alpes de Provence et les groupes Dauphinois, l'étroite vallée de l'Ubaye ne forme qu'une séparation précaire ? La preuve en est d'ailleurs dans la diversité des appellations qui se partagent cet ensemble
peu homogène du relief provençal; en effet, on a coutume de séparer tous ces monts en trois groupes, les Alpes Maritimes, les grandes Alpes de Provence ou Alpes de haute Provence, et les petites Alpes de Provence. S'il est vrai dans l'ensemble que toutes ces Alpes possèdent peu de sommets neigeux et ne renferment que des glaciers insignifiants, si c'est bien un caractère commun que la rapidité des pentes et la dénudation, que l'aspect de désert que présentent souvent leurs roches fissurées et crevassées, il y a cependant des différences notables qu'expliquent l'orientation de chaque groupe, sa nature chimique et son altitude.
Les Alpes Maritimes forment le talus oriental de la Provence alpestre. Tandis qu'elles s'abaissent brusquement vers l'Italie, elles développent sur le versant français des contreforts importants, et tiennent étroitement par des masses compactes, qu'entament seulement d'étroites vallées de torrents, aux grandes Alpes de Provence. On les limite d'ordinaire par le col de Tende, qui marque la fin des Alpes de Ligurie, et par le col d'Agnello, qui entaille le massif du mont Viso sur le versant italien. Entre ces limites, les crêtes, d'ailleurs assez continues, se développent sur une longueur de 130 kilomètres environ. Non seulement la crête principale, mais un grand nombre de chaînons ont une orientation assez caractéristique du nord au sud, comme le prouvent les caps déterminés par le contact de ces chaînons avec la mer, par exemple le cap !\Iartin et le cap Ferrât. Du sud au nord l'altitude va croissant assez régulièrement : les crêtes sont d'une continuité remarquable, si bien que, en dépit de l'altitude médiocre des points culminants, les cols sont très haut placés.
La plupart des montagnes groupées sous le nom d'Alpes Maritimes sont composées de calcaires jurassiques ; au milieu d'eux le massif de granits du Mercantour fait exception. Si l'ensemble des montagnes provençales est sec et dénudé, le Mercantour, grâce à quelques étendues de formes plus douces où s'est accumulée une couche rarement épaisse de terre végétale, conserve mieux le bienfait des rares pluies de ce pays, et fait contraste par ses forêts et ses prairies avec l'aridité des autres montagnes. Son point culminant, la cime de Mercantour (3 170 mètres) est d'ailleurs en Italie. Aucune cime des Alpes Maritimes ne
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dépasse 3 400 mètres, altitude de l'aiguille de Chambeyron ; le pic de Riobuvent (3 381 mètres) est presque son égal. Ce sont donc des cols fort élevés que ceux de Saint-Véran (2985 mètres) et (Wignello (2 744 mètres). Les passages les plus faciles et les plus usités, qui ont une valeur historique, sont le col de Largentière ou de Larche (1 595 mètres), ouvert entre les vallées de la Stura et de l'Ubaye, puis le col de Tende {\dn^ mètres), auquel on accède aisément en remontant la vallée delà Roya.
Un second groupe d'Alpes provençales comprend une série de montagnes dont l'altitude, comme celle des Alpes Maritimes, va croissant du sud au nord et auxquelles on donne le nom de grandes Alpes provençales. La plupart de ces montagnes sont profondément érodées, présentent des parois abruptes, des contours déchiquetés ; elles ne doivent pas seulement ce caractère à leur composition (roches de calcaire jurassique et roches crétacées), mais à rintensité des mouvements qui les ont plissées et à la force des érosions dans un pays où les pluies sont rares, il est vrai, mais se présentent sous forme de violents orages dont la force de destruction est beaucoup plus considérable que celle des pluies annuellement abondantes qui sont réparties en un grand nombre de chutes. La plupart des montagnes alpestres de la haute Provence sont des masses d'une orientation très confuse, si ce n'est au sud où l'on voit des chaînes nettement dirigées d'est en ouest. Les géologues ont proposé d'expliquer cette orientation par la résistance que le massif de l'Eslerel aurait opposée aux plissements de ces monts calcaires.
