‹ La France et ses coloniesChapitre 67 sur 179 · I. — France maritime du Sud-Est, Provence et Corse · texte numérisé non relu

I. — France maritime du Sud-Est, Provence et Corse

Caractère général. — Les parties maritimes de la France du Sud-Est eurent toujours et ont gardé une importance prépondérante : elles ne sont pas seulement le débouché des régions adjacentes que baignent le Rhône et ses affluents, mais pour ainsi dire une grande porte de sortie de la France vers l'Algérie-Tunisie, le Levant méditerranéen, les pays riverains de la mer des Indes et l'Extrême-Orient. S'il est en France un pays qui vaut plus encore par sa position que par sa richesse propre, c'est bien cette lisière du Sud-Est où jadis la colonisation grecque prit contact avec la Gaule.

Provence, Comtat-Venaissin, comté de Nice. — Ces trois anciennes provinces forment un groupe assez homogène de régions naturelles auxquelles la Méditerranée, les Alpes elle Rhône prêtent leurs caractères essentiels. Le pays provençal présente trois aspects caractéristiques :

1° La zone du bas Rhône, défendue contre son fleuve par des digues, est un pays surtout agricole, oîi prospèrent les céréales, les cultures de légumes et de fruits, les plants de mûriers et d'oliviers, enfin et surtout la vigne, aujourd'hui plantée jusque dans les sables des bords du fleuve. Les plaines d'Orange, au confluent du Rhône, de l'Aygues et de la Sorgues, ont été transformées par l'irrigation en im véritable verger qui fournit de primeurs les marchés de Lyon et de Paris, et nourrissent des chênes truffiers sur les anciens champs qui produisaient jadis la garance*

216 GÉOGRAPHIE RÊGIOzNALE.

Leurs crus de Chûteauneuf-des-Papes, de Sorgiies, de Serignan sont extrêmement renommés. La Camargue et la Cran elles-mêmes ont été l'une asséchée, l'autre colmatée et nivelée en grande partie. La première a aujourd'hui 15000 hectares en plantations de tous genres.

2° C'est encore un autre aspect que présente, au delà de l'étang de Berre, le liiléral médilerranëen, avec ses belles calanques, gracieux chenaux maritimes, son sol plus sec,

Fig. lî). — Monte-Carie, pris du rocher de Monaco. (Cliché Cuny.)

mais vivifié par un climat plus chaud encore et qu'au delà de Toulon le mistral n'atteint plus. La végétation est remarquable par ses orangers, ses figuiers, ses palmiers même, ses pampres de vignes, ses oliviers; autour de Grasse, de Cannes, de Nice, les violettes, les roses, les jasmins de la « Provence fleurie ».

3° La Provence intérieure, avec ses pics dénudés, ses calcaires fissurés (d'Igues et de Tindoulsi et extrêmement secs, ofïre une physionomie tout autre : c'est un pays plus sec, brûlant en été. visité en hiver par d'âpres vents. Comme dans les districts montagneux du centre de l'Espagne, l'élevage du mouton est en somme le seul travail agricole auquel se prête une telle région. Ici, la population est Trouvent égale ou supérieure à la moyenne

(128 habitants au kilomètre carré dans les Bouches-du- Rliône, 60 dans la Vaucliise, 71 dans les Alpes-Maritimes) ; là, c'est presque la solitude (Hasses-Alpes, 17 habitants au kilomètre carré, le département le moins peuplé de France), solitude à laquelle ajoute d'ailleurs une émigration qui entraîne souvent jusqu'au Mexique des groupes entiers do po])ulation, comme celui des Barcelonnettes. Il y a peu de villes dans la Provence intérieure, [Digne , cl Briançon, Castellane et Forcalquier). Bien peu atteignent 5000 habitants.

Dans la j)artie qui avoisine le Rhône, au contraire, et sur la côte, les villes se pressent, la plupart fières d'une haute antiquité, de grands souvenirs, de nobles monuments, et quelques-unes fort importantes. C'est Orange avec son théâtre et son arc de triomphe romain ; Avignon (40000 hab.j, l'ancienne résidence des papes, ville de grand caractère historique, mais aussi ville d'industrie et de commerce; Tarascon, faisant face k IJeaacaire en Languedoc, veuve aujourd'hui de ses foires renommées; puis, à mi-chemin de Marseille, capitale actuelle de la Provence, Aix, l'ancienne capitale, Arles, la capitale de la Gaule romaine, plus riche encore en souvenirs historiques qu'Orange. Marseille (4950U0 hab.), l'antique colonie phocéenne, est merveilleusement placée hors de l'atteinte des alluvions du Pdîône, mais à portée néanmoins du grand fleuve dont elle est le débouché et l'entrepôt naturel ; bientôt un canal unira son port au tleuve. Elle joint à l'activité industrielle (malterie, sellerie, brosserie, savonnerie, pharmacie, raffinerie de sucre) le premier rôle dans nos relations avec l'xVlgérie- Tunisie, les pays méditerranéens du Levant et l'Extrême- Orient indo-chinois, chinois et japonais. C'est, malgré la rude concurrence que lui fait Gênes, une très grande place maritime et commerciale de l'Europe, et le premier port de la Méditerranée. Son trafic dépasse 2 milliards de francs par an. Elle se complète des grands chantiers de construction de la Ciotat, propriété de notre plus grande compagnie de navigation, celle des Messageries Maritimes. Entre Marseille et la frontière italienne, le long des belles découpures de la côte, nombre d'agglomérations floi'issanles se succèdent : Hgères, Saint-Tropez, Saint-Raphaël, Cannes, Antibes et Menton; comme leur voisine Monaco, ces villes vivent beaucoup de la villégiature des riches Français et

