CHAPITRE VI
Colonies de l'océan Indie.x.
vSoMMAIRE.
Côte des Somali. — La Ri-union. — Madagascar. — Découverte, coJoni sation et annexion. — Géographie physique. — Ressources et miseen valeur. — Saint-Paul et Amsterdam.
Aperçu général. — L'océan Indien faillit, comme l'Atlantique, devenir pour nous le théâtre d'une belle expansion coloniale. Nous fûmes de bonne heure les maîtres des archipels du Sud-Ouest, de Bourbon, de Maurice, de Mada gascar, des Seychelles. La Bourdonnais s'illustra dans ces parages et ravitailla souvent ses navires dans les ports d& la grande île malgache. Dupleix nous donna l'Inde. Les guerres de la fin du xvni" siècle, de la Révolution et de l'Empire nous ont fait perdre nos deux plus précieusescolonies, l'Inde et Maurice ou île de France. Aujourd'hui il nous reste trois groupes de possessions : 1° les Postes de ta mer Rouge ou Colonie de la Côte des Somali ; 2° la Réunion et les pays protégés ou soumis de Madagascar et des Comores ; 3" les Comptoirs indiens.
l. — Mer Rouge.
La France a acheté, en 1862, à des sultans indigènes, la rade d'Obock et le territoire avoisinant, du ras Doumeïra, au nord, le ras Ali, au sud. Le nouvel établissement fut négligé jusqu'en 1883, époque à laquelle la France, sur le point de faire la guerre à la Chine, se vit fermer par les Anglais le port d'Aden. On décida alors de faire d'Obock un point de relâche et un centre de ravitaillement pour nos navires. En 1882, la baie de Tadjoura/i fut déclarée pays de protectorat. Des agrandissements successifs nous ont assuré, en ces parages, une superficie d'environ
120 000 kilomètres carrés. Nous avons, d'autre part, des droits réservés sur le territoire arabe de Chcik-Saïd, en face des canons anglais de Périm.
Notre domaine de la « Côte des Somali », comme on l'appelle officiellement, est une suite de plateaux rocailleux et ravinés, dominés à l'ouest par des massifs volcaniques de IGOOO à 17000 mètres. La saison pluvieuse est très courte et le climat, réglé par les vents du désert arabique, est un des plus secs et des plus chauds du monde. Les fleuves n'existent qu'à l'état aVonadi. La côte, sablonneuse et peu articulée, offre pourtant, avec la baie de Tadjourali, une assez belle ouverture, fermée par les îles Moucha. Pas d'autres productions que celles de la flore désertique. On cherche à créer des oasis par des forages de puits.
Faiblement peuplée par des Sémites, les Somali, les Galla, les Dana/iil, et des Arabes, pasteurs à l'intérieur, marchands ou pirates sur la côte, la région d'Obock n'a que '20000 haliitanls. Par la position de sa nouvelle capitale, Djibouti, k proximité de la populeuse oasis de Jlarrar, du Choa abyssin et du Somal, elle est devenue le débouché d'assez actives relations de caravanes. En temps de paix, elle fournit aux navires des points de ravitaillement précieux. En temps de guerre sa valeur sera moindre, tant que l'Egypte et le canal de Suez ne seront pas redevenus libres en fait comme en droit. C'est précisément ce qui double l'importance du groupe de Madagascar.
Notre colonie de Djibouti a pris une importance de plus en plus grande, à mesure que l'on a prolongé vers l'intérieur la voie ferrée qui atteint Harrar, puis la grande ville éthiopienne de Addis-Ababa. La construction de cette voie ferrée avait été confiée, par convention avec Menélick II, à des ingénieurs français.