Saint-Jean-de-Luz
NOS COLONIKS
inexorable déseK, il scinde la grande région de la Dune Occidentale au couchant d'EI-Goléa; il court sur le plateau du Tademaït et frôle presque Insalah; enfin, quittant Sahara pour Soudan, cette ligne idéale rencontre le Niger plus près de Tombouctou que de la mer, vers Saï; elle traveree les Kongs, plateaux ou chaînes qu*on ignore encore presque entièrement, et tombe dans l'Atlantique au golfe de Bénin, sur la côte des Esclaves.
Le Zaccar Oriental, ainsi coupé par le premier méridien français, est un pic de craie de 1555 mètres, dominant de 600 à 700 mètres la chaîne qui lui fait face, le Gontas ou Mont de la Tente, détaché de l'Atlas de Médéa. Entre le Zaccar et le Gontas, le chemin de fer d'Alger à Oran s'élève en rampant dans les ravines blanchâtres du territoire des Bou-Halouan, puis le court tunnel d'Adélia le transmet du versant métidjien au versant du Chéliff.
Autre mont de craie, supérieur de 35 mètres au Zaccar Oriental, le Zaccar Occidental (1570 mètres), juste au midi de Cherchell, porte sur un de ses ressauts la ville aux fraîches fontaines, Miliana, qui, connne Boghar, est un n Balcon du Sud » : mais la masse de TOuaransénis, surveillée par son Œil du Monde, borne ce sud au grandiose dentellement des monts d'outre-Chéliff. Très imposant, vu de la plaine, le Zaccar de l'Occident s'appuie en son nord au déchirement chaotique des monts des Béni-Ménasser, vigoureuse petite nation berbère et berbérophone qui pleure son indépendance. Son dialecte, le chaouïa, presque identique à celui des Aurasiens, est essentiellement chuintmt; les tch, les ch l'encombrent, et l'on a pu dire de lui que c'est l'auvergnat de l'Atlantide.
^'' Du Zaccar à la fin du Chéliff. — Les deux Zaccar sont le suprême elTort du Dahra.
De Miliana jusqu'à Ténès quelques cimes encore dépassent 1000 mètres; aucune de Ténès à la fin du Chéliff.
Au nord d'Orléansville, d'Inkermann et de la plaine salée de Belizane qui voit le confluent du fleuve et de la Mina, le Dahra, vu des bas- fonds orléansvillois et relizanais, monte connue un énorme dos de colline, et non comme un djébel scié, tronçonné, déchiré, ayant des passages de vents par des cols, et des forêts aux flancs et la neige aux épaules.
Le côté chéliffien du Dahra, regardant le sud, est torturé par le soleil, il est grillé, sa terre est fendue, sans murmure de l'onde au creux des vallons, sauf çà et là quelques ruisseaux de sour-
ces : tel celui de la pittoresque Mazouna. Ce qui se hasarde à sortir en fontaine des entrailles de la craie, de la roche caverneuse souventefois cachée par un dépôt miocène, se dispei'se presque aussitôt dans l'air, qui est de flamme, ou bien la terre le boit avec avidité.
A la pente du nord, il y a torridité moindre; du haut des 500, 600, et jusqu'à 777 mètres du Dahra d'occident, lequel peut avoir 130 000 hectares h l'ouest de la route d'Orléansville à Ténès, le versant septentrional tombe sur la mer deux fois plus vite, donc deux fois plus raidement que sur le fleuve. Étant tourné vers le flot, il lui mène singulièrement plus d'eau que le versant contraire n'en apporte au Chéliff; et cette eau, sur une pente plus dure, s'écroule en cascades et cascatelles; enfin l'air y vibre en fraîcheur, et non point en ardeur comme sur la descente au méridion, face à face avec rOuaransénis.
Mais, en somme, le Dahra ruisselle peu, la pluie filtrant dans la terre meuble et profonde; cest trop rarement que la sous-roche la retient dans son cours vers les « enfers » et l'épanché en transparence de Jontaine dans les ravins morts de torpeur.
S'il avait de vraies rivières, le Dahra, sur son penchant du nord, serait une « Grande-Kabylie », verger après verger, ou plutôt jardin sur jardin, tant le sol s'étage en penchants rapides.
