CHAPITRE IV
LES COLONIES DE l'aTLANTIOUE. — GABON ET CONGO FRANÇAIS.
Sommaire.
Description physique du Gabon et, du Congo français. — Aptitudes naturelles. — Population, organisation, rtat économique, avenir. — Région du haut Oubanghi, du Chari et du Tchad.
Description physique. — L'histoire de la fondation de cette colonie est simple et grandiose. Depuis 1839, nous occupions l'estuaire du Gabon ; depuis lS6'i, l'embouchure de l'Ogooué. Savorgnan de Brazza, officier de la marine française, envoyé en mission (1875-1883) dans ces parages, trouva, par les vallées de TOgooué et les affluents de droite du Congo, une route vers le cours moyen du grand fleuve, pour suppléer à la navigation du cours inférieur encombré de rapides. Ultérieurement, des explorations, dont les résultats ont été sanctionnés par des accords diplomatiques, ont ouvert à l'action française les régions du Chari (route du Tchad) et du haut Nil. La superficie de l'établissement ainsi formé peut être évaluée, en ce qui concerne le domaine direct, à 720 000 kilomètres carrés.
Le pays, plat sur les cotes, s'élève progressivement par des terrasses schisteuses [monts de la Mitre, monts de Cristal), d'une altitude de 800 à 1 500 mètres, jusqu'aux plateaux ondulés qui constituent le relief inférieur de l'Afrique australe. Le climat, essentiellement tropical, est caractérisé par la chaleur moite de l'atmosphère, extrêmement pernicieuse aux organismes européens. Il comporte, dans la zone médiane, sous l'équateur, des pluies quotidiennes; partout ailleurs, des pluies de saisons (été vers le nord, hiver au sud), d'une durée variable, mais toujours abondantes. Au Gabon, la moyenne annuelle des précipitations est de 2",80. Peu de régions sont aussi riches en cours d'eau. Le Gabon n'est qu'une Gironde, un estuaire qui réunit les eaux du Komo et de la Ramboé, mais très pénétrant, large et profond comme une mer, sur 100 kilomètres de longueur. L'Ogooué (1 200 kil.), grossi de la Passa, naît à inoins de 200 kilomètres du Congo, sur les plateaux
intérieurs, et y coule paisiblement, au milieu de savanes herbeuses, et pendani longtemps, puis il Iranchil les montagnes bordières par des gradins el des rapides qui, par malheur, commencent à 400 kilomètres environ de Fembouchure. Sur la lisière littorale, il roule, majestueux el lent, un volume moyen supérieur à celui du Pdiône ou du Pdîin en temps de crues (^10 000 mètres cubes à la seconde), jusqu'à son vaste delta de 4 800 kilomètres carrés, qui a fini par former la péninsule du cap Lapez. Le Koiiiloii iôOOkil.) est encore un fleuve à cascades, mais beaucoup moins encombré que le précédent, et dont la source n'est séparée de l'artère congolaise que par une distance de •25 lieues. Par VAlima, dont le cours supérieur continue rOgooué dans l'intérieur, des embarcations légères peuvent gagner le Congo moyen, la grande artère navigable de l'Alrique équatoriale, dont nous possédons la rive droite depuis son confluent avec i'Oubanghi jusqu'au poste de JManvanga. Large de 3 à 18 kilomètres, le Congo s'éparpille en faux bras ou >' marigots » innombrables et va même jusqu'à former le marécage du Stanlei/ Poo/qui mesure près de 2 10 kilomètres carrés de surface. Sur sa rive droite française, il reçoit, outre l'Alima, une foule d'affluents qui sont autant de routes vers les pays plus septentrionaux du Tchad et le domaine du haut Nil. Le premier de tous est VOiihanghi qui, augmenté de VOaellé et navigable pendant près de 500 kilomètres, avec une largeur de 3 à 5 kilomètres, parcourt l'immense territoire encore mal connu, intermédiaire entre Congo et Nil, où il sert de limite orientale à notre domaine. Le Congo, en eaux moyennes, peut rouler jusqu'à 50 et 60 000 mètres cubes. C'est un des phénomènes les plus grandioses de l'hydrographie terrestre.
A l'exception de quelques saillies montagneuses comme le cap San Juan, le littoral du Congo français est une terre basse, où les palétuviers et les mangliers poussent vigoureusement dans les vases mouvantes qu'y déposent toutes ces rivières. Il ne présente que trois découpures : baie de Corisco, d'ailleurs entre les mains de l'Espagne, estuaire du Gabon, la meilleure de toutes, où la profondeur peut atteindre 8 mètres, et baie de Nazareth.
Aptitudes naturelles. — Les ressources végétales sont celles du Soudan : palmier à huile, bois de construction et
d'éhénisterie, lianes à caonlchoiic et plantes médicinales de la forêt vierge ; tabac, manioc et riz, arachides, indigo, clans les clairières. Le coton réussit mal à cause de l'excès triiumidité, plus favorable aux cacaos, à la vanille, au café, bref, aux fortes essences de la Malaisie et des Antilles. Les grands pachtjdermes, fournisseurs d'ivoire, vivent dans les savanes du Sud. Du reste, comme le Soudan, le Congo ne paraît d'une fécondité vraiment remarquable que dans les parties forestières, où la décomposition des débris végétaux entretient une couche de terreau prodigieuse. Mais, précisément, ce sont les zones où la mise en culture sera le plus difficile.
