DIT. — MASSIF CENTRAL ET DÉPENDANCES
Sommaire.
Massif central et dépendances. Plateau de Langres et Morvan. Massit central proprement dit. C'est un relief formé et remanié à plusieurs reprises et une masse de roches de compositions différentes. Grandes divisions : Montagnes entre Loire et Rhône, entre Loire et Allier, entre Allier, Dordogne et Sioule, Marclie et Limousin.
L — Plateau de Langres et Morvan.
Le plateau de Langres. — A la même zone de calcaires urassiques qui l'orment une partie notable du plateau lorrain appartient le plateau de Langres. Sous ce nom Ton comprend d'ordinaire la zone de croupes d'un relief très monolone comprise entre la dépression de la chaîne des Ballons, oi^i passe le canal de l'Est, les sources de la l\Ieuse et, au sud, les cours supérieurs de rAi'maiicon et de l'Ouche ; mais la vallée de l'Ouche est une séparation bien précaire entre le plateau de Langres proprement dit et le plateau de la Gôte-d'Or qui le continue au sud et présente un grand nombre des mêmes caractères de composition du sol, de relief et d'hydrographie. O ' ensemble aurait un développement d'environ 160 kilomctres du nord-nord-est au sud-sud-ouest, dont 130 pour le plateau de Langres proprement dit.
La pente du plateau de Langres est beaucoup plus brusque vers la plaine de la Saône que vers les pays arrosés par la Seine et ses affluents. Son point culminant, le mont Tasselot (608 m.), est précisément situé dans la région méridionale de relèvement de la bordure du plateau ; sur le plateau môme, la partie la plus haute est le Haut du Sec, à 516 mètres.
Les plateaux de la Côte-dOr sont plus étroits, mais plus élevés que le plateau de Langres. Ils culminent au Bois Janson [Q3G m.).
Aux plateaux de la Côte-d'Or s'appuient les monts de VAuxois, collines calcaires beaucoup moins perméables, beaucoup plus capables de garder l'humidité à cause de
leur revêtement de marne; le mont Auxois (418 m.) en est le plus remarquable escarpement, sans doute surmonté autrefois de la célèbre Alésia.
S'il convient de noter l'induence de la composition du sol calcaire particulier à ces pays sur le régime des sources, il faut se rappeler aussi que les plateaux calcaires sont, dans la région (le Langres, de la Côte-d'Or, déjà situés sous un ciel moins pluvieux que celui de la Lorraine et moins sec que celui des régions de calcaires du sud-est et du sud-ouest. Par conséquent, si l'on y voit des étendues asséchées, il ne faut pas, pour celte raison, les comparer à nos plateaux calcaires du Midi ; la meilleure preuve en est que, si les sources y sont fortement groupées et concentrées, elles sont du moins d'une constance qui reflète la fréquence des pluies; d'ailleurs, la belle parure de forêts de cette zone de plateaux suffirait à faire comprendre la différence. La nature du sol d'un pays ne l'explique jamais tout entier. Aussi le plateau de Langres et la région de la Côte-d'Or, loin d'être des pays de sécheresse caractéristique, sont jDrécisément un des centres hydrographiques les plus remarquables de la France.
Le Morvan. — Si le Morvan est apparenté au Massif central par l'histoire de sa formation et par la composition de ses roches, porphyres, granits et gneiss, il est, par son rôle dans la formation des grandes rivières de la France du Nord, beaucoup plus solidaire de nos reliefs de l'Est que de ceux du Sud. Il travaille à la même œuvre de formation de la Seine que les grands plateaux calcaires de la Bourgogne et de la lisière de Champagne et Lorraine. Il est d'ailleurs fortement enchâssé au nord, à l'est et à l'ouest dans son revêtement de calcaires jurassiques, tandis qu'au sud, près d'Autun, vers le canal du Centre et la Loire, il est coupé beaucoup plus nettement des reliefs voisins. Il opère donc, en somme, comme une sorte de surélévation des plateaux volcaniques ; au reste, la richesse de ses grands bois, l'intense verdeur de ses prés lapparentent beaucoup plus à la France du Nord qu'à celle du Midi. La froidure de ses hivers est aussi un notable trait de ressemblance.
