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Le parduUf la paix

ses villes et, n'en abandonnant aucune, il en tourna la force contre lui ; il le chassa de tous ses camps, lui razzia toutes ses tnbus; il rétrécit de plus en plus l'aire de mont et de steppe où chevauchait la cavalerie de Jugurtha-bcn-Mahi-ed-Din, et finit par le jeter haletant sur la terre de Maroc.

En vain les Marocains prirent fait et cause pour lui, pensant renouveler facilement contre les incirconcis de France les exploits de leui*s ancêtres contre les Espagnols au temps des Almoravides et des Almohades : la petite phalange de Bugeaud dispersa leur déploiement d'ardents escadrons dans les larges plaines de l'Isly, oued qui n'est pas encore français, mais ne saurait beaucoup tarder à l'être (août 1844).

De cette victoire la France ne profila point, comme elle eût dû, contre le Maroc; mais ce fut la fin d'Abd el-Kader en tant que prince des Arabes de l'Occident.

La bataille de l'Isly mise à part, trois dates marquent la décroissante fortune du Serviteur du Toul- Puissant' : la destruction des llachem (1842), la prise de la Smala (1845), la soumission de l'émir

Depuis déjà dix longues années les llachem avaient obstinément suivi la vagabonde étoile, maintenant obscurcie, qu'ils avaient eux-mêmes allumée dans le firmament de l'Islam, alors qu'ils firent de Sidi el-Hadj Abd el-Kader ben Hahi ed-Din leur sultan exalté, défenseur et propagateur de la Foi.

Tribu des plus illustres, ils n'étaient point en* tièrement Arabes, encore qu'ils donnassent tout leur sang au chérif qui prétendait lutter pour la doctrine du Livre. Ainsi que presque toutes les peuplades du Maghreb, ils avaient poussé de la souche berbère, de la racine des 'Zénata, l'une des grandes familles de la race. Mais ils s'arabophonisèrent, en même temps qu'ils s'arabisaient peu ou prou par des mélanges individuels et par l'accession de douars ' ayant à leur origine quelques-uns des nomades orientaux que l'invasion des Hilaliens avait précipités sur la montagne de l'Occident.

Plus tard, encore berbérisants, ou désormais arabisants, on ne sait, l'histoire nous les montre devenus en Oranie le bras droit des émirs de Tlemcen, quand celte ville, qui est vraiment une acropole

I . C'i'st ce (|iio Vf ut dire le nom d'Abd el-Kader. ^i. Fraclioii de tribu, village de tentes.

ALGÉRIE

centrale de l'Atlantide, se taillait un empire grandissant toujours, dont on pouvait penser qu'il couvrirait tout TAtlas — car il était à la fois cismalouïen et transnialouîen \ tel que Taurait sans doute conquis rOdjac si le hasard eut offert Oran et non pas El-Djézaîr au plus âgé des deux Barberousse. Alger n'est point au lieu d'équilibre de l'Afrique du iNord : en réalité ville des Chéraga *, elle n'a guère à son levant qu'un tiers du Tell, tandis qu'à 400 kilomètres plus loin vers le couchant, Oran marque la moitié du littoral barbaresque, avec autant ou presque autant de Tell et de Steppe à l'orient qu'à l'occident. Pour définir exactement les choses, le Maroc, non français encore, ne pèse pas moins dans la balance que TAlgérie unie à la Tunisie; et le milieu du pays qu'entourent la Syrie, la Méditerranée, l'Atlantique et le Sable, se trouve non loin d'Oran, à peu près aux lieux où la Malouîa filtre en mer, là où le rivage méditerranéen se rapproche le plus du sud.

Les Hachem servirent les sultans de Tlemcen en qualité de tribu maghzen ; autrement dit, ils furent les exécuteurs de leurs hautes et basses œuvres, moyennant exemption d'impôts et jouissance d'un territoire. Les Carthaginois, les Romains avaient, eux aussi, dompté momentanément l'indomptable Africain par le secours de l'Africain lui-même, en divisant pour régner, en armant les tribus mercenaires contre les peuplades fières, indignées, hérissées. Les Turcs également dominèrent surtout par les maghzen, et les Français se servent des tirailleurs indigènes et des spahis contre les récalcitrants d'Atlantide.

