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LA SEINE

doucement; ce que nous montre la carte géologique en signalant des loches cristallines est un phénomène souterrain et non un phénomène des roches de surface. De même, les îlots argileux ou marneux comme l'Auxois. la Brie et le Gàtinais causent rarement des irrégularités de débit^du fleuve, parce que rarement le ciel leur donne l'eau avec irrégularité. C'est sous réserve de ces oljservations qu'on a le droit de dire que, sur une superficie de "78 650 kilomètres carrés drainés par le réseau de la Seine et de ses affluents, il y a 59 200 kilomètres carrés imperméables et 19 500 de structure serrée. Il faudrait ajouter que les roches imperméables y sont doucement inclinées, ce qui est encore une cause de compensation des irrégularités, rares d'ailleurs, de la chute des eaux du ciel. Le pays d'où sont issus des affluents notables de la Seine, le Morvan où il tombe 2 mètres d'eau, détermine assurément une crue du fleuve quand il y a coïncidence de leur plus-value du reste du réseau, mais contribue au contraire en été à maintenir le fleuve à son niveau. La plus grande partie des pluies tombe sur le bassin de la Seine en automne comme en hiver. En résumé, pentes faibles, sol assez pénétrable, pluies moyennes et bien équilibrées, sources régulières : la Seine réunit tous les éléments nécessaires d'un régime constant.

Cours supérieur; la Seine, l'Aube et l'Yonne. — La

source qui porte le nom de Seine, non parce qu'elle est la plus importante, mais parce qu'elle est la plus éloignée de l'embouchure de ce fleuve composite, à 776 kilomètres de la Manche, naît sur le versant septentrional du plateau de Langres, dans les calcaires jurassiques, à 470 mètres d'altitude. Dans cette zone de terrains fissurés et de pluies régulières et abondantes naissent la Marne, l'Aube. Les premières sources, celles que la ville de Paris a honorées d'une sorte de consécration archéologique et religieuse par l'édification d'un monument, jaillissent autour du mont Tasselot, près de Saint-Germain-de-la-Feuille : ce sont d'ailleurs de fort modestes sources. Elles sont bientôt renforcées par les doiiix, dont les plus importantes lui arrivent près de Châtillon-sur-Seine. Dans cette première partie du cours, la pente assez rapide est en moyenne de 2 mètres par kilomètre. Châtillon-sur-Seine est à 222 mètres. Bar à 150 mètres d'altitude. En aval de Troyes (110 m. 1, dans une plaine d'alluvions où ses eaux lentes se parlagent en [)lusieurs bras, elle recueille les apports àeVAiibe, le premier de ses grands affluents, supérieur à VOiirce (97 kilomètres), né comme la Seine sur le

plateau de Langres et éprouvé comme elle, au passage des roches perméables ou fissurées du calcaire jurassique. L'Aube {'2-2Ï) kilomètres) descend aussi du plateau de Langres, mais dans une zone bien arrosée, à 500 mètres d'altitude ; des calcaires jurassiques de la Champagne, elle passe aux terrains de la craie où elle arrose Bar-sur-Aube (166 mètres), Arcis-sur-Aube (95 mètres) ; puis, heurtant les falaises tertiaires de la Brie qui la repoussent vers le sudouest, apporte à la Seine, à Marcilly, des eaux blanchâtres, tranquilles et constantes. Jusque-là, notre grand fleuve central est encore un pauvre cours d'eau.

C'est V Yonne, trop souvent signalée pour ses excès d'hiver et d'automne, trop rarement indiquée pour ses services d'été, qui donne à la Seine pour la première fois son allure de beau fleuve, tout comme elle assure les communications de Paris avec la région de la Saône. C'est ce que Ton n'a point compris tant que l'on s'est attaché au seul fait de la composition du sol de la région de ses sources : on a trop vite conclu de la nature cristalline du sous-sol et d'une partie du sol superficiel du îMorvan à l'irrégularité des eaux qui en viennent. Or, le Morvan, qui montre discrètement au soleil mais cache surtout sous un manteau de terres meubles son noyau cristallin, est un pays de pluies à la fois abondantes et bien réparties. S'il a des pentes rapides, il a aussi de douces collines et d'amples mamelons. Les sources qui y ruissellent souvent en veinules innombrables, comme dans les Vosges, viennent d'une hauteur de 800 mètres environ. C'est bien un torrent que la première source de l'Yonne descendant du Prénelay, mais seulement un torrent par l'àprelé des pentes, car c'est une rivière toujours riche en eau,, été comme hiver, claire et limpide, qui pèche parfois par excès, jamais par défaut. Quand elle entre, à Clamecy (151 m.), dans les calcaires jurassiques auxquels elle emprunte des douix analogues à la Seine, elle est déjà toute formée. Après Auxerrc (98 m.), dans la zone de la craie, elle reprend, rejetée à l'ouest par le massif de la foret d'Othe, la direction normale des sillons fluviaux de cette région bien arrosée, arrose Sens (67 m.), et rejoint la Seine, qu'elle vaut largement, à Montereau-Fault- Yonne. L'Yonne se compose d'ailleurs d'un réseau complexe, comme il arrive dans tous les pays de bombements granitiques où la roche cristsilline est dou-