Si les roches qui forment sa masse sont cristallines et imperméables, elles sont recouvertes, comme celles du Limousin et de la Bretagne, d'une épaisse couche de décomposition formant terrain meuble et d'un contingent de débris végétaux qui font à ses roches compactes une gaine épaisse sur laquelle foisonnent prés et bois ; et cette
couche précieuse s'est conservée précisément parce que le Morvan connaît beaucoup plus les brouillards, les bruines et les pluies douces de la lirelayne que les grandes averses qui dénudent les granits du iMidi.
Où l'on reconnaît la parenté du Morvan avec le Massif central, c'est dans la valeur de ses altitudes. Le Haul-Follin, dressé à 902 mètres, est très supérieur à tous les reliefs bourguignons et haut-marnais ; de même le Beiwray (810 m.) et le Prénelaij (850 m.), qui sont pour la France de l'Est et du Centre de vraies montagnes.
Haut, mais garni sur ses larges croupes d'une terre hospitalière aux plantes, humide et couvert de bois et de prairies qui aident la terre meuble à garder les dons de la pluie, le Morvan est un des meilleurs châteaux d'eau de nos rivières de France. Comme dans les Vosges, les ruisselets y foisonnent, innombrables veinules de la couche meuble superficielle qui enveloppe la roche. C'est pourquoi, s'ils donnent quelquefois trop d'eau en hiver, en automne et au printemps, quand fondent les neiges, à l'Yonne et à son beau cortège d'affluents, du moins donnentils souvent en été les eaux qui soutiennent l'indigence de la Seine; mais on parle plus souvent des méfaits de surabondance de l'Yonne que de ses secours réguliers.
Aperçu général. —Les groupes de reliefs très variés que l'on désigne sous le nom de Massif central n'occupent pas à beaucoup près le centre de la France. Leur extrémité méridionale est toute proche de la mer jMéditerranée ; leurs promontoires occidentaux sont à moins de 200 kilomètres du golfe de Gascogne, tandis que les rebords septentrionaux, exception faite du Morvan, qui n'est point partie intégrante du Massif central, sont à 400 et 500 kilomètres de nos mers du Nord. Bref, ce massif, dit central, est nettement renfermé dans la moitié méridionale du territoire français.
Si l'on ne considérait que le soubassement de roclies cristallines, éruptives et autres qui constituent la masse la plus importante de ce relief, on pourrait dire que le Massif central est une des parties les plus anciennes du sol français. C'est ce qu'indiquent les géologues en déclarant que le Massif central est un
des lambeaux d'une ancienne chaîne hercynienne qui aurait compris aussi les Vosges, lArdenne et le massif breton. Mais, en géographie, une continuité qui ne se marque plus que par des rattachements souterrains n'est plus une vraie continuité. En outre, la masse primitive, qu'on l'appelle hercynienne ou autrement, a été modifiée dans ses formes par des mouvements ultérieurs, et couronnée d'autres roches qui en font aujourd'hui partie intégrante au même titre que les plus anciennes; de sorte qu'il est plus juste de dire que le relief du Massif central est dû à plusieurs époques et à plusieurs ordres de causes. Ainsi le plateau cristallin primitif est surmonté de massifs volcaniques dont l'embranchement serait dû aux grands bouleversements des époques tertiaire et quaternaire. La région des Causses, qui fait cependant bien partie du relief du Massif central, se compose de calcaires jurassiques. Enfin, dans les dépressions du pourtour et de l'intérieur sont venus s'accumuler des dépôts lacustres. Quant aux formes mêmes du Massif central, elles ont été modifiées, depuis l'âge reculé de la formation du premier plateau, par de grands glaciei's comme ceux de la région du Cantal, par de vastes mouvements du sol comme ceux qui sont supposés avoir formé les Alpes et dont le Massif central aurait ressenti le contre-coup, enfin par l'érosion.