Population, organisation, étatéconomique, avenir. — Cinq à six millions assez clairsemés de Ba ni ou, në<^rcs fétichistes, fort arriérés, mais assez intelligents et doux, peuplent notre colonie. Les Loango, sur le littoral, les Pahouins, dans la région de l'Ogooué, les Bafourou, dans celle du Congo, et. sur les plateaux intérieurs, les Bateké forment les principales tribus. Les agglomérations principales du Congo français ne sont que des postes sur les principales routes. Les plus importants sont, sur la côte, Libreville, bon port, mais très insalubre, sur l'estuaire du Gabon ; Cap-Lopez, créé par Brazza à l'embouchure de l'Ogooué; Loango, vieille cité d'origine portugaise, près de celle du Kouilou. Dans l'intérieur, Lastoursville surveille l'Ogooué ; Franceville garde la route entre Alima et Passa ; Brazzaville, devant le Stanley-Pool, est notre principale station sur le Congo.
Le Congo français traverse encore sa période d'organisation. Les cultures, pratiquées par une population arriérée et peu laborieuse, suffisent à peine aux besoins locaux. L'élevage est contrarié par la présence de la tsé-tsé. Le trafic européen portera donc longtemps encore sur les produits spontanés de la forêt, le caoutchouc, l'huile de palme et l'ivoire, d'ailleurs en décroissance. Le grand besoin, c'est l'amélioration des fleuves, la création de routes et de voies ferrées pour doubler leurs rapides, l'établissement de rapports plus fréquents avec la métropole. Actuellement, le mouvement commercial oscille entre 6 et 7 millions de francs au plus. Il faut, du reste, se rappeler la ressemblance de la production congolaise avec celle du Soudan.
C'est donc moins à sa valeur propre qu'à sa situation comme débouché maritime des riches et populeuses régions de l'Afrique équaloriale et du Soudan oriental que notre Congo devra son avenir.
Le Congo français a fait en 1907 un commerce de plus de 15 millions d'importation et de 19 millions et demi d'exportation. Ce qui a donné un essor nouveau au trafic, jusque-là stagnant, de notre colonie, c'est l'octroi de nom-
Fig. 27. — Préparatifs do départs d'un convoi de pirogues sur
rOubanghi.
(Mission Foureau-Lamy.)
breuses concessions territoriales à des compagnies de colonisation qui se chargent de mettre en valeur quelques parties de cet immense domaine.
Région du haut Oubanghi, du Chavi et du Tchad.
Du moins, si la France n'a point sa liberté d'action commerciale dans la portion du bassin du Congo qui lui est échue, elle a acquis, en ces dernières années, dans les pays du haut Oubanghi, du Chari et du Tchad, un important
domaine. Enfin l'accord diplomatique signé avec l'Angleterre, après l'évacuation de Fachoda, nous a laissé le Ouadaï qui, d'ailleurs, n'est pas encore complètement reconnu ni soumis. Dans la région du Chari et du Tchad, c'est l'action convergente de la mission Gentil venant des pays congolais du Sud, et de la mission Lamy venant du Sahara, puis des contingents pris dans le corps de troupe de la mission Voulet-Chanoine, qui a déterminé le succès. En 1897, le vapeur le Léon-Blot descendait le Chari jusqu'au lac Tchad. En 1889, les troupes de Rabah massacraient la mission Bretonnet. Le 22 avril 1900, le conquérant noir était battu et tué à Kousseri ; mais notre victoire était cruellement obtenue par la mort du commandant Lamy.
Ces pays, qui sont des marches de notre colonie du Congo vers le désert, sont désormais d'un accès assez facile par l'Oubanghi, la Kémo, affluent de l'Oubanghi, le Gribinghi, qui est une des branches du haut Chari, enfin le Chari. A mesure que l'on s'éloigne des pays du Congo, le climat devient plus sec, moins énervant pour les Européens. Il semble qu'il y aura là des ressources précieuses pour des cultures analogues à celles de nos pays des bords de la Méditerranée et l'Algérie-Tunisie. Mais leur organisation est à peine ébauchée et leur reconnaissance inachevée encore. Il n'y aura là un ensemble vraiment précieux que le jour où sera réglée la question du Ouadaï. Enfin la jonction entre ce domaine et nos possessions du Niger par le cercle de Zinder se fait encore dans des conditions très difficiles. L'usage du bas Niger, qui nous a été concédé, en vertu des traités longtemps méconnus par la Compagnie royale anglaise du Niger, est à peine une atténuation à notre manque de communications faciles avec les pays du Tchad et du Chari. Il en faut attendre le développement non pas de la constitution, coûteuse assurément, ruineuse peut-être, d'un chemin de fer transsaharien, mais de la mise en relation, depuis que notre frontière vers le Sokoto a été rectifiée, avec le réseau de routes et de voies ferrées de notre Afrique occidentale. Dans ces pays, ce sont les Anglais qui, grâce à la convention que nous avons signée avec eux en 1890, sont les maîtres de la vraie route, c'est-à-dire de la Bénoué et du Ijas Niger.