‹ La France et ses coloniesChapitre 244 sur 283 · HINE · texte numérisé non relu

HINE

gères, les touffes de bambous, celle-là par le cliénc d'Armorique, le châtaignier du Limousin ou de la Corse, le pin, le sapin du Jura, des Vosges, y rêver une colonie française comme il y en a d'anglaises aux pays du Cap de Bonne -Espérance, ou d'allemandes dans le Brésil du Sud, ce n'est point folie, et maint explorateur y a salué d'avance des villes X nationales r, dans des prés comme en

■ l'Annain iii(£r»eur. — Dessin de OunianJ.

Normandie, et dans des vignes comme en Lin^e- | duc ou eu Gascogne.

Sur ce penchant de la chaîne annamite, le sol est plus fécond ; la forél plus serrée, plus diverse; plus longues, plus larges et pleines, sous plus de nuées orageuses, les rivières qui cherctn^nt le Mékong au bout do leur serpentement sur le granit, les divers grès, la terre à fer et la lave des volcans morts.

Quel est donc ce Mékong qu'on trouve derrière lu Tonquin, derrière Hué. derrière Tourane; où |

l'on entre |)ar neuf bouches en Cocbinchine ; qu'on remonte en l]a m liodge Jusque bien au-dessus de la Grande Fourche; puis en Laos par des dus, sur des rapides énoimes; puis plus haut encore, diez des barbares aux noms unisyllabiques, pour arriver enfin, tout ù ses sources, en Chine, dans le Midi Nuageux?

C'est le maître fleuve de l'Indo-Cliine, l'un des plus vastes de l'Asie, du monde.

VI. Le Mékong : le Cambodge, ta Cocbinchine. — Tout à fait à l'aventure, puisqu'on n'n pas encore exploré le lieu des Tontaines du fleuve, qu'on conniiit tri-s peu ses affluenls, et qu'on ignore au levant comme au couchant les bornes de sa conque, le bassin du Mékong a été évalué à 90 millions d'hectares, son volume en eaux moyennes à 12 000 ou lu 000 mètres cubes par seconde, et ses grandes crues à 65 000 ou 70 000.

C'est donc, avec le Congo et le Niger, le plus fort de tous nos fleuves ; ce serait le plus précieux s'il reflétait un ciel froid, comme l'alliére Québec, ou l'azur éclalanl et chaud, comme la haute Conslantine, la blanche Alger et la joyeuse Oi'an.

Le Mékong, qui déborde comme le Nil, qui,

comme lui, finit en dclla, n'est pas moins brisé du cataractes que le fleuve sacré dans sa route entre i'Ëtliiopie et l'Egypte — si bien que les Français ont abandonné l'espoir, d'abord chèrement caressé, de monter commodément jusqu'en Chine par les eaux de la magnifique rivière indo-chinoise.

Mais quoique malaisément navigable dans son cours moyen, et tout à fait obstrué dans son cours supérieur, il nous est indispensable.

Sans lui notre Annamie n'est, comme les Annamites la définissent, que le bâton portant à ses deux bouts un gros sac de riz — bâton pliant, comme trop mince, et qu'un soubresaut bi-usque casserait en deux par le milieu.

Lui seul peut faire un Annam entier de l'Annam

il Nam Hou. — De^n

tronqué d'aujourd'hui que la Birmanie, ccst-^-dire l'Angleterre, et le Siam (c'est l'Angleterre aussi) nous disputent.

Le Yun-Nan, le Midi Nuageux, le Midi Pluvieux, qui est aussi le Midi neigeux par certains scintillementa de créneaux, donne l'être 'a ses première torivnts : il s'y appelle, en mots chinois, le fleuve du Grand Dragon.

Grand Dragon qui se tortille au fond de cagnons inouïs, à deux ou trois fois la profondeur d'abime que l'on contemple en se reculant du liaut d'une flèche .d'église métropolitainanSes ponts suspendus dominenl de si haut ses flots, ses rochers, ses brisants, qu'on n'entend ni ses murmures, ni ses colères : faits de branches, de lianes, ils fléchissent sous le poids et se balancent au vent sur le vide horrible.

D(' la Chine il passe, déjà très accru, chez les Laotiens du septentrion, hommes à peu près indépendants, sinon tout à fait, appai-cntés aux Thaïs par l'origine, par le langage; et les Thaïs ne sont autres que les Siamois ; ou, si l'on préfère, les Siamois sont des Laotiens plus riches, plus corrompus, ayant leur capitale, Bangkok, une Venist-, sur le bord d'un fleuve qui a pour nom la Mé-Nam ou Mère des Eaux.

