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HISTOIRE DE LA COLONISATION FRANÇAISE

entre nous et nos voisins. Tout ce qui arrive en Europe nous frappe par contre-coup nécessairement.

Ainsi, notre position nous voue au double rôle de puissance continentale et d'Etat colonial et maritime. Faute d'avoir trop obéi à l'une de ces deux sollicitations de notre intérêt et d'avoir trop négligé l'autre, nous avons, au siècle dernier, commis des fautes qui pèsent encore sur noire destinée.

Premiers essais de colonisation. — Du xiv* siècle datent les premiers essais de colonisation de la France. Déjà les Français, qui, au siècle précédent, étaient tributaires des Génois et des Catalans, pour le commerce et pour la navigation, se sont émancipés comme les Portugais et même plus vite; car nos marins dieppois naviguent déjà au large, quand les craintifs capitaines du prince Henri le Navigateur luttent péniblement le long des côtes d'Afrique pour doubler le cap Bojador. Ils sont encore beaucoup plus hardis que les Anglais, dont les convoitises et l'activité coloniale ne s'éveilleront que dans la seconde moitié du XVI® siècle.

Toutefois, l'esprit d'aventure ne mènera nos populations maritimes à des entreprises vraiment coloniales qu'après les premières découvertes et conquêtes des Espat^mols et des Portugais. François !"'■ envoya deux navigateurs, Verazzano et Jacques Carlier, à la recherche de mines d'or et d'argent. La découverte de Terre- Neuve (1d24i par le premier, du Saint-Laurent (J!j3d) par le second, découverte qui devait être si féconde pour l'avenir colonial de la race française, ne parut pas au roi de France un résultat digne d'encouragement. Cependant, en 1342, le comptoir du cap Breton fut établi.

Signalons encore les expéditions coloniales, inspirées pa^ Coligny et les chefs du parti protestant, au Brésil (1553), en Floride (1562), en Caroline. Mais les discordes intestines, les guerres de religion, en même temps qu'elles causaient notre humiliation en Europe, rendaient inutile tant de courage et d'intelligence. L'Espagne restait la puissance prépondérante sur le continent, sur les mers et au Nouveau Monde.

Apogée et décadence de la puissance coloniale (xvii« et xvin® sièclesj. — 11 fut donné à Henri IV de porter les premiers coups à cette prépondérance. Après avoir rétabli la paix religieuse et chassé l'étranger du sol français, il reprit avec plus de suite et de persévérance les projets de François I*^"". Sous son règne eut lieu la première occupation de la Ginjaiic, « France équinoxiale », pai un aventurier gascon. Nos navires se risquèrent pour la première fois dans l'océan Indien, commencèrent dans l'Hindoustan et même à Madaarascar. Mais la grande œuvre de ce règne est la

colonisation du Canada, dont l'agent fut le Saintongeois Samuel de Champlain. Champlain, après un premier voyage dV-xploration (1603), fonda Porl-Roijal d'Acadie (160a) et Québec (1608) qui devint la métropole de la Nouvelle-Finance. Un fort s'éleva bientôt là où devait prospérer plus tard Montréal. La chasse des pelleteries occupa sans doute beaucoup les premiers colons ; mais, en vrais disciples d'Olivier de Serres, ils ne négligèrent point les défrichements. Le blé fit son apparition au Canada.

Richelieu continua dignement cette œuvre, comprenant les avantages maritimes de notre situation géographique. Henri lY et ses prédécesseurs avaient contesté les droits illimités des Espagnols sur le Nouveau Monde; le grand cardinal eut à soutenir les nôtres et à défendre les possessions acquises contre les Anglais, les derniers venus dans le partage des terres découvertes. Il les obligea par ses menaces à restituer le Canada attaqué en pleine paix (1632). C'est lui qui fonda nos premiers établissements de l'océan Indien, en occupant la Réunion, en attirant sur Madagascar l'attention des navigateurs français. La Compagnie des Indes orientales lui dut son premier privilège (1642). Enfin, Cayenne était fondée à la Guyane: les boucaniers débarquaient à Saint- Domingue et notre domaine des Antilles s'accroissait de la Guadeloupe et de la Martinique avec leurs dépendances.

Au règne de Louis XIV, grâce à Colhert, fervent disciple de Richelieu en matière coloniale, se rapporte une période encore plus brillante des colonies françaises. Son attention se porta sur tous les points du globe où nous possédions des comptoirs et des colonies proprement dites. Il organisa l'exploitation commerciale en fondant de grandes compagnies décolonisation et de commerce.

Tout d'abord la Nouvelle-France d'Amérique fut déclarée territoire royal (1674). On ne laissa à la Compagnie des Indes occidentales que des privilèges purement commerciaux. Des colons, des soldats libérés s'y fixèrent, encouragés par d'habiles gouverneurs comme Talon. Enfin, après les découvertes de Cavelier de la Salle (1678-1687) jusqu'aux embouchures du Mississipi, la Louisiane s'ajouta aux domaines de la couronne dans l'Amérique septentrionale. La France était prépondérante dans le Nouveau Monde comme sur le continent ; elle enveloppait, au nord et à l'ouest, les colonies naissantes de l'Angleterre sur la côte atlantique.

