I. L'iNnO-CHINE FRANÇAISE
Historique. — L'Empire français d'Indo-Chine se compose de la Cochinchine, colonie proprement dite, du Tonkin, que nous administrons par l'intermédiaire des fonctionnaires indigènes, des i-oyaumes du Cambodge et d'Annam placés sous notre protectorat. La superficie totale de ces vastes territoires est évaluée à 530000 kilomètres carrés. Notre établissement dans ces parages remonte à 1858, époque où les brutalités de l'empereur d'Annam contre nos missionnaires et négociants provoquèrent une première intervention à main armée. En 1862, l'Annam cédait à la France trois provinces de la basse Cochinchine, Peu de temps après, le Cambodge acceptait notre protectorat (1863) et, cinq ans plus tard, la France annexait trois nouvelles provinces à l'embouchure du Mékong, dont on voulait faire une route de pénétralion vers la Chine du Sud. Mais le lieutenant de vaisseau Francis Garnier, convaincu que le fleuve Rouge ouvrait vers ce but une voie plus courte, essaya d'installer au Tonkin notre influence. Après d'héroïques triomphes, il mourut assassiné (1873), et le Tonkin fut évacué, sur la promesse formelle faite par l'Annam d'ouvrir la région au commerce français. Une petite garnison avait été laissée dans Hanoï. Son commandant, Rivière, ayant été massacré, alors eut lieu contre l'Annam d'abord, contre la Chine ensuite qui voulait défendre l'Annam en qualité de suzeraine, une série d'expéditions pénibles (1883-85) qui aboutirent à l'installalion du protectorat français à Hué et Hanoï.
Géographie physique. — Le relief général de l'Indo- Chine, détaché du relief chinois, se compose de plusieurs soulèvements montagneux longitudinaux, inclinés graduel-
lement vers le stid et dans rinlervalle desquels se développent des vallées fluviales qui, étroites au nord, s'élargissent au sud, en vastes plaines. L'ensemble d^s possessions i'rançaises représente une courbe dont la convexité serait tournée vers l'est. Aux deux extrémités, les plaines alluviales du Tonkin et de la Gochinchine s'étalent dans l'intérieur jusqu'à 150 cl 3U0 kilomètres du littoral. Au contraire, dans la section centrale, la plus renflée de la courbe, les montagnes s'avancent presque jusqu'à la mer, dont elles ne sont séparées que par une étroite lisière de terrains bas. Les plus remarquables de ces hautes terres sont : les plateaux du Tonkin (1 000 à 1 500 m. i, qui entourent le delta du fleuve Rouge d"un hémicycle de montagnes ; sur la rive droite du fleuve Rouge, les chaùies et terrasses du Phou- Anma (1500 à 3 000 m.), qui séparent le versant du golfe du Tonkin de celui dugolle de Siam; le plaleaud'Annam, étroit et allongé en arc de cercle du nord au sud et boursouflé par le Phou-San "2 765 m.), les monls Boloven et le pic volcanique de Lagrée (1 000 m.) ; le massif de la Mèreel l'Enfant {"2100 m.); enfin les plateaux de la Gochinchine septentrionale et du Cambodge, du reste faiblement relevés ^800 à 1400 m.).
Le climat e&l expliqué par l'exposition et l'altitude; mais on ne doit pas négliger non plus les dilférences de latitude, f[ui sont notables, puisque, entre Saigon, par exemple, et le nord du Tonkin, il y a près de 15 degrés de différence, c'est-à-dire la distance qui sépare Biskra d'Amiens, la France septentrionale du Sahara algérien. L'année se partage en deux saisons : la saison de la mousson du sud-ouest, d'avril à octobre, chaude el humide (jusqu'à 2'°,10 de ])luies annuelles à Saigon), malsaine pour l'Européen, et la saison sèche de la mousson du nord-est, d'octobre à mars ou avril. Les contrées les plus chaudes sont les terres basses et marécageuses des deltas, le bas Tonkin où la moyenne thermométrique atteint à Hanoï -f-24°, et, surtout, la basse Gochinchine où la température, encore plus élevée, varie entre + 20° et -j- 40°.
