lilres par seconJe
qu'au fleuve; l'orge, le blé, l'avoine, l'herbe, les hument, ou le marais les disperse en ayant l'air de les concentrer, et les volatilise dans l'air.
Ainsi le ChèlifT des Steppes finit en aride fossé, dans le sable, l'argile, la marne, lui qui a commencé par les o cent-une n sources du cirque de Ras-Sebgngue, entre 1400 et 1450 mètres au-dessus de la Méditerranée.
Le Nahr-Ouassel ou ChélitT du Sersou, ce qui veut presque dire l^héliff des Steppes, est inférieur de
0, Recliu, — Nu» C«u>»iis.
ALfiÉRlE
100 kilomètres au Chéliff du Djébel-Aniour; et, colui-ci marchant vers le nord-nord-(»st, celui-là s'avance vers l'est-est-nord.
11 part des environs de Tiare!, non loin de la jolie rivière Mina, qui est justement l'affluenl majeur du fleuve.
Son premier nom, c'est Oued-Médrissa, el cet Oued-Médrissa ne vaut point un tributaire de droite, rOued-Sébaïn-Aïoun ou Ruisseau des Soixante-dix Sources, ou, pour parler plus court, des Septinte- Fonts.
1/eau des Septante-Fonls ruisselle, à 1050 mètres, d'un charmant bout du monde, par une foule de profondes fotitaines. Peut-être pas exactement soixante-dix : ce nombre de septante est un pluriel renforcé signifiant que les sources jaillissent h chaque pas; et sans doute il en est de même des nonante-neuf aïoun de Djéma-Saharidj en Grandekabylie et des cent une fontaines du Ras-Sebgague.
Dire que le ru des Septante-Fonts baigne des cressonnières, c'est prouver que son trésor d'onde est frais, qu'il est pur. Les Romains apprécièrent ce charmant vallon, comme le montrent quelques ruines de l'ère latine.
Dans le fond d'une vallée de 500 A 5000 mètres d'ampleur, le Nabr longe de loin par sa rive gauche les monts de Téniet-el-Had et de Taza, qui sont une diramation de l'Ouaransénis ; il suit de près, p.ir sa rive droite, un escarpement raide. Si, de ce côté, l'on gravit le haut talus, tantôt pente et tantôt paroi, l'on voit s'ouvrir, au faite de l'escarpement, une immense plaine irrégulière, baiTée h l'horizon du Sud par le crayeux Nador et les monts de Goudjila et de Chellala, qui sont aussi des roches de craie.
C'est le pays des tourbillons de poussière, c'est le fauve Sersou\ qui a trois natures empirant de l'ouest à l'est, suivant la pente du « Fleuve Naissant ».
A l'occident, près de Tiaret, là où ses altitudes dépassent 1000 mètres, jusqu'à 1100, il y a belle et bonne eau, terres que la charrue ne tranche pas vainement en sillons, murs romains qui monumentent les bourgs, les forts, les fermes et « latifundia )) du peuple-roi, mégalithes qui sont, les uns postérieurs à la puissance des Césars ou contemporains de l'Universel Kmpire,le8 autres antérieurs on ne sait de combien d'années, de siècles, aux premières cabanes de la Ville Éternelle.
Au milieu, entre 900 et 1000 mètres, peu ou
1. Sel*!^ou, Serressou, se traduit par < les sommets », quoique le pnys soit plateau pins que monta(?uo.
point de surgeons, un sol très dur, la pluie wo l'amollissant presque jamais, une herbe courte, sèche, rare.
Au levant, en approchant de la confusion du Chéliff du Sersou et du Chéliff des Steppes, l'aini, qui démontre encore plus l'aridité du ciel que» le gazon flétri du Sersou central.
()uant au val du Nahr, il est fécond; il le fut surtout ainsi que le prouvent, au long de son cours, des ruines de bourgades, villages, domaines d'il y a dix-huit cents ans, Rome régnant sur le monde. Des réser\TS d'eau pourraient le muer en prés et courtils. Mais où prendre cette eau comme la terre l'implore ici, c'est-à-dire avec abondance? Certes pas au Fleuve Naissant ou, suivant une autre étymologie de Nahr-el-Ouassel, à la Rivière Affluerile.
.4u confluent, le Chéliff des Steppes apporte, quelquefois seulement, le tribut de 1 4112 000 hectares; et le Nahr-el-Ouassel, celui de 556 000.
Le Nahi^iuassel et l'Oued-Chabounia s'étant unis par la rencontre de leur sillon plus que par celle de leur « cristal », mot dont les rivières du Steppe sont presque partout indignes, le fleuve s'appelle dès loi's Chéliff, et même ne cesse plus de se nommer ainsi — exemple unique de continuité dans le Tell français sur un aussi long espace, puisque d'ici jusqu'aux plages mostaganémoises il y a plus de cent lieues au fil de l'eau ; la seule Medjerda ressemble en ceci au Chéliff, sur une moindre longueur, mais presque dès sa source.
Que signifie ce nom de Chéliff*, fils un peu émacié du Chinalaph de Ptolémée, géographe grec, frère et sosie du Sélef de l'Édrisi, géographe arabe? On ne saurait le dire, non plus que la valeur du terme Asar employé par les Romains et qui est le très proche^ parent d'isser.
De la fourche des deux branches il lui reste encore un laid, très laid, très morne voyage d'une soixantaine de kilomètres, avec 125 mètres de pente, jusqu'à l'entrée dans le Tell par la grande porte de Boghar et Boghari. A mi-route il s'épanche en hiver dans le marais de Kséria, que la saison chaude efface, comme elle efface aussi le Chéliff, entre des berges de marne écaillées par le soleil.