C'est pourquoi il faut considérer le Massif central comme un relief formé et remanié à plusieurs reprises et comme une masse de roches de compositions différentes.
C'est, en somme, un vaste triangle montagneux dont les Cévennes proprement dites et leur prolongement septentrional représenteraient la base et dont le sommet serait marqué par le coude que forme la Vienne à l'extrémité occidentale du Limousin vers Champagne. Dans ces limites, il couvre une superficie d'à peu près 85 000 kilomètres carrés, c'est-à-dire un septième du territoire français. La distance qui sépare ses deux escarpements les plus éloignés l'un de l'autre sur la plaine est supérieure à 300 kilomètres. Il est aisé de déterminer ses limites en signalant les vallées et les plaines qui l'entourent et l'isolent. A l'est, c'est la large plaine de la Saône et l'étroit couloir du Rhône qui forment séparation, en face des hautes terres de la Franche-Comté et du Dauphiné. Au sud, c'est la plaine du Languedoc qui se développe entre la pente des Cévennes et les bords de la Méditerranée. Au sud-ouest, la dépression de Naurouse indique une séparation bien nette entre le relief du Massif central et le relief pyrénéen.
Arouos(,eiifin,c'cstIa trouée du Poiloii (jui f;iil isllinioonlrc le Massif central et le massif vendéen, puis les plaines de Guyenne, de Touraine et de Berry, qui marquent le caractère d'îlot de ce relief français.
Le Massif central s'incline suivant une double pente, si l'on considère seulement la masse des plateaux situés à l'ouest de la vallée de l'Allier; là, en eiîet, ils présentent deux inclinaisons : l'une au nord-ouest qui amène des eaux à la Loire, l'autre au sud-ouest qui en laisse tomber vers la Garonne. Mais si l'on considère la grande valeur que représentent dans ce relief les sillons où coulent la Loire et l'Allier, on se rend compte de l'extrême complexité des pentes du massif considéré dans son ensemble. Il a en somme une pente abrupte à l'est et au sud-est vers le Rhône, deux vallonnements de première importance qui l'entament dans sa masse, celui de la haute Loire et celui du haut Allier, puis à l'ouest une moitié moins entaillée et de pente plus monotone.
On a évalué l'altitude moyenne du Massif central à 500 mètres environ, mais son altitude moyenne importe moins que la répartition de ses pentes et que les horizons secs ou humides qui se présentent à chacune d'elles; il vaut mieux dire qu'en général la moitié orientale du massif, entre la vallée de l'Allier et celle du Rhône, est plus accidentée, plus variée, plus abrupte en général, tandis que dans la partie occidentale, et surtout au delà du Gantai, les inclinaisons sont plus douces et les masses plus cohérentes. Les géologues inclinent à croire que les relèvements elles entailles de la partie orientale sont précisément dus au mouvement qui, formant les Alpes, aurait violemment choqué le massif à l'est. Plis des Cévennes et des monts qui leur font suite au nord, creux des vallées de la Loire et de l'Allier ne seraient que les mêmes expressions de ce contre-coup gigantesque.
Grandes divisions du Massif centraL — Ce sont précisément ces reliefs caractérisés et ces grandes coupures fluviales qui permettent de diviser le Massif central en plusieurs parties. La plupart des grands vallonnements entaillent la masse suivant une direction du nord au sud, quelques-uns de l'est à l'ouest. Ces tranchées sont : 1" la vallée de la Loire, qui, orientée parallèlement à celles de la
Saône et du Rhône, forme la limite occidentale d'un long bourrelet allongé du Vivarais à la dépression du canal du Centre ; 2° la vallée de l'Allier, que les monts du Forez et de la Madeleine séparent de la précédente ; 3° le couloir de la Sioule, que prolonge au sud la haute vallée de la Dordogne. A. l'ouest de cette tranchée se renflent les plateaux de la Marche et du Limousin, tandis qu'à l'est se dressent les monts d'Auvergne ; 4° la vallée du Lot supérieur, que continue à l'est celle du Chassezac.
