‹ La France et ses coloniesChapitre 226 sur 283 · L'Egypte · texte numérisé non relu

L'Egypte

tares, soit presque exactement l'aire du département français moyen.

A ces 1500000 « arpents » on fait hommage de 22 370 tenanciers — hommage probablement exagéré, car le sol ingrat de l'Obokie ne paraît pas, dans l'instant présent, capable d'entretenir autant d'hommes.

Où l'on voit courir à longues enjambées, le cou tendu, et les ailes aux vents, la microcéphale autruche ;

Le chameau marcher en cadence, l'œil doucement stupide, en broutant de-ci, de-là quelque tige d'un mince arbuste sec, non sans penser obscurément à l'eau des puits, des torrents, des sources, mais résigné par longue accoutumance à passer stoïquement si l'onde est tarie;

La gazelle fuir, aussi rapide que l'autruche, d'un sabot sonnant sur la pierre, vers un palmier de l'horizon ;

Là est le Sahara, et ce nom seul dispense de décrire le ciel d'airain, le sol d'airain, les monts d'airain.

Toutefois le territoire obokien n'est pas un Sahara absolu :

C'est plutôt un Sahara tendant au Steppe.

Sims doute il se déroule sur la grande écbarpe de stérilité, sur la bande anhydre déployée de l'Atlantique au voisinage du Pacifique, à travers toute l'Afrique là où elle a le plus d'ampleur, et au travers de presque toute l'Asie la plus large — le grand tiers du tour du Globe.

Mais sa situation sous le douzième degré de latitude l'approche fort de la région des puissantes pluies régulières; il a part, bien que très petitement, aux averses de l'hivernage, en février, mars, avril, mai : alors il peut arriver que l'eau tombe en bonds éperdus du haut des sierras calcinées, et que, courant sur la lave enfin désaltérée, elle retentisse en flots torrentueux dans des oueds qui la vomissent à la mer, à la baie. Bientôt le soleil darde à nouveau sur la roche au teint fuligineux que les volcans épanchèrent, la cascade meuri, l'oued aussi, le Désert revient à son silence, à sa brûlure, à son aridité, à sa majesté.

Heureusement que tout ce qui sort de la grande urne inclinée des averses ne s'enfuit pas jusqu'à l'Océan Indien; il en filtre sous terre, et l'eau court cachée, sous la pierre chaotique des oueds où l'outarde, la gazelle, l'autruche, l'Ane indompté, l'une domestique, le chameau, le bœuf, le mouton, la chèvre des pasteurs danakils ne trouvent presque jamais une gorgée à boire, la vipère et le

NOS COLOMES

scorpion pas même une goutte où mouiller leurs crochets, leur «liguillon. U y a donc sous le sol des passages d*eau, assez pour que maint vallon vivifié par des puits s'y pare de jardins.

La brise de terre, la brise de mer, souffles alternés, reposent de l'excessive chaleur, qui souvent dépasse 40 degrés; même, a-t-on dit, 50, et jusqu'à 54, au mois de juin.

Climat terrible en somme, encore que bien moins funeste aux Blancs que l'air des colonies à grand hivernage. Les Français y vivent sans trop de souffrances, très rares d'ailleurs en dehors des marins et de la garnison: et les naturels, les Danakils, s'en trouvent très bien.

Les Danakils' se donnent eux-mêmes le nom d'Afars, Afers, ce qui, traduit en français, signifie les Nomades. Ils le sont en effet — la stérilité de leur terre, de leurs sables, de leurs rochers l'impose— ; leurs « villes » se composent de quelques maisons bûties par des conmierçants arabes, el

Page 1