D'ailleurs, les grandes Alpes de Provence se soudent aux Alpes Maritimes proprement dites par le nœud de VEnchastraye (2 956 m.). Le point culminant du groupe est le sommet du Pelât (3 052 m.), absolument dénudé comme l'indique son nom, et dont la silhouette régulière s'élève au sud de Barcelonnette à la source du Var. Cette altitude de 3000 mètres est d'ailleurs très rare. Le pic des Trois-Ëvêchés, vers les sources du Verdon, ne mesure plus que 2 900 mètres, et le Moure de Chagnier, entre les vallées du Verdon et de la Durance, n'atteint pas 2 000 mètres (1930 m.) Les Alpes du Cheval blanc, entre Verdon et Bléone, sont la partie la plus découpée de tout ce groupe : il y a des séries de canons très caractérisés, que la misère
végétale de ces pays lail mieux ressortir encore dans leur hardiesse.
Beaucoup moins homogènes et moins unies dans leurs masses sont les montagnes que Ton appelle les Peti les Alpes de Provence. On distingue deux séries de montagnes calcaires que sépare la Durance. puis, sur le bord de la mer, les deux petits massifs des Maures et de VEsterel qui sont de tout autre composition. Les monts de TEsterel, très peu élevés (616 m. au mont Vinaigre;, sont formés de porphyres rougeâtres. Les monts des Maures se composent surtout de granits et de schistes cristallins (779 mètres à Xotre-Dame-des-Anges). Par leur nature, la presqu'île de Giens et les îles d'Hyères se rattachent à la masse des monts des Maures. Dans la théorie géologique actuellement en faveur et qui explique le plissement des Alpes et leur groupement par la résistance qu'auraient opposée des buttoirs de terrain résistant, les monts des Maures et de TEsterel jouent précisément ce rôle.
Le groupe de monlagnes calcaires du sud de la Durance, Sainte-Beaume (1 154 m.), chaînede VEloile 893 m.), chainon de Sainle-Vicloire (1011 m.) et Alpilles ou Alpines (490 m.), est détaché par quelques géologues de l'ensemble des Alpes pour former une sorte d'îlot de jonction entre les Alpes et les Pyrénées. En géographie proprement dite, leur voisinage immédiat les rattache sans aucune espèce <ie doute à la masse des Alpes.
Au nord de la Durance. les Petites Alpes provençales ■comprennent quelques groupes plus importants. C'est le Ventoux ^1 91-2 m.), nettement isolé au nord-est d'Avignon €t que ravagent les vents violents et rongeurs de la vallée du Rhône; le Lubéron ou Léberon, plus nettement provençal que le Ventoux, souvent revendiqué par les orographes dauphinois ; enfin les monts de Lure (1 827 m.), qui sont, comme le Ventoux , sur la lisière de la Provence et <lu Dauphiné.
En eflet, on ne doit pas se flatter de trouver une limite rigoureuse entre les Alpes provençales et les Alpes dauphinoises. Ce n'est pas seulement l'architecture des montagnes elles-mêmes qui a déterminé cette division conforme dans son ensemble aux habitudes de langage du pays ; c'est encore et surtout la différence des altitudes et des aspects de végétation. Dans l'ensemble, il y a «n accroissement de laltitude du sud au nord, dans chacun des
trois groupes, sans qu'il y ait une limite bien marquée, un contraste nettement établi entre les hauteurs de Provence et celles du Dauphiné. Mais il est vrai qu'en général les Alpes provençales présentent des aspects de dénudation et de pauvreté végétale que l'on rencontre moins dans les parties plus septentrionales de nos Alpes. Non seulement la végétation est plus pauvre, mais elle est souvent d'un autre caractère : les monts des Maures et de l'Esterel portent des palmiers et des chênes-lièges comme les massifs côtiers qui se dressent de l'autre côté de la Méditerranée en Algérie; on sait assez l'aspect des Alpilles, collines revêtues d'une couche d'herbes aromatiques dont l'odeur se fait sentir au loin. Et partout ce sont des torrents souvent asséchés au cœur même du printemps, au lit large, pierreux, où souvent entre des ilôts de rocailles émergent des buissons de lauriers-roses. Mais encore une fois, entre le nord des Alpes provençales et le sud des Alpes du Dauphiné, bien subtil qui trouverait une frontière facile à reconnaître.