Deux grands fleuves, nourris par ces précipitations abondantes, arrosent notre Indo-Chine. Le Mékong ou Cambodge, exploré par Doudart de Lagrée et Garnier, vient des glaciers du Kouen-Lun chinois et touche au Cambodge, après avoir franchi par de formidables cascades les gradins
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du plateau siamois. Il rencontre sur notre territoire, un certain nombre de rapides que la navigation à vapeur, après queli{ues travaux, pourra Iranchir; puis, à Pnom- Penli, envoie un bras au grand lac marécageux du Tonlé- Sap. En Cochinchine, il se ramifie de plus en plus et finit sur un delta large de 600 kilomètres. Son débit moyen atteint 50 à 60 000 mètres cubes et sa profondeur est
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P\^. 28. — Une l'ue iiidigùiie à Hanoi. (Coninuiniiiué par V Office colonial.)
élevée de \'l mètres par les crues périodiques d'été. Le fleuve Rouge ou Song-Koï descend des plateaux du Yunnan, par des ravins profonds. Il devient tonkinois à 600 kilotriètres de la mer, coulant encore jusqu'à Than-Ouan entre des montagnes forestières très resserrées. Entré en plaine, il reçoit, à droite et à gauche, ses deux grands aftluents, la rivière Noire et la rivière Claire. En aval de Sonlay commence le Delta, dont le bras principal, relié aux autres par d'innombrables chenaux, baigne Hanoi et communique avec la seconde grande artère du Tonkin, le Thaï-Binh ou Song-Cau, qui arrose Ilaï-Phong, le grand porl de la région. .Sur la mer, le Délia présente un front de plus de 30 lieues et ses ramifications les plus importantes sont très profondes.
Comme le Mékong, le Song-Koï est, d'ailleurs, soumis aux phénomènes des crues périodiques.
En Cochinchine et au Cambodge, le littoral est bas et peu articulé. Sa'igon, sur la rivière de ce nom, est reliée aux bouches du Mékong grâce à un canal. La côte d'Annam, plus constamment rocheuse et échancrée, offre des abris du même genre, aux bouches des rivières. La baie de Hué, mais surlout celle de Toiirane, vaste rade naturelle circulaire, sont des plus remarquables. Le littoral du Tonkin est assez élevé et découpé au nord du Delta, où se trouve la rade d'Along, séjour de nos escadres. Au débouché du Delta, il est naturellement plat. Les ports, nous l'avons vu, sont situés sur le cours inférieur du fleuve Rouge.
Bien que située dans la zone tropicale, comme le Soudan, le Congo et les Antilles, la région indo-chinoise ne fait double emploi avec aucune de nos autres colonies. C'est que ses moussons lui donnent un régime particulier et lui assurent une flore originale. Terre mixte, comme son nom l'indique, entre le monde indien et le monde chinois, elle en réunit les produits les plus précieux. Los forêts présentent, à côté de Varbre à vernis de la Chine, Varhre à cachou^ le teck, Vébénier, le santal, le bambou, vingt autres essences indiennes, utilisables pour la construction et pour l'ébénisterie. Ces forcis sont pleines d'une faune très variée qui offre le même caractère mixte. Grands fauves et pa<;hydermes de l'Inde y pullulent, à côté de ruminants et de volatiles d'origine chinoise. Ce sont là les ressources des zones montagneuses. Les cultures, sur les plateaux et dans les plaines, fournissent le blé, le café, la canne à sucre, le tabac et le bétel, le coton, Vindigo^ de nombreuses espèces de palmiers et de bananiers, comme dans l'iiindouslan ; le thé, le mûrier, et, dans les parties basses, le riz, comme en Chine. Les animaux domestiques sont représentés par des espèces multiples et nombreuses.
Les produits minéraux ne sont pas moins abondants. Les régions montagneuses, surtout celle entre le bas Tonkin et le Yunnan, renferment d'admirables gisements miniers et de toute espèce : fer, cuivre, plomb, étain, zinc, antimoine, h'or se trouve dans les vallées du fleuve Rouge et de la rivière Noire; Vargent, dans la province de Thanlioa (Tonkin). Enfin les dépôts houilters couvrent, à une
courte distance de toutes les côtes, une superficie évaluée à plus de 10 000 kilomètres carrés. Ainsi la nature a prédestiné cette grande colonie, dont la conquête peut nous consoler de la perte de l'Inde, à l'industrie comme à l'agriculture.
