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I. — GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE l'AlGÉRIE-TuMSIE

Situation et dimensions. — Notre France d'Afrique Mineure, avec ses dépendances sahariennes, couvre une superficie d'environ 840 000 kilomètres carrés. La partie occidentale, l'Algérie, en représente 670 000, avec une longueur de 1 200 kilomètres d'ouest en est, et une largeur de 500 à 600 du nord au sud. La Tunisie mesure 117 000 kilomètres carrés de surface, 250 kilomètres à peu près d'ouest en est, 650 du nord au sud.

Le soL — Les terroirs de l'Algérie-Tunisie remontent principalement à la période secondaire. D'une façon générale, les masses jiunssiqaes et crétacées, coupées de dépôts de marne et d'argile, dominent vers le nord ; les masses gréseuses vers le sud. Par intervalles, le sol présente des affleurements plus anciens, surtout dans le voisinage du littoral. En Algérie, par exemple, on a découvert, en 1S81, près de Bou-Saada, des gisements assez minces de houille, et à l'ouest de Bône ont été reconnus plusieurs bandes isolées de granits, de gneiss et de schistes. D'autre part, dans la zone intermédiaire entre grès et calcaires, des porpligres surgissent en bombements assez fréquents. Le volcanisme n'a que par actions isolées remanié le sol de notre colonie. Mais elle est, faiblement d'ailleurs, éprouvée par des secousses de tremblements de terre.

Relief. — Cette composition géologique, qui se remarque d un bout à l'autre de lAfrique Mineure française, en annonce déjà l'unité. Le relief, assez simple, achève de la

révéler. Algérie et Tunisie appartiennent en effet à un même système orographique, celui de V Atlas, sorte d'îlot montagneux [Djezirech-el-Maghreb, l'île de l'Occident) entre la Méditerranée et le Sahara, qu'elles partagent avec le Maroc. L'Atlas se développe parallèlement à l'équateur, non pas par une chaîne unique et continue, mais par une double rangée de massifs qu'isolent de profondes vallées.

La ride septentrionale, ou Atlas proprement dit, atteint une largeur moyenne d'environ 80 kilomètres. Elle commence, à l'ouest, par les monts de Tlemcen (de 12 000 à 18000 m.), qui, généralement escarpés vers le nord, s'étendent de la Tafna au Sig, et sont flanqués, au sud, des monts de Daija. Puis vient, du Sig à la Mina, dans la même orientation, le massif de Mascara, doublé, vers l'intérieur, par les monts de Saïda, et qui culmine à 1400 mètres. A l'est de la Mina se dresse, jusqu'à la faille suivie par le Chélif, le vaste bastion montagneux de VOua?'senis aux gorges sauvages, au-dessus desqui-Iles s'élèvent des cimes de 1500 à 2 000 mètres. De la coupure du Chélif à celle de risser, les altitudes se maintiennent aussi fortes avec les monts de Médéa {\ ijAO m.), dont les belles crêtes boisées dominent la superbe plaine, autrefois bassin lacustre, de la Métidja. Aux monts de' Médéah succède, entre Tisser et l'Oued-Sahel, le DJurjura ou massif de la Kabylie, immense amphithéâtre de croupes abruptes, ravinées à l'infini parles eaux, mais difficilement franchissables [col de Tironrda, 1760 m.). Son plus haut sommet, Xa Lalla- Khédidja, atteint 2 308 mètres. Au sud des monts de Médéah et des crêtes kabyles, une chaîne unique, celle des Biban (1720 m. au point culminant), traversée par le célèbre défilé des Portes de fer, enclôt la haute plaine intérieure oîi cheminent, en sens opposé, l'isser et le Sahel. Le faîte principal des Biban se continue par la chaîne puissante des Babor, plus rapprochée du littoral, dans la Petite Kabijlie, qui érige son rempart jusqu'à 1 970 mètres et se prolonge, au delà de la vallée de l'Oued-el-Kébir, par les monts à'El- Kantour. Dans cette région accidentée, les seules voies utilisables sont des sentiers de mulets et de ravins, parfois remplis d'eau, dont l'étroitesse est telle qu'en beaucoup d'endroits le soleil ne se montre qu'à midi. Sur la rive droite de la Seybouse, la Kroumirie, sorte de Kabylie,

moins élevée (1 500 m.), mais tout aussi sauvage, dont le parapet méridional prend le nom demonls de laMedJerda, et le massif de Mogod qui expire au cap Blanc, terminent le soulèvement septentrional de l'Atlas. Parfois cet Atlas du Nord tombe directement dans la mer. Tel est le cas pour les monts d'El-Kantour dont les contreforts, sous le nom de cap Boiigaroun, hérissent la côte à l'est de Philippeville. Parfois, au contraire, le soulèvement principal se flanque, du côté de la Méditerranée, de massifs secondaires, comme

