Oued cl-llammani, plus bas ll.ibra
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NOS COLOMES
Français qui lui tombaient dans les mains ; Boghar, qui commande le grand coude où le t^hètift des Steppes devieiil le ChélilT du Tell. Tous ses forts lui avaienl ùté ravis et il s'en allait furtivement vers le Sahara, Va où, dit l'Arabe, l'homme est loin de son pain, près de sa soif.
Ainsi.veuf de tous SCS refuges, la smala qu'il ti'alnait api-ès lui était pour lui commi? un monde où il avait à la fois sa torc.9 militaire, ses gardes du corps, sa cavalerie la plus inharassable, son trésor, ses fidèles et sa famille, « rafraidiiaseraent de son œil u.
Tout cela lui manqua d'une heure ii l'autre, par le fait d'une surprise où la bravoure insensée triompha. Les femmes de la Smala pouvaient à elles seules « étrangler avec leurs jarretières » les 500 Gavaliersduducd'Aumale, Iflchés, bride abattue, sur le camp volant du nomade émir.
C'était sur les Hauts -Plateaux, par S50 mètres d'altitude, dans un malodorant marais dont des coteaux chauves, ,
pierreux, jaunes, mé- *'^ '
jancoliquement laids.
cernent le morne horizon : mais un? souree précieuse y monte du sein de la terre; elle verse 30 litres par seconde, asseï pour abreuver une armée, hommes et chevaux. Cette source, c'est Aîn- Taguin; son palus méphitique retient de ses joncs, de sa boue, de ses trous du piétinement, un ruisseau qui descend ver& un autre ruisseau que souvent la sécheresse habite: or ce ruisseau, rOued-Taguin, se nomme plus bas Chéliff, et l'Algérie n'a pas de plus grand fleuve.
Les 500 cavaliei's passèi'enl comme un ouragan et rompirent ce peuple épouvanté, dans la confusion de tous ses éléments, enfants, femmes, vieillards, hommes, cavalerie, truupeauv.
Après la bataille de l'isly, le fils de Mahi ed-ltin
fut h la fois traqué dans l'Algérie oceidenlule cl dans le Maroc oriental, sur la Tafna et sur la Malouïa — h l'est, et vigoureusement, par les Frani;ais; à l'ouest, cl mollement, par les Marocains, ses confrères en la Foi, De semaine en semaine, de jour en jour sa troupe s'amenuisait, et « le sultan né sous les palmes, le compagnon des lions roux ' « , finit par n'être qu'un grand détrousseur de sentiers, homme d'embuscades, qui ouvrit encore la tombe noii'c h des centaines d'Arabes et de Français, notamment dans le célèbre guetapensdeSidi-Brahim.
Il attira dans une gorge des monts du Kermès (Filaousen), non loin de Nemours et près de la frontière présente du-Maroc, 410 cavaliers, chasseurs d'Afrique* et hussards, et il les massacra, sauf quatorze qui s'échappèrent, ils ne surent trop comment, après ti-ois jours de bataille.
Leur chefétait Lucien de Montagnac, âme de fer dans un corps d'acier : frappé au ventre, retenant de la main ses entrailles au large trou de sa blessure, tout rouge "^*''' du sang de sa mort,
il poussait encore son cheval au galop de charge sur les fatales collines de Sidi-Brahim.
Ce fui un triomphe inutile du sabre courbe sur la baïonnette, car là même, et moins de deux ans après, Abd el-Kader, chassé de partout et n'ayant plus une pierre où reposer sa tète, tendit son yatagan au général Lamoricière, à l'ombre du palmier de la koubba, à c6té de la lisière des deux éléments qu'il avait si fièrement divisés douze ans auparavant, quand il écrivait au comte d'Erlon, généralgouverneur ; <i A toi la Mer, b moi la Terre ! »
Or voici ce que vit Paris quelques années après que le cliérif eut obtenu l'aman, un jour de premier janvier :
ALGÉRIE
Une calèche aux superbes chevaux sortit de la cour des Tuileries, alors encore debout, et, en tournant à la sortie, ses roues éclaboussèrent un passant.
Ce passant, c'était Taveugle momentané de Constantine*, c'était le héros jamais las, Juchault de Lamoricière, et ce bel Arabe au haîk blanc comme la neige, digne et fier dans sa voiture de gala, c'était Abd el-Kador, annuellement pensionné de cent mille francs par la France : plus de douze fois ce que reçoit la veuve du capitaine qui, tout a coup révélé grand homme de guerre-, commanda plus aisément 200 000 soldats que d autres généraux 20000; celui qui ne laissa rien au hasard, qui sut « méditer et oser » autant que le chef suprême des ennemis^; celui qui suspendit un moment le cours de nos défaites et, ne reculant que pied à pied devant rAliemand,par une retraite agressive, couvrit la plaine beauceronne de cadavres « poméraniens n. Tandis que le « tigre aux narines froncées », le Hachem qui, « tranquille, montrait aux étoiles ses mains teintes de sang liumain » \ sang arabe et berbère autant que sang français, tandis qu'Abd el-Kader nous avait fait la guerre quinze ans avec toute sa ruse et toute sa cruauté, avait rompu les traités et décapité ses prisonniers français, dont 107 en une seule fois (1839) qui dorment leur dernier sommeil entre TAtlas de Blida et le Sahel de Coléa, au milieu de la Métidja, dans l'ancien camp de l'Oued-el-Alleug.
Telles sont les générosités de la France I
Abd el-Kader pris, la conquête était achevée, à part quelques djebels dont le plus ardu, jusqu'alors franc et libre, le Jurjura, se soumit en 1857. Et ce fut la « fin des fins ».
En 1871 une grande révolte secoua toute la province de Constantine, toutes les « kabylies » à l'orient d'Alger, et menaça même la blanche capitale. Par hasard l'occident ne bougea pas; le Chéliff, les montagnes du Titteri, le Dahra, l'Ouaransénis, les monts de Tlemcen, les pays qu'Abd el-Kader avait armés contre nous ne jetèrent pas un seul homme sur les Roumi abominés. Ce sou-
1. Lors de l'assaut de Constantiue, dans la bataille des rues cl ruelles, une explosion de poudre, près d'un cul-de-sac, tua ou brûla cent bommes, qui étaient les « braves des braves t. De ceux qui ne mçururent point, beaucoup, les yeux cuits, restèrent aveugles, les uns pour toiyours^ les autres pour quelques heures : de ces derniers fut Lamoricière.