Ces Laotiens de Birmanie, il les traverse, de M tang I) en n lang », de sauts et rapides eu rapides et sauts, par de bruyants écroulements, car c'est un cliemin penclianl, rugueu\, malaisé que le sien ; puis il les abandonne pour les Laotiens de Siam, non moins libres que ceux de Birmanie. A ce passage d'une soi-disant domination à l'autre, il n'est à vol d'aigle qu'à cinquante lieues du cours de la Salouen, grand fleuve indo^îhinois qui finit dans le

golfe du Bengale, et les monts de sa rivt; droite cachent, non très loin, les fontaines de la Mé-Nam bangkokoise qui, elle, a son terme dans le golfe de Siam. Mais un coude violent le rejette, lui Mékong, venu du franc nord, vers l'est, dans la direction du golfe du Tonquin: c'est à croire qu'il médite d'aller se mêler au dédale des bayous du Song-Koî. Au bout de celle nouvelle route, à Louang-PrabaDg,

il n'y a même pas, à aile d'hirondelle, cent vingtcinq lieues de son flot Jusqu'aux embouchures du Fleuve Rouge.

Louang-I'rabang n'envoie plus huit éléphants tous les huit ans â l'empereur de Chine en signe de vasselage, mais son premier roi (ce royaume en a deux, comme hui Siam, comme jadis Sparte) reconnaît à la fois, et la suzeraineté de Siam,

u Hékong. — Dnsln de Dunund.

par un tribut, et, par un autre tribut, tous les trois ans, une certaine dépendance de l'empire d'Anna m.

Ayant noyé dans ses eaux jauries, en amont de Louang-Prabang, l'eau noire de ta forte rivière Nam-llou, issue du Yun-Nan, le Mékong reprend le sentier du sud : à vrai dire, du sud-sud -ouest. Il coule moins qu'il ne court et saute de tang en tang, souventefois tellement étroit que son chenal d'été n'a que 50, 40 mètres de largeur, mais si

creux que 100 métrés est une profondeur qu'il peut dépasser.

Plus loin, nouvelle et très brusque projetée vers le Levant, et le Mékong s'approilio de l'Océan chinois jusqu'à n'en être plus qu'à quarante-cinq lieues en ligne droite; alors il lui devient à peu pi'ès parallèle, en un cours vers le sud-sud-est. Les grès le contractent k l'écraser, mais, incessamment emprisonné, il échappe incessamment à la geAle des anfractuosités : tantôt en glissements

silencieux, rabime étant calme, sournois, endormi 8Ûr de telles profondeurs que le plongeur de la ballade n*en remonterait jamais levant la coupe d*or; tantôt en remous, en entonnoirs; tantôt en courant rapide, ou dans un sourd tonnerre à la tombée des « keng » — le dialecte a changé ; Ton ne dit plus d une cascade que c'est un tang comme dans le Laos d'en haut, ou que c'est un tan comme en Chine. Parfois le fleuve s'amincit à moins de 100 mètres, et, à quelque demi-lieue plus bas, il s'étend à 10000 mèlres de large; le moins c'est 48 mètres au rebouille de Kanien, le plus c'est 20000, ou même davantage, au-dessus des cascades de Kong, qui sont très nombreuses et très diverses, le Mékong s'étant éclaboussé derrière un seuil de rochers en une foule d'amples ou de fluets torrents; la cataracte majeure plonge d'une hauteur de 15 mètres.

Les sauts de Kong terminent le fleuve indiscipliné, que remplace aussitôt le fleuve soumis à l'homme, car il n'y a pas lieu de tenir compte de certains frémissements de l'onde accélérée qu'on croyait plus forts que les navires : les navires aidés de la vapeur sont plus forts qu'eux, et ils remontent maintenant jusqu'à Stoung-Treng, premier port de la Laotie en partant de la mer, dernier port en venant de la tête du fleuve.

Le grand tributaire du Mékong chez les Laotiens inférieurs, c'est la pijAssante rivière Sé-Moun ; à la rive droite, ce qui veut dire qu'elle a ses fontaines dans la montagne d'occident, à faible distance de Bangkok et du golfe de Siam.

Passé Stoung-Treng, le Mékong est cambodgien, et par cela même français.