Fig. 23. - Un villa;^!- 'kins la Kabylir. (Communiqué par ÏUffice de l Algérie.)

ceux des Traras (1 100 m.), dans la province d'Oran, et du Dahra (1580 m.), dans la province d'Alger. Du cap de Fer au cap de Garde, le volcanisme a créé le massif basaltique isolé de VEdoiigh, érigé jusqu'à 1000 mètres au-dessus de Bône.

La bando montagneuse du Sud, appelée Anli-Allas ou encore, à cause de sa situation au-dessus du désert, Atlas saharien, renferme quatre principaux massifs. Ce sont d'abord, en Algérie, les monts des Ksoiir, avec quelques sommets de 2 000 mètres, à l'aspect crénelé de citadelles; puis le Djebel- Amour, haut de 1 600 à 1 900 mètres, et où l'érosion des eaux a découpé dans le grès, sous le nom de

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gada, d'énormes tables de pierre dressées à pic au-dessus du Sahara. Les monts des Ouled-Naïl et ceux du Zah présentent un rempart moins élevé et surtout moins rigide, fractionné en rides parallèles (loUO m. au Djebel-Bou- Kahil). VAiirès, oîi l'Atlas saharien atteint sa plus grande puissance, alïecte encore la structure en chaînes parallèles, séparées par quelques hautes plaines fertiles. La plus septentrionale contient le Chelia, supérieur de quelques mètres au Lalla-Khédidja (2312 m.) et point culminant de toute i'Algérie-Tunisie. En Tunisie, l'Atlas saharien envoie vers l'Atlas du Xord divers rameaux qui ne dépassent guère 800 à 900 mètres, et va tomber au cap Bon par une zone confuse d'où se détachent les deux chaînes mieux caractérisées du DJebel-DJougar et du Zagouan, hautes de 1 200 à 1350 mètres.

Mais, en Algérie, les deux rides du système sont séparées par une zone de hauts plateaux et de steppes dune altitude de 1 100 mètres (région d'Oran) à 800 mètres (région d'Alger et de Constantine), qui, fort larges du côté du Maroc, se rétrécissent en se rapprochant de la Méditerranée orientale. Quelques crêtes isolées {monts du Hodna) les dominent. Ils sont d'ailleurs ondulés « comme le fond d'une mer alfouillée par le mouvement des vagues ».

En résumé, l'Atlas partage le sol de I'Algérie-Tunisie en trois régions distinctes : le Tell [on pente en arabe), c'està-dire le littoral et le versant septentrional de la ride méditerranéenne, appelé souvent pour cette raison Allas tellien ; les Plateaux^ déjà nommés ; le Sahara algéro-tunisien, ou des plateaux pierreux et fendillés [Hâmada et Sérir) alternent avec des dunes sablonneuses.

Régime hydrographique. — Ces trois régions sont, d'ailleurs, loin de recevoir les mêmes précipitations. Le Tell jouit seul du régime méditerranéen. Il reçoit en hiver des pluies très inégalement réparties de district à district, suivant la hauteur des montagnes telliennes qui arrêtent les nuées marines (Oran, 51 centimètres par an; Alger, 71 centimètres; Philippeville, 79 centimètres; La Galle, 84 centimètres, etc.). La zone intérieure des Plateaux, isolée de la mer, reçoit quelques pluies rares au printemps. Enfin le Sahara algérien et tunisien a. des pluies plus rares

encoro. Ce sont(lc)à, quant à la périodicité, des pluies tropicales : elles tomlienl en été. D'une manière générale, les pluies de l'Alcrérie-Tunisie représentent une quantité d'eau très faible. Elles ne doivent point dépasser une moyenne de 45 à 50 centimètres. La Tunisie est, d'ailleurs, plus abondamment arrosée que l'Algérie, comme possédant une double orientation maritime, et, sur la côte, la conjonction des vents d'est avec ceux du nord-ouest amène jusqu'à OOjours de pluies par an.

