CHAPITRE X
Fleuves côtiers de l'Artois, de la Picardie et du pays de Caux. — La Seine. — Fleuves côtieus de Normandie et de Bretagne.
Sommaire.
Fleuves côtiers de l'Artois, de la Picardie et du pays de Caux : Canchs, Authie, Somme, Bresle, Arques.
La Seine. Conditions générales. C'est un fleuve avantageusement navigable. Pas de frontières naturelles, saut' du côté du Morvan. Cours supérieur: la Seine, l'Aube et l'Yonne. Cours moyen: la Marne et l'Oise. — Fleuves côtiers de Normandie et de Bretagne : la Touques, la Dives, l'Orne, la Rance, l'Odet, la Vilaine.
I. — Fleuves côtiers de l'Artois, de la Picardie et dit pays de Caux.
Entre les fleuves dont nous partageons le cours avec la Belgique ou l'Allemagne, et notre beau fleuve de la Seine, la Manche reçoit une série de cours d'eau qui forment une transition entre les sources et les rivières des deux régions. Au nord du cap d'Alpreck aboutit la Liane, petit fleuve du Boulonnais mesurant 40 kilomètres de longueur et débouchant dans le port de Boulogne. Là comme sur le rivage anglais d'en face, ce ne sont pas les eaux douces du continent qui remplissent le large lit du fleuve dans son
LA SEINE. Hl
estuaire: c'est la mer qui remonte le cours d'eau, de telle sorte que le tleuve a peut-être mieux sa source en mer qu'en terre.
L'Artois et la Picardie, régulièrement arrosés de molles pluies comme la Flandre, peu inclinés, envoient à la Manche de grands et paisibles cours d'eau. La Canche et VAathie, mesurant Tune et l'autre une centaine de kilomètres, pauvres d'affluents dans leurs vallées presque reclilignes, serpentent dans un lit minuscule à travers un estuaire gigantesque que remplit et remonte la mer. La Somme est beaucoup plus importante par les sources quelle emprunte au continent : elle mesure 245 kilomètres. Sa source, abondante et régulière comme les pluies de ce pays embrumé, est à quelques kilomètres de Saint-Quentin, à 100 mètres d'altitude environ. Sa vallée est si mollement inclinée, qu'à partir d'Amiens on a canalisé le tleuve, le séparant des marais ou des tourbières où il s'épanchait en débordements inutiles et funestes. La Somme, ainsi endiguée par le travail des hommes, ne roule jamais moins de 20 mètres cubes par seconde, jamais plus de 100; elle est disciplinée comme presque tous nos cours d'eau du Nord. Dans l'estuaire immense qui s'ouvre en golfe à Saint- Valery, c'est la mer et non le fleuve qui domine. A marée basse, ce sont les piteux méandres de l'eau douce; à marée haute, c'est la majestueuse invasion de l'eau salée.
Dans le plateau du pays de Caux, les fleuves, plus courts encore, sont aussi mieux encaissés. Les issues de leurs « valleuses » semblent autant de créneaux qui évident la muraille des falaises. Parmi eux, la Bresle (72 kil.) fut longtemps la limite précaire de la Normandie et de la Picardie. ]J Arques, grossie de la Bélhiine, qui finit dans le port de Dieppe après un cours de 52 kilomètres, met aussi en relief la disproportion des sources de la terre et de la marée qui emplit l'estuaire.
IT. — La Seine.
Conditions générales. — L'attentive considération du passé géologique des pays où coule la Seine nous a graduellement amenés à ne plus prononcer le mot de bassin de la Seine, et à donner toute notre confiance à l'expression de bassin de Paris. Pourtant, c'est un l'ait difficile à contester
que la séparation des sources qui alimentent d'un côté la Loire, de l'autre la Seine; et si l'on annexe au bassin de Paris, en raison géologique, la Loire moyenne de Nevers à Angers, il devient difficile de dire pourquoi Ton s'attache aussi fortement à la séparation de la Vienne et de la Charente, qui n'existe pas plus que celle de la Loire et de la Seine.
La Seine est un fleuve avantageusement navigable, dont les affluents ont ce même caractère, qui débouche sur une mer où longtemps la navigation de commerce et de guerre fut d'un haut prix, et surtout qui sillonne des provinces d'une riche agriculture et en avoisine d'autres dune grande richesse houillère et d'une admirable industrie.
Comme tous les phénomènes de géographie physique, elle explique une part, mais n'explique qu'une part de l'histoire ; car si les princes qui résidèrent à Paris furent bien servis par elle, c'est surtout qu'ils surent se servir d'elle, ce qui n'est ni fatal ni obligatoire ; les libres destinées d'un peuple sont toujours supérieures, en ce sens, aux facilités ou aux fatalités de la nature.
II n'en est pas moins vrai que, sauf du côté du Morvan, le domaine hydrographique delà Seine n'a pas de frontières naturelles, pas plus d'ailleurs que celui de la Loire vers les régions charentaises. Aussi ses limites ne furent-elles jamais des limites d'États ou de provinces. Quant au relief intérieur du domaine séquanien, il est d'une grande uniformité : on sait qu'il se compose de crêtes concentriques qui ont été décrites ci-dessus dans l'étude du relief de la France. Mais, puisque le domaine hydrographique de la Seine et le bassin de Paris ne coïncident pas, force nous est d'observer que le fleuve de la Seine est composé d'afiluenls dont les destinées ne sont point semblables. Il est vrai que la plus grande partie des sources auxquelles se nourrit la Seine ou son cortège d'affluents sont comprises dans le domaine des calcaires jurassiques, de la craie ou des alluvions tertiaires. Mais ce n'est pas la contexture de ces roches qui fait la régularité des sources : c'est la constance et la douceur des pluies réparties sur un grand nombre de jours. La preuve en est que les roches compactes du Morvan, où il \ a majorité de formations cristallines, ne déterminent pas de grands désordres de régime, mais contribuent au contraire à équilibrer le fleuve pendant les disettes d'été; pour le comprendre, il faut observer que, dans le Morvan, la majeure partie des roches cristallines est recouverte d'une couche de terre meuble où l'eau se conserve et circule