D'i|irù9 Savorsiiaii de Brazia
A l'est nous nous an-èlons à l'Oubanglii, fort grand ru qui coule entre le Congo Français et le Congo International, celui-ci détenant la rive gauche, et nous la droile.
Au midi nous confrontons h ce (leuve Congo, l'État International sur la rive gaucho, et nous sur la rive droite, S partir du confluent de l'Oubanghi, jusqu'au delà du lac Stanley, prés Manianga ; api-ès quoi une ligne dans les terres nous limite d'avec ledit État; puis vient, également « à travers chani|)s «. la frontière avec l'enclave portugaise de 24000CO hectares encastrée au bord de l'Atlantique entre le Congo Français et le Congo Belge International,
Car le Con^ lnternation.il al aussi Congo l!*'lg3. L'empire pliilantln-opico-linancier qui nous envc-
flOS COLONIES
loppe à l'orient et au midi reconnaît pour vice-roi le monarque constitutionnel des Belges.
A cela doit-il de n'être plus un paclmlik de l'Angleterre, comme récemment encore sous la surintendance de Stanley, homme brutalement anlifrançais. Devenu beige par son gouvernement, ses fonclionnaims, ses juges, français par sa langue ofHcielle, il ne se dresse plus en adversaire vis-^-vis de la i Gabonie » «étendue en (^ongo. Au lieu du Saxon parfois visiblement hostile (toujours ennemi dans le fond
de son cœur), il y a, par delà rivière et fleuve, des voisins avec lesquels on peut vivre en paix : bien mieun, des voisins dont il est possible qu'on bérite.
L'acte authentique par lequel se sont entendus la France et rÉIat International porte, en cffel, qu'en cas de dissolution de celui-ci, c'est h nous avant tout autre qu'il s'adressera pour la vente de ses droits.
Clause futile si le Congo Français ne' s'élève pas rapidement à une vie intense ;
Carte du Congo Franfiii.
Clause précieuse si la France l'organise et le francise à bref délai.
II. Gabon. — La rive droite du Rio Campo étant aux Allemands, la rive gauche coniiiience le Congo Français. A l'occident la mer tonne, jamais apaisée; à l'orient s'en vont forêts après forêts; au loin, de ce côté, se protile une première chaîne de montagnes, qui, sombre ou bleue, en cache une autre, cl celle-ci une autre encore. Conformément à ce que monliv à peu près partout le contour de
l'Afrique, on monte par degrés, d'ét;ige en étage, sur le plateau de l'intérieur.
Diverse est la nature de r«'s monts de 1000, de 1200, de 1500 mètres, qui ont des noms français, portugais, castillans, indigènes : monts de la Mitre, Siete Sierras, Serra do Cristal, Igonibi Pldélé ; promiscuité de langues explicable dans une région de Noirs et Négroïdes découverte jadis par les Portugais, récemment occupée par les Français, explorée sur un petit espace par les Espagnols.
Le Campo n'a rien de grandiose. Ce n'est pas sans soubresauts qu'il descend les étages de la
CONGO
sierra, ni sans précipices qu'il évenlro les rochers de Gabonie, quartz, gneiss, talcs, schistes cristallins, laves, latérites, craies, calcaires. Ainsi font les autres rivières de ce littoral, notamment le Congo gigantesque. Bien que non comparables à cet immense torrent, tous les courants du pays pou^ent devant eux beaucoup d'eau parce que ces parages d'Afrique sont soumis à des pluies très drues réparties sur deux hivernages.
L'OgAouê, par exemple, s'enfle normalement deux fois par année: vers le 1*' février il est bas, les sables l'encombrent, ses baies, ses îles se rejoignent; on dirait une Loire tropicale, plus majestueuL>e que la gauloise et non moins tarissante : alors arrive un hivernage, en février, mars, avril, commencement de mai, et avec cet hivernage une crue; puis, les nuages dissipés, une sèche saison évapore le fleuve jusqu'en septembre ; après quoi nouvel hivernage durant une moitié de septembre, tout octobre, tout novembre et le début de décembre, et sous ce débordement du ciel l'Ogrtoué remonte; enfin nouvelle sécheresse d'environ six semaines de durée, du 15 décembre au i«' février. Naturellement, les deux hivernages se soutiennent l'un l'autre et les rios diminuent beaucoup moins que si les cinq à six mois d'aridité se suivaient tout du long.