Mais, là même, l'humidité est insuffisante pour entretenir de grands fleuves. Les cours d'eau de cette région sont, en ell'et, sauf au temps des pluies ou après les brusques orages qui les multiplient souvent cinq et six mille fois en quelques minutes, de volume médiocre. De plus, entravés dans leur développement par le relief, par l'interposition des plissements montagneux entre l'intérieur et la mer, ils n'ont aucune valeur pour la navigation et peuvent, tout au plus, être utilisés pour l'irrigation, à l'aide de barrages et d'autres travaux d'art dont les Romains nous ont donné l'exemple.

Certains ne parviennent même pas à la Méditerranée. C'est ainsi que les rivières des Plateaux vont se déverser dans les chotts. On désigne ainsi les lagunes intérieures de forme variable et de profondeur encore plus variable qui déprimentsicurieusementla surface des Plateaux. Pourvus deau seulement après les pluies ou la fonte des neiges et, par conséquent, au printemps, les chotts se couvrent, en se desséchant, d'efflorescences salines d'une blancheur éblouissante, fréquentes en mirages, en fondrières et, en crevasses. Depuis la frontière marocaine, ils s'étalent en un long chapelet capricieux sous le nom de chotts GharLn et Tigri sur la frontière marocaine, Chergui sur le plateau crânais, Zahrez et Jjodna dans la région d'Alger. Les rivières très peu nombreuses du Sahara sont des rivières mortes (oiuidi) qui coulent, la plupart du temps, sous le sable en mince filet d'eau et ne remplissent leurs lits qu'après les orages. Quelques-unes, entre autres VOiiede/-.46iaf/,aboutissentà une seconde série de chotts, étendus au sud de l'Anti-Atlas, de l'Aurès au golfe de Gabès (chotts Melcjhir, Mé rouan, Gharsa, el-Djerid, el-Fedjedj). Les rivières telliennes, comme la Ta fna {112 kil.), le Sig (240 kil.) augmenté de Vliabru, le Sahel (2 10 kil.), émissaire de la

Kabylie, VOued-el-Kehir (238 kil ), grossi du Roummel, le torrent fameux de Constanline, la Seyboiise (230 kil.), qui arrose la riche plaine de Bùne, ne sont que des torrents, très inégaux suivant les saisons, et qui dévalent avec fracas leurs vallées rapides, raboteuses, souvent semées de cascades. Deux seulement de toutes ces artères appartiennent aux trois zones de relief et ont de Teau toute l'année : le Chéli/f d'Algérie (695 kil.) et la Medjerda tunisienne (400 kil.) Du reste, le premier, né au pied du Djebel-Amour, est obstrué de rapides et coupé de canons peu accessibles dans son cours supérieur, entre l'Ouarsenis et le Dahra. C'est seulement au confluent de la Mina, non loin de la mer, qu'il s'assagit et s'étale dans une belle plaine d'alluvions, et il ne débite guère à la normale que 30 mètres cubes d'eau à la seconde, pour se réduire, en été, à moins de 1 mètre. La Medjerda, l'ancien Bagradas, descendue de l'Aurès, sous le nom de Meskiana, n'offre avec son affluent, VOued-Mellègue, qu'une minime profondeur et, elle aussi, s'interrompt de défilés dangereux. De plus, elle se jette, non dans la mer, mois dans une lagune, presciue enlièrement comblée par la vase. Eu résumé, ce réseau fluvial, par le cours tourmenté des artères, par la prodigieuse inégalité du régime, par le caractère et l'utilité médiocre, se rapproche des fleuves côtiers de notre Languedoc et de notre Provence.

Littoral. — Le littoral doit ses articulations et ses découpures nombreuses à l'action de la mer, qui ronge et détruit les chaînons de l'Atlas tellien, quand ils sont en contact avec elle, ou les petits massifs côtiers indépendants. Elle en a même détaché un certain nombre d'îiots, tels que Varchipel de la Galile et l'île de Tabarca. Les caps les plus saillants sont les caps Falcon, Ferrât, Carbon, Matifou, Bougaroiin et de Fer. Celui-ci surtout, dernière avancée de l'Edough, projette vers le nord-ouest un long môle qui ferme le golfe de Stora. Les golfes d'Oran, de Bône, de Slora, de Bougie., les baies d'Alger et d'Arzeii, n'ont pu cependant devenir de bons refuges qu'au prix de travaux importants. La rade de Mers-el-Kébir attend encore ceux qui feront d'elle le meilleur abri de ces parages. En Algérie, la côte orientale est supérieure en articulations à la côte occidentalç^ La montagne y es^ en contact plus proche, plus

