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INDO-CHINE
pour nous dans le dédale de ses vallées supérieures.
Le Nghé-An, déjà moins tonquinois, déjà plus annamite, n*a pas autant de delta que le Tanh-Hoa. Son « song » est le Song-Ca, également presque ignoré dans la Sylve, dans le Mont riche en fer comme Tavant-mont en houille. Dans cette province, et aussi dans le Tanh-Hoa, le haut pays, où rôdent des tribus sauvages, a fort grand renom d'insalubrité.
En franchissant, au bord même du littoral, le chaînon de Déo-Ngan (1050 mètres), on passe du Tonquin véritable dans le véritable Annam, et dés lors on dit adieu à la plaine féconde sillonnée de bayous, à la tiède Hollande dont le Rhin s'appelle Fleuve Rouge.
Le littoral de TAnnam a maintes ressemblances avec la rive orientale de Madagascar.
Avec cette différence capitale qu'à Madagascar le vei'sant d'Orient, frappé par la mousson, est bien plus humide que l'occidental ; tandis qu'ici le penchant d'Occident, visité par les grands vents, est celui des deux que la pluie visite de préférence: en Annam l'Est, qui touche à la mer, est l'horizon serein, tandis que l'Ouest, séparé de la mer par la montagne, est la zone embrouillée, sur la route du fleuve Mékong.
A part cela, même élroitesse de versant, même brièveté des rivières, même apport de sable à rencontre des bouches fluviales, même recul des fleuves devant ce sable, mêmes lagunes exhalatrices du poison des fièvres. En somme, terre courte, point fertile, point peuplée avec surabondance à l'instar du Tonquin. Le Mont et la Forêt y hébergent des peuplades encore peu soumises et non annamitisées ; il n'y a de villes et villages qu'en bas, sur l'estran que commande la sierra granitique, sylvestre par endroits et par endroits nue, soit par la stérilité de la roche, soit par le défrichement, soit par l'incendie allumé dans le but d'éloigner les fauves, surtout a monsieur tigre ». La population n'est quelque peu dense qu'à la rive des fleuves, au long des mares fréquentées par les jonques du trafiquant, par les sampans ou barques du pêcheur.
Ainsi se suivent, du nord au midi, les diverses provinces :
Le Kouang-Binh, qui commence au cap Voung- Choua, lequel, plongeant sur la mer, termine la chaîne transversale d'entre Tonquin et Annam ; par le traité de protectorat, la France s'est réservé le droit d'occuper militairement cette frontière ])ar
des fortins dont l'ensemble porte le nom de lignes de Voung-Choua ;
Le Kouang-Tri, dont la montagne appartient aux (( barbares » inassiiuilés, et dont, au bord de la mer, la lisière est rizière;
Le Kouang-Duc, qui possède la capitale de l'empire protégé. Hué*, métropole depuis l'année 1570. Hué, ville de 50000 âmes, banlieue comprise, borde le Tmong-Tien, rivière ample quoique point éloignée de ses sources : c'est que la mer est voisine, à peu près à 15 kilomètres, et qu'en arrière de la barre peu profonde, peu praticable, la marée \ fait du petit fleuve une vaine apparence de grand fleuve. Touan-An est le nom de la baie où finit le Truong-Tien ;
Le Kouang-Nam, où s'échancre, supérieure à toute autre en Annam, la baie de Tourane, dont le nom annamite, Koua-Han, importe guère. Ayant des profondeurs de 6 à 9 mètres, elle admet les grands vaisseaux, alors que le fleuve de Hué n'en peut porter que de moyens, jusqu'à 2 m. 50 ou 3 mètres de quille. Son creux, sa sûreté, son étendue, en font le véritable port de Hué, sise à 85 kilomètres vers le Nord-Ouest. On vante la beauté de cette anse tranquille, dont on dit qu'elle rappelle, suivant l'heure du jour ou la saison de l'année, tantôt la baie de Naples, tantôt un lac de la Suisse; la mer y pénètre par une ouverture de 6 à 7 kilomètres, entre deux hautes collines : celli» du Nord- Ouest est un éperon des monts continentaux, un détroit la sépare d'une île de marbre de 260 mètres; celle du Sud-Est ne tient à l'Indo-Chine que depuis les temps modernes, à partir du jour où la mer acheva la flèche de sable qui d'Ile de l'avant-rivage en fit un puissant promontoire de la terre ferme. Huit cents Français dorment là, morts du climat, non de l'ennemi, à la suite de notre première collision avec l'orgueilleux empire d'Annam;
Le Kouang-Ngaï, qui a tous les traits des autres provinces : dunes littorales, plaine ondulée et collines sur une largeur de cinq à dix lieues ; après cela le mont, laissé jusqu'à ce jour à ses sauvages par les Annamites du pays d'en bas ;
Le Binh-Dinh, où miroite la baie de Quin-Nhon, isolée de la mer par un cordon d'arène qu'interrompt un grau : on se dirait en Languedoc, sur un des étangs du rivage, si derrière ne se levaient de hauts monts sylvestres inquiétés par le tigre; le port de Quin-Nhon ne reçoit pas les grands navires, sa barre n'étant couverte û marée haute que