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II. — La France des Grandes Alpes; Daitphiné et Savoie

Dauphiué. — L'ancien fief des héritiers de la couronne de France est une province plus exclusivement alpestre que le pays provençal. En efTet, outre une partie de la vallée du Rhône (plaines du Viennois) et les plateaux de la région subalpine (Dévoluy et Vercors , elle comprend des massifs des Grandes Alpes, comme le Champsaur, le Pelvoux, les Grandes Rousses, laRelledone, entamés d'ailleurs par de larges vallées, telle la vallée moyenne et inférieure de l'Isère et Graisivaudan. Ainsi les régions calcaires s'y déploient avec moins de largeur, et les régions de roches anciennes y sont plus développées que dans la Provence. Mais une différence plus importante encore, c'est celle du climat.

Le Dauphiné, en raison de sa hauteur et du caractère pluvieux de son climat, annonce déjà la France orientale; ce n'est pas sans raison que les gens de Provence appellent les Dauphinois des « paysans franciaux ». Au ciel ardent et sec, à la lumière franche de la Provence succèdent, quand on a franchi les massifs pierreux du Dévoluy et du Vercors, nn ciel plus souvent nuageux ou pluvieux, des brumes, de la fraîcheur. Déjà les verdures plâtreuses de la végétation méditerranéenne cèdent la place aux verdures plus vives et plus tendres des pays du Xord. Bois feuillus de châtaigniers et de noyers, prairies grasses, champs d'orge etde chanvre, ruisseaux bondissant de toutes parts et riches en eau môme au cœur de l'été, varient tous ces paysages que domine la masse imposante des Alpes dauphinoises couronnées de glaciers. Mais cette métamorphose se fait graduellement et par transitions insensibles. Ainsi les plaines basses de la Drôme, de l'Isère, ainsi que la vallée du Rhône dans ces parages, conservent quelque chose de la nature provençale : elles ont encore l'olivier et le mûrier; elles ont aussi la vigne dont les vins (l'Ermitage et Recoulée) dans la Drôme sont plus fameux que ceux de Vaucluse. Des eaux minérales réputées (AUevard, Uriage), un peu de houille [bassin du Drac), d'excellent fer spathique (Voiron)

LA KliANCE DU SUD-EST. t2i

complètent ces richesses du Dau[)l]iné, d'ailleurs assez iiiégaleuienl i^'-parlies. xVussi la densité de la poi)ulation varie-t-elle beaucoup : elle est de 20 habitants dans le triste département des Hautes-Alpes, de 4G dans la Drôme, de 57 dans risèrc. Les populations, aussi rares sur les hautes terres que dans la Provence, se pressent le long des vallées et notamment sur les rives du Rhône. Là sont les centres industriels ou commerçants : Bourgoiii 8U(»0 hab.), avec des tissag<'S de soie et de coton; Vienne, ancienne cité romaine, peuplée de i5(ioO âmes et rendue active par de grandes fabriques de draps ; Romans, avec ses clouteries rt ses tanneries; Bourg-de-Peage, Valence, Monlélimar, marchés acliCs de cocons de soie. Dans la montagne, ce ne sont encore que de petits centres locaux de fabrication ou bien des usines métallurgiques qui opèrent sur place la pr(miière transformation des minerais du pays (Gap, I)ie, Tullins, la Murej. La métropole actuelle du Dauphiné c'est Grenoble (68000 hab.), au débouché de la belle vallée du Graisivaiidan, dans une situation incomparable pour la beauté jjittoresque, l'activité commerciale et la défense militaire. (Test une grande ville d'industrie pour les gants et la papeterie, qui occupent 20 000 ouvriers dans son enceinte ou dans sa banlieue; c'est aussi une ville savante dont l'Université est active. Les populations dauphinoises, d'ailleurs énergiques et desprit délié, ont toujours fourni à la France un appoint de beaux esprits et de grands caractères : le vaillant Bavard, le philosophe Condillac, les orateurs Mounier et Barnave, et Emile Augier.

L'ancien Dauphiné a formé trois déparlemenls :

Isère, chef-lieu : Grenoble, sous-préfeclures : S:iint-Maicellin, la Tour-du-Pin, Vienne, 8200 kilomètres carrés, oO:2 000 habitants.

Hautes-Alpes, chef-lieu : Gap, sous-préfectures : Briançou, Embrun, 5 600 kilomètres carrés, 107 000 habitants.

Drôme, chef-lieu : Valence, sous-préfectures : Die, Montélimar, Nyons, 6 iJOO kilomètres carrés, 297 000 habitants.