La répartition de ces reliefs du Massif central a souvent amené les géographes à le comparer à un trident dont le support serait constitué par le système des Cévennes, la dent occidentale par le plateau d'Auvergne, la dent orientale par les monts du Vivarais, du Lyonnais, du Beaujolais et du Charolais.
Montagnes entre Loire et Rhône. — La branche orientale du Massif central est formée par un alignement de montagnes dont la hauteur va décroissant du sud au nord : monts du Vivarais, du Lyonnais, du Beaujolais, du Maçonnais et du Charolais.
Les monts du Vivarais sont composés en grande partie de granits et de gneiss ; sur ce soubassement, les épanchements volcaniques du !Mézenc ont superposé des roches nouvelles, ici des phonoHthes aux contours très variés, là des basaltes généralement répartis en plateaux.
Il y a un contraste essentiel entre les pentes orientales et occidentales des monts du Vivarais ; et ce contraste tient à la ditïérence des climats, sur ces confins des régions que baigne la Méditerranée et de celles qu'influencent encore les vents de l'ouest venus de l'Atlantique. Le versant oriental des monts du Vivarais est beaucoup plus abrupt que le versant occidental ; les pluies orageuses qui s'y abattent à intervalles éloignés, mais avec une extrême violence, ont déchiqueté presque partout l'enveloppe de terrain volcanique qui recouvrait la masse des granits, tandis qu'elle a subsisté sur de vastes étendues dans la partie de la montagne qui s'incline à l'ouest. L'aspect des monts du Vivarais donne une impression beaucoup plus vive de dénudation à l'est qu'à l'ouest. Leurs points culminants sont : le Tnnargiie (1520 m.), entre le Chassezac et l'Ardèche, aux crêtes saillantes de granit ; le Gerbier des
Joncs (1562 m.), grand cône volcanique d'où descend la Loire; le Mczenc (1751 m.), d'origine volcanique, ancien cratère qui domine de 400 mètres son piédestal granitique ; enfin la chaîne granitique des Buiilières, haute d'environ 1300 mètres, et terminée entre le Gier et le Furens par le massif également granitique du P//a/ (1434 m.).
Au sud-est de la ligne formée par ces massifs se détache, perpendiculairement, du Tanargue, une importante ramification de granit et de lave ; c'est la montagne de Berg et le Coiron (720 m.), entre l'Ardèche et l'Erieux.
Les monts du Vivarais sont, comme les Cévennes, soumis à la prépondérance du climat sec des régions méditerranéennes ; aussi sont-ils, sur de vastes étendues, granitiques ou volcaniques, dénudés et recouverts de jonchées de pierres. Combien, pour cette raison, leurs granits et leurs terrains volcani({ues sont différents de ceux de l'Auvergne appartenant également au Massif central ! Ils donnent à leurs rivières, à leurs torrents et à leurs fleuves, même sur le versant occidental, ces alternatives d'exubérance et de misère qui caractérisent les cours d'eau du Sud-Est. Les forêts et les étendues cultivées ne se trouvent guère que sur les pentes inférieures, et surtout sur le versant occidental. Par là, les monts du Vivarais, quoique de composition analogue à beaucoup d'autres du Massif central, ont, en raison de leur position, un aspect original.
Les monts du Lyonnais, entre les sillons du Furens et du Gier et l'entaille formée par la vallée de la Brevenne, sont essentiellement composés de granits et de gneiss ; leur point culminant est au Bois ou Signal de Saint-André, à 937 mètres. Mais le massif de Tarare, où dominent les porphyres et qui s'abaisse sur la vallée du Rhône par les pentes rudes du mont Dore, atteint 1 004 mètres.
