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Jusqu'au fuite entre Igharghai' et Niger

ALGÉRIE

Qu'est en étendue la Sicile? On lui attribuait près de trois millions d'hectares, mais une nouvelle mensuration ne lui en donne plus que 2574000. Elle a perdu, comme tout le royaume italien, descendu, par suite d'un « arpentement- » plus exact, de 29632300 hectares à 28 658 800 : soit en moins près de 10 000 kilomètres carrés, dont au delà d*un tiers pour la Sicile, dont l'aire avait été fort exagérée.

Sur ces 2 574 000 hectares vivaient, au 31 décembre de l'an 1887, plus de 3 millions d'hommes: 3192000, soit 124 personnes par 100 hectares. Or c*est encore un pays de petite industrie, de très peu de commerce, avec vastes steppes, ravines incultes et beaucoup de ce que les Espagnols appellent des (( despoblados », la Sicile ayant été jadis beaucoup plus habitée.

A la densité de population de la « Trinacrie » , notre Atlantide aurait environ 40 millions d'âmes; à demi-densité, 20 millions.

Mettons à part, pour l'instant, la Tunisie, dont on ne connaît encore qu'hypothétiquement la population.

Privée de sa plus jeune, de sa quatrième province, de la tunisienne, l'Algérie d'avant 1881, c'est-à-dire le pays d'Alger, d'Oran, de Constantine. renferme 3 817 464 Algériens.

Là-dessus, 3264483 sont des Indigènes musulmans.

Et 465 271 sont des a colons )>, par opposition aux (( Arabes u.

Ces « Arabes » se divisent en Berbères et en Arabes; ou, pour parler sensément, en berbérophones et en arabophones.

Les colons comprennent les Français et naturalisés, d'une part; les étrangers, Espagnols, Italiens, Maltais, Allemands, etc., d'autre part.

465 271 « colons » contre 3 264483 « Arabes », c'est déjà un contre sept, un sur huit.

II. Croit des Indigènes. — Les prétendus recensements de l'élément a autochtone » étant tout au plus des estimations, il faut se garder de prendre au tragique l'énorme croît des Indigènes qui résulterait de la comparaison des derniers dénombrements.

1872 révéla la présence de 2 125 000 Musulmans sur le sol algérien, Tunisie en dehors; 1876 en signala 2463 000; puis 1881 en compta 2 842000;

et enfin 1886, par un saut terrible en avant, fixa le total à 3264000.

Est-ce à dire que les Musulmans de notre Atlantide se propagent plus vite que n'importe quelle autre nation du monde?

Auraient-ils vraiment gagné 338 000 existences entre 1872 et 1876, puis 379000 de 1876 à 1881 ; enfin, 422 000 de 1881 à 1886. Soit 1 139000 en quatorze années?

Un peuple dont nous savons qu'en toute ville ou bourgade atlantidienne ses morts dépassent les naissances, peut-il doubler en vingt ou vingt-cinq années, quand il en faut vingt-huit aux Canadiens- Français eux-mêmes?

Or justement ce peuple se débat contre une foule de misères :

Contre la fétidité de ses demeures quand il habite avec ses animaux un taudis : maison, gourbi, chaumière ;

Contre de très dures intempéries des lieux quand il dort dans sa tente, ou hors de sa tente, sous la voûte étoilée qui parfois s'obscurcit et dont descend l'orage;

Contre la famine, qui visite souvent ses douars; et, de famine à famine, grande est presque toujours la pauvreté, peu d'années étant de celles dont l'Arabe dit qu'elles ont les éperons verts* : tantôt c'est la sauterelle qui broute son froment ; tantôt c'est le sirocco qui l'échaude ; tantôt c'est le soleil de l'hiver ou du printemps, incendiaire autajit que celui de l'été, qui sèche le grain dans la terre ;

Contre la malaria des oueds bordés de lauriersroses : (( Qui respire le laurier-rose »espire aussi la mort » ;

Contre les épidémies, typhus et véroles, contre les thébîbs', rebouteurs, accoucheurs, auxquels il se fie, après Allah, qui est celui qui donne le mal et qui le retiie;

Et, pour comble, il est polygame : par exceptions s'entend, car la polygamie, achat de femmes, est aff^iire de fortune, tout au moins d'aisance. Or, malgré toute apparence, les nations polygames se recrutent bien moins vite que les monogames.

Tout au contraire de l'Atlantidien, le Canadien- Français, bien mangeant, bien buvant, commodément dormant, vit dans un climat froid, le plus sain qui existe, sans fièvres, presque sans épidémies, et les familles de douze à quinze ou vingt enfants y sont visiblement aussi nombreuses que celles de

i . Une année a les éperons verts lorsqu'elle est riche en vordure, puis féconde en fruits, en épis. 2. Médecins.

six ou huit ou dix en Afrique française : la rivière de vie qui sort du taudis ou de la tente, aux pays de TÂtlas, ne coule point avec la large impétuosité du fleuve toujours renouvelé qu*épanche la chaumière canadienne strictement close aux brutalités de rhiver.

Le croit prodigieux d* a Arabes » indiqué par les recensements algériens n a donc rien de réel : il prouve seulement que la terre de l'Atlas devient de plus en plus accessible ; des chemins de fer, parallèles ou perpendiculaires à la côte, sillonnent le Tell, le Steppe, et même descendent au Sahara, que Tun d'eux ne tardera guère à traverser d'outre en outre ; des routes toujours plus nombreuses relient les stations de ces chemins de fer aux tribus récemment encore presque inabordables dans leur montagne ou dans leur désert; et, à mesure, le recensement dit nominal, succédant à l'évaluation en bloc, découvre en foule des familles qu'on ne soupçonnait pas.

