FLANDRE
L'indigène a bien profité de ces aptitudes naturelles. De taille élevée, robuste, baut en couleur, généralement blond, il parlicipe du type de la basse Germanie qui a aussi peuplé la Flandre belge et la Hollande. Il en a l'esprit positif, le calme, l'énergique persévérance. Lui aussi, il a reconquis sa patrie sur les eaux et, dès le moyen âge, il a su en faire une contrée d'agriculture prospère et de grande industrie, tout en arrachant avec âpreté aux princes féodaux les premièreslibertéspoliliques. Depuiscetcmpsdes« communes » llamandes, la Flandre n'a fait que progresser. Annexée seulement dans la seconde moitié du xvu" siècle à la patrie française (1668-1(378, après des luttes qui firent d'elle un vaste champ de bataille', elle fut tout de suite au premier rang parmi nos provinces, et pour sa valeur économique et pour sa vaillance dans les grandes crises nationales.
Avec une densité kilométrique de 314 habitants, elle est une des plus peuplées et s'accroît, sans interruption, d'un recensement à l'autre. « Dans l'épais limon de ces riches plaines, dans ces vastes et sombres communes industrielles », — aujourd'hui, de même qu'autrefois, — « les hommes grouillent, comme les insectes après l'orage. » (Michelet. Premier déparlement agricole de la France, elle produit surtout céréales, betteraves, houblon, colza, lin, chanvre et tabac; elle nourrit, dans l'herbe drue de ses prairies, un bétail et des chevaux de forte race qui « gonilent à jouer l'éléphant » . Au tissage de la laine et de la toile, qu'elle pratiquait exclusivement au moyen âge, elle ajoint celui du coton et du jute et la fabrication des velours. L'abondance du charbon a attiré, dans le département du Nord, l'industrie métallurgique qui, par d'innomljrables hauts fourneaux, fonderies, forges, aciéries, traite les minerais de l'Ardenne, de la France entière et de l'étranger. Elle a également donné à la production sucrière, à la brasserie, à toutes les industries chimiques, h nombre d'industries mécaniques, ainsi qu'à l'industrie des transports, une intensité merveilleuse. Aussi la Flandre, qui fait une bonne part du commerce français avec l'étranger, est elle rue « ville continue ». C'est Lille, sur la Deule, simple centre
1. Pas de grande ville du département du Nord qui n'ait un siège à signaler, et, quant aux localités illustrées par un combat, citons, entre autres : Bouvines. Mons-en-PucUe, Cassel, Lhenain, Malplaqiiet, Honds* te/tôo/e, Wutlignies^.
administratif il y a un siècle, qui, sortie de ses remparts, est devenue, sans y comprendre l'exploitation nuMallurgique de Fives, une énorme usine de 210000 habitants, tout en devenant aussi, par la création de ses défenses modernes, une grande place militaire, et, par la création de son Université, une métropole intellectuelle; c'estRoubaix-Tourcoing, les deux villes jumelles qui se rejoignent presque et représentent une agglomération de 200000 individus produisant, par an, pour 300 millions de lainages et tapis. C'est Armentiéres (30000 liab.), qui partage avec Lille le travail des toiles. En ajoutant à cette banlieue lilloise les bourgs de Bailleul (15000 hab.), Wattrelos [-20000 hah.), Marcq-en-Bareul [10 000 hab.). Croix (15 000 hab.), qui s'occupent aussi d'industrie textile, on arrive à une population totale de plus de 600000 individus. Les cotons, jutes, laines, dont la transformation fait vivre une partie du pays, pénétrèrent par Dunkerque, que ce tratic a élevé au rang de troisième port français et qui, fort de 39000 âmes, deviendrait, si la réunion, qu'il sollicite, des communes suburbaines lui était accordée, une cité d'importance numérique double. Valenciennes '31000 hab.) est le centre d'un autre groupe industriel. En lui-môme, il est adonné à la fabrication des toiles fines, des batistes et linons, des dentelles qui ont fait sa réputation. Mais les communes circonvoisines, qui se pressent à ses portes, représentent avec lui une fourmilière humaine de 150 000 à 200000 individus. Anzin [l-2000hab.),Denaiii [SI OOOhah.j, Aniche,Doiichi/,Loiirches, se consacrent plutôt à l'extraction