Les massifs de Corse. — Si la continuité ou Timparfaite séparation de deux groupes de montagnes autorise à les classer dans une même catégorie, les montagnes de Corse se rattachent évidemment aux systèmes italiens par la transition des îles d'Elbe, de Giglio, de Monte-Christo, de Formica et de Pianosa. C'est pourquoi certains géographes ont imaginé un système sardo-corse original, qu'ils décrivent à part.
Si c'est la ressemblance des roches qui nous guide dans la classiilcalion des montagnes, la Corse doit être rapprochée des massifs des Maures et de TEsterel, qui sont rattachés eux-mêmes, en raison de leur proximité, à l'ensemble des Alpes ; en effet, la Corse renferme de grandes étendues de granits et de porphyres. Si c'est la chronologie de la formation des montagnes dans le passé géologi([ue le plus lointain qui doit nous décider, la Corse, iormée par des mouvements orogéniques contemporains, autant qu'on peut le supposer, de ceux qui ont formé les Pyrénées, serait rattachée à la catégorie pyrénéenne. Il vaut mieux, semble-t-il, s'en tenir à la ressemblance générale des montagnes de la Corse avec celles de notre Provence, et, puisque la Corse est française, la décrire avec les pays français dont elle est le plus proche et auxquels elle ressemble le plus. La masse des Alpes de Corse a sa plus grande longueur du nord au sud : c'est aussi dans ce sens que se développe une sorte de ligne de crêtes interrompue
par des passages rares el d'accès difficile, comme le col de la Scaglia. Une seule brèche bien caractérisée coupe cette masse montagneuse très cohérente : c'est le col ou Bncca (le Vizzavona (1162 m.), où passent la grand'route et le chemin de fer d'Ajaccio à Corte. En quelques points sont des renflements ou massifs cristallins, par exemple le monl Cinto ("2 710 m.), point culminant de l'île, le mont Rolundo (2 625 m.), puis, dans une région de l'aréle montagneuse beaucoup plus proche de la mer Tyrrhénienne au sud, le monl Renoso (2 360 m.) et Vlncudine (2 136 m.)
Les Alpes de Corse, comme nos montagnes provençales, sont sujettes à des pluies aussi violentes que rares, qui ont profondément dénudé et érodé les roches. La mer a ajouté sa force érosive à celle des pluies, et a découpé les roches les plus résistantes en formes très abruptes. Tel est laspect des « Calanche de Porto », dans la région ravinée comprise entre Calvi et Ajaccio.
Alpes du Dauphiné. — Exception faite des petits massifs du Léberon, des monts de Lure et du Ventoux qui sont sur les confins du pays dauphinois et du pays provençal, on peut dire que les Alpes du Dauphiné se développent entre la Durance, le cours de l'Isère moyenne et de son afiluent le Drac. Elles sont en moyenne notablement plus élevées que les Alpes de Provence, plus riches en neiges, en glaciers, en eaux courantes, arrosées de pluies plus abondantes et mieux réparties, donc moins dénudées, mais pourvues de vallées et de pâturages. Si elles ont leurs torrents, en raison de l'extrême rapidité des pentes, ces torrents ne connaissent pas, pendant la saison chaude^ l'épuisement coutumier des rivières provençales. C'est tout cet ensemble de caractères qui distingue les Alpes dauphinoises des Alpes de Provence.
Toutefois, la répartition des pentes entre les crêtes voisines de la frontière italienne et la plaine du Rhône reproduit l'allure de la pente des Alpes provençales.
