II. — Nocvelle-Calédonie et dépendances
Description physique. — La Nouvelle-Calédonie, découverte en 1774 par le grand navigateur Cook, et occupée par la France en 1853-54, au moment même où l'Angleterre allait l'annexer, fut placée d'abord sous la dépendance du gouverneur de Taïlï. Le groupe qui se compose de la Nouvelle-Calédonie proprement dite, des îles Loyalty, de l'f/e t/es P//JS, etc., couvre une superficie de 21 000 kilomètres carrés.
L'île principale, mince ellipsoïde orienté du nord-ouest au sud-est, mesure 18 500 kilomètres carrés (c'est-à dire un peu plus de deux fois la Corse^ de surface, 300 kilomètres de longueur et 60 de largeur moyenne. Le sol, composé, sauf au sud-ouest, de terrains primitifs et primaires, est très accidenté, hérissé de massifs montagneux, qui se développent en tous sens et sont séparés par de profondes entailles {piton de Panié, 1642 m. ; Humboldt, 1634 m. ; mont Saint-Vincent, 1445 m.). Vers le sud, le relief, moins fractionné, mais toujours élevé, s'étale en vastes plateaux. Le climat, tropical parla division de l'année en deux saisons, Tune chaude et plus humide (de novembre à mars), l'autre fraîche et plus sèche (d'avril à octobre), est cependant salubre, en raison de l'influence de la mer et du relief, et
racclimatation des Européens est aisée. Malgré l'abondance de l'humidité, les fleuves, dont le principal est le Diahol (100 kilom.), sont contrariés par la structure du sol et ont peu de développement, peu de profondeur. Torrents précieux pour l'irrigation et la pêche, ils ne peuvent guère servir à la pénétration. La richesse des découpures littorales (baies de Canala, cVIIarcoiirt, de Bourail, rade de Nouméa, abritée par l'île Non, baie de Prony) compense cette infériorité. La côte est, il est vrai, bordée au large par une longue barrière de coraux, mais qui est percée de passes assez faciles et qui ménage aux caboteurs, tout autour de lîle, un magnifique bassin, profond et tranquille.
La Nouvelle-Calédonie, riche en minerais de cuivre, renferme d'incomparables gisements d'antimoine, de chrome et de cobalt, mais surtout de nickel. L'or s'y trouve également. Des gisements de houille ont été reconnus depuis peu. Parmi les végétaux, le caféier, la canne à sucre, ï ananas, le tabac, la plupart des légumes européens sont susceptibles d'être cultivés avec succès. Les essences forestières, utiles aux constructions [pin kaori, ébénier, bambou), sont nombreuses ; le caoutchouc serait encore une précieuse ressource. Enfin, ce pays éventé et mouillé, où les prairies fournissent jusqu'à 6 et 8 coupes de fourrage annuelles, est évidemment prédestiné à un grand élevage.
Géographie politique et économique. — Il était peuplé en 1906 de près de .'^6000 habitants, dont 30000 Canaques, de race mélanésienne. Le nombre de ces indigènes diminue constamment, comme dans toute l'Océanie. Celui des colons augmente avec rapidité. Il y a aujourd'hui 23 000 Européens, sur lesquels il faut malheureusement compter 15 ou 16000 condamnés ou anciens forçats. La Nouvelle- Calédonie, administrée par un gouverneur, qu'assiste un conseil général élu, a pour ville principale l'admirable port de Nouméa, qui s'embellit et accroît sans cesse sa population (7000 habitants).
L'île ne sera complètement assurée de son avenir que le jour où l'archipel voisin des Nouvelles-Hébrides (I.'jOOO kil. carr.) lui sera adjoint d'une manière définitive. Déjà nos colons y ont acheté de grandes étendues de terre ; mais une
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convention, signée en 1887 entre la France et rAnglelerre^ interdit aux deux nations de s'en emparer, et le place sous la surveillance d'une commission mixte d'officiers de marine. L'abrogation en sera sans doute négociée quelque jour, malgré les jalousies de quelques Australiens qui rêvent d'être seuls maîtres du Pacifique. Alors les colons seront assurés de pouvoir renouveler, parmi les Néo- Hébridais, la main-d'œuvre qui leur fait si souvent défaut. Longtemps écartés par la présence des forçats, ils se sont attaqués, en premier lieu, à l'extraction minière. Ainsi furent établies les mines de cuivre de la Balade, dans la vallée du Diahot; les mines de nickel de Canala et de Thio. 1100 concessions ont été, au total, attribuées. Malheureusement, faute de capitaux, les meilleures ne sont exploitées que d'une manière intermittente, à l'exception de celles de nickel d'où l'on tire, année moyenne, de 60 à 70 000 tonnes de minerai, fondu dans les hauts fourneaux de Nouméa. Cette production intense a eu pour premier effet d'abaisser d'une manière très sensible le prix de ce métal. Mais elle peut aussi, à bref délai, déterminer l'encombrement du marché. Quant aux autres branches de la production minière, la Nouvelle-Calédonie est trop éloignée des grands pays industriels pour y jouer, malgré sa richesse, un rôle prépondérant. Bref, en l'état actuel des choses, les profits vraiment rémunérateurs semblent devoir être demandés à l'agriculture et à lélevage. La culture du café, la récolte des lianes à caoutchouc ont déjà donné des résultats très satisfaisants. Ce genre de travail serait pratiqué avec succès par des familles d'agriculteurs français, pourvus d'un petit capital destiné à assurer leur vie, pendant les années d'attente nécessaires à la croissance des plantations, et habitués, par la culture de la vigne, aux manipulations incessantes et méticuleuses qu'exigent les arbrisseaux en question. Quant à l'élevage, l'île possède près de 50 000 tètesde gros bétail, plus de 2 000 moutons, près de 4000 chevaux. Dès aujourd'hui, la viande conservée commence à fournir un précieux appoint à l'exportation. La pèche, dans la magnifique zone d'eaux calmes comprise entre la côte et la bordure madréporique, ainsi que dans les innombrables et poissonneux torrents de l'intérieur, peut également faire naître une industrie alimentaire florissante. Mais la Nouvelle-Calédonie a besoin, avant toute chose,
de voies de communication plus développées. Quelques bonnes routes (340 kil.) et chemins, dus à la main-d'œuvre pénitentiaire, ont été créés dans ces dernières années. Les chemins de fer n'existent pas et, malgré les facilités ofTertes au cabotage par la constitution de la côte, deux bateaux réguliers par mois font seulement le tour de l'île. Nouméa est unie à la métropole par les paquebots des Messaïjeries maritimes^ qui viennent de Marseille en quarantetrois jours.