Les monts du Beaujolais, que les vallées des affluents de la Saône et de la Loire entament profondément, sont un mélange de roches granitiques et de roches porphyriques, les premières encadrant les secondes sur les deux versants. Le plus haut mont du Beaujolais est le Saint- Rigaud (1 012 m.).
Les monts du Maçonnais marquent la fin du massif au nord-ouest, ou plutôt forment une transition entre les hautes terres granitiques des monts orientaux du Massif central et les plateaux de calcaire jurassique de la Bour-
gogne et de la Franche-Comté. La partie méridionale rappelle encore les âpres montagnes du Lyonnais, mais sur leurs granits, soumis à des pluies plus douces et plus fréquentes, peuvent prendre racine et vivre des arbres et des prairies; pour cette même raison climatérii[ue, les sources y sont nombreuses et rapprochées les unes des autres. La partie septentrionale des monts du ^lâconnais, composée de plateaux calcaires et bien arrosée de pluies, donne naissance à des sources également riches, mais plus concentrées; on est déjà sur les confins de la France de l'Est, et les vents du nord-ouest ne sont plus arrêtés par toute l'épaisseur du Massif central, comme cela arrive pour les pays des Cévennes et du Vivarais. Leur altitude décroît du sud au nord : déjà aucun sommet du Maçonnais n'atteint 800 mètres.
Les monts du Charolais sont un massif granitique de médiocre altitude auqu<;l s'adossent des plateaux à terrasses calcaires. Mieux encore que les monts du Maçonnais, ils se trouvent en prise aux vents d'ouest qui leur arrivent aisément par les trouées de plaines du Berry et du Nivernais. Aussi sont-ils recouverts, sur toute leur étendue, 'de beaux mamelons forestiers et de plateaux herbeux, sur les granits aussi bien que sur les calcaires, car partout l'humidité est sufiisanto et agit sur la terre à intervalles assez rapprochés. Le point culminant du S ainl- Vincent n'est qu'à 603 mètres d'altitude.
Branche médiane du Massif central, entre Loire et Allier. — La branche du Massif central comprise entre la Loire et l'Allier se compose delà série des monts du Velay, du Forez, du Livradois, des Bois-Noirs et de la Madeleine. Cette suite de montagnes est déjà soustraite, en raison de sa position, à l'influence asséchante du climat méditerranéen ; et ses hauteurs, en dépit des amoncellements occidentaux qui font écran, est plus sujette aux influences des vents d'ouest; ce sont donc des montagnes moins sèches et qui donnent aux fleuves voisins de l'Est et surtout de l'Ouest un tribut d'eau, sinon plus régulier, au moins plus abondant. Enfin, ia vie des herbages et des bois y est moins précaire que dans certaines parties de la branche orientale.
La partie la plus méridionale, celle des monts du Velay^
n'est pas autre cliose que la réf.;ion occidentale des monts du Vivarais; entre les deux régions montagneuses est ouvert le sillon de la Loire, qui forme séparation dans la masse, mais qui ne la tranche pas assez pour qu'il y ait des deux côtés de la vallée de violents contrastes d'hydrographie et de végétation. Le piédestal de granit et de gneiss des monts du Velay est d'une altitude d'un peu plus de 1 000 mètres ; mais sur ce piédestal se sont épanchées des coulées basaltiques qui rehaussent la masse sous-jacente jusqu'à 1300 ou 1 iOO mètres d'altitude. Le point culminant est le Bois de r Hôpital (1 423 m.). Toute la région -est connue par ses « orgues », colonnades basaltiques qui se dressent à 40 ou 50 mètres au-dessus du niveau du reste de la montagne : telles sont les orgues d'Espaly. Dans les anciens cratères du Velay se sont accumulées des eaux lacustres.
