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CHAPITRE VIII

LES rNDIGÈNES

I. Nombre des Algériens. — On ne sait pas trèsexaclementceque l'Atlantide française nourrit d'Atiantidiens.

Il est facile de compter à peu près les hommes d'origine européenne el les Juifs naturalisés Français; mais commt/nt dénombrer les indigènes sans en omettre un seul?

Ils ne tiennent aucun registre des naissances et des morts: ils n'ont point de noms de famille, et très peu de noms propres, une foule d'entre eux s'appelant simplement Ahmed ou Mohammed, comme le Prophète, sur qui soit le salut! Et d'autres, en très grand nombre, Sidi el-lladj, t Monsieur le Pèlerin un tel », parce qu'ils ont fait te voyagu à la Mecque, ou qu'ils le prétendent : mais plus d'un n'a pas dépassé Tunis ou Tripoli, et, s'il est de l'Oranie. Alger ou Constanline.

Les recensements, quelque <t ofticiels t qu'ils soient, ne peuvent prétendre à reconnaître le nombre précis des musulmans d'Algérie, ôt beaucoup de ces Français nouveaux échappent aux listes françaises. Que de familles oubliées dans leur gourbi des ravines, que de petits clans dont on connaît à peine le nom, que de tribus arabes, que de villages kabyles portes en bloc, à mille, deux mille, trois mille hommes près, sur le cahier du dénoinbreuri Que de nomades sahariens qu'on ne soupçonne même pas, plantent, le soir, leur lente sur un mamelon du Désert!

Il y a donc lieu de regarder comme inférieurs à la vérité les chiffres que nous donnent les recensements oin ciels.

Ne remontons pas au delà des n années terriblas »

4870 et i87J. La Tunisie n'était pas alors terre française.

Le dénombrement de 1872 estima que rAlgérie, récemment poussée à travers les parcours des Chamba jusqu'à Toasis d*El-Goléa, renfermait 2125052 Indigènes, Arabes ou Berbères, et les Juifs non compris, qu'un décret venait de jeter brusquement dans la nationalité française. En ajoutant ces Israélites, au nombre de 54 574, aux 129601 Français, aux 115516 Etrangers, Espagnols, Italiens, Maltais, Allemands, etc.; plus \ 1 482 pour ce qu'on appelle population en bloc (lycées, collèges, séminaires, hôpitaux, couvents, prisons), on arrive au total de 2 416 225 personnes, sans l'armée, non incluse, on ne sait pourquoi, dans le recensement.

Le dénombrement de 1876 donna, Tunisie non conquise et non comprise :

Indigènes musulmans 2 462 036

Juifs naturalisés 33 312

Français 156 365

ÉU-angers 155072

Population en bloc 8 890

Armée 51 051

Le recensement de 1881 inscrivit, sans la Tunisie, qui venait d'être protégée, suivant le mot très hypocrite :

Indigènes musulmans 2 842 497

Juifs naturalisés 35 663

Français 195 418

Étrangers 181 354

Population en bloc 14 413

Armée 41067

Le dénombrement de 1886, disons l'estimation, du moins en ce qui concerne l'élément indigène, s'est résumé par :

Indigènes musulmans 3 264 485

Juifs naturalisés 42 505

Français 219 627

Étrangers cui'oïK'eii s 205150

Marocains 17 445

Tunisiens 4 895

Population en bloc ) g^ ^69

Armée ]

Plus, pour la Tunisie, dont nous n'avons pas le recensement, une population qu'on estime à 1300000 âmes.

En tout, pour notre Atlantide, 5117 465 personnes.

L'Algérie-Tunisie ayant environ 105 millions d'hectaresS ces 5117 464 personnes ne répondent qu'à 5 habitants par kilomètre carré, la moyenne de la France étant de 72. Mais, quelque avenir qu'ait évidemment le (irand Désert, en bonne Justice il ne doit compter aujourd'hui que par ses oasis et ses lignes d'eau.

Désert à part, le Tell, le Steppe, le Hodna, les Oasis, en un mot notre Afrique Mineure réduite a ses terres d'ores et déjà nourricières, s'étend sur 52 à 35 millions d'hectares. En admettant 5 500 000 habitants au lieu de 5 117464, à cause des oublis et manquements qui raccourcissent les listes des recenseurs, la Nouvelle France entretient 16 à 17 personnes par 100 hectares, plus de quatre fois moins que la France.

Au taux de la France, l'Algérie présentement « utile » nourrirait donc de 23 à 26 millions d'hommes, contre les 38 à 39 millions du « plus beau royaume sous le ciel )>.

Or, à surfaces égales, un bon et beau pays du Sud, tel que notre Atlantide, peut élever plus d'habitants qu'un bel et bon pays du Nord. Aux gens du Septentrion il faut quatre repas par jour, des viandes saignantes, des alcools pour raviver la flamme intérieure, des vêtements chauds, des maisons closes, de la houille et du bois. Ainsi le veulent la brume et la neige et la glace, et ce pâle soleil qui n'assiste point assez l'homme contre le froid, frère de la mort. Mais le Méridional, puissamment aidé par l'astre qui le chauffe, le nourrit, l'égaie, vit d'un peu de pain, de quelques fruits, d'une gorgée de café ; à ce fils du soleil la vigne et l'olivier suffisent; ils lui donnent le nécessaire. Son luxe, c'est la nature en fête. Il lui faut peu de vêtements, peu ou point de demeure, car sous ces nobles climats le pauvre, quand il ne trouve pas une voûte, une arcade, un portail, dort dans son burnous ou son manteau, le tête sur une pierre, à la candeur des nuits argentées.

La preuve en est au voisinage même de notre Atlantide, à trente-cinq lieues du cap Bon, pointe nord-orientale de la province de Tunis.

Qu'est la vieille Trinacrie, la Sicile, qui a passé de la langue d'Homère à celle de Virgile, et qui a failli, pendant la fleur de l'Islam, adopter la langue de Mahomet, comme l'a fait, à moins de cent kilomètres au sud, une autre île plus petite, l'antique Melita, Malte, usagère d'un patois arabe ?

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