Population. — La population de l'Indo-Chine française, exception faite de quelques tribus sauvages de Tintérieur ', appartient à deu.N; races, les Annamites et les Cambodgiens. Les Annamites (Tonkin, Annam, Cochinchine), apparentés au rameau chinois de la famille mongolique, sont de petite taille et de faible musculature. Les Cambodgiens ou A'/z/ner représentent probablement un métissage d'Hindous avec les populations primitives, aujourd'hui disparues, de la presqu'île. En tout cas, ils ont subi profondément l'influence hindoue, comme en témoignent les grandioses monuments de leur ancienne architecture. Annamites et Khmer pratiquent généralement le boudhisme. Un vingtième environ d'entre eux sont catholiques. Tous sont, en général, d'une vive intelligence, mais indolents €t dissimulés. Les Chinois, commerçants et banquiers, sont très nombreux dans les, cités. Quant au nombre, il est évalué à 13 millions d'hommes, avec une densité très variable.
Régions et villes. — Gouvernement. — La Cochinchine
(60 000 kilomètres carrés), ancien golfe ensablé par les alluvions du Mékong, comprend, d'abord, le long de la côte, une bande de boues liquides, dont les mangliers et les palétuviers forment la seule végétation et oi^i ne séjournent que les pêcheurs ; puis de vastes plaines très arrosées et couvertes de rizières ; enfin une zone un peu plus accentuée, formée par les dernières ondulations du système indochinois et que recouvrent des cultures variées. Le chef-lieu est Saigon (51000 hab. avec sa banlieue), sur la rivière de Saigon. Autre ville importante : Cholon{i^OOOO hab.j, reliée à Saigon par une voie ferrée, ville toute chinoise, grand centre de commerce.
Le Cambodge (105000 kilom. carr.) se présente sous
1. Cham de la Cochinchine septentrionale, Moi de l'Annam, Muong des montagnes tonkinoises.
l'aspect d'une série de plaines fertiles, ondulées vers les extrémités du pays, plates et basses sur les deux rives du Mékong. Il a pour capitale Pnom-Penh (30 000 hab.), résidence du roi protégé de la France, sur une dérivation du Mékong.
L'Ânnam (260 000 kilom. carr.), beaucoup plus développé du nord au sud que de l'est à l'ouest, comprend une lisière littorale cultivée et des montagnes ou plateaux forestiers. C'est nécessairement le rivage qui attire et condense la majeure partie des habitants. La grande ville est la résidence impériale de Hué (50 000 hab.), située près delà mer, à peu de distance du merveilleux port de Tourane.
Le Tonkin (150 000 kilom. carr.), qui borde le golfe du même nom, est, comme l'Annam, à la fois plaine et montagne. jMais la plaine, en parlie deltaïque, y est beaucoup plus large. C'est, comme le rivage annamite, grâce à sa prodigieuse fertilité et au voisinage de la mer, une terre surpeuplée dont la densité kilométrique atteint 300 et même 400 habitants. La montagne, au contraire, peu accessible et boisée, est, malgré la richesse de ses mines, un quasi-désert. La capitale du Tonkin esti/onoï(150000 hab.), sur le bras principal du Song-Koï, à 85 kilomètres de la mer, par le canal des Bapides. Nam-Dinh (50 000 hab.) est la seconde ville, très en progrès depuis quelques années, comme Hanoï. Haï-Phong (150 000 hab.), sur le Taï-Binh, est le grand port de la colonie.
Ces quatre grands pays forment un seul organisme politique dont le chef, en résidence à Saïgon, administre, comme goiirerneiir général, les pays de domination directe et contrôle, comme résident général, l'administration indigène des pays vassaux. Il est assisté, selon les cas, de lieutenants-gouverneurs et administrateurs coloniaux ou de résidents.