218 GÈOGRAPniE RÉGIONALE.

des riches étrangers. Toulon (101 000 hab.), protégée par les grandes forteresses du Coudon et du Faron, munie d'un arsenal où s'arme et s'entretient notre première escadre, l'escadre de la Méditerranée, est la plus active de nos villes maritimes deguerre. Surses chantiers du Mourillon ont été construits plusieurs des plus beaux navires de la flotte française etdu monde. Xice, un peu plus peuplée 1 125 000 hab.), est un grand port de pêche, mais doit aussi beaucoup de sa prospérité au développement de sa ville d'hiver.

Touchée l'une des premières par la civilisation romaine, habitée par une race énergique et chez laquelle une fausse apparence de frivolité dissimule un esprit pratique excellent, aussi bien douée pour les travaux intellectuels que pour les entreprises commerciales, la Provence est une région originale parmi tous les pays français. En même temps, malgré la jalousie élégante avec laquelle elle garde ses traditions locales et son langage particulier, illustré de nos jours par de grandes œuvres, elle est essentiellement française. Ses deux résistances à l'invasion en 15-24 et en 1707 valent les plus beaux faits d'armes : elle a donné à la France Grillon, Pierre Puget, Massénaet l'historien Thiers. Il serait à souhaiter que l'immigration italienne, qui s'y fait de plus en plus intense, notamment à Marseille, ne devînt jamais assez puissante pour amortir ce qu'il y a de si français dans l'esprit provençal, ni pour faire obstacle à la prospérité maritime de la rivale française de Gênes.

Les trois anciennes provinces de la Provence, du Comtat- Venaissin et du comté de Nice ont formé les départements suivants :

Basses-Alpes, chef-lieu : Digne, sous préfectures: Barcelonnette, Castellane, Forcalquier, Sisteron, 6 900 kilomètres carrés, 113 000 habitants.

v'ar, chef-lieu : Draguignan, sous-préfectures: Brignoles, Toulon, 6 000 kilomètres carrés, 3i'5 000 habitants.

Bouches-du-Rhône, chef-lieu : Marseille, sous-préfectures: Aix, Arles, o200 kilomètres carrés, 76ti 000 habitants.

Vaucluse, chef-lieu : Avignon, sous-préfectures : Apt, Carpeutras, Orange, 3 600 kilomètres carrés, 239000 habitants.

Alpes-Maritimes, chef-lieu : Nice, sous-préfectures : Grasse, Puget-Théniers, 3 700 kilomètres carrés, 334 000 habitants.

Corse. — L'île de Gorse est située à 170 kilomètres de la Gôte française. C'est une terre montagneuse, d'un relief

lourmenté où se dressent de hauts sommets comme le Cinto et le Rotundo, où se creusent des gorges profondes ; les masses montagneuses sont, à l'ouest, en contact direct avec la mer et forment par conséquent un littoral frangé de nombreuses indentations, tandis qu'à l'est des plaines d'alluvions basses et malsaines s'interposent entre les monts et la mer. La Corse est loin d'avoir utilisé ses ressources agricoles ou minières : longtemps les habitants, dont les intérêts n'étaient noués nia ceux de l'Italie, d'où leur venait la servitude génoise, ni à ceux de la France, d'où leur est venue la liberté, se contentaient de ce que leur donnait leur sol généreux où foisonnaient les bois de châtaigniers, où prospérait la vigne, et où l'on joignait aux récoltes de végétaux les profits de l'élevage localisé, suffisants pour assurer cette vie fière, isolée, et qui se défendait par sa pauvreté môme. Aujourd'hui la Corse commence à prendre une part notable à la vie maritime française; par là elle entre dans le pays, avec une meilleure part des richesses de la communauté française, un plus vif désir de s'associer aux entreprises de marine et de colonisation. La construction des voies ferrées a stimulé cet éveil de l'activité corse, en donnant accès vers la mer aux populations montagnardes de l'intérieur. Le réseau des 300 kilomètres de chemin de fer de la Corse a contribué aussi à accroître, sinon la sécurité, car elle fut toujours complète pour tout étranger qui savait se tenir à l'écart des vendettas familiales, du moins la fraternité entre les divers groupes de population corse. Il n'y a encore dans ce beau pays que 33 habitants au kilomètre carré : les villes y sont petites et rares. AJaccio, la capitale administrative, n'a que "iOOOO habitants; Bastia, ancien chef-lieu de province et centre judiciaire, 23000. Si l'on a quelquefois raison de reprocher aux Corses quelques excès de leur esprit particulariste, on ne saurait oublier que la communauté française est loin d'avoir fait pour l'île si admirable, située entre la France d'Europe et la France d'Afrique, tout ce qui était nécessaire même à l'intérêt général de la France. Bonifacio n'est pas encore ce qu'il devrait être en face de l'arsenal italien de la Maddalena. Mais, en somme, de grands progrès ont été accomplis, du fait des Corses et du fait de la France, dans une région qui pourrait nourrir dix fois plus d'habitants qu'elle n'en porte.

La Corse a formé le département de la :

Corso, chef-lieu : Ajaccio, sous-préfeclures : Bastia, Calvi, Corte, Sarlène, 8700 kilomètres carrés, 291000 habitants.

Page 1