Nom berbérisé de Maroc
liostilos au peuple impie qui ne se tourne point vers La Mecque ; Tlemcen, la capitale des Abd el- Ouadites; Oran, qui, sous les Espagnols, puis les Français, fut trop longtemps chrétienne; Alger, <( qui règne sur le pays de la chaux » ; Tunis, où sa domination sera de quarante années d'après certains vaticina teui*s, de cinq, de sept ou de neuf, suivant d'autres : là il mourra.
Alors surgira, plus nombreux que les grains do sable de la mer ou que ceux de l'Areg', la sauvage cohue des Jadjoudjaoumadjoudja : ayant soulevé la dalle de fer, immensément lourdt», qui les emprisonnait dans l'ombre, entre deux roches hautes comme des monts, ce peuple débordera sur la terre; il sera semblable à l'escadron volant des sauterelles.
Un autre Maître de l'Heure, plus fort que l'exterminateur des Roumi, descendra du Ciel. Ce Moul es-Saà, nous le connaissons autant que les gens de l'Islam, puisqu'il a nom Sidna-Aïssa, ou Notre- Seigneur Jésus.
Il tuera jusqu'au dernier les Jadjoudjaoumadjoudja; mais, bien que venu d'en haut, de la gloire de Dieu, Sidna-Aïssa n'en mouri-a pas moins après avoir rempli de félicité le monde sauvé par lui. La Mecque recueillera son dernier soupir; et la race humaine, devenue stérile, s'acheminera paralytiquement vers ses dernie/'s tombeaux.
D'Abd el-Kader, de Bou Maza, de Moulai Mohammed, de Bou Baghla, deMokhrani, de Bou Améma, pe vingt autres, l'Arabe a cru qu'ils étaient les Maîtres de l'Heure. A tel mauvais marabout il a suffi d'un nhe pour qu'il s'imaginât être le Puissant de la Montagne d'Or; puis un hasard, une escarmouche heureuse, un pillage, une apparence de prodige, le sacra Moul es-Saâ pour quelq-ues jours ou pour quelques semaines.
Mais le châtiment suivit toujours, le plus souvent de très près, ou l'erreur ou la tromperie du Mohanuned bon Abdallah ; il arriva plus d une fois que le fusil de l'incirconcis tua justement, et parmi les premiers, celui qui par pouvoir surhumain, délégué de Dieu, avait mis à l'épreuve de la balle ses disciples, ses chevaux et toute son armée, en même temps qu'il avait obtenu du seul Vrai, du soûl Durable, des légions d'anges combattant invisiblement pour lui.
« Ce n'était pas là le vrai Maître de l'Heure, dit l'Arabe. Puisque les Mécréants l'ont vaincu, il est
I La dujie suliai'ieime
visible que le Puissant ne lui a point proté l:i force de son brâs. Mais qu'importe! Allah est le plus grand I 11 enverra quand il voudra le bourreau de ses vengeances : bientôt sans doute, demain peutêlre. )) Et, ce disant, il pointe un doigt vei*s le ciel.
En attendant ce grand justicier, l'Afrique musulmane s'agite incessamment dans l'ombre.
Ils espèrent tous l'heure du Maître de l'Heure : Khouan ou frères des divers ordres religieux de la Musulmanie; Aïssaoua mangeurs de verre, lécheurs de feu, baise urs de serpents, thaumaturges convulsionnaires, disciples d'un Jésus* qui n'est pas celui des Chrétiens; fakirs ou pauvres dont un tantinet voudrait bien ne plus l'être; derviches humbles comme le seuil de la porte, ainsi que l'indique leur nom d'origine persane ; et ceux qui font à la source, à l'oued, au puits, les ablutions prescrites; et ceux qui, loin de l'eau, s'aspergent de sable fin, ou, faute de sable, se frottent les mains et le visage à la pierre quand l'instant vient d'invoquer le seul puissant; l'homme qui ne se tourne vers La Mecque, tombeau du Prophète, qu'aux heures indiquées par la Loi ; et celui qui dit son diker' deux cents, trois cents, cinq cents, mille, deux mille et jusqu'à trois mille fois sur son chapelet usé par les doigts tandis que les lèvres murmurent. Ils sont là, guettant leur triomphe (et notre ruine), en Sahel, en Tell, en Sahara, et partout où le nom chrétien est abominé des Musulmans, c'est-à-dire de Saint-Louis du Sénégal aux rios (( lianesques » de Mindanao.
Les Moul es-Saâ qui viendront, s'il envient encore, ne seront pas plus heureux, il semble.
On doit regarder le Tell connue une petite appai*tenance et dépendance de l'Europe.
La Méditerranée ne sépare pas l'Europe de la Berbérie, elle les unit au contraire; le Sahara n'unit pas la Berbérie à l'Afrique, au contraire il l'en sépare.
Or cette annexe, cette banlieue de l'Europe est très petite en comparaison do la partie du monde d'où les Latins, les Germains, les Slaves exubèfent ; elle nourrira, même peuplée et surpeuplée, peu ài^ dizaines de millions d'hommes en face des centaines de millions d'Européens. Ce pays de$ visages bruns n'équilibrera jamais la patrie des « visages pâles w, ni morne celle des bruns et dos châtains, la Terre latine qui lui fait vis-à-vis