État économique et avenir. — LIndo-Chine française est, par excellence, un pays agricole et, depuis des temps immémoriaux, les plaines fluviales fournissent aux entreprises agronomiques une très belle rémunération. Sur les. plateaux intérieurs, malgré d'abondantes ressources végétales, l'exploitation ne s'est encore attaquée, faute de
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routes, qu'à la lisière des forêts, plantée surtout en bambous, dont le commerce tire, il est vrai, un parti fructueux. La culture du riz, dans les alluvions du Tonkin et de la Cochinchine, est assez prospère pour défrayer une importante exportation vers la Chine, l'Inde et l'Europe. L'acclimatation des plantes alimentaires a donné de bons résultats, surtout au Tonkin. La vigne môme commence à faire son apparition dans notre colonie. La culture du tabac, sollicitée par la consommation locale, se répand très vite, de même que celle du coton, du thé, du café, des épices. D'ores et déjà, on récolte une grande quantité de canne à sucre, chanvre, indigo, arachide, gomme laque. Le mûrier produit depuis longtemps des résultats satisfaisants. Ainsi, grâce à la fécondité du terroir et à l'abondance des pluies, les zones moyennes et basses de notre colonie, malgré l'indolence inhérente à l'indigène, sont en bon état de prospérité. Le rôle de la colonisation française paraît devoir consister à initier le pays aux bonnes méthodes agronomiques et aux grandes entreprises agricoles. L'élevage attire à juste litre l'attention de nos émigrants. Car les races locales, surtout les bœufs cambodgiens, sont aussi remarquables comme bêtes de boucherie que comme bètes de trait. Il y aurait, de plus, un magnifique parti à tiier de la production des volailles. Quant à la pêche, c'est, là-bas, un art véritable qui, sur les bords du seul Tonlé-Sap, nourrit plus de 12 000 personnes.
L'Indo-Chine, outre sa richesse en produits minéraux et en plantes textiles, est aussi préparée à devenir un pays de grande industrie par les qualités de patience, d'adresse, d'ingéniosité dont les populations font preuve dans les fabrications manuelles (céramique, poterie, sculpture sur bois et ivoire, marqueterie, fabrication des bronzes, broderie, etc.). Du reste, le travail industriel, au sens européen et moderne du mot, n'en est encore qu'à ses débuts. La houille est extraite en Annam (7o;;/'a/2e) et au Tonkin [lione-gay et Kebao) par des compagnies françaises qui emploient des travailleurs annamites et approvisionnent déjà les navires de passage. Mais l'exportation de ces charbons sera forcément limitée par la concurrence des charbons si abondants de la Chine. Au point de vue métallurgique, le fer, l'étain, mais surtout le cuivre, déjà extrait, d'une façon toute rudiraentaire, par les indigènes,
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ont fait, depuis le début de la domination française, l'objet d'une centaine de concessions minières dans le seul Tonkin. Il n'est pas douteux que toutes ces entreprises prospéreront, dès que l'épargne métropolitaine montrera plu» dempressement à les subventionner.
Notre Indo-Chine n'aura vraiment sa pleine valeur que le jour où des voies de communicalion rapide rendront ses diverses parties solidaires les unes des autres. C'est ce qu'a comprisl'un de ses gouverneurs généraux, M. Doumer, qui a fait étudier un système complet de voies de communication et en a hâté autant que possible l'exécution. Les explorations du lieutenant de vaisseau Simon sur le Mékong, du lieutenant de vaisseau Escandc sur le fleuve Rouge ont déterminé les conditions d'un emploi rationnel des deux grands fleuves d'Indo-Chine. Le Mékong est régulièrement remonté de Saigon à Pnom-Penh sur 442 kilomètres par les paquebots des Messageries Fluviales de Cochinchine. Grâce à l'installation d'un chemin de fer de transbordement, de l'île de Khon la navigation a pu être prolongée jusqu'à Pak-Moun et à Savannaket. A l'époque des hautes eaux, la ligne de Savannaket à Vien-Tian, soit 480 kilomètres, est parcourue dans d'assez bonnes conditions. Enfin il y a un service de pirogues menant en une quinzaine de jours de Vien-Tian à Luang-Prabang. Le fleuve Rouge, comme le IMékong, n'est commercialement utilisable quependantla périodedes hautes et desmoyennes eaux; mais des transactions à peu près constantes s'y font par des jonques indigènes.