Les montagnes qui continuent vers le nord l'orientation des crêtes du Velay sont coupées en deux tronçons par le sillon de la Dore. D'un côté sont les monts du Forez, groupes de porphyres et de granits rayés de sillons de basaltes. Le l'aîle dénudé de Pier)^e-sur-Haute {1 6i0 m.), l'un des premiers sommets du Massif central, fait contraste avec les aspects boisés, verts ou marécageux du reste de la moyenne montagne. Très boisés sont également les monts du Livradois, qui se dressent à l'ouest de la Dore, et qui étalent leurs grands plateaux mollement ondulés à 1 100 ou 1 200 mètres : cette régularité d'ondulations s'explique par l'absence de toutes surélévations de nature volcanique, mais aussi par le dépôt d'une couche meuble superficielle favorable aux prés et aux forêts, que l'humidité moyenne de ces parages a laissés intacts. Le massif des Bois-Aoirs, qui prolonge au nord-ouest les monts du Forez, est encore beaucoup mieux en prise à l'humidité des vents d'ouest; aussi n'est-il pas étonnant (juil soit garni de belles forêts, à cause desquelles on lui a donné ce nom : il n'atteint pas 1300 mètres (1292y au puy de Montoncel, puissante pyramide de porphyre. C'est la même roche qui domine dans les monts de la Madeleine, comme revêtement des granits sous-jacents. En somme, si toutes ces hautes terres contrastent par leurs crêtes et leurs sommets arides avec les belles plaines modernes delà Limagne, du Forez et du Bourbonnais qui les entourent, du moins
leurs croupes moyennes sont-elles déjà plus riches en herbages et en bois que ne sont, par exemple, les Cévennes et les monts du Vivarais, exposés aux vents asséchants de la zone méditerranéenne.
Branche occidentale entre l'Allier, la Dordogne et la Sioule. — Celte branche occidentale du Massif central l'orme une sorte de masse triangulaire que le fossé du Lot coupe de la Lozère et des plateaux des Causses. Elle se compose des monts de la Margeride, de lAubrac, des monts d'Auvergne, flanqués vers l'ouest des plateaux de la IMargeride et du Limousin.
Les monts de la Margeride sont un grand éperon de terrain granitique ; ils portent vers le nord leur aspect si caractéristique de plateaux largement épandus dans la région où ils confinent aux Cévennes. Leur ligne de crêtes est fort peu entamée par les cols ; aussi les sommets dépassent-ils de très peu cette ligne, et le point culminant, le Suc-Bandon, est-il à peine supérieur (1554 m.) à l'arête montagneuse qui se dresse à 1 400 mètres. Les monts de la Margeride, encore plus occidentaux que ceux du Vivarais et du Velay, ont encore mieux le bénéfice des vents humides et doux de l'ouest; aussi portent-ils d'admirables forêts, grâce au maintien de leur couche superficielle de terre végétale que ne détruisent point les orages.
Les monts d\Aul)rac sont la branche occidentale du grand massif de Gévaadan. Ce sont des montagnes composées d'un épais revêtement basaltique sur le soubassement de granit. Leur plus haut sommet, le Signal de Mailhebiau, au sud-ouest, se dresse à 1471 mètres. Les monts d'Aubrac sont particulièrement bien placés, au sud des monts d'Auvergne qui ne les masquent plus, pour capter les vents d'ouest; aussi comptent-ils parmi les plus belles régions d'élevage du Massif central. Si l'on a coupé une partie de leurs forêts, du moins les prairies qui en ont pris la place sont-elles merveilleusement aménagées.
Le dernier relief caractérisé que porte à l'occident le Massif central a reçu le nom général de monts d'Auvergne. Il se compose de quatre massifs principaux où se rencontrent les plus hauts' pics delà France intérieure : les monts du Cantal, le Cézallier, le mont Dore et les monts Dôme.
Les monts du Cantal, que les vallées de l'Alagnon et de
la Truyère isolent complètement des monts de la Margeride et d'Aubrac, occupent du sud-est au nord-ouest un espace de plus de 60 kilomètres. Mais ils ne forment point une crête continue. Ils otîrent une série de planèzes ou plateaux de basalte et de lave, sur lesquels se dressent d'anciens cônes volcaniques, restes d'une masse qui fut jadis aussi puissante que celle de l'Etna. Le plomb du Cantal (1864 m.), le piiij de Chavaroche (1 744 m.) et le puy Mary (1 787 m.) comptent parmi les plus hautes cimes du massif auvergnat. Toute celte région d'anciens volcans a été profondément remaniée par l'érosion des glaciers des périodes géologiques antérieures.