Dans l'océan Indien, Madagascar prit le nom de « France orientale». La Compagnie des Indes orientales y dirigea plusieurs tentatives de colonisation dont l'histoire nous a été conservée par la relation de Flacourt. Du règne de Louis Xl\ datent aussi nos premières relations avec les princes de l'Hindoustan. Enfin, le domaine des Antilles était considérablement accru. C'est donc l'apogée de notre puissance coloniale. Malgré les revers des dernières années et la cession de Terre-Neuve, de l'Acadie, des

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territoires de la baie d'IImlson par la paix d'Ulrecht (1713), nous avions encore, à la mort de Louis XIV, des chances pour devenir le premier Etat maritime du monde. L'élan donné par Colbert ne s'arrêta pas, en effet, jusqu'à la guerre de Sept Ans. Les établissements d'Amérique, Canada et Louisiane, se peuplèrent rapidement. On y comptait plus de 50 000 colons français au milieu du xvin"^ siècle. Notre commerce s'y développait de même.

Mais Louis XV et ses ministres, avec l'approbation du public, se détournèrent de ces entreprises et usèrent les forces de la France dans des guerres continentales d'intérêt secondaire. Pendant que nos armées intervenaient dans les querelles de la Prusse et de l'Autriche à propos de la Silésie, on laissait succomber Montcalm (1759) ; et Choiseul se vantait de partager l'indifférence générale à l'égard du Canada. En le cédant aux Anglais par le traité de Paris (176o), il savait pi-éparer l'insurrection américaine; mais il se trompait en croyant que nous y trouverions quelque profit. La plus grande perte, due aux mêmes causes, après l'abandon de la Nouvelle-France, fut celle de Vllindoustan. Il sufTit de rappeler la disgrâce de Dupleix pour indiquer l'erreur de Louis XV et de ses contemporains, uniquement préoccupés de jouer un rôle en Europe, lents à se persuader que l'Angleterre était notre plus grand ennemi. Une autre cause, très importante, de notre décadence coloniale au xviii^ siècle, c'est l'obscurcissement du sens pratique français, incarné par Henri IV, Richelieu et Colbert. On ne parle plus, comme au siècle précédent, de « conquester » des pays nouveaux, d'y envoyer des colons. Le peuple seul a conservé le sentiment de ces grandes et simples choses. Les gens de la société policée, ceux qui gouvernent, se moquent fort de Colbert et de ses procédés de colonisation. Ce triste règne fit pourtant une précieuse acquisition, celle de Vîle de France, aujourd'hui Maurice, et occupée en 1721, après l'évacuation hollandaise. L'agent de la Compagnie des Indes orientales, le célèbre Mahé dé la Bourdonnais, en fit le centre de nos comptoirs de la mer dés Indes. Nous ne faisions que préparer la place à des rivaux plus entreprenants et moins scrupuleux. L'époque de Louis XVI continua la suite de ces humiliations. On ne sut pas profiter de la guerre d'Amérique pour faire revivre nos droits sur le Canada. Le Canada resta anglais. Rien ne fut tenté aux Indes, sauf à Madagascar. Pourtant, c'est à cette époque que la France conclut avec VAnnam le traité d'alliance, première origine de notre intervention dans la péninsule indo-chinoise.

Pendant la Révolution, l'abolition brusque et non préparée de l'esclavage à Saint-Domingue fit perdre aux Antilles françaises tout le bénéfice de l'héroïque résistance des colons. Bonaparte, premier consul, après avoir médité le développement des colonies du Mississipi et des Antilles, vendit la Louisiane aux Etats-Unis et

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fit rétrocession de la Floride à l'Espagne, lorsque TEurope, coalisée par les soins de l'Angleterre, se tourna contre nous. Sous l'Empire, l'ile Maurice fut conquise par les Anglais. En 1814, les colonies françaises se bornaient à des territoires moins étendus et plus dispersés qu'à la chute de la royauté. Saint-Domingue, Tabago, Sainte-Lucie, Maurice allaient grossir le lot de lAngleterre.

Le relèvement; l'empire actuel. — Au xix^ siècle, tous les gouvernements, monarchiques ou démocratiques, ont tenté heureusement de remplacer par des acquisitions nouvelles les colonies perdues, d'acquérir des territoires considérables dans les régions du monde non encore occupées par les Européens et de développer ce qui nous restait de notre ancien domaine. Ce fut d'abord la conquête de ÏAlijcrie, à la fin du règne de Charles X, conquête achevée au prix de longs et grands efforts ; puis l'occupation de plusieurs postes sur la côte de la Guinée et de plusieurs archipels en Océanie pendant le règne de Louis-Philippe.

Le second Empire développa les établissements du Sénégal, prit possession de la Nouvelle-Calédonie et de la Cochinchine. Mais Madagascar, faute d'énergie de notre part, relâcha les liens de sujétion qui l'attachaient à la France et recouvra une indépendance contraire à nos intérêts.

La République a fait plus que tout autre gouvernement pour la restauration de noire puissance coloniale. La Tu?iisie, Madagascar, le Congo, le Soudan occidental^ VIndo-Chine orientale, soumis à la France ou protégés par elle, composent un empire imposant. 11 dépend de noire persévérance de regagner un jour, et au delà, les dépenses d'occupation et d'organisation, d'être récompensés des sacrifices de la conquête. Notre situation actuelle sur le continent rend cette œuvre délicate et difficile ; mais Henri IV et Richelieu n'onl-ils pas réussi, au lendemain de nos guerres civiles, au milieu des soucis de la guerre étrangère, à poser les fondements d'une France extérieure?

L'empire colonial actuel de la France couvre une superficie approximative de 4380000 kilomètres carrés. Sa population est évaluée à 39 ou 40 millions d'habitants. La France est donc la seconde puissance coloniale du monde*. Seule la Grande-Brc-

Kil. carrés. Habitants.

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