Savoie. — La Savoie a été annexée à la France en 1859; elle comprend la région la plus septentrionale et la plus élevée de nos Alpes, mais aussi de riches vallées. C'est la vallée de l'Isère supérieure [Tarentaise) et de lArc {Maurienne , de l'Ai've [Faucigny], avec les grands massifs qui les dominent (mont Blanc, '^^'^«mcise, etc.), et une grande

partie de leurs dépendances subalpines (massif de la Grande-Chartreuse, Bauges, Bornes, Dranses). C'est une région qui présente des terroirs de nature très variée, mais qui est partout Apre, de climat pluvieux en raison de son relief, où les cultures ne sont possibles que dans les parties basses et se succèdent, depuis le blé jusqu'au seigle, entre le niveau de la plaine et l'altitude de 1 400 mètres. D'ailleurs, le travail agricole est partout difficile sur ces pentes souvent abruptes; dans la montagne, c'est à bras que se font toutes les opérations, labourage, semailles, récoltes; c'est à dos d'homme que se font presque tous les transports. A la fin de chaque hiver, avant de se mettre à la besogne, le paysan savoisien doit inspecter ses champs, restaurer les assises de pierres sèches qui retiennent la terre meuble sur les pentes et rapporter, hotte par hotte, tout ce que les neiges et les eaux ont fait glisser plus bas. Au-dessus de la zone cultivable se dressent d'abord les forets à feuillage caduque, puis les bois de conifères, ensuite les pâturages aromatiques, enfin les rochers et les névés qui apparaissent entre 2500 et 2700 mètres. Les richesses minérales de la Savoie sont peu exploitables, en raison des difficultés d'accès, h'ahondance des chutes d'eau a cependant permis, dans ces derniers temps, d'y établir un certain nombre d'usines industrielles, papeteries, filatures, métallurgie [aluiniiiium), laminoirs. Là, comme dans le Daupiiiné, plus encore que dans le Dauphiné, l'industrie humaine, désormais maîtresse de transporter par l'électricité l'énergie des torrents et des chutes d'eau, peut envisager un magnifique avenir. C'est notre plus beau pays de « houille blanche », et l'emploi de cette richesse merveilleuse ne fait que commencer.

La principale production, après les bois de la forêt, c'est l'élevage, notamment celui des bètes à cornes; à l'élevage se sont adjointes les industries de la fromagerie et de la tannerie. Enfin sa beauté même, la vertu de ses eaux minérales [Aioô-les-Bains^ Sainf-Gervais) fournissent à la Savoie l'appât qui attire les malades et les amis du repos de la montagne. La population, qui a conservé, du moins dans les vallées secondaires et bien enfermées, les anciennes coutumes et quelque chose du régime patriarcal, est peu dense. ]Mais la Savoie a sur le Dauphiné, et beaucoup plus encore sur la Provence, l'avantage des

belles prairies et des bois qu'y fait surgir le vcnl (Touest si bienfaisant à la France ; c'est pourquoi montagnes et vallées sont mieux peuplées dans ces Alpes du nord que dans celles du centre et du sud. Les montagnards savoisiens émigrent parfois jusqu'en Amérique ; pour le plus grand nombre, l'exil est limité à l'hiver pendant lequel ils vont louer leurs services dans les grandes villes. Les cités sont rares en Savoie, généralement situées au débouché de passages importants. Chambéry avec ses 25 000 hal)itanls, Annecy avec ses 13000, sont de petites villes, d'ailleurs pleines de caractère et de pittoresque. Certaines stations thermales, comme Aix, ou des rendez-vous d'alpinisme, comme C/iamoiinix, reçoivent en été une population flottante assez forte.

La Savoie a formé deux départements :

Savoie, clief-Iieu : Chambéry, sous-préfectures : Albertville, Mouliers, Saint-Jean-de-Maurienne, 6 000 kilomètres carrés, 253 000 liabitants.

Haute-Savoie, chef-lieu : Annecy, sous-préfectures : Bonneville, Saint-Julien, Thonon, 4 600 kilomètres carrés, 2G1000 habitants.

Pentes orientales du Massif central ; le Lyonnais. — Le Lyonnais forme une zone de transition entre la région des Alpes et du Rhône^ d'une part, les hauteurs de la France centrale de l'autre. Il comprend lui-même une partie de la plaine du Rhône, puis les talus du i>ea«yo/a/s et du Lyonnais (massif de Tarrare, mont d'Or, Pilât), enfin la presque totalité de la plaine du Forez arrosée par la Loire, avec les monts du même nom. Fertile seulement dans la plaine du Forez, dont les alluvions produisent de belles céréales, du chanvre et quelques vignes, il est partout ailleurs un pays d'élevage. Il doit sa population surabondante, bien plus élevée que la moyenne française (Rhône, 293 habitants par kilomètre carré; Loire, 130), au développement industriel qu'a suscité l'exploitation de la houille dans la vallée du Gier et aussi les chutes d'eau de la région du Furens. Le bassin houillerde Saint-Etienne [Finniny , Saint-Chamond, Bive-de-Gier, etc.) présente les bourgs pressés, le sol noir, le ciel en fumée de nos pays du Nord, mais au milieu d'un admirable paysage de montagnes. Il y a là environ 200000 ouvriers, mineurs, puddleurs, forgerons, lamineurs, chaudronniers, armuriers, couteliers. La grande industrie