du charbon, à la métallurgie, à la verrerie ; Saint-Amand [12 000 hab.), connu par ses boues thermales, est vouéàuneindustrieconnexede la verre rie, la faïencerie. Les hautes cheminées d'usines, les laminoirs, les docks immenses, les corons ou cités ouvrières se succèdent dans cette campagne enfumée, restreignant chaque jour le domaine de la culture. Cambrai [25000 hab.), qui partage avec Valenciennes la fabrication des lingeries fines, et Douai (33000 hab.) sont les marchés d'une région de fabrication sucrière intense. Quoique région de fonderies, de hauts fourneaux, de filatures, l'arrondissement d'Avesnes ne présente pas la même animation. Cependant, Maubeiuje et IJaatmont, les deux principaux centres métallurgiques de la vallée de la Sambre, ont une })opulation ouvrière, l'un de 19000 habitants, l'autre de 10000. D'autre part, l'indus-
ARTOIS. â4i
trie lainière, installée dans le Hainaut depuis le commencement du siècle, a l'ait de Fourmies une cité manufacturière de 18 000 âmes. La vie est surtout moins intense dans l'arrondissement cïHazebrouck, tout entier agricole et appartenant, par la langue, à la Flandre flamingante.
Artois. — L'Artois, qui borde la Flandre au sud-ouest, a, joint aux bordures maritimes du Calaisis et du Boulonnais, constitué politiquement le département du Pas-de-Calais (6700 kil. carr., 1012000 hab., chef-lieu Arras'). C'est une suite de croupes et de plateaux crayeux, peu relevés, entourant le bombement boulonnais jurassique et d'une allilude un peu plus considérable (21'2 m.). Ce dernier se termine sur le pas de Calais et sur la Manche par les hautes falaises rigides des caps Gris-Nez et d'Alpreck. Mais au nord le Calaisis ou Pays reconquis, au sud l'arrondissement de Montreuil sont des polders, plus ou moins complètement asséchés et abrités par une zone de dunes plus ou moins fixes. Les paysages artésiens sont plus uniformes encore que ceux du Nord. L'eau, dans ces terrains perméables, est plus rare; plus rares sont aussi les agglomérations. Mais la monotonie n'exclut pas la richesse, surtout dans les vallées quaternaires bien cultivées de la Scarpeet de l'Aa. Le Boulonnais, avec ses collines boisées et ses herbages, rappelle d'ailleurs certains paysages anglais, semble un petit coin de Normandie, plus septentrionale. Les cultures sont à peu près les mêmes que dans le département du Nord et, pour celle de la betterave, le Pas-de-Calais se range au troisième rang parmi les départements français. D'autre part, le Boulonnaisestuncentre justement réputé délevage du cheval, et ses marins sont les premiers pécheurs de France. L'Artois possède encore, dans l'arrondissement deBéthune, l'extrémité de la zone carbonifère détachée de l'Ardennc qui s'enfonce à l'ouest, pour ne plus émerger qu'en Angleterre. Enfin, sa situation littorale en fait une région importante de transit ponrles voyageurs etles marchandises, par Calais-DouvresetBoulogne-Folkestone. Calais {6. 000 hab.) est, en outre, par son faubourg de Saint-Pierre, autrefois siège d'une communtî distincte, une ville industrielle de premier ordre pour la fabrication des tulles et des dentelles.
1. Sous-préfectures : Bélhune, Boulogne, Montreuil, S^aint-Omer, Saint-
Pol.
Boulogne^ avec 51 000 âmes, joint au transit des voyageurs la grande pèche du hareng, du maquereau et de la morue, et la pèche côtière, venant au premier rang à cet égard, avant Fécamp, Dieppe et Nice. L'agglomération boulonnaise possède aussi des plumeries métalliques et des cimenteries considérables. Le pays de Béthune, avec ses vastes houillèresde Le/2s(14000hab.),fié//zane (12000 hab.i,Liey/72, Bruarj, Carvin, etc., et les industries qu'elles ont fait naître (filatures, brasseries, minoteries, distilleries, sucreries), est de beaucoup le plus peuplé. La densité kilométrique y dépasse 180. Mais l'arrondissement d'.l/vas, malgré la faible population du chef-lieu (26000 hab.), jusqu'ici enfermé dans ses remparts, est également assez industriel. Ses deux spécialités sont la métallurgie du plomb, du cuivre et du zinc (Biache-Saint-Vast) et la fabrication du sucre.