Donc les Hachem levèrent l'impôt pour les rois de la ville aux cascatelles; ils fifent leurs guerres, le yatagan toujours prêt, le cheval toujours sellé avec le mors à la bouche. Puis, divisés, ils se déchirèrent : les uns descendirent dans la plaine d'entre Tlemcen, le Maroc et la mer; les autres s'en allèrent dans le pays de Mostaganem, ou bien au pied de l'Ouarensénis ; d'autres s'établirent dans la vallée du Ghéliff , au bas de l'altière Miliana ; d'autres encore ne s'arrêtèrent que fort loin dans leur route vers l'Orient : ils plantèrent leurs tentes sur les plateaux de Bordj-bou-Arréridj, en cette Hedjana si haut située] que le vent des monts et le vent du désert, le souffle de glace et l'haleine de flamme y rompent incessamment l'équilibre de l'air. Ainsi

1 . C'est-à-dire algérien et marocain, ù l'est et à l'ouest (lu fleuve Halouîa, qui coupe le Tell en deux.

2. Orientaux; les gens de l'Occident sont des Gharaba, c'est-à-dire des hommes du Gharb.

se sont de temps en temps unies, désunies, collées, recollées, décollées les tribus algériennes

Les Hachem de Mascara furent l'une de ces branches, le maghzen dévoué d'Abd el-Kader, ses mille et plus que mille; mais ils s'usèrent vite au service de leur sultan, qui luttait contre beaucoup plus fort que lui. Singulièrement diminués déjà, ils perdirent les plus vaillants jde leurs mâles en 1842, par une razzia terrible, en saison mauvaise, dans une affreuse journée de mars.

Il neigeait sur les cinquante-neuf douars des Hachem, en tout plus de mille tentes; ils n'attendaient point les Français, qui brusquement arrivèrent, Yousouf en tête : Yousouf, l'homme inconnu, ou Maltais ou Italien, peut-être Levantin, sinon même Arabe, le toujours alerte, le follement brave. On sabra sur la neige et sous la neige, dans la Sibérie du moment; la nuit vint, pâle et froide; une lune blafarde éclaira ce qui restait de la fuite et de la poursuite, les bœufs meuglants, les troupeaux bêlants, les chevaux hennissants avec peur et douleur, les femmes effarées et les enfants gelés à mort ou à demi mort.

Aujourd'hui les Hachem mascariens habitent comme auparavant les alentours de la « Mère des Soldats », mais Mascara n'est plus turque en même temps qu'arabe ; les Français, les Espagnols y ont remplacé les janissaires de l'Odjac et les métis koulouglis; des villages de colons rompent les champs à grains et les terres de parcours de la tribu disloquée; un Roumi possède près de la Rivière des Thermes*, dans un \al incendié de soleil, le domaine de la Guetna, lieu de naissance d'Abd el-Kader; d'autres, à Cacherou, profanent de leur présence les antiques oliviers, les vieux caroubiers, la claire fontaine de la zaouîa où médita Mahi edrDin,oi] son fils sentit ses ambitions prendre l'essor, où même il se crut peut-être l'élu de Dieu en même temps que de son peuple, quand les Hachem et les Béni-Amer lui crièrent : « Tu es notre sultan! »

La prise de la Smala ne fut pas celle de mille tentes, mais de cinq mille, en trois cents douars

renfermant vingt mille personnes, dont un quart

de guerriers, petit peuple en marche, ou plutôt en

fuite, puisque Abd el-Kader errait en reculant, après

avoir perdu toutes ses villes : Mascara, sa capitale

bien-aimée ; Takdempt, sa citadelle dans les rochers

sur la haute Mina; Tiaret; Saîda; Taza, prison des

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