Du Campo jusqu'au Gabon, la somme annuelle des pluies est de 3 mètres, trois h quatre fois plus qu'en France ; au Gabon même elle est de 2 mètres et demi, d'après dix ans d'observations.
Au sud de l'estuaire, diminution notable et bien plus grande inconstance ; tellement qu'au bout méridional de notre côte, dans le Loango, tel cycle de douze mois donne 1578 millimètres, ou la moitié de ce qui tombe au nord du Gabon; tel autre 300 seulement, ou le dixième. La terre s'en ressent, elle qui ne vit que de pluie et de soleil, autant de l'un que de l'autre. Les sylves profondes, profuses, prodigues, entortillées, cnlianées, y font place aux bois sans profondeur, aux bouquets d'arbres qui. sont parc plus encore que forêt, aux savanes, aux herbes altissimes où disparaît le cavalier. Au sud du fleuve Congo, chez les Portugais, c'est bien pis : la nature du littoral y est pauvre, avare, parcheminée, languissante; et de plus en plus elle s'étrique jusqu'à devenir, par delà les ultimes établissements lusitaniens, le Sahara des Namakouas et des Damaras, sur les rives mortes du fleuve Orange.
Le Campo franchi, l'Eyo des Indigènes, le Sâo llento des Lusitaniens, le San Benito des Espagnols,
a ses dernières chutes (au bas de beaucoup d'autres) à neuf lieues de la mer, ce qui ne lui laisse qu'environ 55 kilomètres de navigation.
Par un escalier de cascades le Mouni sort de défilés rougeâtres, telle étant la couleur des grès de sa percée; après quoi vient le Munda, simple estuaire que ne continuent pas des fleuves, mais des riviérettes.
L'estuaire qui suit, c'est le Gabon, long de 70 kilomètres et moins large à son embouchure qu'en amont. Autre ressemblance avec la Gironde.
On y entre par quatre passes dans une barre de sable, passes que la basse mer recouvre de 8 à 10 mèlres d'eau, tout ce qu'il faut aux plus pesants des navires ; la haute mer n'augmente guère ces profondeurs, l'Atlantique ne montant ici que de 1 à 2 mètres.
Quelque petits que soient ses deux tributaires majeurs, le Como et le Bemboé, ils l'ont accourci, rétréci, comblé pour un peu, et les vaisseaux dépassant 4 mètres de cale ne peuvent le remonter jusqu'à son (( Bec d'Ambès ». Le Como vient des monts du Cristal (1400 mètres); le Remboé ouvre à Libreville le chemin de l'Ogôoué, du plateau des Batékés, du Congo.
Le premier morceau de terre qu'acheta par ici la France au roi Louis, à la rive droite de l'estuaire, en amont de son embouchure, vit s'élever un village devenu ville, s'il faut déjà prendre au sérieux la dernière moitié de son nom de Libreville.
Mais dire que Libreville a sept kilomètres de longueur et que cependant elle ne contient point 2000 habitants, peut-être pas 1800, dont 150 à 200 Blancs, c'est dire aussi qu'elle est restée un peu village el beaucoup campagne, au pied de ses monts Baudin et Boue, collines qui atteignent 200 mètres. Les Français, Européens, laptots sénégalais et Krous athlétiques au service des Blancs, peuplent au bord de la rade une rue, une route plutôt, que longent des maisons dont la pierre est un grès traversé d'oxyde de fer; les indigènes Mpongoués vivent plus haut, sur le plateau, dans des cabanes de bambou; des arbres, parmi lesquels s'élance le dragonnier, ombragent leurs légères cassines.
Le pays est beau, la rade ample et superbe, mais l'air est tiède, humide, étouffant, énervant, épuisant par ses nuits autant que par ses jours, surtout durant le cours des deux hivernages : alors on ne sait comment faire pour respirer librement dans* Libreville. Climat déprimant, sans chaleurs extrêmes quoique la moyenne annuelle, 26 degrés.
égale celle d'une foule de lieux horriblement torrides.
L'oscillation annuelle n*y est que de 11 degrés, ses tépidités alanguissent, Tanémie nait vite, chaque heure l'augmente, les fièvres abattent, et des ulcères aux jambes clouent Texsangue sur son lit ou son fauteuil.
Certes la Gabonie se serait traînée dans une éternelle enfance si Ton ne l'avait vite prolongée sur le bassin de rOgôoué, pays plus sain, en tant •qu'ayant fond de sable; si surtout elle n'avait gagné la zone dos savanes, sur la haute plaine dont la pente orientale fléchit vei's le Congo.
