‹ La France et ses coloniesChapitre 100 sur 283 · XI. D'ALGER AU CHÉLIFF · texte numérisé non relu

XI. D'ALGER AU CHÉLIFF

1<* D'Alger au Mazafran. — Nice, qui se voit maintenant aussi menacée» qu'Alger par les branlements du sol, envoie vers l'orient une superbe route, le long de la ConiicJie, fort au-dessus des flots, au penchant méridional des Alpes maritimes.

Alger envoie un chemin littoral vers le ponant, à des hauteurs moindres, au versant septentrional d'un mont qui n'est que colline; mais la mer d'Alger vaut la mer niçoise, et cette colline, la Bouzaréa, se plisse en ravines dont chacune est un petit monde profond : les villas de l'une ignorent les villas de l'autre; beaucoup ne voient que leur vallon, leur dais de ciel, leur pan de mer; celles des ressauts et des crêtes contemplent des bouts de rivage, des rochers, des calanques, l'infini du flot, de lointaines montagnes.

Édens où le bonheur, comme la douleur, s'amortit en contemplation; et cette contemplation est une béatitude.

On y deviendrait un rêveur, un fataliste, un « Oriental », si la corniche d'Afrique n'était tournée au vent du Nord, à l'inverse de la Corniche de Provence, tournée au vi'nt du Midi.

1. L;i où la Chiffa s'unit à rOued-Djer augmenté du Bou- Kouini.

Le vent du Nord, toujours frais, toujours ailé, toujoui^ subtil, pro^que toujours visible aux feuilles des arbres, aux frissons des eaux bleues du gouffre, réveille le rêveur inattentif à la fuite des jours; sa brise, diurne ou nocturne, est un renouvellement de l'être; sans elle on dirait dès la jeunesse, en ces lieux délicieusement énervants, ce que, même la vieillesse venue, on ne dit pcis sous les climats énergiques : « Plus ne m'est rien, rien ne m'est plus ! »

Les villas sont très nombreuses dans la montagne jusqu'à la pointe Pescade, roche bouzaréenne la plus avancée vei's le septentrion, et, comme telle, fermant au couchant la baie d'Alger. Elles se font de plus en plus rares de la pointe Pescade à la pointe Caxine, promontoire dont le feu tournant illumine au loin la côte, de l'embouchure du Boudouaou à l'est jusqu'à Bou-lsmaël ou Castiglione à l'ouest.

La mer, au franc Nord, y est aux moindres vents houleuse; le rivage est dur, il se relève aussitôt en collines escarpées dont la hauteur diminue vite : d'abord 500 mètres, puis 200, puis à peine 100 ({uand on arrive à Guyotville, bourgade franç^tise voisine de quelques dolmens qui furent plus que de raison célèbres.

Quand on présenta pour la première fois à l'attention de la France les pierres antiques du tertre des Béni-Mes ous, les savants celtisaient incroyablement.

Au grand bloc debout dans un champ, à la dalle portée, à l'allée couverte, au renflement tunmiaire du sol, à la chambre cryptique de la grotte, ils ne demandaient rien puisqu'ils savaient tout et que, voyants de l'antérieur, ils n'avaient qu'à fermer les yeux pour retrouver le premier passé des monuments frustes : les chênes vieux connue la montagne, le gui sacré, la faucille d'or, les druides, la prêtresse inspirée, le soleil de la consécration ou la lune de la nuit inaugurale, et les prières, les rites, les fonnules celtiques, les incantations, les sacrifices.

A présent que le druidisme n'absorbe plus sans raison la moitié du monde antique, et depuis qu'on a trouvé par toute l'Algérie dix mille fois plus de menhirs et dolmens qu'il y n'en a sur le coteau des Béni-Messous, nul ne se soucie des pierres de Guyotville.

Au ras Acrata* le littoral se courbe au sud-

1. Ui'cllcmciit ras Kiiator, cap dos Pouts, c'cst-u-diiv drs Arches : d'un aqueduc romaui disparu.

ouest, le long de dunes basstis. et sans autres rocliei^ (juc ceux de la presqu'île mènioi'abilissJme, Sidi-FeiTueh, très fatale aux Tui-cs. A la bouclie du Hazarran ces sables finissent: une plaine étroilc, puis un 1res mince estran suivent le pied du Snhel de Coléa.

2° Coléa : l'Obstacle continu. — Coléa ne se voit point de la mer, dont elle n'est poiirtanl qu'à 5 kilomètres. Elle a son penchant, non vers la Méditerranée, mais vers le Mazafran, qui frôle sa colline; ses Iiorizons, non vers le Mord, maritime et bleu sombre, mais vers le soleilleux Sud, vers la Hétidja, vers Blida, toute blanche, qu'il semble qu'on toucherait de la main*, et vers la lourde masse de l'Atlas.

C'est un lieu saint et très saint, une petite la Hekke.

Fondée par des Maures andalous, vers le milieu du xvi' siècle.

Celui qui dispose de l'espace, de la durée, de l'éternité, Allah, lui envoya Si Embarek, qui fut un ouali, un bénissant et un béni, un père de singularitts et de prodiges, maître de tout, sauf de sa vie

et de sa mort. Tombeau <Ig la Chr^lipiinp. {Vi

Sa tombe attira de dsprfcs une p

nombreux pèlerins

sous la koubba du bord de la claire fontaine, à la tète d'un ru qui court au Hazafran par le ravin du Cou du Chameau.

Mort, ce chéri de Dieu n'a pas entièrement cessé de vivre, et il apparaît encore quelquefois, durant les nuits d'orage, sous la forme d'un lion noir, aux environs de son tonilH'au, à côté d'une mosquée, prés d'un cyprès, d'un palmier, deux arbres, hauls et beaux : pourraient-ils ne pas l'être puisqu'ils germèrent, disent les contes, de graines apportées de la ville où dort le Prophète.

Le village littoral de Coléa, non son pori, car il n'y a point d'abris au long de ce rivage sans autres indentations que des criques et criquetles, le village httoral est Fouka, tout voisin de l'endroit où « rubstacle continu u comnieni;ait au boi'd de la mer,

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