‹ La France et ses coloniesChapitre 130 sur 179 · II. — GÉOGRAPHIE POLITIôlE DE l'AlGÉRIE-TcNISIB · texte numérisé non relu

II. — GÉOGRAPHIE POLITIôlE DE l'AlGÉRIE-TcNISIB

Populations. — L'Algérie-Tunisie a été peuplée par des races très diverses. La plus ancienne paraît être la race berbère, plus répandue à l'est qu'à l'ouest. En Tunisie, elle est représentée principalement par les Kroumirs, montagnards nomades et pasteurs ; en Algérie, par les Kabyles, laboureurs guerriers du Djurjura qui habitent des villages jadis fortifiés, étages sur les pentes; par les Mzabites de l'oasis de Ghardaïa et les Chaou'i'a de l'Aurès. Ces populations intelligentes et braves, très laborieuses, sauf celles de

la Kroumirie, qui, naguère encore, vivaient de brigandages, furent refoulées vers les hautes terres qu'elles occupent, par les envahisseurs arabes, venus d'Egypte au vu*" siècle, qui leur imposèrent leur religion et, souvent même, leur langue. Les Arabes subsistent encore dans le pays, au nombre de 6 à 800000, cantonnés de préférence sur les Plateaux, surtout dans la partie occidentale de l'Algérie et, en outre, dans le Sud saharien, où ils mènent la vie nomade, groupés en tribus que gouvernent des caïds. Les Oiiled- Naïl^ à l'ouest de l'Amour, les Ouled-Sidi-Cheikh, au sud dumassif montagneux des Ksour, sont les plus importantes de ces tribus qui ne connaissent, pour la plupart, que la propriété collective. Des plaines littorales, leur premier habitat, les Arabes ont été chassés par un troisième ban d'envahisseurs, les Turcs, qui, aux xv® et xvi" siècles, fondèrent, de Tunis à Oran, de nombreux repaires de piraterie sur la côte. A ces trois éléments ethniques, il faut ajouter les Juifs, qui existèrent dès l'antiquité dans l'Afrique du Nord, mais dont la majorité est arrivée plus tard, venant d'Espagne, d'où les expulsèrent les persécutions du moyen âge et du xvi** siècle. Leur nombre, évalué à 80000, s'accroît rapidement, grâce à une très forte natalité. Assez malheureux sous les dominations arabe et turque, ils furent naturalisés en bloc en 1870, par un acte (arrêt Créraieux) du gouvernement de la Défense nationale. Du mélange des Berbères et des Arabes sont nés les Maures, qui forment une partie de la population indigène des villes. L'Algérie- Tunisie renferme enfin quelques nègres, éprouvés par une mortalité assez considérable sous ce climat qui n'est pas le leur. Au total, les indigènes de l'Algérie-Tunisie sont au nombre d'un peu plus de 5 millions et demi, dont 3700000 pour la seule Algérie.

La population européenne, bien supérieure par le rôle économique et moral, dépassait, en 1907, le chiffre de 800000 habitants. Les Européens des régions méditerranéennes s'acclimatent mieux que ceux du Nord. Mais les Français sont les plus nombreux (502 000, dont 35 000 en Tunisie^). Viennent ensuite 160 GOO Espagnols (surtout dans la province d'Oran), 130000 Italiens (surtout dans la province de Gonstantine et la Tunisie), 21 000 Maltais sujets

1» Sans compter la population militaire.

de rAnglelcrre, et 3à4 000 Allemands. Ainsi, notre grande colonie est peuplée, an total, d'environ 7'i 000 000 d'habitants, dont 5230000 pour l'Algérie et un peu plus de 1 900 000 pour la Tunisie. Ces chiffres marquent un accroissement considérable, depuis le début de l'action française en ce pays. Rien qu'en Algérie, pendant ces vingt-cinq dernières années seulement, relfectit" indigène s'est augmenté de près de 1 600 000. Mais la progression de l'élément français est relativement aussi forte, puisque, vers 1879, on ne comptait guère que 200 000 colons algériens de notre race, et que, pour la Tunisie, les statistiques de 1884 ne signalaient que 15 000 de nosémigrants. Devant de pareils résultats, on ne peut que bien augurer de l'avenir. Il n'en est pas moins nécessaire de surveiller avec soin l'immigration étrangère en ces pays, d'amener graduellement, mais avec ténacité, lassimilationdes Européens, Italiens, Espagnols, Allemands, Anglais, qui prospèrent sur le sol conquis par nous, qui restent en relations intimes avec leurs métropoles, par journaux, par achats et par ventes, qui deviennent volontiers Algériens, c'est-à-dire associés au bénéfice de notre œuvre, sans en supporter les charges, mais ne se hâtent pas de devenir Français. C'est là un danger aussi sérieux pour nos intérêts que celui, souvent invoqué, qui résulte du fanatisme musulman.