Libreville est ainsi appelée de ce que nous y installâmes en 1849 un certain nombre de Nègres arrachés à leur esclavage. Capitale de 1' « Ouest Africain », il se peut qu'elle le demeure toujours, par le grand avantage de sa rade, incomparable sur tant de centaines de lieues du littoral au nord comme au sud de l'Equateur. C'est le port naturel d'une notable partie de l'Africpie occidentale et centrale.
Ses indigènes, les Mpongués, font pai*tie d'une des grandes races de la Terre.
Ou, pour dire mieux, toute origine à part — car les questions d'origine sont presque toutes insolubles, — ils usent d'une langue parlée, en très nombreux dialectes, par une foule de peuples africains, dans l'est, le centre et le sud du continent.
Cette langue, c'est le bantou ; ceux qui la parlent, du Nègre de suie au Bronzé de gracieux visage, ce sont les Abantous ou Bautous, sur l'Ogôoué, le Congo et ses mille affluents, le Zambèze en amont comme en aval de la splendide cascade de Fumée- Tonnante, le Limpopo, le fleuve Orange, les monts des Cafres, la cùle orientale d'Afrique, et même le bassin du Nil supérieur, dans la contrée des Grands Lacs.
Aucune de ces langues n'est, dit-on, supérieure à l'idiome des Mpongoués, au pongoué, en harmonie, en logique, en simplicité, en plénitude de formations par affixe et suffixe.
En ne considérant qu'elle, les Mpongoués méritent le nom qu'ils se sont donné : Agogos, c'està-dire les Sages.
En même temps qu'ils s'effacent comme peuple; qu'indolents, paresseux, vicieux, ivrognes, ils dépérissent; que, venues de l'est, des nations plus vivaces les pressent à les étouffer bientôt, leur idiome s'étend, comme organe du commerce, fort loin autour de l'estuaire du Gabon, et en remontant l'Ogôoué.
Peut-être vaut-il mieux dire qu'il s'étendait. On doit supposer que le français, devenu Tinstrument officiel des deux Congés*, porte en ce moment le coup de mort au plus mélodieux de tous les idiomes des Abantous.
Sans rival entre le « Nil » de Bamakou et le « Nil » de Brazzaville, l'Ogôoué s'enfonce en mer à 100 kilomètres au midi du Gabon.
m. L*0gd0u6. — 1000 à 1200 kilomètres, telle peut être la longueur du « serpent» de l'Ogôoué : plus que la Loire, moins que le lUiin; mais ses tributaires majeui^ viennent de loin, et, juscju'à science mieux informée, on prête à son bassin TiO millions d'hectares, presque autant que ceux du Rhin* et de la Loire ensemble. On estime ses crues à 40 000 ou 50 000 mètres cubes par seconde ; sou module serait de 10000, ce qui en ferait l'égal du Danube; à 5000 mètres cubes seulement il vau* drait le lUiône, le Rhin, le Pô réunis. C'est donc un maître fleuve.
Sa première eau sort de collines du plateau des Batèkés, à 50 lieues à peine de la rive droite du Congo, lequel est quatre fois plus long et dix fois plus fort que lui.
Les Batèkés sont, probablement le premier des peuples congolais qui verra des colons blancs vivre d'une vie non mourante, avec force, activité, sève, plénitude, s'accroître et assimiler autour d'eux. Le pays ne nous tuera pas avant de nous avoir laissés tenter ses eaux et son air. La contrée étant découverte, savane et brousse plus que forêt, on y respire; ayant pente, fond de sable (même trop), ondes pures, plantes diverses, elle est saine; haute de 400 à 700 ou 800 mètres, elle met au bout d'heures fraîches des heures très ardentes. Terre d'ailleurs inféconde, avec grands steppes aréneux : aussi les Batèkés ne payent-ils pas de mine.
Ils sont maigres comme des clous; point hauts de taille, ils sont débiles d'apparence. Ils vivent de quelques grains qu'ils arrachent^ à la glèbe où ils plantent maïs, mil, manioc, tabac, canne à sucre ; de temps en temps, d'un brin de chair humaine — car ils sont cannibales — et d'animalcules ou animaux de nous très dédaignés : sauterelles, insectes ailés, rampants, bondissants, papillons ou larves, chenilles; et le crapaud, qu'ils fument, comme nous le jambon.
Ont-ils trouvé l'élixir de longue vie dans la bête