C'est, à l'est, une première masse appelée du nom contestable (ÏAlpes Cotliennes et qui fait suite aux Alpes Maritimes; au centre, les Grandes Alpes du Dauphiné correspondant aux Grandes Alpes de Provence, mais d'autre composition et d'altitude plus considérable; enfin, à l'ouest, les Petites Alpes du Dauphiné, réparties toute-
fois en fragments moins disloqués que les Alpes de Provence.
Les Alpes Cottiennes, talus oriental des Alpes du Dauphiné, ne sont qu'approximativeraent limitées au nord et avi sud. Tantôt on leur donne comme limites le mont Cenis d'une part et le col d'Agnello de l'autre ; tantôt on les renferme entre les monts Thabor et Viso, ce qui est moins logique, puisque des montagnes sont des jonctions et que seuls les cols peuvent constituer des séparations; parfois aussi on indique comme limites le col du mont Cenis d'une jiart et le col de Larche de Tautre. Entre le col du mont (-enis et le col d'Agnello, il y a une longueur de crêtes de 150 kilomètres environ. Si les Alpes Cottiennes sont plus élevées par leurs points culminants que les Alpes Maritimes, elles sont en revanche entamées de cols plus profonds et qui font beaucoup plus aisément communiquer les deux versants. Le sommet le plus élevé de cette région, le Viso (3 840 m.), dresse d'ailleurs en territoire italien sa masse pyramidale. Les deux grandes routes de France en Italie qui empruntent aux Alpes Cottiennes des cols d'accès facile sont la route du mont Dauphin à Pignerol, qui s'engage dans le col dWhriès 1^2 700 m.), et la route de Briançon à Suze, qui emprunte le col du mont Genèure (1 854 m.). Nombre d'historiens supposent que c'est par ce pas de Suze que s'engagea Annibal pour franchir les Alpes.
Les Grandes Alpes du Dauphiné sont renouées à la masse des Alpes Cottiennes par le nœud du mont Thabor i3 175 m.).
Sous ce nom de Grandes Alpes du Dauphiné, on désigne surtout les masses du Pelvoux et des Grandes Rousses. Le Pelvoux, compris entre la Romanche et le Drac, affluent de gauche de l'Isère, est un soulèvement de granits et de gneiss qui n'a pas moins d'une trentaine de kilomètres de large; plus de quarante sommets y dépassent 3 200 mètres; la barre des Écrins, le sommet le plus élevé des Alpes françaises après le mont Blanc, mesure 4103 mètres; l'aiguille de la Meije est une des arêtes de montagne les plus aiguës et les plus redoutables de toutes les Alpes : c'est seulement en 1877 que les alpinistes ont pu atteindre sa dernière cime, à 3987 mètres. Le Pelvoux lui-même dresse deux sommets, l'un de 3 954 mètres, l'autre de 3 938 mètres. La masse du Pelvoux est mouchetée de plus de
40 glaciers qui s'épanchent sur le pourtour de la Barre des Écrins, glacier de la Pilatte, glacier Noir, glacier Blanc, glacierdu mont de Lans, long de deux lieues. Cette grande altitude détermine donc pour tout le pays environnant une grande richesse hydrographique.
Le massif des Grandes Housses, entre la Romanche, l'Isère et l'Arc, est de même composition que le Pelvoux, d'une moindre altitude, mais riche encore en beaux glaciers. Ses deux points culminants, l'Étendart et la Scie, s'étendent à 3 475 mètres. De la Romanche à l'Arc, il forme, avec' la chaîne de Belledonne (2 980 m.), qui lui sert de talus septentrional, un groupe souvent désigné sous le nom d'Alpes de Maurienne.