Histoire et organisation. — En 1830, au moment où les Français y débarquèrent, l'Algérie était politiquement fort morcelée. Les tribus kabyles et les Arabes s'administraient eux-mêmes, d'après les principes traditionnels du régime pali'iarcal. Les villes littorales étaient le centre de petites dominations, généralement turques. Quelques-unes, entre autres Alger, reconnaissaient la suzeraineté, au moins nominale, de la Porte. Entre ces différents groupes politiques, l'hostilité était presque permanente. Aussi la prise d'Alger (5 juillet 1830), suivie de l'abdication du dci), fut-elle un événement, glorieux sans doute, mais d'importance restreinte quant à la conquête de tout le pays. Pendant dix ans environ, la France, absorbée par sa politique intérieure, se borna à occuper les cités côtières (Oran, Bougie, Bône), pour garantir la possession d'Alger. Mais l'arrivée des étrangers, exaltant le fanatisme musulman, avait fait surgii un iman ou prophète parmi les indigènes, Abd-el-Kader. le

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chef de Mascara. Ouand le gouvernement de Louis-Philippe se fui décidé à Voccapalion étendue de l'Algérie, il fallut sept ans de guerre méthodique, traversés par des fortunes di\erses, pour amener la soumission de ce chevaleresque et habile ennemi (1847). Son esprit, d'ailleurs, survécut à sa défaite, suscitant dans le Sahara, dans la^vabylie et le Sud oranais, des imitateurs nombreux qui ne furent définitivement réduits qu'en 1880.

Mais, ensomme, l'Algérie était à peu près pacifiée et déjà très prospère, lorsque les brigandages des Krouniirs de la frontière tunisienne amenèrent la France à d'énergiques représentations auprès du bey. Il nous refusa toute satisfaction. Une courte campagne (1881) le contraignit à se soumettre, et la Tunisie devint ainsi une annexe orientale de l'Algérie. Les deux parties de l'Afrique française du Nord ne sont, du reste, pas gouvernées delà même façon. Après avoir connu bien des régimes successifs, l'Algérie est une colonie de domination directe, administrée aujourd'hui comme la France métropolitaine, si ce n'est que ses trois départements d'Oran, d'Alger et de Constantine * sont réunis sous la haute direction d'un gouverneur général. Le gouverneur général réside à Alger, de même que le général commandant le 19'' corps d'armée.

Le territoire de chacun des départements est divisé en deux zones : le territoire civil et le territoire militaire. Le lei-ritoire civil correspond à la région du Tell, où se trouve la majorité des colons européens. Il est administré par les préfètes et les sous-préfets. Le territoire militaire comprend la plus grande partie des Plateaux et le Sahara algérien. Un général le gouverne dans chaque département. Le département, qui forme une division militaire., se fractionne en subdivisions, chaque subdivision en cercles. Les cercles sont administrés dans le détail par les chefs indigènes, caïds

1. Dkpartemextd'Oran, chot'-lieu : Oran{ OiiOOO hab.), position militaire Irôs forte et premier port de l'Algérie; sous-préfectures : Mascara, Moslar/anein, Sidi-bel-Abbès, Tlemcen (300(I0 hab.).

Dkpaiitement d'Algeh, chef-lieu : ^/i5re/'( 154000 hab.), capitale politique l'I intellecluclli; de l'Algérie; sous-préfectures : Médéa, Miliana, OvléansviUc, Tiz't-Ouzou.

UÉi'ARïEMENT DE GoNSTANTiNE, chcf-licu : Constantiiie, marché dune riche plaine agricole qu'elle domine d'un rocher à pic (TjSOOO hab.); sous-préfectures : Bône (43000 hab.), l'H:iipon(^ des Romains, Bougie, Guelma, Philippecille, le porl de (Joustantine, Sélif, Baina<,

et cheiks, soumis au conlrùle des commandants militaires des bureaux arabes.