Le Cézallier (1 555 m.) ou puy Luguet est aussi une planèze, mais beaucoup moins accidentée et qui forme jonction entre le Cantal et les monts Dore.
Le massif du mont Dore est, comme le Cantal, une forte enveloppe de lave que les éruptions des périodes tertiaire et quaternaire ont jetée sur la base granitique du Massif central. Comme le Cantal, il a été remanié par l'érosion des glaciers et des eaux courantes. Parmi ses sommets, qui sont d'anciens cratères, on doit citer le puy de Sancy (1 886 m.), point culminant de la France intérieure. Herbeux à l'ouest sur son versant le plus mouillé, il est forestier à l'est sur les pentes qui dominent la riche Limagne. C'est là que s'étale, dans un ancien cratère de 800 mètres de diamètre et de 90 de profondeur, le beau lac Pavin aux eaux sombres et poissonneuses.
Dans la région des monts Dôme, que l'on appelle aussi chaîne des Puys, l'activité volcanique fut de date plus récente que dans le Cantal. Aussi les formes régulières de cônes des cratères s'y sont-elles beaucoup mieux conservées, et le contraste entre les surélévations volcaniques et le soubassement de granit qui forme un grand plateau herbeux est-il beaucoup plus facile à saisir que dans le reste de l'Auvergne. Sur ce plateau d'environ 800 mètres de hauteur, les laves constituent souvent de longues bandes rugueuses que l'on appelle les « cheires », au milieu desquelles surgissent les cônes volcaniques. Le plus haut est le puy de Dôme (1465 m.), voisin de Clermont- Ferrand; le Pariou (1 210 m.), tout entouré de fraîches et ombreuses vallées, est déforme beaucoup plus régulière et moins atténué par l'érosion.
Plateau de l'ouest du Massif central : Marche et Limousin. — Sur les pentes occidentales du Massif central, les épanchements de roches éruptives ont disparu : de larges et monotones croupes de granit forment une série de terrasses et de plateaux d'un relief monotone et qui, sans grands accidents de terrain, s'abaissent doucement vers l'ouest. Mais cette douceur même du relief a permis, dans la ^larche et le Limousin comme en Bretagne, la formation d'une couche superficielle de sol meuble qu'une humidité douce et régulière, quoique abondante, a revêtue d'une parure de prairies et de bois. La médiocrité de l'altitude, qui est de iOO mètres en moyenne, contribue à cette richesse du revêtement végétal. Le système de montagnes ou, pour mieux dire, de plateaux de la Marche et du Limousin a pour centi'e le plateau de Millevache, grande table surmontée de landes et dont les plus hautes parties à l'ouest s'accoudent aux monts Dore. Quelques cimes ou, plutôt, quelques mamelons dominent le plateau, entre autres le mont Besson (984 m.j, i)oint culminant de tous ces reliefs occidentaux, et le mont Odoiize (954 m.), dont la richesse en sources atteste bien ([ue le granit est fortement enveloppé de terres plus meubles. Du plateau de Millevache se détache vers le nord-est la croupe du plateau de Saint- Avit, puis les collines de Combrailles entre le Cher et la Sioule. Au nord-ouest, le plateau de Gentioux forme une sorte de mule mal dessiné des deux côtés duquel descendent, en sens contraire, les eaux qui vont soit à la Garonne, soit à la Loire. Quant à la Marche, pays de granits et de schistes cristallins, son aspect de plateaux monotones n'est guère interrompu que dans la région de collines du puy de Sauvagnac (701 m.). A l'ouest, la dernière avancée de ces reliefs indécis vers les plaines charentaises est dessinée par l'étroit sillon des ?nonts du Limousin, qui ne se relèvent qu'à 731 mètres au mont Gargan.