!Saint-Omer et sa région, dans la plaine de l'Aa, coupée de canaux, sont des pays de culture maraîchère florissante. L'arrontiissement de Sa^/^^Po/-7'e/v^o/se est voué à la culture des céréales. L'élevage est la principale ressource de celui de Monlreuil. Du reste, la densité générale reste très supérieure à la normale française (129 hab. au kil. carré) et, parles coefficients de natalité, le département du Pas-de- Calais occupe également l'un des premiers rangs.
Picardie. — La Picardie (département de la Somme, 6 200 kilom. carr., 333 000 hab., chef-lieu Amiens^) est une province plus exclusivement agricole que les précédentes. Aussi, au rebours de la Flandre et de l'Artois, et comme dans beaucoup de régions d'agriculture, y constale-t-on un léger fléchissement de la population. Physiquement, avec un climat plus tiède que celui delà plaine flamande, la Picardie tient le milieu entre l'Artois et la Normandie septentrionale. JMais ses ondulations crayeuses sont plus accidentées, plus morcelées que les hautes plainesartésiennes, sans être aussi élevées que celles du pays de Caux. Les vallées de la Canchcdel'Authieetdela Somme, jadismarécageuses, sont aujourd'hui conquises à la culture maraîchère. Les « hortillonnages » les plus remarquables sont ceux des marais de la Noyé, voisins d'Amiens, où travaille dans des jardins, séparés par des rigoles d'arrosageetd'épuiscment, un peuple
1. Sous-préfecturcs : Abbeville, Doullena, MonhUdier, Péromie.
ILE-DE-FRANCE. âi3
de 2 à 3000 jardiniers, he Marqiienlerre, c'esl-à-dire la cote du Ponthieu, reconquise, elle aussi, sur les eaux, mais sur les eaux marines, est une région de prairies qui produit un assez grand nombre de bœufs. Quant à la Picardie proprement dite, elle est, comme la plaine du Xord, comme l'Artois surtout, plutôt une terre à blé qu'un herbage et, en fait d'élevage, elle pratique plutôt le petit que le grand. La population (85 hab. au kil. carré), douée d'une certaine finesse narquoise, mais aussi d'une certaine apathie, n'a fait que des eflorts médiocres pour améliorer les ressources naturelles.
Cependant, elle cultive en grand la betterave, et le département de la Somme tient en France la quatrième place pour cette exploitation. Elle a, de plus, constitué à Amiens (91000 hab.) une agglomération puissamment industrielle qui, grâce aux charbons venus du Nord par la Somme canalisée, tisse les velours de coton, les lainages, les soieries communes, les tapis et les lins.
Amiens se pareavec orgueil de son imposante cathédrale, un des chefs-d'œuvre de l'art gothique, et s'enorgueillit d'avoir donné naissance à une pléiade d'hommes célèbres à divers titres : Pierre l'Ermite, l'épistolier Voiture, les grands érudits Du Gange etdom Bouquet, le poète Gresset.
C'est d'ailleurs la seule grande ville de la région. Abheville (20 000 hab.), patrie de lamiral (Courbet, qui vient après elle, n'a, depuis l'ensablement de son port, qu'une importance administrative. Ses draperies, célèbres au temps de Golbert, ne sont plus qu'un souvenir. Les villages de sa banlieue sont pourtant remarquables par une forte production de serrurerie. Les environs de Péronne, qui fabriquent beaucoup de bonneterie, offrent un autre exemple de cette curieuse dissémination industrielle.
Ile-de-France. — L'Ile-de-France, noyau de notre patrie, berceau de la royauté française, a formé les cinq déparlements de l'AisNE (7400kilom. carr., 535 000 hab., chef-lieu Laon'); de I'Oise (5S00 kilom. carr., 410000 hab., cheflieu Beauvais') ; de Seine-et-Marne (5 000 kilom. carr.,
1. Sous-préfectures : Cliâteau-Thierry, Soissons, Suint-Queiilîn, Vervins.