de Saint-Étienne est aussi importante par la perfection de ses fabriques de soieries. On y transforme en rubans les soies fournies, soit par les pays de la vallée du Rhône, soit par les importations étrang-ères. De 9000 habitants au début du siècle dernier, elle est passée aujourd'hui à 147000 âmes. Au nord de Saint-Élienne, au point où la vallée de la Loire supérieure devient plaine, s'élève l'industrieuse Roanne '35000 habitants), qui fabrique des cotonnades, des tricots de laine tissés à la mécanique : ce fut jadis un centre industriel égal à Saint- Étienne, qui Ta distancé de beaucoup. Mais Lyon (453 000 habitants), seconde ville de France pour sa population, est là une vraie métropole. Elle se développe sur la plaine triangulaire, sur le « bec » entre Saône et Rhône, et est entourée de faubourgs très denses (A'aises et Fourvières sur la rive droite de la Saône, la Croix- Rousse, la Guillotière et les Brotteaux sur la rive gauche). Cette ancienne capitale des Gaules, dont la majestueuse basilique de Saint-Jean porte encore le litre d'église primaliale, reçut au moyen âge, de l'Italie, l'industrie des étotïes de soie qui lui a assuré le premier rang dans le monde entier. Tous les quartiers industriels de Lyon, la banlieue même depuis Villefranche et Tarrare au nord jusqu'à Oullins et Givors au sud, sont occupés à ce travail qui a fait naître les industries connexes des tissages de coton et de mousseline. Lyon est, en outre, le débouché commercial d'une partie de l'Est français par la vallée de la Saône, et la clef des l'elations économiques avec la Suisse par la vallée du Rhône. Quand ce fleuve aura donné, grâce à l'indiislrie humaine, tout ce qu'il contient de bienfaits en force industrielle et en facultés de navigation, Lyon pourra devenir sans peine une des plus grandes villes de l'Europe. Ce qu'elle est aujourd'hui, elle ne le doit pas seulement à tous ses avantages physiques, à sa position remarquable, à son fleuve puissant; elle le doit aussi au remarquable esprit d'entreprise des Lyonnais, un des esprits les plus originaux et, pourrait-on dire, les plus particularistes de France. Ce sont nos Lyonnais qui ont donné dans l'Extrême- Orient, en Algérie et en Tunisie, les plus l)eaux exemples de hardiesse et d'organisation commerciale

Sommaire.

La Bourgogne; elle comprend le Morvan, le plateau de Langres, partie du rebord du N.-E. du Massif central et les plaines du bord de la Saune. Le Cliarolais, la Bombes, l'Auxois. — La Franche-Comté : montagnes, plateaux et plaines. — La Lorraine et le plateau lorrain. — L'Alsace-Lorraine. — La Champagne.

Caractères généraux. — La France de TEsl a été amputée, par la funeste guerre de 1870-1871, d'une partie de sa région vosgienne et de toute son Alsace, c'est-à-dire de pays qui, par leur position même, par la valeur morale et intellectuelle de leur population, comptaient au nombre des meilleurs enfants de la famille française. Mais en arrière des pays que nous avons perdus, Lorraine, Champagne et Bourgogne ont assez souvent senti le contact de l'étranger pour soutenir sans peine, en l'absence de la jirovince d'avant-garde qu'on a perdue, leur rôle de vigilance guerrière qui entraîne, loin de l'empêcher, un rôle d'activité intellectuelle remarquable. Ce sont de riches mais aussi de rudes provinces où le labeur des champs et les épreuves du climat trempent les hommes, où l'on n'a rien sans beaucoup de travail. La Franche-Comté, âpre et montagneuse aussi, participe de ces caractères; si la Lorraine française est à proximité des menaces de Metz et de Strasbourg, la Bourgogne et la Franche-Comté peuvent avoir à souffrir des irruptions venues de la trouée de Beltort II y a donc là un grand glacis situé en avant des plaines riches de la France intérieure. Mais ces caractères ne s'arrêtent pas rigoureusement à la base de sa pente occidentale : le souvenir et l'imminence de grands périls font de la Champagne, comme de la Lorraine, une région d'avant-garde.

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