Du Drac au Rhône et de la Durance à l'Isère, se développent les Petites Alpes du Dauphiné, parmi lesquelles on a peut-être tort de classer le Champsaur, prolongement méridional du Pelvoux dont le point culminant, le pic Bon Voisin, atteint encore 3 506 mètres. On conteste également l'attribution du terme de Petites Alpes du Dauphiné au Dévolui), dont la cime la plus élevée, la Tête dWubiou (2 790 m.), se dresse majestueusement au-dessus des Queyras, énorme masse d"éboulis de cette montagne dont les bancs calcaires et les amas de grès sont facilement détruits par l'érosion, surtout depuis qu'on a déboisé le pays. Le Vercors et les Alpes de la Grande-Chartreuse rentrent bien, en revanche, dans celte catégorie. Les Alpes de la Grande- Chartreuse, développées sur la rive droite de l'Isère, sont, comme le Dévoluy, composées d'une succession de dépôts crayeux et de bancs calcaires, mais elles se sont mieux conservées, grâce à la préservation de leur manteau de forêts et de prairies. Leur sommet majeur est le Chamechauve (2 087 m.). Le Vercors est moins découpé en chaîne et ressemble plus à un plateau par son profil uni ; il est vrai que les vallées y sont, en revanche, plus abruptes; le Grand Veymoni (2 350 m.) en est le point le plus élevé.
Les Alpes de Savoie. — On comprend sous le terme général d'Alpes de Savoie les énormes masses de montagnes riches en glaciers qui terminent au nord la partie française des Alpes occidentales. Dans l'ancienne division des Alpes, on étudiait séparément les Alpes de Savoie comme une dépendance des Alpes Craies.
Le inonl Blanc (4 810 m.) porte le sommel culminant de toutes les Alpes françaises et de tout le système alpestre. C'est en 1786 que le docteur Paccard et le guide Jacques Balmat firent la première ascension du mont Blanc, que l'on avait cru jusque-là inférieur au pic de Teyde de Ténériffe et même au Canigou. Ce massif de formes si originales offre l'aspect d'un large rectangle orienté du sud-ouest au nord-est. Il mesure 45 kilomètres de longueur, 15 de largeur, et couvre 400 kilomètres carrés. Il est rigoureusement isolé, au sud par les cols du Bonhomme et de la Seigne, à l'est par la vallée de la Doire Baltée ou val Ferret, au nord
Fig. 1. — Le mont Blanc.
(Cliché Girard, communiqué par la Société de géographie.)
Vue prise du Jardin du Talt-fre; altitude 2 787 m.; distance du point de vue a la cime :
1 1 kilomètres.
parla coupée du Grand-Saint-Bernard, au sud-ouest par la vallée de lArve ou vallée de Chamonix. Le mont Blanc est essentiellement constitué par des masses de roches crislines, granits, gneiss, scliisles cristallins, qui composent en particuher le mont Blanc proprement dit et les Aiguilles Rouges.
Le mont Blanc proprement dit dorame une série de hautes arêtes qui l'entourent et dont il est le nœud. Autour de son sommet gigantesque, qui porte depuis dix ans l'observatoire météorologique du professeur Janssen, se dressent de nombreux sommets qui dépassent 4000 mètre-, entre autres le dôme du Goûter (4 331 mètres), les Grandes
Jorasses (4 206 mètres), Vaigmlle du Géant (4019 mètres), le monl Maudit, ï aiguille dWrgenlière, etc., etc. Entre les vallées qui forment un chemin de ronde tout autour de ce beau massif, s'ouvrent des cols g-énéralement très élevés, notamment entre le petit mont Blanc et l'aiguille d'Argentière, où le sentier est à 3 500 mètres d'altitude. Outre le col d'Argentière (3 528 mètres), le col du Géant et le col de Miage passent pour les plus difficiles de cette région de relief tourmenté. En revanche, le col Ferret (2 500 mètres), le col de Balme, qui conduit de Sallanches à Martigny,etle col du Bonhomme (2 460 mètres), qui conduit de Sallanches à Bourg-Saint-Maurice, sont d'accès facile.