2» Chéliff du Tell : de Boghar au 9oui. —
Boghari, l'un des caps méridionaux du Tell, lienl
1. Le vieux nom. le nom complet. cVsi : Chéliff (lo> IUmiI- Oiiàtil.
houtiquo enlro lo Nord ol le* Sud, et contemple le Midi, d'un coteau de 687 mètres ; Boghar, qui fut sans doute Castellum Mauritanum, le contemple mieux encore de sa montagne, à 970 mètres, et de si haut, le Désert est superbe de majesté, de sérénité, de lumière : bien plus beau vu des monts que les monts vus du Steppe.
Les gorges que perce longtemps le Chéliff en aval de Boghar-Boghari ploient à Touest le fleuve, qui depuis le Djébel-Amour n'a cessé de couler vers le nord-nord-est. Ainsi notre Loire descend au septentrion Jusque vers Briare et Gien, puis de Gien à l'Atlantique elle s'avance vers les eaux vertes de l'Occident.
Os gorges, par endroits prodigieusement sinueuses, sont profondes, sans villes, sans villages, entre des moAtagnes ou nues ou sylvestres qui se ratlaehent, à gauche h la chaîne de Boghar- Tnza-Têniet, à droite au massif du Titéri. Médêa, qu'on ne voit pas du fleuve, couronne vers l'est un plateau, parmi des ceps dignes de la France, au-dessus d'un torrent qui n'est jamais muet, l'Oued-el-Arbil. Le Chéliff non plus ne se tait jamais dans ces défilés où l'accroissent incessamment fonts vives issues de la craie, ruisseaux foi'estiei*s, cascades et cascatelles. Ces eaux éternelles et celles qui tombent diluviennement des nues agrafées au passage par la montagne en automne, en hiver, au printemps, on peut les retenir pour l'usage de l'été. Une digue de 50 mètres de hauteur en travei's du fleuve arrêterait 45 millions de mètres cubes aux rocs de Gada-Adoussa ; sur l'Oued-el- Arbil, une levée de 35 mètres en ferait refluer 18 millions.
Au confluent de l'Oued-el-Arbil, devant Amoura, la Sufasar de l'ère latine, les défilés se desserrent quelque peu, mais c'est seulement à l'Arba des Djendel que s'ouvre la première grande plaine du Chéliff tellien, dite plaine d'Affreville ou bassin de Miliana : elle a 30 kilomètres de longueur sur 8 à 10 de largeur. *
Plaine d'Affreville, de la jeune bourgade bâtie au pied du Zaccar d'occident, à 3500 mètres de la rive droite du fleuve; bassin de Miliana, de la vieille cité qui se montre, à 8 ou 9 kilomètres au nord d'Affreville, au haut d'une route à grands lacets. Miliana est à 720 mètres d'altitude, sur un ressaut du Zaccar, en vue d'un horizon magique sur la j/laine qui fut lac et, par delà, sur l'empilement de roches de l'Ouaransénis qui est en hiver un entassement de neiges.
Ce grand horizon du Sud, ce Zaccar de craie,
centre d'un périorama qui va du littoral à l'Œil du Monde, les eaux admirables d'un « anseur » de 300 litres par seconde qui s'élance de moulin en moulin vers le bas^fond d'Affreville, un climat donnant fraîcheur, force, contentement, à 400-450 mètres au-dessus de la plaine où l'Affrevillois languit, il semble que Miliana, la Malliana des Romains, aurait dû devenir la plaisance d'été des Algériens du centre, l'ouest ayant Tlemcen, et l'orient TEdough de Bône ou le Zaghouan de Tunis; on pourrait croire que déjà les villas s'y comptent par mille et mille aux flancs zaccariens, ombragées par des arbres d'épais feuillage contre le Midi, qui est à la fois le côté du soleil et le côté du sirocco, — les deux seuls traîtres qui soient à redouter ici. Or, tout au contrains «»lle augmente peu ; même son (Hément français diminue. Les Milianiens descendent vers le Chéliff ; ils aident à peupler d'ouvriers, de négociantes, de colons, les nouveaux villages d'<»n bas, principalement Affreville, jadis Colon ia Augusta Zuccabar. Zuccabar et, non loin sui* le Chéliff, Sufasar, voilà deux villes dites romaines et portant un nom indigène, ce qu'était s;ms doute aussi la majorité de leurs habitants.
Au sud-est d'Affreville s'unit au fleuve le torrent d'Oued-Deurdeur, chu des monts de Téniet-<»l-Hàd par l'une des fentes dont Miliana regarde l'ouverture en plaine. On veut l'enchaîner à l'étranglement des Rochers (Kifan) : le mur aura 40 mètres de hauteur; il soutiendra le ])oids d'un lac-réservoir de 200 hectares (31 millions de mètres cubes). Oued-Deurdeur, c'est comme si nous disions la Rivière des Gouffres.
La plaine d'Affreville se termine entre Littré* et Duperré, près des débris d'un pont romain, contre le Doui, montagne de 1036 mètres, ardue, hardie, dominatrice. Le colon, le légionnaire, le mercenaire qui passaient sur ce pont au temps de Rome florissante, y virent peut-être encore l'éléphant boire au fleuve moins vide qu'aujourd'hui parce que le Tell, plus sylvestre, ruisselait de plus de fontaines. Les éléphants furent nombreux dans les savanes du Chinalaph; les princes maurétaniens les avaient disciplinés pour la guerre, ils s'en servirent contre des princes rivaux, aussi contre Carthage, et les Carthaginois en usèrent contre les Romains.
o^* Du Doui à la Mina : les oueds d*Ouaransénis. — De l'éperon du Doui jusqu'à presque tou-