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cernent revêtue de terre végétale et partagée en pentes molles; s'il est vrai que la Cure (116 kil.) se fraye un f'Iioniin sauvage clans quelques couloirs encaissés du Morvan, ses sources à 723 mètres d'altitude n'en sont pas moins dune belle pérennité, celle du climat lui-même qui c*t extrêmement pluvieux. C'est si vrai qu'à 83 mètres plus bas on a pu créer par un barrage le célèbre réservoir des Settons, lac de 400 hectares de superficie capable de fournir plus de 22 millions de mètres cubes à la Cure inférieure et à l'Yonne à l'époque des sécheresses : ce n'est pas là le trait de caractère dun torrent, au moins quant au régime ; par la pente, elle donne mieux que l'Yonne l'impression d'un torrent sautant de roche en roche, mais toujours riche en eau. Le Serein (155 kil.) a la majeure partie de son cours en terrains perméables et même fissurés; et c'est peut-être parce qu'il draine moins d'étendue granitique recouverte de terre végétale qu'il est plus irrégulier que les autres. h\4rmançon, le plus long (200 kil.) des affluents de l'Yonne, né dans l'Auxois à 405 mètres d'altitude, est une rivière généralement assez égale, mais moins résistante que l'Yonne aux sécheresses estivales. La 'V^anne (62 kil.). émissaire de la forêl d'Othe, y recueille des sources assez régulières dont l'une, par un aqueduc, sert à l'alimentation de Paris. En somme, la Seine est au moins doublée à Montereau par l'Yonne, en ce que l'Yonne la rehausse à l'excès au printemps et en automne, mais aussi la sauve en été de la sécheresse.

Le cours moyen; la Marne et l'Oise. — Au confluent de l'Yonne, la Seine a déjà les allures d'un beau fleuve et est définitivement entrée en plaine. Dans son cours moyen elle reçoit deux forts affluents, la Marne et l'Oise, le contingent moins important de l'Eure, et un grand nombre de petites rivières.

La Marne (495 kil.) apporte à la Seine les eaux d'une partie du plateau de Langres, celles des confins de Chamn.igne et de Lorraine, puis de la Champagne et de la Brie. Elle naît sur le plateau de Langres, à une hauteur plus faible encore (380 m. environ) que la Seine, d'une source médiocre qui s'appelle la Marnotie. A Chaumont (323 m.), elle reste une pauvre rivière profondément encaissée dans un Mllon du plateau. Elle se renforce dans le vallage de

sources assez nombreuses que l'on désigne dans le pays sous le nom de « surgeons ». A Saint-Dizier, où elle n'est plus qu'à 134 mètres d'allilude, la Marne s'engage dans le terroir de la craie inférieure où elle reçoit la Saulx grossie de ÏOrnain, jolie rivière du Barrois. Sa pente est tout à fait amortie dans la plaine alluviale de Vitry-le-François, et elle serpente lentement, dans un lit composé de méandres, à travers la Champagne pouilleuse. De Mlry à Châlons, l'altitude tombe à 82 mètres; la pente s'affaiblit de plus en plus dans le long couloir que le fleuve s'est creusé à travers les falaises de la Brie, entre Épernay et Château- Thierry. A Meaux, la Marne n'a plus que '20 mètres de pente à descendre pour atteindre son confluent à Charenton ; cette dernière partie de son cours se compose aussi d'une série de méandres où le fleuve s'écoule lent et souvent jaune.

Outre la Saulx, il faut citer parmi les affluents de la Marne, sur la rive droite, VOurcq (SOkil.), émissaire de la petite plaine vallonnée du Tardenois; sur la rive gauche, la Biaise i 8"2 kil.\ médiocre rivière du plateau de Langres qui conflue à Vassy; le Siirmelin ( 10 kil. i grossi de la Dhuis dont les eaux ont été partiellement dérivées pour l'usage de Paris; le Grand-Morin (118 kil.), qui jaillit des falaises de la Brie, et le Petit-Morin (85 kil.), venu de la lisière champenoise à travers une vallée pittoresque. Le Grand- Morin envoie, à la hauteur de Sézanne, une partie de son flot vers l'Aube.

VOise (302 kil.), née en Belgique dans la vallée de Chimay, à 230 mètres d'altitude seulement, est le plus régulier et le plus navigable des affluents de la Seine; elle draine un pays de faible pente et de pluies régulières, où la majeure partie des terrains sont dune perméabilité moyenne, tant en raison de leur composition que de la fréquence et de la douceur des pluies. A son entrée en France, après 17 kilomètres de cours, elle vient de sortir de la zone de schistes anciens pour traverser une bande de craie. A la Fère, elle entre dans les alluvions tertiaires où elle épuise doucement sa pente (55 m. d'altitude à Chauny, 40 à Compiègne, 27 à Creil); elle conflue à Pontoise. L'Oise est elle-même un composé d'affluents divers : le Thérain (93 kil.) draine pour elle le pays de Bray. \J Aisne se développe entre i'Argonne et Compiègne suivant Un sillon qui rappelle par

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