Le massif du mont Blanc, tant en raison de sa grande altitude que delà complexité de ses formes, reçoit d'abondantes neiges que lui apportent les vents d'ouest et forme dans les larges cavités de ses régions élevées des glaciers gigantesques. Au premier rang, les alpinistes ont coutume de citer la Mer de glace, comprenant les trois glaciers du Géant, de Leschaux et de Talèfre. Les glaciers des Bossons, des Grands Mulets, de Taconnag ne sont pas moins curieux par leur grandeur et par les variations de leurs marches. Les neiges éternelles commencent à 2 500 mètres d'altitude environ; mais les parties les plus basses des glaciers débouchent à une altitude de moins de 1 100 mètres dans les vallées. Grande est la variété des champs de glace du mont Blanc : ici ce sont de grandes étendues monotones, là des crevasses et des « séracs », blocs de glace gigantesques dressés en équilibre instable sur la masse principale du glacier.
Sous le nom à' Alpes Graies ou Grées, on désigne la série de hautes crêtes qui se développent sur les confins francoitaliens, à l'est de l'ensemble des Alpes de Savoie, sur une longueur d'à peu près 100 kilomètres entre le col de la Seigne et le col du mont Cenis. La délimitation des Alpes Graies, bien qu'incomplète, pourrait être distinguée, d'une manière générale, parle tracé des Doires Baltéeet Bipuaire, de l'Isère et de l'Arc. 11 est vrai que la partie la plus élevée, la plus sauvage, et d'ailleurs la moins connue, le massif du Grand Paradis, est presque complètement en territoire italien. C'est là que seraient les plus grands glaciers, dont quelques-uns auraient plus de 4000 mètres d'altitude. En France, ou du moins dans la région frontière,
le point culminant est la pointe de Charbonnel, à 3 760 mètres.
11 faut classer parmi les Grandes Alpes de Savoie la chaîne de la Vanoise, qui se développe entre les vallées de l'Isère et de l'Arc, c'est-à-dire entre la Tarentaise et la .Maurienne. La Vanoise porte do majestueux sommets, la Orande-Casse (3861 mètres), le mont Pourri (3 788 mètres) et le dôme de Chasse-Forêt (3 597 mètres). Autour de la Grande-Casse s'étendent de vastes glaciers et des champs de neige ; le glacier de la Vanoise est à 3600 mètres d'altitude.
Sous le nom de Petites Alpes de Savoie, on comprend les trois massifs principaux des Bauges, des Bornes et des Dranses. Les Bauges ou Beauges sont un grand plateau allongé entre les lacs du Bourget et d'Annecy, dont le point le plus élevé, le Semnoz, ne mesure que 1 704 mètres. Les Bornes (on dit quelquefois les Aravis) sont un véritable massif compris entre le lac d'Annecy et l'Arve, aux contours plus accidentés et aux cimes plus élevées : la pointe Percée se dresse à 2 752 mètres. Le massif des Dranses est aussi souvent appelé montagnes du Chablais ; sa plus haute cime, la Dent du Midi (3 285 mètres), se dresse sur le territoire suisse ; sur la frontière sélève le Buet, juste en face du mont Blanc (3 110 mètres).
Les Alpes de Savoie sont les plus riches en glaciers, en eaux courantes, en forêts, en pâturages qu'il y ait en France. Elles le doivent à leur altitude considérable, à leur exposition heureuse qui leur vaut un tribu de pluies de l'Atlantique beaucoup plus riche que n'en reçoivent nos autres régions alpestres. Aussi belles que les Alpes suisses, leurs voisines, elles sont assurément la plus admirable région montagneuse du territoire français. Leur position leur domie aussi une grande importance pour l'établissement des communications entre la France et l'Itahe.
De temps immémorial le passage du Petit-Saint-Bernard fut employé par les voyageurs et par les convois entre le pays savoisien et la vallée d'Aoste. La belle route du mont Cenis, qui franchit les crêtes à 2 090 mètres d'altitude, assure des communications régulières entre Lanslebourg et Suze. Enfin le tunnel de 12 kilomètres appelé tunnel du mont Cenis, et qui avoisine le col de Fréjus (1 335 mètres),
construit en 1857 et 1871, a rendu singulièrement plus faciles les communications rapid-es entre la France et l'Italie.