En Cambodge le fleuve homonyme, puisqu'on le nomme Cambodge aussi bien que Mékong, s'écoule majestueusement vers le midi, puis vers le sudouest; il reçoit des preks, ce qui signifie en cambodgien des rivières, et il les refoule violemment lors de la grande crue annuelle qui relève son niveau de 12 mètres — hauteur beaucoup plus forte que dans la Cochinchine, où les eaux d'inondation s'aplatissent à l'inflni $ur le delta.

Soumis à la marée jusque très haut dans le Cambodge durant la saison des maigres, il ne l'est pas durant le temps des crues, parce qu'alors il est plus haut que la mer et que la terrible descente de ses eaux repousse la montée du flot de l'Océan.

Bientôt le Tonlé-Thon, ainsi que l'appellent les Khmers (et cela répond à Grande Rivière), le Tonlé- Thon passe de son antique et immémoriale vallée

dans les alluvions dont il remblaya et remblaie toujours le golfe de Siam, au moyen des quatorze cents millions de mètres cubes de boue qu'il transporte chaque année : assez pour avancer en certains endroits son delta de 250 mètres de plus tous les douze mois.

C'est à soixante-quinze lieues de la mer qu'arrive à la fourche de son delta l'immense fleuve bordé de rizières, dans la plaine immense qui se déroule jusqu'à des éminences bleues, à des forêts indécises. On se trouve tout à coup, lorsqu'on descend avec lui en croisant des navires, des sampans, des radeaux de bambous portant hommes et choses, devant la merveilleuse Pnôm-Penh, lieu fluvial incomparable par sa quadrifurcation de très vastes rivières.

Les Français nomment cette double bifurcation les Quatre-Bras; les Cambodgiens l'appellent les Quatre-Chemins.

L'un des quatre bras, c'est le Mékong supérieur; deux autres forment la fourche du delta; le dernier, qui remonte vers le nord-nord-ouest, c'est le Tonlé-Sap, mot à mot Fleuve d'Eau douce, courant large de 500 à 800 mètres, par endroits de 1200 à 1500, profond de 12 à 20 mètres au temps de la crue; long de 115 kilomètres, il réunit le Mékong au Grand Lac, nommé par les Cambodgiens Tonlé- Sap, comme la rivière.

Le Grand Lac varie prodigieusement de dimensions selon les deux éUils du fleuve, hautes cioies et basses eaux; comme surface l'inondation le sextuple, comme profondeur elle le décuple.

En temps sec ce n'est pas même un demi-Léman par l'étendue : alors 2G000 hectares au plus font son plan, et l'eau n'a guère qu'un mètre, un mètre et demi, au plus deux mètres de fond.

Mais, à mesure que le fleuve monte, c'est-à-dire de juin à la fln de septembre, le « Mœris cambodgien » grandit, la rivière Tonlé-Sap lui versant une partie des flots bourbeux dtî la crue du jaunâtre Mékong; et cette « partie », c'est un volume immense : quelque 55 à 56 milliards de mètres cubes, soit ce qu'apporterait en une année sans s'arrêter ni de temps clair, ni d'obscur, ni l'été, ni l'hiver, un fleuve ayant puissance de 1125 mètres cubes par seconde.

Alors le Grand Lac est grand : il a 112 000 mètres de long, 25000 de large en moyenne, avec profondeur de 12, de 15 mètres, jusqu'à 14, et ses 150 000 à 160000 hectares l'égalent presque à trois Lémans. On dirait une mer jaune, aux rives effacées, la contrée d'environ ayant peu de relief. Ainsi miroitait-il»

enfanls cmnbodgioin, ~ Dcain île t>. Hilllard, d'après une pholi^npbic.

et plus vaste encore, quand il n'était pas fangeux, et que, pur comme l'océan dont il tirait l'être, il tgoutail un ample sous-golfe au golfe de Sîam dans les parages où il se confond avec la mer de Giîne. Des poissons d'eau salée, qui se sont adaptés k l'eau douce, des raies, des marsouins rappellent encore l'époque où le Mékong n'avait pas isolé, pour les colmater de plus en plus, ces ondes amëres devenues successivement petite Caspienne, puis lac sans amertume incessamment diminué que chaque crue exhausse et rétrécit; même on a pu pré- Icndre que deux cenls ans l'effaceraient entièrement. Toujours est-il qu'il y a des siècles — on

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