Ces difficultés ont fait adopter un plan général de communications par voies ferrées qui se subslituerontau réseau de routes que l'on a dû construire toutd'abord. La Cochinchine sera mise en rapport avec le Cambodge par un chemin de fer menant de Saigon à Pnom-Penh; il est question de prolonger cette ligne jusqu'à Banckok, capitale du Siam, en passant par Baltanbang. Il est vrai que l'exécution de ce projet risquerait de faire tort au port de Saigon en faisant trop de bien au port concurrent de Banckok. La Cochinchine sera mise en rapport avec les confins d© l'Annam par un chemin de fer qui est en construction dans la direction du plateau de Lang-Bian, haut de 1600 mètres, où l'on établit un sanatorium ; de là cette voie ferrée sera prolongée jusqu'au port annamite de Qui-Khon. Du port
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de Oui-Nhon, uneaulre ligne est projetée dans la direction du Mékong-, par la ville importanted'Attopeu. Les chemins de fer de Cochinchine seront prolongés en Annam jusqu'à Tourane et Hué ; Hué sera en rapport par une autre ligne avec Vinh ; de là la grande ligne indo-chinoise gagnera Hanoi par Nam-Dinh. On étudie une jonction de la grande ligne côtière annamite avec le Laos vers Luang-Prabang. Enfin les chemins de fer tonkinois seront poussés vers le& provinces chinoises voisines. Une de ces lignes est déjà fort avancée, qui de Hanoï gagne Nacham en Chine par Langson ; elle atteindra bientôt Long-Tchéou dans le Kouang-Si. Plus importante encore est la ligne qui, de Hanoï^ suit la vallée du fleuve Kouge jusqu'à Man-Hao par Lao- Kay et deviendra, il faut Tespérer, l'amorce de grandes lignes qui desserviront le Yu-Nan et peut-être la riche province du Zet-Schouen. Le Tonkin lui-même sera mis en rapport direct avec le Laos.
On peut s'étonner qu'une grande voie ferrée parallèle au rivage ait été projetée entre la Cochinchine et le Tonkin par l'Annam; car il est évident que les transports considérables de marchandises qui se font entre ces trois pays qui ont besoin les uns des autres emploieront beaucoup la voie du cabotage. Mais il ne faut pas oublier que notre empire d'Indo-Chine est une colonie digne et capable de faire envie, et qu'en cas de guerre, si notre flotte était inférieure en nombre à l'ennemi ou obligée de borner son action aux mers d'Europe, la facilité des communications rapides entre les diverses parties de notre empire serait le gage d'une résistance eftlcace et d'une victoire moins coûteuse.
Déjà le commerce de l'Indo-Chine atteste la vitalité de l'œuvre française inaugurée en 1885. Il n'était que de 140 millions en 1891 ; en 1900 il atteignait le chiffre de 34-2 millions; il est maintenant supérieur à 400 millions. La Cochinchine et le Cambodge, surtout la Cochinchine, comptent dans ce total pour près de 230 millions, le Tonkin pour 120, l'Annam et le Laos pour le reste. Par malheur, la part de l'étranger est encore plus grande que celle des Français dans cette colonie française, notamment celle du commerce allemand : cette part est d'environ 250 millions. On espère modifier celte condition défavorable en organisant, par une loi spéciale (lui a été promulguée, une marine
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indo-chinoise auxiliaire de la marine française eL dotée comme elle d'encouragements et de primes.
Bien plus encore que cette mesure, le progrès des concessions agricoles et industrielles à des Français assurera notre prépondérance. Il y a aujourd'hui environ 8')0 concessions accordées en Indo-Chine et représentant une surface de 400 000 hectares; le nombre des colons français va croissant.
Enfin, il ne sera pas inutile de surveiller, sans manquer en rien au devoir d'humanité, les dangereux empiétements des Chinois, qui tendent à accaparer le commerce dans notre colonie. On n'est tenu d'accorder des avantages à une communauté étrangère dans la communauté française que si cette communauté consent à s'y fondre et à s'en rapprocher, au lieu de rester constituée à part; sinon, on l'ait le jeu de l'étranger et l'on dépossède indirectement les Français.