CHAPITRE XII La Garonne et L'Adour
Sommaire.
Cours supérieur pyrénéen : Garonne et Ariège. Cours moyen : affluents du Massif central, Tarn et Lot ; affluents de gauche : Save, Gers, Baise. Cours inférieur : Dordogne et Gironde. Débit et régime de la Garonne.
L'Adour et les fleuves côtiers des Landes.
La Garonne; caractères généraux. — La Garonne coule sous un ciel plus chaud et plus serin que celui du bassin
Fig. 9. — Le canon du Tarn et la falaise du causse Méjean qui domine
Sainte-Énimie ; vue prise d'un tournant de la route de Sauveterre.
(Collection des Guides Boule : Lozère.)
de la Seine; ce qu'elle est dans la plaine ensoleillée d'Aquitaine, elle le doit aux deux montagnes d'où viennent ses
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deux séries daiflucnls, les Pyrénées et le Massif central. Du Massif central elle draine le flanc sud-ouest, moins sec et presque aussi orageux dans son régime de pluies que la muraille cévenole, moins bien arrosé et moins régulièrement que le ilanc nord-ouest (|ui verse ses eaux à la Loire. Des Pyrénées elle draine la région la plus haute du centre.
Le cours supérieur pyrénéen ; Garonne et Ariége. — Le maître fleuve de Garonne, qui draine avec son cortège d'aftlueuts 85000 kilomètres carrés environ, est long de 0)0,") kilomètres (678 avec la Gironde). Il est formé dans levai d'Aran, sur le territoire espagnol, par la réunion de deux torrents. L'un, la Garonne orientale, jaillit à 1872 mètres d'altitude au pied du port de Béret, d'une source intarissable qui est toujours le résultat d'une infiltration énorme de la fonte des neiges des régions supérieures ; la sortie de ce « goueil » (œil) descend rapidement d'est en ouest, recueillant le trop-|)lein des petits lacs étages sur les flancs du val. A 800 mètres d'altitude, il rencontre une autre branche, la Garonne occidentale, que lui verse le goueil de Joue, dans l'angle sud-ouest du val d'Aran. Plusieurs voyageurs croient que ce goueil n'est que la réapparition d'une rivière issue de la haute Maladelta et engouffrée, après quelques kilomètres de. cours, dans le trou du Toro. Ainsi constitué, le fleuve se dirige vers le nordouest, et entre en Finance à 580 mètres d'altitude par l'étroit défilédu Pont-du-l'>oi. Les gorges de Saint-Béat l'étreignent encore au delà; mais sa vallée s'élargit au passage d'une zone de calcaires jurassiques, et, à l'altitude de 400 mètres environ, vers Montréjeau, elle est rejetée vers l'est par un contrefort des monts de Bigorre et entre dans la large plaine alluviale de Toulouse; à son passage dans cette ville, elle n'est plus qu'à 120 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Elle a déjà reçu tout le contingent des neiges et des glaces des Pyrénées centrales, qui la sauvent des sécheresses de l'été. La Pique a recueilli pour elle les nombreux torrents de la vallée de Luchon. Mais son meilleur tribut d'eau de fonte de l'été lui vient de la Nesle (65 kil.), réunion de beaucoup d'autres torrents du môme nom dans lesquels fondent les neiges du massif de Néouvielle et où s'épanchent les eaux de plusieurs lacs importants. La Nesle, qui souvent ne rouleque5 àlOraètres cubes pendant la saison hivernale, en
apporte souvent 150 à l'époque de la fonte des neiges etdes glaces ; le plus souvent elle fait plus que doubler les eaux de la Garonne proprement dite. Le Salât {!>> kil.), grossi du Lez, prend naissance à Port-de-Salau, dévale d'une source de 2000 mètres d'altitude entre la forêt de Rivarenert et la forêt de Fougaron, au fond de gorges étroites jusqu'à Saint-Girons ; elle est beaucoup moins égale dans son débit que la Neste (de 17 mètres cubes à 800 ~j. C'est encore une belle rivière pyrénéenne que VAriège (163 kil.), né sur le territoire d'Andorre, dans des granits souvent dénudés de l'arête pyrénéenne. Il descend si vite, entre les roches de Plantaurel, qu'à Foix (380 m.) il a dévalé plus des quatre cinquièmes de sa pente, n'ayant accompli que la moitié de son trajet ; c'est déjà une belle rivière de plaine dans la belle région d'alluvions où s'élève la ville de Pamiers. L'Ariège conflue en amont de Toulouse, après 163 kilomètres de cours; il a été fort enrichi par l'Hers (120 kil.), qui draine le massif de Tabe. L'Ariège peut contribuer aux crues garonnaisespour une masse de 1600 à 1800 mètres cubes par seconde, mais il ne tombe jamais à l'étiage au-dessous de 15 mètres cubes.
Le groupe de la Garonne pyrénéenne forme à Toulouse un redoutable torrent quand il y a dans les Pyrénées coïncidence de grandes pluies et de rapide fonte des neiges; le débordement de 1875, qui fit tant de victimes et de ruines dans le faubourg toulousain de Saint-Cyprien, éleva le niveau de la Garonne de plus de 10 mètres. Là est la plus grande cause de danger, mais aussi le secours le plus efficace du grand fleuve contre les grandes sécheresses.
Le cours moyen ; les affluents du Massif central : Tarn et Lot. — Les cours d'eau du Massif central qui nourrissent le cours inférieur de la Garonne peuvent être qualifiés, bien plus justement encore que les rivières pyrénéennes, de torrents : l'élément compensateur des neiges et des glaces y fait défaut. Tarn et Lot ont une direction générale d'estnord-est à l'est-sud-ouest; tous deux ont une partie de leur cours dans îa région des Causses où le ruissellement superficiel des eaux est un fait absolument rare, tandis que sous terre court tout un réseau de ruisselets ou de rivières formés par infiltration et dont les eaux jaillissent par endroits en sources puissantes. Le Tarn (375 kil.) nait,