Un, deux, trois dénombrements encore peuvent nous donner l'illusion d'un énorme accroissement des Musulmans d'Algérie. Cette illusion, il faudra la prendre pour ce qu'elle vaut, comme aujourd'hui, jusqu'à l'instant où un cens précis sera strictement comparable à celui qui l'aura précédé cinq années auparavant.

Mais si les Musulmans de notre Afrique Mineure n'augmentent pas avec une vitesse ailleurs inconnue, il semble probable que leur nombre s'accroît désormais.

Il n'en était pas ainsi lorsque les Français débarquèrent sur ces rivages ensanglantés par la guerre, dévastés par la razzia, pillés jusqu'au dernier boudjou par le Turc « prolecteur » et les chefs indigènes.

Alors la « poudre parlait », tribu contre tribu chez l'Arabe, sof contre sof chez le Berbère, ksar contre ksar, ou quartier de ksar contre quartier de ksar dans le Désert; et aussi l'Arabe contre le Berbère ; l'homme de la plaine contre le montagnard; le^Tellien contre le cavalier du Steppe; le Nomade contre le Sédentaire : un contre tous, tous contre un, sous les auspices bienveillants du Turc qui, divisant pour régner, passait avec contentement la main dans sa barbe quand le compte des têtes prouvait la fureur de l'attaque et le désespoir de la défense.

Et la guerre n'était pas seulement la veine du peuple coupée, de jeunes veuves, des orphelins. C'était aussi les moissons brûlées, les oliviers

sciés, les gourbis renversés, les canaux d'arrosage crevés, le méphitisme des pourrissants cadavres, le typhus, la variole, les épidémies, très souvent la famine.

Puis, de 1850 à 4847, ce fut la lutte entre la France et l'Afrique, de la Calle aux champs de l'isly, de la plage staouélienne aux puits sahariens d'El^oléa — duel qui, sitôt achevé, recommençait, non pareil à ces rencontres au premier sang qui tirent à peine une goutte rouge du plus blessé des deux combattants.

C'était la grande, et très grande saignée.

Depuis lors la poudre s'est tue, excepté en 1857, en 1864, en 1871 ; plus, durant de courtes révoltes locales, l'une dans les monts de l'Aurès, l'autre dans l'oasis zibanaise d'El-Amri, d'autres ça et là; enfin l'échauffourée de 1881.

La guerre de 1857 n'enflamma pas les trois provinces, pas même deux. Guerre de conquête, elle couronna de bataillons français les crêtes, mamelons et pitons de Grande-Kabylie, inviolés jusqu'alors par le « fétide» étranger; quelques tribus y furent décimées, de celles dont on voit d'Alger les neiges automnales, hivernales et printanières, au pied des tamgouts dominateurs; mais le reste de l'Atlas, et le Steppe et le Désert n'y perdirent pas un seul témoin de la foi, mort de sa blessure en récitant le témoignage : « Certes, il n'y a d'autre Dieu que Dieu ».

La guerre de 1864 n'incendia que l'ouest de l'Algérie et un petit coin de la Kabylie : née de la défection des Ouled-Sidi-Cheikh, tribu de marabouts sahariens qui vit de l'aumône des pèlerins, elle ravagea le centre et l'est de l'Oranie, de la Mer d'alfa jusqu'à Relizane. Ainsi restreinte, c'est à peine si quelques centaines, quelques milliers d'hommes au plus y trouvèrent l'heure et le lieu de leur mort.

Cent fois plus terrible, la guerre de 1871 n'envahit cependant pas l'entière Algérie. Elle épargna tout ce qu'il y a de plus Moghreb dans notre Moghreb, d'Alger au Maroc, et ne sévit que d'Alger aux frontières de la Régence de Tunis, mais furieuse, et partout, dans le Tell et la Lande, chez l'Arabe comme chez le Berbère, chez les tribus les plus lointaines, les moins tangibles, comme autour des bourgades d'en bas, et presque jusqu'aux portes d'Alger la sultane, puisque les insurgés ne furent arrêtés qu'à l'entrée de la Métidja, près de l'Aima, au pont du Boudouaou.

L'échauffourée de 1881 était à peine une incur-

fiion d^ brigands; In France faillit presque en fai une révolte parson incurable étourilerie, non mo que par sa làclielé singulière ; elle perdit un slant la télé devant quatre ou cinq cents coupeurs de route et jugea que le massacreur des alfatiers espagnols du Steppe oranais était un grand homme de guerre, un Annibal, tout an moins un Jugurtha et, qui sait?

peut-être le Maître de l'heure, l'homme élu dès avant la fondation du monde poui* nous jeter à la mer, le très fort, le très juste, le très saint, le « restaurateur de la blancheur de rislam j>. Mais ce chef de bande valait tout juste autant qu'Abd el-Kader à son aurore, avant que la France elie-mëme l'eût investi comme sultan des Arabes : les roules étaient faites, les troupes étaient prêtes, Bou-Amama disparut comme un songe.

t^es guerivs dont aucune n'embrasa toute l'Algérie, et les révoltes infinitésimales, ici un ksar, ailleurs un douar, n'ont pas fait, toutes ensemble, le quart des victimes de la famine de 1867-1808, à la suite de longues sécheresses.

300 01)0 Indigènes BU moins , et probablement 500000 périrent, '" '*"'"* - P^'" "" *= "' surtout il l'occident

d'Alger, dans la région deux fois moins pluvieuse en moyenne que l'orient de notre Atlantide.

Des ferkas, des douars, des tribus, des confédérations perdirent la moitié de leur monde; ainsi, le cercle d'Ammi-Moussa vil son peuple descendre

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