En Tunisie, pai/s de prolecloraL les actes du bey sont, notamment en matière de politique extérieure et d'administration militaire, sous la surveillance d'un résident général, assisté de six contrôleurs français. Les préfets indigènes ou caïds ne peuvent être nommés sans son assentiment. Une hiérarchie de tribunaux français a été créée pour les causes concernant les Français, les Européens et les indigènes en contestation avec les Européens. Un corps d'occupation détient les principaux points stratégiques et est chargé, surtout, de faire respecter la frontière méridionale de la Tunisie contre les pillards tripolitains toujours tentés de la franchir. Enfin, toute une œuvre scolaire a été entreprise pour hâter l'assimilation. Au surplus, les Tunisiens étaient mieux préparés que les Algériens, par la situation maritime plus accentuée de leur pays, à la domination étrangère. Aussi se sont-ils vite réjouis de leur association avec la France qui leur assurait, de jour en jour, plus de bien-être et de sécurité.

Tunis (^^T UOO hab.) est la capitale et ville la plus commerçante de Tunisie. C'est même le port le plus actif de toute l'Afrique française du Nord. Kairouan (25 000 hab.), la ville sainte du mahométisme en ces parages ; S fax (20 000 hab.), débouché des oasis; le Kef ei Gabès sont ensuite le mieux peuplées.

in. — DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE ET COLONISATION DE l'aLGÉRIE -TUNISIE.

Exploitation agricole. — L'Algérie-Tunisie, prospère dans l'antiquité et pendant les premiers siècles du moyen âge, dut à l'invasion arabe une longue décadence. L'occupation française l'a fait cesser et rendra, sans doute, au pays sa brillante fortune des époques carthaginoise et romaine. L'œuvre de la France, œuvre inachevée, du reste, a été, à la fois, morale et matérielle. Moralement, nous avons, d'accord avec toutes nos traditions coloniales, essayé de civiliser, d'instruire, d'assimiler les indigènes sans trop heurter leurs idées religieuses et leurs coutumes. Cette besogne d'éducation réussit île plus en plus avec les Kabyles et autres Berbères sédentaires. Elle entame peu les Arabes, plus fanatiques et irrésistiblement attachés à la vie nomade.

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La transformation matérielle de l' Algérie-Tunisie, depuis la conquête, est plus sensible.

Un premier effort de la colonisation a porté sur la mise en valeur des forêts et la reconstitution de celles qu'on avait d'abord volontairement détruites, parce qu'elles olï'raient une retraite aux insurgés et aux pillards, ou de celles qu'avaient consumées des incendies fréquents, dus à l'imprudence. Il a fallu ensuite remédier à l'insuffisance des moyens de transports, à l'absence de cours d'eau permanents, capables d'assurer le flottage des bois. On a donc percé de nombreuses routes et des sentiers qui ont permis de tirer un revenu régulier des montagnes boisées de la province de Constantine (Edough, Aurès) et delà Tunisie flvroumirie). Ces dernières, plus humidifiées, donnent maintenant un rendement bien supérieur à celui des forêts algériennes'.

Par suite d'améliorations, qui n'ont pas dit leur dernier mot, tous les genres de production agricole ont progressé. Les cultures céréales ont repris, dans le Tell, un rang digne de leur importance ancienne. Les blés algérotunisiens, très recherchés pour la fabrication des pâtes, et les maïs, commencent à être exportés en France. Il reste à améliorer les méthodes, trop rudimentaires encore, d'exploitation, pour refaire de ces riches pays ce qu'ils étaient à l'époque romaine, un « grenier de l'Europe v. Ce rôle de pourvoyeuse, notre colonie le tientdéjà, sur le marché français, en ce qui concerne la production des plantes mai-aîchères el des primeurs, cultivées dans les basses vallées. Les culturesarborescentesoni pris plus d'importanceencore. Les oliviers àe la région maritime donnent près de 500 000 hectolitres. Figuiers, orangers, citronniers, grenadiers, arbres fruitiers de toute espèce couvrent chaque jour plus d'espace. Mais l'extension de la culture du dattier, principale ressource des oasis méridionales, notamment dans la région de l'Oued- Rhir% a été aussi particulièrement remarquable. Onant au vignoble, chaque jour accru, son rendement total a quadruplé depuis 1885 ^ Tant pour la valeur que

1. Forèls de chênes-lièges en Tunisie : 80 000 hectares. Revenu: 4 raillions de francs.

2. De 1860 à 1880, le nombre des arbres s'y est élevé de 360 000 à .ois 000.

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