On dit aussi : Aehaoun, Kcliaou
Mais on 'le chassa de Taza dès 1841 : et même ce ne fut pas le Français qui brûla ce bordj, ce fut l'Arabe qui le mit en flammes avant l'arrivée de Tlmpie. Plus à l'ouest, sur le faîte entre Tell et Lande, une jeune ville à souvent neigeuse altitude, Téniet-el- Hàd, doit justement le début de son nom, qui dans l'usage courant est son nom tout entier, à sa situation sur un passage entre les vaux du Nord et les plateaux du Sud. Téniet veut dire le Col, et TénieleUHâd, le Col du Dimanche, terme ellipti(]ue pour Col du Marché du Dimanche. Dans son voisinage, une grande forêt de cèdres millénaires indique par sa seule présence l'élévation de la sierra, puisque ces patriarches de la sylve algérienne dédaignent de braver les siècles, la neige et la foudre aux altitudes basses que préfèrent les chênes; et en effet, le Ras-el-Pracril s'élance à 1787 mètres, face à face avec l'Ouaransénis dont le tranche un monde confus de précipi(M^s dégringolant vers la rive droite de l'Oued-Fodda, tandis que les ravines de l'Ouaransénis dégringolent vei-s la rive gauche de cette « Rivière de l'Argent ».
'2<* L'Œil du Monde. — Moins haut de 500 et (fuèlques mètres que le Chélia d'Aurès et le Lallakhédidja jurjurien, le pic de l'Ouaransénis, ou Ouanséris, ou Ouanchérich, ou Ouai*sénis (1985 mètres), égal aux Babors, a donné son nom, qui est berbère, et qui veut dire : « Rien de plus haut », à un puissant massif que se partj^igent les provinces d'Alger et d'Oran.
Massif qu'aucun volcan n'habilla jamais de rouge, (le noir, de gris cendré. S'il ressemble à notre Cantal, vêtu de basalte oi de lave, c'est par l'harmonieuse diramalion de ses Vallées autour de ce pic central, piton calcaire qu'on appelle Œil du Monde, de c(» qu'il voit tout, puisque de partout on l'admire. Les Indigènes le nomment aussi Kef Oust^mi, le Roc Central.
C'est un pic splendidissime : vu de Miliana, du Djebel Zaccar, du bourg de l'Oued-Fodda et de maint autre lieu du val de Chéliff, de mille et mille cimes de collines ou roches de montagne, il a bien la fierté d'un dominateur de l'espace.
Si tous les torrents du massif de l'Ouaransénis tendent vers le Chéliff d'amont ou le Chéliff d'aval, peu l'atteignent en toute saison. Abondants et clairs dans les sillons de la montagne, ils jaunissent, ils filtrent et s'évaporent dans la vallée, vi le voyageur ([ui les franchit sur le chemin de fer d'Alger à Oian ne voit d'eux qu'un lit sec entre des berges de terre, et parfois une eau sans fraîcheur et sans
Daia le donii' <lc< Piii'lo' •l" Fit : lc> Blhins (toy, p. Sïj. — Dcstii
ALGËRIii:
courant; m*iis, s'il remonte longtemps ces fossés dessécliés, arrivé dans le cœur de l'Ouaransénis, il les trouve bruyants de cascades.
Ainsi lorsque en amont de la poudreuse Orléansville, on traverse TOued-Fodda, on n'aperçoit point les flots argentés que promet son nom, souvent même pas d*eau stagnante et trouble dans la tortueuse tranchée taillée par ses crues à travers Talluvion de la vallée du Chéliff; mais qu'on longe ses berges en s'enfonçant dans le djebel, à quelques kilomètres plus haut elle coule toujours, et à dix ou douze lieues en montagne elle roule 780 litres par seconde en été.
L'Ouaransénis est-il TAncorarium des Romains? Ou leur Garapha? Quelque nom qu'il portât alors, il semble n'avoir point reçu de colonies latines ; à peine çà et là, dans le bas, quelques postes pour tenir le Maure en respect. De même, entièrement indigène encore, il n'a pour monticoles que des Berbères, tous ou presque tous acquis aujourd'hui par la langue arabe.
On ne les a pas soumis sans peine, et ils ne se croient pas domptés pour toujours. >
Eux aussi, comme tant de Kabyles du mont, tant d'Arabes de la plaine, tant de nomades errant de pâture en pâture, ils attendent le Moul-es-Sâa, le Maître de l'Heure. Devant cet homme du Destin, cet élu de Dieu, ce vengeur, ce héros, ce prophète, les Roumis fuiront comme le chacal : Sidi Abd cl- Kader el-Djilani, à qui le haut du « Roc Central » est consacré, ne souffrira pas éternellement que l'Infidèle commande.