4» Les Dahraoui ou hommes du Dahra. — Le Dahra proprement dit n'atteignant pas 1000 mètres, au lieu des 2000 et plus d'Aurès et Jurjura, ses tenanciers berbères n'ont pu repousser l'envahissement arabe aussi durement que le firent Aurasiens et Jurjuriens. Il n'est plus que deux tribus pour y parler la langue antérieure. Ces berbérophones, les Zerrifa et les Achacha, vivent sur le versant maritime, un peu moins loin de Mostagan(»m (jue de Ténès. Tout le reste use d'un arabe où détonnent des mois, des accentuations, des idiotismes, prescjuc imperceptible survivance de l'idiome qui régna seul en son temps sur ce lambeau d'AlVitjue.
Mais si ceux qui berbérisent encore sont évidemment avant tout des Berbères, les arabisants du Dahra l'éunissent des sangs divers. L'élément primitif était « mauiétanien *; les guerriers de la propagande ont apporté l'élément dit sémitique; les Turcs, l'élément dit touranien; les renégats, l'élément dit « aryen » ; plus, ainsi qu'à peu près dans toute l'Atlantide, un « scrupule » d'élément « nègre ».
[)»ns la fori'l île Ti'iiict-rl-IIM (voy, p. il). — Dessin de Duudier, il'a|iii'» une pholt^rapliic I. — riuB CuiMIïs.
A*LGËRrK
Gens de montagne, les gens du Dahra n'ont pas voulu dire au Français : a Tu es le maître » sans avoir fait souvent parler la poudre.
Une de leurs tribus, les Ouled-Riah, laissera mêmeî un nom immortel dans l'histoire de l'Afrique du Nord par le drame de l'année 1845. Elle vit encore, mais alors elle faillit périr tout entière, de la main de Pélissier, dans une vaste caverne qui s'ouvre, entre beaucoup d'autres, à 350 mètres d'altitude, aux environs du village français de Necmaria.
Ce soutt^rrain, devenu du soir au matin grotte funéraire, est, en petit, semblable à notre superbe ' trouée de TArize : dans le Dahra comme dans les avant-Pyrénées, chez les Ouled-Riah comme au Mas d'Azil, un torrent s'enfonce dans une roche de la montagne — torrent très rapide, puisqu'il descend de 60 mètres pendant le demi-kilomètre où il jase dans l'ombre lorsqu'il est goutte d'eau, où il éclate en sourd tumulte quand l'orage l'a doul)lé, triplé cent fois; sorti de ses caveaux, que joignent d'autres noirs caveaux, comme des vallons entrent dans une vallée, il continue de crouler en cascatelles, et c'est l'Oued-Zerrifa qui l'emporte vers la Méditerranée.
Pélissier refoula les Ouled-Riah dans la caverne, d'où ils tirèrent sur nos soldats. Il leur offrit et réoffrit l'aman, dont ils ne voulurent point, se croyant, de par la nature des lieux, garantis des Roumis qu'ils fusillaient.
Ce grand homme de guerre alluma des feux à l'entrée du souterrain ; il ne voulait qu'effrayer les Ouled-Riah, que les forcer à l'aman, les chasser ou vers l'ouverture d'amont, ou vers une fente, puits de lumière qui tombe du plateau de la montagne sur une chambre de la spélonque. C'était un homme d'une volonté prodigieusement puissante, un brusque et passionné, mais bon.
Soit héroïsme; soit impossibilité de fuir, comme dans une salle incendiée où l'on s'étouffe à l'étroitesse des portes; soit suffocation dans les tourbillons de fumée, les Ouled-Riah restèrent dans leur nuit et moururent : moins 55, sur 1150.
Les squelettes sont toujours là, dans les chambres et couloirs latéraux; peu à peu, le torrent les emporte, ou sa bourbe les enfouit, faisant lentement de l'antre mortuaire un cimetière humide, sous des voûtes qu'a noircies pour des siècles la fumée de 1845.
Les Arabes ne détestent point le général Pélissier; ils l'admirent plutôt.
Peut-être même l'aiment-ils, ce sultan terrible.
car ils ont un profond et religieux respect, voire une tendresse pour la force, parce que la force manifeste la volonté d'Allah.
Toutefois, ils le nomment Iblis. par une corruption du nom de Pélissier conforme aux permutations normales entre les consonnes de l'arabe el celles du français.
Et Iblis, c'est le Diable.