Ainsi, c'était la sécheresse à l'est, sur les confins du Rhône, et c'est un pays humide de prairies et de bois à mesure qu'on s'est rapproché des régions pluvieuses de l'ouest, de telle sorte que l'extrémité sud-est du Massif central faisait penser à la Provence et que ses éperons occidentaux annoncent déjà la Bretagne. Étagen.ent des pentes, orientation, nature du sol, mais surtout climat,
tout y a contribué : de là la merveilleuse variété de celle haute France de l'intérieur.
Section méridionale du massif. — La branche orientale du Massif central est emmanchée au sud-est à un sol rofheux, aux Cévennes ; enlre ces groupes des Cévennes et les masses montagneuses de l'Auvergne et du Limousin, la transition, si l'on ne considère que la continuité du relief et non la nature du sol, se fait par les plateaux des Causses. Le terme de Cévennes ne s'applique, dans la nomenclature locale qui devrait faire loi, qu'à un massif original dont le centre est l'Aigoual ; mais souvent on ra])plique à toute la série de moniagnes comprise entre la vallée du Ghassezac et la dépression de Naurouse. Dans ces limites moins restreintes, ce serait donc une longue chaîne de 300 kilomètres de développement qui longe au sud-est le Massif central. Les principales parties de ce groupe cévenol sont les monts du Gévaudan, les Garrigues, les monts de VEspinouse et la montagne Xoire. Bien plus à cause de leur position à proximité de la zone de climat méditerranéen qu'à cause de leur composition géologique, ces montagnes comptent parmi les plus sèches de la France méridionale : il n'y a recrudescence de l'humidité et, par suite, de la végétation que dans quelques zones de hauts sommets.
Au sud des monts du Yivarais commencent les hauteurs de la sauvage région du Gévaudan, âpres vers le massif desséché de la Lozère, couvertes de forêts dans la partie surélevée de l'Aigoual. Le Lozère dresse à 1702 mètres la cime granitique de Finiels, qui domine des plateaux désolés. Les hautes vallées du Tarn et des Gardons coupent la masse du Lozère de celle de VAigoual (1567 m.) et de VEspérou^ montagne de granit sur les lianes de laquelle on constate à merveille l'opposition des climats de l'est et de l'ouest par l'opposilion des surfaces dénudées et des espaces déboisés.
Les Garrigues, couverts de garrus ou chênes kermès, ne sont plus déjà que des plateaux calcaires où de rares sommets atteignent à peine 900 ou 1 000 mètres. Les monts de iEspinoiise et leurs contreforts des monts de Lacaiine, api)arenlés aux masses granitiques des Cévennes, sont plus élevés. Au sud du pic de Nore (1 210 m.}, Tenveloppe
tertiaire des coteaux de Saint-Félix forme avec la plaine resserrée du col de Naaroiise (190 m.) : c'est la fin des Cévennes.
A l'ouest de cette dernière partie de la bordure cévenole s'adossent de vastes plateaux que désignent deux termes caractéristiques de la langue du pays. Ce sont les ségalas ou « terres à seigle » des régions granitiques de ces plateaux, et les causses, étendues calcaires. La forme des causses, région extrêmement plate coupée de ravins abrupts, est prédominante; on ne rencontre un grand développement des « ségalas » qu'entre le moyen Tarn et le moyen Aveyron.
Au mont Lozère s'appuie le causse de Sauveterre^ entre Lot et Tarn, haut de 800 à 1200 mètres et qui forme sur 60 000 hectares la partie la plus monotone de l'ancien Gévaudan; puis le causse Méjean (1100 mètres), couvrant 40 000 hectares. Adossés à l'Aigoual, s'étalent plus au sud le causse Noir et le causse du Larzac, le plus vaste de tous (100 000 hectares). On sait l'aspect curieux des grottes et des canons de cette région, qu'a fait connaître la belle exploration de M. ÎMartel.