‹ La France et ses coloniesChapitre 114 sur 179 · Les industries extractives et ds transformation · texte numérisé non relu

Les industries extractives et ds transformation

Les combustibles minéraux. — La tourbe était jadis le combustible des pays pauvres et marécageux. Les progrès généraux de laisaiice, le dessèchement des marécages, le développement des communications, enfin l'introduction des houilles étrangères à ])on marché, en ont diminué l'usage, comme l'extraction, de près de deux tiers depuis cinquante ans.

La consommation de la houille fait, au contraire, des progrès constants. Les mines de houille occupent en France une surface de 5j~70 kilomètres carrés environ, répartie entre 636 concessions qui occupent une moyenne de 130 090 ouvriers. Mais on doit remarquer que la moitié seulement des concessions, soit 298 (et, exactement, 3 o40 kilomètres carrés), est livrée à l'exploitation permanente. Ce domaine carbonifère est bien restreint, si on le compare aux vastes charbonnages de la Grande-Bretagne et de l'empire allemand, mais surtout des Étals-Unis, pays auprès desquels l'Angleterre est pauvre en combustible. En outre, nos mines de houille, peu nombreuses et d'un contenu médiocre, sont souvent d'une exploitation difficile, par la trop grande profondeur de leurs gisements. Néanmoins, par de meilleurs procédés, nous pourrions, sans doute, obtenir plus et à meilleur compte, le prix coûtant d'une tonne de charbon français, à sa sortie de la mine, pouvant être évalué à 11, 12, et même 14 francs, alors qu'une tonne de charbon allemand ou anglais ne revient guère qu'à 8 ou 9 francs.

Les groupes de houillères les plus actifs sont ceux du Nord et du Centre ; les exploitations de l'Est et de l'Ouest sont beaucoup moins productives. On peut, dans le détail, classer les uns etles autres ainsi qu'il suit, par ordre d'importance:

1° Le bassin du Nord et du Pas-de-Calais, extrémité de la longue el épaisse couche carbonifère qui se développe dans la vallée de la Meuse, de la Sambre et de l'Escaut, ens'enfonçant graduellement vers l'ouest. Dans le Nord, Anzin, Denain, Somain, Aniche; dans le Pas-de-Calais, Ca/'wm, Lens,fié//iune, Bruay sont les plus productifs et les plus connus parmi les 40 groupes de puits que se partagent environ 2» sociétés. On évalue à 125 000 hectares l'ensemble de ce bassin houiller du Nord, dont la première exploitation remonte audébut du xii" siècle, pour les mines situéesautour de Valenciennes, et au milieu du xix», pour les mines du Pas-de- Calais. La quantité annuelle de charbon extraite est estimée, en tonnes, à 19 ou 20 millions.

2" Le bassin de la Loire ou de Saint-Etienne, qui se développe entre Firminy et Givors, sur une superficie d'à peu près 29 000 hectares, est le second de France pour l'étendue et l'activité, et le plus beau de tous ceux qui entourent le Massiv central. On considère qu'il contient plus de 600 millions de tonnes de houille. Mais si ces gisements sont riches, ils sont encore plus profondément enfouis que ceux des houillères du Nord*. Néanmoins, ils fournissent un contingent de 3 millions et demi de tonnes à la consommation française. C'est que, malgré l'élévation, de leurs prix courants, ils ont beaucoup moins à craindre la concurrence étrangère que les charbonnages étendus le long de la frontière franco-belge. Les Etats voisins do la France au midi sont, en effet, pauvres en combustible minéral. Les mines du bassin de la Loire [Rive-de-Gier , Givors, Saint-Chaniond , Saint-Etienne, Firminy, la Ricamarie) sont peut-être les plus anciennement utilisées en France. Dès le xiv^ siècle. la houille était déjà employée dans la région pour le chauffage domestique.

3" Le bassin du Gard ou d'Alais, qui se développe à la base des roches cristallines des Cévennes, comprend trois exploitations principales : celle de Bessèges sur le Cèze, de la Grand'Combe et dWlais dans la vallée du Gardon, donnant ensemble un produit annuel de 2000 000 de tonnes. A cette région, on peut rattacher le petit/jassm de l'Orb (200 000 tonnes), qui a pour centre Graissessac, sur le flanc des Garrigues (département de l'Hérault).

4° Le bassin de Bourgogne et du Morvan, compi-enant les mines de Montceau, Blanzy, Monchanin, le Creusot, Épinac et Decize, produit de 1600000 à 2 000000 de tonnes de houille, en partie consommées sur place par les grandes industries métallurgiques de la région.

b° Le bassin du Tarn-Aveyron s'étend du Tarn au Viaur

1. Les puits d'Anzin et de Somain ne sont qu'à une profondeur moyenne de 130 mètres; mais le cliarbon se trouve beaucoup phis bas, vers Fléchinelle et Ilardinghen, à l'oxlrcmité française de l'allleurement, non loin du littorab

(Carmaux) et de TAverron au Lot {Cransac, Aubin, Decazeville). Son rendement annuel est d'environ 1 "JOGOGO tonnes.

6" Le bassin du Bourbonnais [Conimentry] extrait à peu près 900000 tonnes. Ses couches sont remarquables par la régularité de leur développement horizontal. A cette liste, on peut joindre, toujours à la périphérie du Massif central, le bassin d'Ahun, dans la Creuse et à lintérieur du massif, les mines de Brassac et Saint-Eloy , dans le Puy-de-Dôme, et de Champagnac, dans le Cantal, beaucoup moins importants que les précédents*. Enfin, il existe quelques exploitations dispersées à l'oviest et à Test de notre territoire. Mais leur production est insignifiante. A l'ouest, le bassin de la basse Loire [Chalonnes , Niort), celui de la Vendée IChantonnay et Vouvani), celui du Maine {Sablé, Saint-Pierre-la-Cour) atteignent à peine, tous ensemble, un total de 250 000 à 3GG000 tonnes. A l'est, les houillères de Ronchamp (Haute-Saône) fournissent un produit annuel d'environ 200 000 tonnes. Rappelons, d'ailleurs, de ce côté, les beaux charbonnages de la Sarre, autrefois nôtres, et que les traités de 1813 et de 1871 ont fait passer aux mains de la Prusse. Les Alpes renferment quelques couches d'anthracite et de lignite. La couche la plus abondante de lignite est celle du bassin d'Aix, qui fournit annuellement un peu plus de 40000 tonnes. Pour les anthracites, la production est surtout active dans les bassins du Drac (142 000 tonnes) et de la Tarentaise. Les pauvres couches carbonifères de nos départements pyrénéens n'ont aucune valeur.

La production moyenne annuelle de toutes ces houillères est de 36 millions de tonnes. L'Allemagne a une production triple de la nôtre; la Belgique nous suit de près, malgré sa faible superficie. Ainsi, malgré les progrès accomplis depuis le début du xix«siècle2, l'infériorité est sensible. Elle est à la fois coûteuse et grave. La France, d'abord, consommant à peu près 4o millions de tonnes de houille, se trouve obligée d'en demander de fc> à 10 millions aux pays étrangers. D'autre part, la houille n'est plus seulement le pain de l'industrie; elle est devenue un facteur important de la puissance maritime, militaire et coloniale.

Carrières, salines, eaux minérales. — Le travail des carrières est la forme la plus simple de l'industrie extractive. Les carrières

1. Production du bassin d'Ahun : 190 000 tonnes. — Production du assin de Brassac-Saint-Éloy : 400 000 tonnes.

Page 1