Le commerce extérieur, surtout avec la France, est, cependant, d'une activité relative. Mais les importations (machines, tissus, vins et alcools, farines, légumes secs, denrées alimentaires) sont supérieures aux exportations (minerais, produits animaux) ^
En résumé, la Nouvelle-Calédonie est appelée à devenir, par les progrès de la colonisation libre et la diminution de la colonisation pénale ^ une terre précieuse dépeuplement où, sous un excellent climat, les immigrés de la France agricole pourront trouver, sinon la richesse, du moins un travail rémunérateur, la vie abondante et facile.
m. — Les petites colonies océaniennes.
Description. — Nous possédons dans la Polynésie quelques groupes d'îles peu étendues, mais très heureusement placées sur le Pacifique.
1° Le petit groupe des Wallis, voisin des Samoa, est nôtre depuis 1887 ; mais nous avons eu le tort d'y laisser le commerce aux mains des Allemands et des Anglais.
2*^ Le groupe des îles de la Société a pour partie principale Taïti (1 179 kil. carr.), protégée depuis 1842, annexée depuis 1880. Elle se compose de deux péninsules circulaires reliées par un isthme de 14 mètres seulement d'altitude. C'est une terre rocheuse, hérissée de laves et de basaltes que domine à 2450 mètres le cône du Diadème et qu'arrose un nombre prodigieux de torrents. Le climat est doux et salubre. Les plantes et cultures les plus diverses (cotonnier, caféier, canne à sucre, cocotier) prospèrent. Taïti possède environ 12 000 habitants, dont 9000 Polynésiens, race belle
1. Au total, 17 millions de francs, dont 8 millions seulement pour l'exporlation (1006.
2. Déjà le srjour des récidivistes a été restreint à la seule île des Pins.
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et intelligente, mais en décroissance, et 1 800 Européens. r^apeete, la capitale, a 3500 âmes et constitue une des plus belles rades du Pacifique. Au nord-ouest de Taïti, Mooréa présente à peu près les mêmes caractères, mais, quoiqu'un peu plus vaste (1323 kil. carr.), na que 1600 habitants. De Taïti dépend encore le petit archipel madréporique des Jles-sous-le-Venl, au nord-ouest de Mooréa, dont Èaïatéa, la plus grande, possède de bons ports.
3° Les Toiibouaï (150 kil. carr.), au sud-ouest des îles de là Société, otïrent, dans Râpa, une rade excellente.
A" Les Toiiamotou (8000 kil. carr.), au nord-est de Taïti, constituent un banc d'atolls peuplés, au total, de 6 000 habitants. Tout près d'elles s'étendent les îles Gambier, placées sous notre administration directe en 1881, à la demande des indigènes, jusque-là simplement protégés depuis 1844.
5° Les il/a 7*^u/ses (1270 kil. carr.), au nord des Touamotou, sont un archipel de onze îles, dont la principale est Nouka- Hiva et dont la constitution volcanique rappelle celle de Taïti. Beaucoup plus loin, vers l'est, émerge, à 3 500 kilomètres de l'isthme central américain, le petit îlot corallien de Clipperton.
État économique. — Importance. — Ces petites îles océaniennes n'ont, en somme, qu'une valeur économique moyenne. Les plantations sont trop restreintes ou trop éloignées des centres de consommation pour défrayer une bien grande exportation. On envoie surtout au dehors les oranges, très recherchées sur le marché de San-Francisco; le coprah, ou fruit du cocotier, très apprécié en Europe pour la fabrication du savon ; enfin une assez grande quantité de nacre et de perles. Un service subventionné met, deux foispar an, Taïti, grand entrepôt de tous nos «étabhssements français d'Océanie », en communication avec Nouméa, par les Wallis. Différentes lignes plus ou moins régulières unissent Taïti aux ports de lAnîérique et de l'Australie.
Mais, comme escales en temps de paix, comme postes de ravitaillement pour les flottes de guerre, ces petites colonies restent encore précieuses. Leur valeur serait-elle accrue par le percement des isthmes d'Amérique centrale ? 11 n'est pas prouvé que cet espoir soit fondé.