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immédiat avec la mer ; aussi les baies sont-elles mieux ramifiées et plus abritées contre les vents du large qui soufflent surtout du nord-ouest, obligeant les ports à éviter le rivage oriental des baies. En Tunisie, c'est le contraire. Le littoral du Nord-Ouest est supérieur à celui du Sud-Est. Le lac de Bizerte, auquel on a rendu son accès naturel vers la mer, offre une excellente rade. Entre les caps Blanc et Bon s'ouvre le beau golfe de Tunis, avec ses deux ports de la Goiiletleei de Tunis. îMais, au delà du cap Bon, la côte, au contact du Sahara, devient basse, sablonneuse, d'un dessin rigide et souvent bordée de lagunes. Les faibles profondeurs éloignent les navires des quais. Deux golfes assez mal dessinés s'y incurvent, celui de Hammamet et celui de Gabès, que le colonel Roudaire avait un moment rêvé de réunir aux chotts sahariens par une « mer intérieure ». Cependant, derrière les petites îles Kerkenah, le port de Sfax et, derrière l'îlot de Djerba, celui de Ilomles-Sou/c ménagent des abris qui, au moyen de dragages, pourraient devenir assez sûrs aux navires.

Climat ; aptitudes naturelles. — Pour le chmat comme pour le relief, l'Algérie-Tunisie se divise en trois zones différentes. Le Tell a un climat sain, très chaud en été, adouci en hiver par des pluies médiocres. C'est le climat méditerranéen, mais exagéré en sécheresse et chaleur par la latitude. Les Plateaux, généralement salubres aussi, ont un climat continental à brusques écarts de température et à extrêmes rigoureux. Entre le jour et la nuit, il y a souvent des différences de 10 à 12 degrés. Les saisons intermédiaires, printemps et automne, n'existent point, mais l'hiver est cruel et l'été accablant. Tandis que, dans le Tell, Alger ne subit point de gelées hivernales et voit rarement le thermomètre dépasser -j- 40° en été, l'écart maximum entre les journées extrêmes de l'année atteint souvent, à Biskra, 60 degrés (de — 10° à -\- 50°). Le Sahara, enfin, connaît des chaleurs encore plus ardentes et les gelées n'y sont pas rares, car la tradition d'un Sahara uniformément chaud n'est qu'une légende.

A chacune de ces régions de climat correspondent des ressources végétales bien localisées. Le Tell, dans ses plaines basses, comme la plaine de la Métidja autour d'Alger, produit les céréales, blé et maïs, les mêmes arbres verts

que le Midi provençal ou languedocien et TAndalous.e, c'est-à-dire Voranger, \<)livier,ia vigne, soustraite au fléau (lu phylloxéra, enfin des essences propres au continent africain, telles que le figuier de Barbarie elle dattier. Sur les montagnes de l'Atlas lellien croissent de belles forêts, où les diverses variétés de chênes se mêlent à celles du cèdre et du thuya. Les Plateaux ont pour principale végétation des pâturages temporaires et des champs immenses à: alfa, espèce de roseau que l'industrie emploie maintenant pour la vannerie et la sparterie. Le Sahara algérien et tunisien, avec ses arbustes épineux, annonce le désert, mais n'est pas la région complètement déshéritée qu'on s'est plu à dépeindre longtemps. Les oasis, c'est-à-dire les localités qui ont une rivière ou des puits artésiens, produisent d'assez belles récoltes de blés., de fruits, de légumes, de dattes.

Comme animaux, l'Algérie-Tunisie nourrit de grands troupeaux de moutons, spécialement sur les steppes des Plateaux ; dans le Sahara, le chameau ; dans les parties montagneuses, la chèvre, Vâne, le mulet. Elle produit aussi dexcellents c/^ei'aax de race arabe. La pêche, entre autres celle du corail, prospère sur les côtes.

Les ressources minérales ne valent pas, d'ailleurs, celles de la flore et de la faune. Cependant, les montagnes de la zone côtière possèdent le fer, le cuivre, ie plomb argentifère, le zinc et le mercure. L'or fut exploité dans l'antiquité. Les eaux wmé/'rt/es jaillissent en sources précieuses, déjà connues et utilisées par les Romains. Les carrières de granit, de calcaire et de plâtre sont abondantes et nombreuses.

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