Conclusion sur les Alpes. — Les Alpes franç:aises ne sont qu'un fragment de la grande chaîne qui se développe sur une notable partie de l'Europe; elles offrent néanmoins un intérêt géographique très complet. Leur structure est d'une infinie complexité. Est-ce parce que les roches qui les composent ont été pressées entre les massifs résistants du Plateau central et des monts des Maures que leurs plis sont si souvent couchés et chevauchent les uns sur les autres? Est-ce pour cette raison que le curieux phénomène des décrochements décrit par les géologues s'y présente si souvent '^ Gest encore là une hypothèse, très intéressante d'ailleurs et supérieure à toutes celles que l'on avait présentées jusqu'ici, mais seulement une hypothèse. Ce qui est bien constaté, c'est que l'érosion se produit dans les Alpes suivant des modes très variables, depuis les parages de la Savoie si régulièrement arrosés de pluies jusqu'à la Provence aux averses rares et violentes. Les inégalités du déboisement ont contribué à accentuer encore ces contrastes qui tiennent aux causes mêmes de formation des montagnes et aux actions atmosphériques dont nous sommes témoins.
C'est pourquoi il est fort difficile, sinon impossible, de diviser les Alpes en régions naturelles vraiment homogènes. Il y a dans les Alpes telles montagnes que la variété des accidents géologiques autoriserait à diviser en quinze ou vingt fragments. En veut-on un exemple"? Souvent on met dans une même zone les calcaires noirs ravinés, les cirques, les névés persistants de la Dent du Midi, du Buet, et les forêts, les pâturages étendus, les croupes aux formes douces de la brèche chablaisienne. Or, dans cette région qui passe pour une des plus homogènes des Alpes, il y a des cimes déchiquetées, des pentes douces, de formidables ravins, des prairies uniformes, des montagnes aux forêts immenses, des montagnes sans forêts, des torrents à gorge, des torrents sans gorge, des prairies humides et marécageuses, des prairies sèches, des calcaires, des marnes, des schistes, des brèches, des grès, quelques roches éruptives, des sommets à névés, quelques glaciers, des montagnes sans neiges persistantes, des roches de toutes les couleurs du blanc au noir en passant par le rouge, le gris, le brun, le iaune, etc., des vallées de toutes les
formes, des rivières de tous les types, des failles de toutes les dimensions, des plis de toutes les intensités. Bref, c'est un monde qui se révèle de plus en plus varié à mesure qu'on Tétudie mieux et de plus près.
On peut dire que. dans Tensemble, nos Alpes françaises, grâce aux grandes failles et aux vallées d'érosion qui les coupent, offrent aux hommes d'assez nombreux et faciles passages entre la plaine du Rhône et celle du Pô. C'est ce que remarquait le maréchal de Berwick quand il apprenait à ses officiers le moyen de faire des navettes dans ce réseau si complexe de vallées.
Les Alpes françaises sont de valeur fort inégale si l'on considère les richesses de forêts et de prairies qu'elles portent et aussi les trésors d'humidité qu'elles distribuent aux plaines voisines. Dans la Savoie et dans le Dauphiné, ce que l'on appelle un torrent alpestre est une rivière rapide, il est vrai, mais à laquelle l'eau fait rarement défaut parce que, même au cœur de l'été, la fonte des glaces supplée à la pauvreté des pluies. Au contraire, les Alpes provençales contrastent parleur sécheresse et par la pauvreté de leurs torrents avec les Alpes du Dauphiné et de Savoie.
Aussi les vallées alpestres sont-elles beaucoup plus habitées dans le nord et dans le centre que dans le sud. Les villages y sont plus nombreux, la circulation plus intense. L'industrie même trouve bénéfice à s'y établir de plus en plus, en raison de la force que lui peuvent donner régulièrement des chutes d'eau et des rivières qui ne chôment point. Enfin, les Alpes Maritimes sont moins fréquentées, parce que les chemins de la mer font tort à ceux de la montagne; le développement d'une navigation régulière sur ces côtes de Provence et de Ligurie, où le temps est généralement beau, a retiré beaucoup d'importance commerciale et militaire aux passes jadis si fréquentées des Alpes du Sud.